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réduites au cheval squelette de Pierre Dorion , ct à un autre animal , également décharné, qui avait obtenu des sursis répétés durant le voyage. Une marche forcée amena bientôt nos voyageurs fatigués et affamés auprès du camp. Il était composé de trente-quatre loges couvertes de nattes, et appartenait à un fort parti de Sciatogas et de Tusche-pas. Ces Indiens étaient mieux vêtus qu’aucune des bandes errantes qu’on eût jusque-là rencontrées, de ce côté des Montagnes Rocheuses. Ils étaient même aussi bien mis que la généralité des tribus chasseresses. Chacun d’eux avait une bonne robe de peau de bison, avec une chemise et des guêtres de peau de daim. Plus de deux mille chevaux erraient dans les pâturages autour du camp. Mais ce qui charma M. Hunt, en entrant dans les loges, ce fut d'y voir des chaudières de cuivre, des haches, des bouilloires, et différents autres ustensiles de manufacture européenne : cela prouvait que ces Indiens avaient des communications indirectes avec les Blancs. Ayant fait avec empressement une enquête parmi les Sciatogas, M. Hunt apprit d'eux que la grande rivière, la Colombia, n’était plus qu’à deux journées de distance, et que plusieurs Blancs l’avaient récemment descendue. M. Hunt se flatta que c’étaient Mac Lellan , Mac Kenzie et leurs compagnons. II éprouvait alors la plus grande joie et la plus pro-
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ASTORIA. 83 fonde gratitude envers le Ciel, d’avoir ainsi heureusement conduit sa troupe affamée, exténuée, hors de la partie la plus périlleuse de ce long voyage, et en vue, pour ainsi dire, du terme de tant de maux. Tous les trainards avaient rejoint, l’un après l’autre, excepté le pauvre Voyageur canadien Carrière; mais on l'avait aperçu le soir précédent, monté en croupe derrière un Indien serpent, auprès de quelques loges de cette nation, et à peu de milles du dernier campement. On s’attendait à le voir bientôt reparaître.
Le premier soin de M. Hunt fut de se procurer des provisions pour ses hommes. Un peu de venaison, d’une qualité médiocre, et quelques racimes, furent tout ce qu’il put obtenir ce soir-là. Le lendemain matin il réussit à acheter une jument avec son poulain. On les immola immédiatement, et ils assouvirent , en partie, la faim toujours renaissante de nos voyageurs.
Ils restèrent durant plusieurs jours dans le voisinage de ces Indiens, se reposant après toutes leurs fatigues, et se régalant de chair de cheval et de racines, acquises par de nouveaux échanges. Beaucoup des hommes mangèrent avec tant d’excès qu'ils se rendirent malades; d’autres étaient encore boiteux des suites de leur voyage. Cependant tous se restaurèrent graduellement dans le repos et dans l’abondance de la vallée. On obte-
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uait là des chevaux beaucoup plus facilement et à meilleur marché que parmi les Serpents. Une couverture, un couteau, ou une demi-livre de grains de verre bleu suflisaient pour payer un cheval : à ce taux, beaucoup des hommes en achetèrent pour leur usage personnel.
Ces Indiens, qu’on nous représente comme étant d’une race orgueilleuse, sont extraordinairement propres, ne mangent ni chevaux, ni chiens, et ne voulaient pas permettre que la chair crue en fût portée dans leurs loges. Chacûn d'eux avait une petite quantité de venaison, mais ils y mettaient un si haut prix que les Blancs, dans leur état d'appauvrissement, n’en pouvaient point acheter. C’est à cheval qu'ils chassaient le daim, en formant autour de lui un vaste cercle qu'ils resserraient graduellement. Leurs armes étaient des arcs et des flèches, dont ils se servaient avec une grande adresse. Leurs habitudes entièrement primitives semblaient s'attacher aux usages de la vie sauvage et dédaigner les ressources de la civilisation. Par exemple, ils ne manquaient point de haches, et cependant, pour fendre leur bois, ils faisaient généralement usage de coins de corne d’élan, et de maillets de pierre, de la forme d’une bouteille, Quoiqu'ils eussent parfois deux ou trois chaudières de cuivre pendues dans leurs loges, ils se servaient fréquemment de paniers de saule
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ASTORIA. 85 pour porter leur eau, et mème pour la faire bouillir au moyen de pierres brülantes. Les femmes avaient des chapeaux de saule, proprement travaillés ct ornés de différentes figures.
