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rencontra. Ils étaient si affamés que ce ravitaillement ne semblait qu’aggraver encore leur faim, et qu'ils furent presque tentés de tuer et de manger le cheval qui avait apporté le messager. Ils le respectèrent toutefois , et s’en servirent pour rejoindre le camp où ils parvinrent le lendemain de bonne heure.
En y arrivant M. Crooks vit avec douleur que sa brigade, qui se trouvait de l’autre côté de la rivière, m'avait recu aucune provision, tandis qu’ou en avait au camp en abondance. Il fit immédiatement construire un canot de peau, et cria à ses gens de remplir d’eau leurs chaudières et de les mettre sur le feu, afin de ne pas perdre un moment pour faire cuire leur viande, aussitôt qu’ils la recevraient. Quoique profonde, la rivière était assez étroite pour qu'on pèt voir et entendre distinctement d’un bord à l’autre. Les chaudiéres furent placées sur le feu et Peau bouillait au moment où les canots furent terminés. Quand tout fut prêt, cependant, personne ne voulut entreprendre de transporter la viande de l’autre côté de Peau. Une crainte vague, et presque superstitieuse, démoralisait les gens de M. Hunt. Leur esprit affaibli par les souffrances et par les scènes horribles qu'ils avaient traversées, n’imaginait que des horreurs. Les pauvres gens, hâves et décharnés, qu'ils voyaient errer comme des
taille-
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eur que té de la tandis [1 fit impeau ; et jaudières as perdre : aussitôt larivière et enten- Les chaubouillait s. Quand e voulut de l’autre resque Sû- M. Hunt.
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ASTORIA. 07 spectres sur la rive opposce, leur inspiraient un sentiment indéfini de terreur, comme si lon avait dû craindre de leur part quelque action désespérée.
M. Crooks s’eflorça en vain de les arraisonner ou de les guérir par la honte de cette singulière situation d'esprit. Il essaya ensuite de diriger luimême le canot, mais ses forces n'étaient pas suffisantes pour vaincre l'impétuosité du courant. Les bons sentiments de Ben Jones , le Kentuckien, surmouterent à la fin ses terreurs, et il s'aventura sur l’autre rive. Les provisions furent recues avec avidité et transports. Pourtant, après que Jones fut reparti, un pauvre Canadien, nommé Jean- Baptiste Prevost, exaspéré par la faim, se mit à courir comme un fou sur la rive, en criant à M. Hunt de lui renvoyer le canot pour le tirer de cette horrible région de famine; déclarant qu'autrement il ne voulait plus marcher un seul pas, mais qu’il se coucherait là pour y mourir.
Le canot fut bientôt renvoyé avec d’autres provisions, sous la conduite de Joseph Delaunay. Prevost s'avanca pour s’y embarquer, mais Delaunay refusa de l’admettre, Jui disant qu’il y avait maintenant une quantité suffisante de viande de son côté de la rivière. Le pauvre diable répliqua qu'elle n’était pas cuite, qu'il serait mort avant qu'elle fût apprêtée, et il supplia Delaunay
de l'emmener où il trouverait quelque chose pour satisfaire immédiatement son appélit. Enfin, voyant que le canot allait s'éloigner sans lui , il y entra de force. En approchant du bord désiré et en apercevant la viande qui rôtissait devant le feu, il se leva sur ses pieds; il se mit à crier, à frapper des mains, à danser, dans un délire de joie, jusqu'à ce qu’il eût renversé le canot. Le pauvre malheureux, entrainé par le courant, se noya; et ce fut avec beaucoup de peine que Delaunay atteignit le rivage.
Après le repas si nécessaire, M. Hunt fit partir en avant tous ses hommes, excepté deux ou trois. Dans la soirée, il fit tuer un autre cheval et fit faire de sa peau un nouveau canot, dans lequel ilenvoya sur l’autre rive un supplément de viande. Le canot ramena John Day, le chasseur virginien, qui venait rejoindre son ancien patron, M. Crooks. Le pauvre Day, autrefois si actif et si vigoureux, était alors plus maigre et plus affaibli que ses compagnons mêmes. M. Crooks avait tant d'estime pour cet homme à cause de sa fidélité et de ses anciens services, qu’il se détermina à ne pas le quitter. Il engagea cependant M. Hunt à pousser en avant et à rejoindre sa troupe, car sa présence était de toute importance à la conduite de l'expédition. L’un des Canadiens, Jean-Baptiste Dubreuil, resta avec M. Crooks et John Day.
