‹ Voyages dans les contrées désertes de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 28 sur 83 · ON · texte numérisé non relu

ON

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ASTORIA, 15 qu'on entendit le cri d'alarme : « les Indiens ! » — « Aux armes! » répondit-on de toutes parts ; et en un instant chaque homme fut à son poste. On apprit bientôt la cause de l'alerte. Un parti de guerriers shoshouies ayant surpris un canot de Naturels, juste au-dessous du campement, avaient massacré quatre hommes et deux femmes. On craignait qu'ils ne voulussent attaquer le camp. Les bateaux et les canots furent immédiatement halés sur le rivage. On les disposa avec les paquets de marchandises pour servi: de parapets sur trois côtés d'un carré dont la rivière formait le quatrième. La caravane resta ainsi fortifiée et sur ses gardes Gurant toute la nuit.

Cependant l'aurore dissipa les alarmes : le portage s’accomplit pacifiquement. Les guerriers vagabonds du voisinage rôdaient bien à l'entour des travailleurs , mais ils étaient maintenus à une distance respectueuse. Ils regardaient les paquets de marchandises d’un œil de convoitise; mais trouvant les Longues-barbes si nombreux ct si bien préparés au combat, ils n’essayèrent ni par adresse ni par force, de lever leurs droits habituels. Leur conduite pacifique fut récompensée par un présent de tabac.

Quinze jours furent employés à monter du bas du premier rapide au sommet de la cataracte ,

distance d'environ vingt-sept lienes, mais remplie

de toutes sortes d'obstacles. Ayant heureuscment accompli ce diflicile portage, nos voyageurs arrivérent le 19 juillet, à l'endroit où la rivière redevient lrauquille, et poursuivirent leur route en remontant le courant avec plus de vitesse et moins de fatigue.

On se trouvait alors aux environs du heu où M. Crooks et John Day avaient été si traitreusement dépouillés, quelques mois auparavant, quand ils s'étaient confiés à l'hospitalité que leur offrait une bande de scélérats, On eut ';. " soin, en débarquant le soir, d'établir une garde vigilanie autour du camp. Le lendemain matin, pendant le déjeuner, un certain nombre d’Indiens parurent, et vinrent rôder autour de la troupe. À sa grande satisfaction, M. Crooks reconnut parmi eux deux des mécréants qui l'avaient volé. Ils furent à Pinslant saisis et jetés, pieds et poings liés, dans un des canots. Là, ils gisaient en grande terreur, s’attendant à une exécution sommaire. Cependant M. Crooks n’était pas d’une disposition vindicative. Il consentit à relâcher les coupables si on lui rendait ce qui lui avait été enlevé. Plusieurs Sauvages partirent immédiatement dans différentes directions : avant la nuit les fusils de Crooks et de John Day furent rapportés, mais plusieurs des petits objets qui leur avaient été

dérobés ne purent être recouvrés,

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On ôta alors les liens des coupables , et ils ne perdirent pas un instant pour s'enfuir. Remplis de la terreur la plus abjecte, ils paraissaient ne pas pouvoir croire à leur délivrance.

De chaque côté de la rivièrele pays commençait à prendre un caractere nouveau. Les monts, les rochers et les forêts disparaissaient. De vastes plaincs sablonneuses, à peine couvertes çà-et-là d’une d'herbe courte ct brûlée par le soleil d’été, s'étendaient au loin vers le sud et vers le nord. La rivière était quelquefois obstruée de rochers et de rapides, mais souvent il y avait des espaces tranquilles où le courant était peu fort, ct où les bateliers pouvaient alléger leur travail par l'assistance de la voile.

Les Naturels de cette partie de la Colombia résidaient tous sur la rive septentrionale. [Is étaient chasseurs aussi bien que pêcheurs, et avaient des chevaux en abondance. Quelques-uns de ceux-ci furent achetés et tués sur la place, pour servir de vivres; mais on eut de la peine à se procurer du combustible pour les faire cuire. Un des plus grands dangers pour nos voyageurs, dans cette partie de leur expédition, provenait du grand nombre de serpents à sonnettes qui infestaient les rocs et les portages, et sur lesquels on risquait de marcher. On en trouvait souvent une multitude autour des campements.

