CHAPITRE XXXVI
M. Hunt rejoint l'avant-garde. — Pierre Dorion et sa rossinante. — Camp de Shoshonies. — Vol excusable. — Festin de chair de cheval. — M. Crooks arrive au camp. — Il entreprend de secourir ses hommes. — Bateau de peau. — Frénésie de Provost. — Sa fin malheureuse. — Etat de faiblesse de John Day. — M. Crooks est encore laissé en arrière. — La brigade sort des montagnes. — Entrevue avec les Shoshonies. — On obtient un guide. — On traverse la rivière des Serpents. — On rejoint les hommes de M. Crooks.
Duranr tout le jour M. Hunt et ses trois camarades marchèrent sans manger. Le soir ils firent, de leur peau de castor, un repas de Tantale, et se couchèrent presque morts de faim et de froid. Le jour suivant, 10 décembre, ils rejoignirent lavant-garde, qui était presque aussi affamée qu'eux, quelques hommes n'ayant rien mangé depuis la matinée du 7. M. Hunt proposa alors de sacrifier le maigre cheval de Pierre Dorion ; mais il éprouva encore un refus positif de la part du Métis, que l’en était obligé de ménager à cause de son humeur farouche et vindicative. Ce qu'il y a de singulier, c’est que les hommes, qui souffraient si affreusement de la faim, intercédèrent en faveur du cheval. Ils représentérent qu'il valait
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mieux marcher en avant, autant que possible, sans recourir à cette dernière ressource. Peutêtre les Indiens qu'on cherchait auraient-ils changé le lieu de leur campement; auquel cas il serait assez temps de tuer le cheval pour échapper à la famine. M. Hunt se laissa décider par ces raisons à accorder un sursis au coursier de l'interprète. Heureusement, à peu de distance de là, on aperçuüt une loge de Shoshonies, autour de laquelle paissaient un certain nombre de chevaux. C'était un spectacle inattendu autant que joyeux, car on n'avait pas vu d’Indiens en cet endroit lorsqu'on y avait passé. Ils étaient apparemment venus des montagnes. M. Hunt, qui les découvrit le premier, contint l’impatience de ses compaguons. [l savait combien ces Sauvages tenaient à leurs chevaux, et avec quelle facilité ils pouvaient les emmener et les cacher en cas d'alarme. Ce était pas le temps de courir le risque d’un semblable désappointement. S’étant donc approchés silencieusement et avec précaution, Jes Blancs apparurent tout à coup aux yeux des Indiens, qui s'enfuirent épouvantés. Cinq de leurs chevaux furent saisis. On en tua un, on le dépeca sur-lechamp, et, à peine cuit, on le dévora avidement. Un homme fut alors envoyé, à cheval, avec une provision de viande pour M, Crooks et pour ses compagnons. La nuit était tombée quand il les