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M. Hunt leur laissa deux chevaux et unie partie de la chair du dernier qui avait été tué. I espérail que cela serait suflisant pour les sustenter jusqu'à ce qu'ils atteignissent le campement indien.
Un des principaux dangers, résultant de la faiblesse de M. Crooks et de ses compagnons, était qu'ils fussent atteints par les Naturels dont les chevaux avaient été saisis. Cependant M. Hunt se flattait d'avoir prévenu leur ressentiment en laissant dans leur loge différents objets, plus que suflisants pour compenser le tort qu'il avait été forcé de leur faire. |
M. Hunt rejoignit son moude vers le soir. Le lendemain, 13 décembre, il aperent sur le bord opposé de la rivière plusieurs Indiens , avec trois chevaux. Quelque temps après il arriva aux deux loges qu'il avait vues en descendant. Là il s’elforc: en vain d'échanger une carabine contre un cheval; mais il réussil encore à en obtenir un , au moyen d'une vieille bouilloire eu fer-blanc et de quelques verroteries.
Les deux jours suivants furent froids et orageux. La neige augmentait de profondeur et la rivicre charriail beaucoup de glaces. La route, cependant, devenait plus facile. On était enfin hors des montagnes et on se retrouvait dans un pays ouvert, après vingt jours de fatigues, de fa-
mince, de périls de tous les genres , occasionnés
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70 ASTORTA, par l'infructueuse tentative de trouver un passage le long de la rivitre des Serpents.
Enfiu nos voyageurs dressèrent leur camp près de la petite rivière garnie de saules et venant de l'est, qu’ils avaient traversée le 26 novembre. Il y avait auprès une douzaine de loges de Shoshonies, qui y étaient récemment arrivés, On apprit d'eux que si l’on avait persévéré à suivre la rivière, on aurait vu les diflicultés s’augmenter, et devenir à la fin absolument insurmontables. Cette information ajouta à l'anxiété que M. Hunt éprouvait sur le destin de M. Mac Kenzie et de ses gens, qui avaient continué à marcher en avant.
M. Hunt suivit la petite rivière et campa prés de quelques loges de Shoshonies, dont il acheta une couple de chevaux, un chien, un peu de poisson séché, quelques racines et des cerises séchées. Deux ou trois jours se consumèrent à prendre des renseignements sur la route et sur le temps nécessaire pour arriver parmi les Sciatogas , tribu hospitalière qui habitait à l’ouest des montagnes, et qui passait pour avoir beaucoup de chevaux. Quoique différentes, les répliques s’accordaient à dire que la distance était grande, et qu’elle exigerait entre dix-sept et vingt-et-une nuits. M. Hunt essaya alors de se procurer un guide, mais quoiqu'il envoyât dans différentes loges, vers le haut et vers le‘bas de la rivière, quoiqu'il offrit des
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objets d'une grande valeur aux yeux des Indiens, aucun d'eux ue voulut s’aventurer. « La neige », disaient-ils, « viendra jusqu’à la ceinture dans les montagnes »; et à toutes ses ollres ils répoudaient, en secouant la tête et en frissonnant : « Nous gélerons, nous gélerons »; enfin ils le pressaient de rester parmi eux et d’y passer l'hiver. M. Hunt était dans uu cruel embarras. Essayer sans guide de franchir les montagnes, c'était s’exposer, avec tous ses gens, à une mort certaine. Demeurer là après être resté déjà si long-temps en route, et avec de telles dépenses, c'était pour lui, disait-1l, « pire que deux morts ». Il changea alors de tou avec les Indiens, et les accusa de l'avoir trompé relativement aux montagnes, de li avoir parlé avec une langue fourchue, ou, en d’autres termes, de lui avoir fait des mensonges. Il leur reprocha leur manque de courage et leur dit qu’ils étaient apparemment des femmes, pour avoir peur de faire un voyage. À la fin, l’un d’eux, piqué par ses railleries ou tenté par ses offres, consentit à être son guide, moyennant un fusil, un pistolet, trois couteaux, deux chevaux, et une petite quantité de chaque article qui se trouvait encore en possession de la caravane. Cette récompense était suflisante pour faire du pauvre Indien le plus grand richard de sa vagabonde nation. On se remit donc en route, le 21 décembre,
