PRÉFACE. XV
à faire ce que font si peu de poètes, à rappeler au lecteur la fraîcheur de ses souvenirs de montagnes, le charme de ses premières courses dans lès Alpes. On a beaucoup célébré ces magnifiques montagnes avec des paroles plus pompeuses, avec un style plus brillant peut-être, et plus correct ; les descriptions ne manquent pas, mais si les Alpes n'ont pas leur poëte en de Saussure, elles l'attendent encore ; les peintres eux-mêmes n'ont pas encore su trouver sur leur palette les admirables teintes que la plume du voyageur a su rendre avec une si naïve vérité.
Cette opinion, nous le répétons, pour n'être pas seulement la nôtre, n'est pas non plus populaire. Nous en sommes peu étonnés; cela tient, il nous semble, à la forme des ouvrages dans lesquels de Saussure a fait connaître au public ses courses et ses travaux. En effet, les Voyages dans les Alpes sont remplis de détails scientifiques ; des chapitres entiers sont consacrés à la géologie, à la flore d'une montagne, ou à la description détaillée d'expériences minutieuses, d'instruments nouveaux. Quand le voyageur commence à vous attacher par le récit d'une expédition, d'une histoire de montagnards, ou par quelque gracieux tableau, il vous faut le quitter au bout de quelques pages,