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éloignée; mais il ne put rien recueillir sur le chemin qu’il devait prendre pour y arriver.
Pendant les deux jours suivants, nos voyageurs contivuérent de marcher vers l’ouest, durant plus de treize lieues, le long de la petit: rivière. Ils la traversérent enfin, justement avant sa jonction avec la rivière des Serpents, dont le cours était encore dirigé vers le nord. Devant eux s'élevait une montagne couverte de neige.
En trois autres jours ils firent environ vingttrois lieues, passant à gué deux petites rivières dont les eaux étaient extrêmement froides. Les provisions étaient fort rares, et leur principale nourriture consista en soupe porlative, maigre régime pour des piétons fatigués.
Le 27 novembre, la rivière les conduisit dans les montagnes, à travers un défilé rocailleux, où il y avait à peine de la place pour passer. Ils furent fréquemment obligés de décharger les chevaux pour leur faire franchir des passages dangereux, et quelquefois même ils se virent contraints à marcher dans l’eau, pour tourner des promontoires de rochers. Toute leur nourriture ce jour-là fut un castor, qui avait été pris la nuit précédente. Le soir, leur faim était si aiguë et l'espérance de trouver dans ces montagnes de quoi l’apaiser, si faible, qu'ils furent obligés de tuer un des chevaux. « Les hommes, dit M, Hunt
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dans son journal, trouvent cette viande fort bonne; et, en vérité, je serais de leur avis, sans l’attachement que j'ai pour ce noble animal. »
Le jour suivant, après avoir fait trois lieues vers le nord, on arriva près de deux loges de Shoshonies, qui semblaient presqu’en aussi mauvaise passe que les Blancs, car ils venaient de tuer deux chevaux pour les manger. Ils n'avaient pas d'autres provisions, excepté certaines graines qu'ils ramassent en grande quantité et qu’ils pilent de manière à former une sorte de farine. Cette graine ressemble à celle du chanvre. M. Hunt en acheta un sac : il acheta aussi quelques morceaux de chair de cheval, qu'il commençait à aimer, et qu’il trouva « grasse et tendre. »
Il apprit des mêmes Indiens que des hommes blancs avaient descendu la rivière, quelques-uns d'un côté, un plus grand nombre de l’autre. Ces derniers devaient être M. Croo! et sa troupe. M. Hunt fut ainsi soulagé de beaucoup d’inquiétudes relativement à leur sûreté, car, suivant le récit des Naturels, M. Crooks avait encore un de ses chiens, ce qui faisait voir que sa brigade n’avait pas gravement souffert de la famine.
M. Hunt craignait qu’il ne lui fallût plusieurs
jours pour traverser le défilé, et redoutait par
conséquent la disette. Il établit donc son camp prés de ces Indiens dans l’espoir de leur acheter
un cheval. Le soir se passa en tentatives inutiles : il offrit un fusil, une robe de bison, et plusieurs autres articles; mais, comme lui, les pauvres gens avaient probablement devant les yeux la crainte de la famine. A la fin les femmes, apprenant l’objet de ses pressantes sollicitations et de ses offres séduisantes, se mirent à pousser des cris si lamentables que M. Hunt fut obligé de quitter la place, et de s’en retourner, poursuivi par leurs huées.
Le lendemain matin, 29 novembre, les Indiens, craignant probablement pour la sûreté de leurs chevaux, semblaient fort empressés de se débarrasser de leurs hôtes. En réplique aux questions de M. Hunt, concernant les montagnes, ils lui dirent qu’il n'aurait plus que trois nuits à y dormir, et que six jours de marche le conduiraient aux chutes de la Colombia. Cependant il n’accorda aucune foi à ces renseignements, persuadé qu'ils ne lui étaient dounés que pour l’engager à pousser en avant. Ces Indiens Serpents, à ce qu'il apprit encore, étaient les derniers de cette tribu qu’il dût rencontrer, car il allait arriver bientôt chez les Sciatogas.