avec un nouveau courage. Le guide était accompagné de deux autres Indiens. Il se dirigea immédiatement vers la rivière des Serpents. On en suivit le cours pendant un peu de temps, dans l'espérance de trouver, pour la traverser, quelque radeau indien, fait de roseaux. N’en ayant pas rencontré, M. Hunt fit tuer un cheval pour construire un canot de sa peau. Sur ces entrefaites on aperçut de l’autre côté de Peau les treize hommes de M. Crooks, lesquels étaient restés près de la rivière des Serpents. Ils dirent à M. Hunt, à travers le courant, qu'ils n'avaient point vu M. Crooks ni les deux hommes qui étaient restés avec lui, depuis le jour où M. Hunt les avait quittés. Le canot s'étant : ‘ouvé trop petit, un second cheval fat tué et la peau en fut jointe à celle du premier. La nuit vint avant que la petite barque eût fait plus de deux voyages. Comme elle était mal construite, elle fut défaite et remontée, à Ja lumière du feu. La nuit était froide, les hommes étaient épuisés et démoralisés par des fatigues, par des dangers si variés et si incessants. Ils s’étendivent, tristes et découragés, autour de leur feu. Beaucoup d'entre eux commencèrent à exprimer le désir de rester, pour l'hiver, où ils étaient. Dans leur présent état de faiblesse et d’abattement, plusieurs étaient effrayés par la nécessité même de traverser la rivière : car ils se rap-
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ASTORIA. 75 pelaient que deux de leurs camarades avaient déjà péri dans ses eaux, dont le courant ‘apide et turbulent charriait maintenant beaucoup de glacons ; enfin ils pensaient, avec découragement, aux longues et pénibles journées qu'il leur faudrait sou tenir dans des régions désertes, lorsqu'ils auraient passé cette fatale rivière.
De bonne heure, dans la matinée du 23 décembre, ils commencèrent à la traverser. Beaucoup de glace s'était formée pendant la nuit, et ils furent obligés de la briser jusqu’à quelque distance de chaque rive. À la fin, ils se trouvèrent tous transportés, en sûreté, sur le bordoccidental, et la réussite de ce périlleux passage releva leur courage abattu. Ils’ furent rejoints de ce côté de l'eau par les hommes de M. Crooks. Quoique ces pauvres gens eussent avec eux un cheval et un chien qu’ils s'étaient récemment procurés, ils étaient dans un état d’amaigrissement et de malpropreté eflroyable. Trois d’entre eux étaient si complétement dénués de force et de courage, qu'ils exprimèrent le désir de rester parmi les Serpents. M. Hunt leur donna donc le canot pour traverser la rivière. Il y joignit quelques marchandises pour se procurer le nécessaire jusqu'à ce qu'ils rencontrassent M. Crooks. I y avait un autre homme, nommé Michael Carritre, qui
était presque en aussi mauvais lat, mais qui
pourtant se détermina à continuer avec ses camarades, incorporés de nouveau dans la brigade de M. Hunt. Après les fatigues de la journée, ils campèrent tous ensemble sur le bord de la rivière des Serpents. Ce fut la dernière nuit qu'ils passérent auprès. Elle leur avait coûté bien des journées de fatigues, et plus de deux cent soixante lieues de chemin; aussi les souffrances qu'ils y avaient éprouvées la leur rendaient-elles odieuse. Les Voyageurs canadiens, quand ils en parlaient, l’appelaient toujours la maudite rivière Enragée, accouplant ainsi une malédiction avec son nom.
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CITAPITRE XXXVII.
Départ de la rivière des Serpents. — Accroissement de la famille Dorion, — Camp de Shoshonies, — Marche glacée dans les montagnes. — Climat plus doux. — Camp de Sciatogas. — Joie des voyageurs. — Mort de Michael Carrière. — L'Umatalla — Arrivée aux bords de la Colombia. — Nouvelles d’Astoria - Le village de Wish-ram.— Récit du massacre du Tonquin — Les voleurs désappointés. — Arrivée à Astoria. — Aventures de Reed, de Mac Lellan et de Mac Kenzic.
Le 24 décembre, tous les préliminaires étant arrangés, M. Hunt quitta les rives désastreuses de la rivière des Serpents, et dirigea sa course vers l’ouest, pour gagner les montagnes. Sa troupe, augmentée du détachement de M. Crooks, comprenait alors trente-deux Blancs, trois Indiens, et la famille de Pierre Dorion. Cinq chevaux surmenés et à moitié affamés, étaient chargés du bagage ; en cas de besoin ils devaient servir de provisions. On faisait environ cinq lieues par
Jour, à travers des plaines ou des collines ren-
dues plus fatigantes par la neige et par la pluie. Pour toute subsistance, on avait une fois par jour un maigre repas de viande de cheval.
