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CHAPITRE XIV

DE GOURMAYEUR A LA CITÉ d'aOSTE. -— PASSAGS DU GRAND SAINT-BERNARD.

De Cowmuiyeiir h la elle d'Aoale*

En faisant cette route, on suit jusqu'auprès de Saint-Didier le chemin que nous prîmes en allant au Gramont. On laisse Saint-Didier sur sa droite, et on voit sur sa gauche une montagne nommé Beuron, La vallée est d'abord étroite et un peu sauvage, mais comme la descente est rapide, elle devient bientôt plus chaude et plus fertile. Auprès de Gourmayeur, elle est trop élevée pour des arbres fruitiers, si ce n'est des cerisiers et des poiriers sauvages. L'arbre que Ton plante le plus vo-* lontiers le long des chemins et dans les prairies est le frêne, parce que sa feuille, cueillie verte et séchée avec soin, est un excellent fourrage pour les bestiaux pendant l'hiver.

A une lieue et demie de Gourmayeur, on rencontre les premières vignes ; elles sont disposées d'une manière fort singulière : ce sont des treilles basses, soutenues en l'air dans une situation à peu prè» horizontale, à la hauteur de quatre on cinq pieds. Gette situation est très-défavorable à la maturité du raisin, p^rce

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que ces treilles serrées empêchent les rayons du soleil de pénétrer jusqu'à la terre et de la réchauffer. Je crus d'abord que l'on suivait cette pratique pour recueillir quelques légumes et quelques grains de peu de valeur que Ton sème sous ces treilles, et qui, privés lîi d'air et de lurftière, y réussissent très-mal ; mais j'appris qu'on était en quelque manière contraint à ce genre de culture par la nature du sol de la vallée. Ce sol est du roc recouvert d'une si petite quantité de terre, que les ceps ne peuvent réussir que quand on les plante dans des trous ou dans des fentes, qui se trouvent à de si grandes distances, que le terrain ne serait pas suffisamment garni si l'on n'étendait pas de cette .manière le petit nombre des ceps que l'on peut y planter.

Bientôt après que l'on est entré dans ces vignes, la vallée devient plus large, plus riante ; on traverse de beaux vergers et des champs bien cultivés, au milieu desquels on laisse à sa droite un grand village nommé Morgès. Un peu plus loin on passe sous l'ancien château de la Salle, remarquable par une tour ronde, trèsélevée au centre du bâtiment, et par des murs aussi très-hauts, couronnés de créneaux, qui l'entourent à une grande distance. A un quart de lieue du château et k deux lieues et demie de Gourmayeur, on traverse le village de la Salle, qui est une rue très-longue, très-étroite, mal pavée, bâtie sur le penchant d'un grand vignoble.

A une lieue et un quart de la Salle, nous quittâmes la rive gauche de la Doire, que nous avions constamment suivie depuis Gourmayeur, et nous passâmes à sa droite. Bientôt après, la vallée se resserre et souffre un de ces étranglements dont j'ai souvent parlé; la montagne est

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coupée à pic dans toute sa hauteur, et le chemin passe sur une étroite corniche au-dessus d'un précipice au fond duquel coule la rivière. Cet étroit défilé, d'autant plus important qu'il est impossible de passer de l'autre . côté de la Doire, est défendu par une porte, par deux ponts-levis placés sur de profondes coupures pratiquées dans toute la largeur du chemin et par un corps-degarde constniit sur un rocher qui domine le passage. A une demi-lieue du pont, le village d'Avisé, situé de l'autre côté de la rivière, présente un paysage extrêmement pittoresque : des tours et des châteaux gothiques, la rivière et des vignes sur le devant, de beaux vergers sur les derrières, et la montagne au-dessus de ces vergers. Il est bâti sur des éboulis qui continuent encore plus loin.

On descend peu après la longue et vilaine rue du village de Livrogne, au bas duquel on traverse le torrent qui vient du val Régence, en italien val di Renia, On a ensuite une route xîharmante dans des prairies ombragées par de beaux noyers ; et en une heure et un quart, depuis les 4)onts-levis, on vient ii Arvier, grand village où l'on dîne ordinairement en venant de Gourmayeur à la Cité. Nous avions mis quatre heures et demie à faire cette route, la chaleur était très-incommode : nous nous serions volontiers arrêtés, mais les cabarets étaient fermés, parce que leurs maîtres étaient à l'ouvrage dans les. campagnes. Il fallut donc continuer notre route.

A une demi-lieae d' Arvier, on passe à l'entrée d'une grande vallée, marquée sur la carte sous le nom de val di Savera vecchia^ et bientôt après on vient à Villeneuve d'Aoste. Ce bourg, situé dans un fond serré entre des

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