Le trainard canadien, Carrière, n'ayant pas reparu au bout de deux ou trois jours, deux hommes furent envoyés à cheval, pour le chercher, mais ils revinrent seuls. Les loges des Indiens serpents, auprès desquelles il avait été vu, n’étaient plus au même endroit, et les deux envoyés n'avaient trouvé nulle trace de leur camarade. Plusieurs jours s’écoulérent encore sans qu’on eu reçüt aucune nouvelle, non plus que du cavalier serpent derrière lequel il avait été aperçu pour la dernière fois. On craigunit donc qu’il n’eût péri de faim et de fatigue, ou qu’il n’eût été assassiné par les Indiens, ou que, abandonné à lui-même, ül n’eüt pris quelques pistes de chasse pour celles de la caravane, ct ne se fût perdu en les suivant.
La rivière sur les bords de laquelle on était alors campé, débouche dans la Colombia et est appelée par les Naturels : Zu-o-tal-la, où Umatalla. Elle est bien peuplée de castors. Pendant le séjour de nos voyageurs dans la vallée qu’elle arrose, ils changerent deux fois leur camp, en suivant son cours vers l’ouest durant environ dix Jieues. Une violente pluie qui fit déborder la
riviere, les délogea de leur campement et noya ) : E J
#0 ASTORIA trois de leurs chevaux, attachés dans un terrain bas.
De nouvelles conversations avec les Indiens convainquirent nos voyageurs qu'ils n'étaient pas loin de la Colombia. Le nombre d'hommes blancs qui avaient passé dans le voisinage, s’accordait avec celui de Mac Lellan, de Mac Kenzie et de leurs compagnons, ce qui donnait à M. Hunt l'espoir qu’ils pouvaient avoir traversé le désert en sûreté.
Les Indiens lui avaient aussi raconté une vague histoire d'hommes blancs qui venaient trafiquer parmi eux. Ils parlaient surtout de deux grands personnages Ke-Kosh et Jacquean, qui leur donnaient du tabac et qui fumaient avec eux. Jacquean, disaient-ils, avait une maison sur la grande rivière. Quelques-uns des Canadiens supposérent qu'il s'agissait d'un certain Jacquean Finlay, Clerc de l1 Compagnie du Nord-ouest, et en conclurent que la maison en question devait être quelque comptoir établi sur un des cours d’eau tributaires de la Colombia. Les Indiens furent enchantés quand ils apprirent que leurs nouveaux hôtes se proposaient de revenir et de commercer avec eux. Ils promirent d'employer tous leurs soins à recueillir une quantité de peaux de castor, et sans aucun doute commencerent à faire une guerre mortelle à cet animal intelligent, mais imfortuné, qui vivait dans une paisible insigni-
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ASTORIA. 87 fiance parmi ses sauvages voisins avant l'intrusion des marchands blancs.
Le 20 janvier, après avoir pris congé de ces Indiens hospitaliers, M. Hunt s'éloigna de la rivitre sur laquelle ils étaient campés, et continua sa route vers l’ouest.
Le jour suivant nos pauvres voyageurs virent à la fin devant eux les eaux si long-temps cherchées de la Colombia. Ils les saluerent avec autant de transports que s’ils avaient déjà atteint le terme de leur pèlerinage. Leur joie ne doit pas surprendre. Depuis qu'ils avaient quitté la rivière des Serpents, ils avaient marché quatre-vingts lieucs parmi des déserts glacés, à travers d’âpres montagnes, el il y avait six mois qu’ils étaient partis du village aricara , sur le Missouri. Depuis là, smvant leur calcul, ils avaient fait, par terre et par eau, cinq cent quatre-vingt-quatre lieues, dans le cours desquelles ils avaient été exposés à toutes sortes de périls et de fatigues. Enfin leur route s'était trouvée allongée par le grand détour qu'ils avaient été obligés de faire pour éviter la dangereuse contrée des Pieds-noirs.
L'endroit où ils rencontrèrent la Colombia est à quelque distance au-dessous de la jonction de ses deux grandes branches, les rivières Lewis et Clarke, et non loin de l’embouchure de la Wallah-Wailah. La rivière forme là une belle
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