‹ Voyages dans les contrées désertes de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 25 sur 83 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Vue d'ensemble. — Agent envoyé en Russie. — Armement du Castor. — Instructions au Capitaine. — Les îles Sandwich. — Bruits relatifs au Tonquin. — Précautions prises en atteignant l'embouchure de la Colombia.

AYanT raconté les aventures des deux expéditions par mer et par terre jusqu à l’'embou-chure de la Colombia, et donné une idée de l’état des affaires à la factorerie, nous allons retourner pour un moment auprès de l’homme de génie qui, de sa résidence à New-York, dirigeait tous les ressorts de l’entreprise.

On se rappellera qu'il entrait dans le plan de M. Astor de ravitailler d’une manière régulière le grand comptoir de fourrures, établi par les Russes sur la côte du Nord-ouest, afin de le rendre indépendant des vaisseaux interlopes, qui ruinaient le commerce et fournissaient des armes aux Naturels. Ce projet avait été approuvé par le Gouvernement américain, ainsi que par le comte Pahleu, ministre russe à Washington. Cependant M. Astor, le regardant comme fort important et comme pouvant influer un jour sur un vaste commerce, désirait beaucoup établir un arrange-

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ASTORIA. 149 ment complet à ce sujet avec la Compagnie de fourrures russe-américaine, sous la sanction du Gouvernement russe. Dans ce dessein, en mars 1811, il dépêcha à Saint-Pétersbourg un agent confidentiel avec les pouvoirs nécessaires pour cette négociation. Le Gouvernement des États- Unis donna passage à cet envoyé, dans le John Adams, vaisseau de guerre destiné pour un port européen.

Le second soin de M. Astor fut d’expédier le vaisseau annuel projeté dans son plan général. Il ne savait rien encore üu résultat des expéditions vrécédentes, et devait procéder sur la présomption que toutes choses s'étaient accomplies conformément à ses instructions. Il équipa donc un beau navire de quatre cent quatre-vingt-dixueuf tonneaux , aommé le Castor, et le chargea d'une ample cargaison pour ravitailier la factorerie de l'embouchure de la Colombia ainsi que l'établissement russe, et pour trafiquer le long des côtes. Il embarqua dans ce vaisseau un renfort composé d’un Partner, de cinq Clercs, de quinze ouvriers américains et de six Voyageurs canadiens. En choisissant ses agents pour la première expédition, M. Astor avait été obligé d'avoir recours a des sujets anglais, expérimentés dans le commerce canadien des fourrures. Dorénavant, c’était son intention d'employer autant que possible

des Américains , afin d'assurer l'influence amcricaine dans les affaires de la Compagnie, et de rendre son entreprise tout-à-fait nationale.

En conséquence, M. John Clarke, le Partner chargé de diriger la présente expédition, était natif des États-Unis; cependant il avait passé unie grande partie de sa vie dans le Nord-ouest, ayant été employé dans le commerce des fourrures depuis l’âge de seize ans. La plupart des €lercs étaient des jeunes gens de bonne famille des cités américaines, les uns attirés par l’espoir du in, les autres poussés par l'esprit aventureux ordinaire à la jeunesse.

Les instructions données par M. Astor au capitaine Sowle, commandant du Castor, étaient à quelques égards hypothétiques, à cause de lPincertitude qui régnait sur les précédentes opérations de l’entreprise. Il devait toucher aux îles Sandwich , s’enquérir de la fortune du Tonquin, et savoir si un établissement avait été formé à l'embouchure de la Colombia. S'il en étaitsainsi, il devait s’y rendre après avoir pris à son bord autant d’insulaires que son vaisseau en pourrait contenir. En arrivant à l'embouchure de la rivière, il devait observer les plus grandes précautions, car même si un établissement y avait été formé, il pouvait être tombé entre des mains ennemies. Le capitaine Sowle devait donc pénétrer

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ASTORIA. 149 dans le havre comme par hasard ou par détresse, se faire passer pour un marchand côtier, et ne pas dire que son vaisseau appartenait à M. Astor avant de s'être assuré que tout était parfaitement en ordre. Dans ce dernier cas, il devait débarquer la partie de sa cargaison nécessaire à l’établissement, puis continucr jusqu'à New-Archangel avéc les provisions destinées âu poste des Russes, dont il devait recevoir des pelleteries en paiement. Il devait retourner avec celles-ci à Astoria, préndre les fourrures qui y auraient été recueillies, et ayant complété sa cargaison en trafiquant le long de la côte, se rendre à Canton. Enfin il était invité, comme le capitaine Thorn l'avait été, à user de la plus grande circonspection envers les Naturels, et à ne pas permettre à plus de deux ou trois de se trouver en même temps sur son bord.

Le Castor fit voile de New-York le 10 octobre 1811 ctatteignit les iles Sandwich sans aucun évéuement remarquable. Des rumeurs y circulaient sur le destin désistreux du Toncuin. Tous ceux qui montaient le Castor ressentirent, les entendant, une profonde inquiétude sur le sort des deux expéditions maritime et terrestre. On doutait s'il avait été formé aucun établissement l'embouchure de la Colombia, et si l’on y trouverait aucun membre de la Compagnie. Après beaucoup de délibérations, le Capitaine prit à bord

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