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Le troisième jour, leCanadien Carrière, lun des hommes épuisés de M. Crooks, fut pris de désespoir, el se couchant sur la terre, déclara qu’il lui était impossible d'aller plus loin. On s’efforca de l'encouroger, mais on reconnut que le pauvre diable était absolument exténué et ne pouvait plus se Lenir sur ses jambes. Il fut donc monté sur l’un des chevaux, quoique le malheureux animal ne se trouvât guère en meilleur état que lui.
Le 28, nos voyageurs arrivèrent près d’une.
petite rivière qui coulait vers le nord, à travers une jolie vallée. Les Indiens leur montrèrent, sur la gauche, une chaine de montagnes boisées, couvertes de neige, qui s'étendaient du nord au sud, et qu'il leur fallait traverser. Le 29, ils suivirent la vallée durant sept lieues. Ils souffrirent beaucoup de la neige et de la pluie qui tombaient continueilement, et furent obligé: de traverser deux fois la petite rivière, dont Les eaux étaient glacées. De bonne heure, le jour suivant, la femme de Pierre Dorion, qui jusqu'alors avait toujours cheminé sans murmurer el sans sc décourager, se trouva soudainement en travail, et enrichit son époux d’un troisième enfant. Comme le courage et la bonne conduite de a pauvre fenme lui avaient gagné là bienveillance de toute la troupe, sa siluation causa boauconp d'inquiétude. Cepen-
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1 / facile à arranger et qui ne devait pas occasionner de délais. Il resta dans le camp, auprès de sa femme, avec ses autres enfants ct son cheval, promettant de rejoindre bientôt le Corps principal, qui poursuivit sa marche.
Voyant que la petite rivière entrait dans les montagnes, nos voyageurs l’abandonnèrent, et marchérent durant quelques milles parmi des coteaux. Là un autre Canadien, nommé La Bonté, refusa d'avancer, et il fallut le monter sur un cheval. Le pauvre animal étant trop faible pour porter en même temps un cavalier et son fardeau, M. Hunt prit le paquet sur ses propres épaules. C'est ainsi qu'ils poursuivaient, parmi les hauteurs, leur pénible route, dont ils voyaient s’augmenter à chaque pas les diflicultés. Il: étaient découragés et à moitié morts de faim, lorsqu'ils arrivérent dans une belle vallée qui s’étendait au loin devant eux. Elle était large de plusieurs lieues, et au milieu serpentait une jolie petite rivière. Un climat plus tempéré semblait y dominer, car quoiqu'il y eût de la neige sur toutes les montagnes environnantes, on n’en voyait point dans la vallée. Nos voyageurs contemplaient avec délices ce paysage riant et éclairé par le soleil : mais leur joie fut complète, lorsqu'ils aperçurent six loges de Shoshonies dressées sur le hord de la rivière et environnées de chevaux et
de chiens. Ils pressérent tous le pas et atteignirent bientôt le campement. Là, leur premier soin fat d'acheter des provisions. Une carabine, un vieux mousquet, un tomahawk, une bouilloire de fer-blanc, et une petite quantité de munitions, leur procurèrent bientôt quatre chevaux, trois chiens, et quelques racines. Une partie de ces animaux furent immédiatement tués, préparés et dévorés. Cet excellent repas remit tout le monde en bonne humeur. Dans le cours de la matinée suivante la famille Dorion fit son apparition. Pierre venait en avant, donnant la main à son ainé, et suivi du coursier qu’il estimait tant, quoique ce ne fût plus qu’un squelette. Sur cette noble bête était montée la squaw, portant son enfant nouveau-né dans ses bras, et ayant son garcon de deux ans pendu à son côté, dans une couverture. La mère avait l'air aussi paisible que si rien ne lui était arrivé : tant la nature agit avec facilité dans le désert, lorsqu'elle n’est point contrecarrée par Îles entraves de la coquetterie, par les délicatesses amollissantes du luxe et par les remèdes intempestifs de l’art.
Le lendemain amena la nouvelle année (1812).
M. Hunt allait recommencer sa marche, quand ses hommes lui demandèrent la permission de célébrer cette journée. Cette requête était parti-
cuhèrement appuyée par les Voyageurs canadiens
atteigninier soin bine, un ouilloire mnitions, ux, trois > de ces éparés et e monde matinée parition.