Nos aventuriers poursuivirent donc leur long voyage, qui, à chaque pas, devenait plus pénible. La route continua pendant deux jours à serpenter dans des défilés étroits, où on était fréquemment ubligé de décharger les chevaux. Quelquefois la
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ASTORIA« 53 rivière passait entre des escarpements st abrupts qu’on était obligé d’en abandonner le cours, et de gravir avec une fatigue excessive des monts immenses, presque impraticables pour les chevaux. Un petit nombre de pins croissaient sur quelques-uns de ces monts, dont les sommets étaient couverts de neige, Le second jour de cette ascension , un des chasseurs tua un daim à queue noire, qui fournit aux voyageurs affamés un somptueux repas. Leur progrès, durant ces deux jours, fut de neuf lieues dans la direction du nord-est.
Le mois de décembre arrivait tristement, avec de la pluie dans la vallée, de la neige sur les hauteurs. Il fallut gravir une montagne où l’on avait de la neige jusqu'à mi-jambe, ce qui accroissait horriblement les fatigues de la route. Un petit castor fournit aux voyageurs un maigre repas , assaisonné avec des fruits gelés qu’ils rencontraient dans leur course montagnarde. C’étaient des müres, des cénelles et des espèces de sorbes (fruit du pyrus arbutifolia, L.). Ce jour-là, quoique excessivement fatigante, leur marche ne fut que de quatre lieues. Le jour suivant ils fu rent obligés de rester campés, à cause d’un orage de neige, qui ne leur permettait pas de voir à cinq cents mètres de distance. N'ayant rien à manger ils tuèrent encore un cheval. Le lendemain ils
reprirent leur marche, nonobstant la pluie et la neige ; mais malgré tous leurs efforts ils ne purent faire que trois lieues , ayant été obligés de décharger les chevaux et de porter eux-mêmes leurs fardeaux une partie du chemin. Dans la matinée suivante, ils furent encore contraints de quitter la riviere et de gravir une montagne. Arrivés au sommet, ils aperçürent au loin le pays, et c'était un spectacle capable de leur faire perdre courage, Dans toutes les directions ils découvraient des montagnes neigeuses , empilées les unes sur les autres, et où croissaient à peine quelques pins rabougris. Le vent, qui sifflait sur ce paysage triste et glacé, semblait pénétrer dans la moelle de leurs os. Cependant ils se trainaient à travers la neige où ils enfonçaient, à chaque pas, jus-
qu'aux genoux.
Après avoir marché de la sorte durant tout le jour, ils eurent la mortification de reconnaitre qu'ils ne se trouvaient qu’à uue lieue un tiers de leur campement de la nuit précédente, tant étaient nombreux les détours de la rivière, parmi
ces montagnes affreuses. Tourmentés par la faim, épuisés de fatigue, voyant le soir s'approcher et la solitude glacée s’allonger devant eux à mesure qu'ils avançaient, ils commencaient à réfléchir avec d’horribles pressentiments sur la manière dont ils passeraient la nuit, exposés à toutes les
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ASLORIA. 55 intempéries de l'air, dans ce désert dénué d’abri. Heureusement, vers le coucher du soleil, ils parvinrent à atteindre un bouquet de pins. Ils se mirent aussitôt à l'ouvrage avec leurs haches; ils coupèrent des arbres ; ils les empilèrent eu grand tas, et eurent bientôt d'énormes feux pour réjouir leurs cœurs glacés par le froid et par: la faim. Vers trois heures du matin la neige recommenca à tomber, et au point du jour ils se trouvèrent comme dans un nuage, pouvant à peine distinguer les objets à une distance de cent mètres. Cependant ils se dirigèrent vers la rivière, en se guidant sur le bruit de l’eau courante, et parvinrent, quoique avec peine, à descendre sur la rive. L'un des chevaux, dont le pied manqua, roula en bas avec sa charge, d’une hauteur de plusieurs centaines de mètres; mais il ne se blessa point. Le temps était moins rigoureux dans la vallée que sur les monts. La neige ne venait qu’à la hauteur de la cheville, et il tombait alors une pluie douce. Après s'être trainés durant deux lieues ils campérent sur le bord de la rivière. Se trouvant toutà-fait sans provisions ils furent encore obligés de tuer un de leurs chevaux, pour apaiser leur faim dévorante.
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