Dans un endroit on apergut un nid de ces dangereux reptiles, qui, roulés ensemble, se. chautfaient aux rayons du soleil. Ou leur tira plusienrs coups de fusil, chargés à plomb, et on en tua ou blessa trente-sept. Pour éviter durant la nuit leurs visites, uos voyageurs semaient quelquefois autour de leurs tentes du tabac, plante pour laquelle ces serpents ont une aversion très prononcée.

Le 28 juillet nos voyageurs arrivèrent à l’embouchure de la Wallah-Wallah.Cette rivière, belle et claire, profonde d’à peu près six pieds, large d'environ cent cinquante, coule rapidement sur un lit de sable et de gravier ; elle se jette dans la Colombia, à peu de milles au-dessous de la riviere Lewis. C’est là que les divers détachements qui avaient si long-temps voyagé ensemble, devaieut se séparer pour se rendre chacun à sa destination particulière.

Sur les bords de la Wallah-Wallah vivait la tribu hospitalière qui avait secouru M. Crooks et John Day dans le temps de leur misère. Aussitôt que ces bons Indiens apprirent l’arrivée de la caravane, ils se hâtérent d'aller leur donner la bien-venne. I firent devant le camp un grand feu de joie antour duquel'ils se mirent tous à danser. Les Wallah-Wallahs sont cavaliers, mais l’équipement de teurs chevaux est lonrd et incommode.

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ASTORIA. 150 Leurs selles élevées, grossièrement faites de peau de daim et garnies de crin, échauffent le dos du cheval et le mettent à vif: leurs étriers sont de bois et entourés d’une courroie de cuir cru ; pour brides ils ont des cordes de crin tressé, qu'ils attachent autour de la mâchoire inféricure.

Cavaliers hardis, mais durs, comine la plupart des Indiens, ils font galoper leurs chevaux dans les endroits les plus dangereux, sans pitié pour leurs montures et sans craintes pour eux-mêmes.

M. Stuart leur acheta vingt chevaux, destinés eu partie à la selle, en partie à porter les bagages. Il eut le bonheur de se procurer, pour son propre usage, un noble animal qui était extrémement estimé par les Indiens à cause de sa grande vitesse et de sa vigueur remarquable. Personne n’entend la valeur des chevaux mieux que ces Sanvages équestres, et nulle part la vitesse n'est plus recherchée, car ils vont souvent à la chasse de l’antilope, l’un des animaux les plus rapides. Mëme après avoir conclu son marché, l’'Indien qui avait vendu à M. Stuart ce bon coursier, resta longtemps près de l'animal, et ne s’en sépara qu'avec le plus vif regret.

M. Stuart employa un jour où deux à arranger des paquets, des bâts, et à faire divers préparatifs pour son dangereux voyage. Par la perte de John Day, sa troupe était réduite à six homines, nom-

bre bien pelit pour une telle expédition. Cepen-

dant c'étaient des jeunes gens pleins d’audace, de

santé, de bonnc humeur, ct stimulés plutôt que

découragés par les périls.

Dans la matinée du 31 juillet, tous les préparatifs élant terminés, M. Stuart et sa pelite troupe montérent sur leurs coursiers et prirent congé de leurs camarades, qui les saluèrent de trois cordiales acclamalions. La route qu'ils prirent se dirigeait au sud-ouest, vers la région malencontreuse de la rivière des Serpents. À une immensé distance s'élevait une rangée de montagnes chenues qu’ils devaient avoir à traverser, et qui, d’après leurs teintes azurées, quand on les voit de loin, avaient recu le nom de Montagnes Bleues ; c’étaient celles où l'expédition de M. Hunt avait tant soultert du froid.

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