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pour qui le premier jour de lan est une fête favorite, et qui, dans toutes les situations, ont bien de la peine à sacrifier une occasion de se réjouir. Il était impossible de résister à une telle demande. Le jour se passa donc dans le repos et dans les plaisirs. Les pauvres Canadiens trouvérent moyen de chanter et de danser, en dépit de toutes leurs fatigues, et de faire un somptueux repas avec de la chair de chien et de cheval.
Après deux jours d’un repos fort utile, nos aventuriers se remirent en route. Les Indiens des loges leur montrérent une gorge lointaine, par laquelle 1l fallait passer pour traverser la chaine des montagnes. Ils les assurèrent que la neige les imcommoderait peu, et que trois journées les amèneraient parmi les Sciatogas. Cependant, M. Hunt avait été si fréquemment décu par les avis des Indiens relativement aux routes et aux distances, qu’il n’ajounta que peu de foi à ces renseignements.
Pendant cinq jours, nos voyageurs continuèrent à marcher vers l’ouest. Après avoir traversé la vallée, ils entrèrent dans les montagnes, où le chemin, embarrassé de rochers et de troncs d’arbres tombés, devint excessivement fatigant. Ils avaient de la neige jusqu'aux genoux, ct quelquefois, dans les creux, ils enfoncaient jusqu'à la
ceinture. L'atmosphère était extrêmement froide,
et le firmament couvert de nuages, de sorte que, durant plusieurs jours, ils n’aperçurent point le soleil. En traversant la chaine la plus haute, leur vue s’étendit sur un immense panorama de montagues neigeuses empilées les unés sur les autres.
Le G janvier, cependant, ils avaient franchi les sommets qui divisent les eaux, et ils se trouvaient évidemment sous l’influence d’un climat plus doux. La neige commencait à décroitre ; le soleil, se dégageant de son voile épais de nuages, brillait gaiement sur leur tête : enfin, ils crurent apercevoir, au loin vers l’ouest, une plaine ouverte. Se flattant que ce pouvait être la grande plaine de la Colombia, et que, par conséquent, leur long pèlerinage tirait à sa fin , ils la saluèrent comme es pauvres Israélites saluèrent la terre promise quand ils la découvrirent pour la première fois.
Il y avait alors cinq jours qu’ils avaient quitté les loges des Shoshonies. Ils avaient fait vingt lieues, et leur guide les assura qu'ils rencontreraient les Sciatogas dans le courant de la journée suivante.
Le lendemain ils poussèrent donc en avant avec
un nouveau courage. Ils rencontrèrent bientôt une petite rivière et la suivirent à travers un délilé étroit, profondément encaissé entre d’énormes montagnes. Là, parmi les rocs et les préci- «
(HE LRU l, HA pr
te que, point le te, leur monta:
utres. nchi les se Lroun climat oître ; le nuages, s crurent aine oua grande séquent , saluërent la terre ir la pre-
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les préci -
ASTORIA, O1 pices, ils apercurent des troupeaux de daims à queue noire. Ils arrivèrent ensuite dans un endroit où des chasseurs indiens avaient laissé de nombreuses pistes de cheval, qui s'écartaient dans toutes les directions.
La neige avait entiérement disparu. L'espoir de rencontrer bientôt quelque campement des Naturels, engagea M. Hunt à doubler le pas.
Beaucoup d'hommes, cependant, étaient si affaiblis qu'ils ne pouvaient plus aller de front avec le corps principal, et qu'ils restaient en arrière à de grands mtervalles ; quelques-uns même n'arrivérent pas le soir au campement. Pendant la marche de ce jour-là, l'enfant nouveau-né de Pierre Dorion mourut.
On se remit en route le lendemain matin, sans attendre les trainards. Le cours d’eau, qu'on avait suivi le jour précédent, était maintenant enflé par la jonction d’une autre rivière. Les pentes des coteaux et des vallées étaient revêtues d'herbe. À la fin, un cri joyeux se fit entendre : « Un camp indien! » Il était encore éloigné, mais on pouvait déja voir qu'il était composé de beaucoup de loges, et que des centaines de chevaux paissaient alentour, au sein d'une vallée verdoyante. L'espoir d’avoir bientôt de la chair de cheval en abondance, inspira une joie universelle ; car à cette époque toutes les provisions étaient