LL. II
alors qu'à tromper les espérances des hommes ei des chevaux, car on n'y trouvait plus qu'une aride poussière.
Durant une longue journée d’été nos voyageur: pousserent en avant sans s'arrêter. Le soleil étincelait sur leurs têtes ; le désert desséché s’étendait sous leurs pieds : il faisait juste assez de vent pour soulever le sable fin des dunes, et pour envelopper bêtes et gens d’un nuage étouflant de poussière. Les souffrances de la soif devinrent cruelles. Un beau et jeune chien, leur seul compagnon de cette espèce, se coucha sur la terre et expira. Le soir s'approchait sans aucune apparence de soulagement , et ils étaient presque réduits au désespoir, quand ils crurent apercevoir à l’horizon une rangée d'arbres. Cette vue les remplit tous d'espérance : ils savaient que, dans ces arides déserts, il n’y a jamais d’arbres que dans le voisinage de l’eau.
Ils hâtèrent le pas. Les chevaux semblaient comprendre leurs motifs et partager leur espoir, car, quoiqu'ils eussent paru prêts à tomber de fatigue, on n'avait plus besoin de les exciter. Malgré tous leurs efforts il était tard dans la nuit avant qu'ils fussent arrivés au lieu désiré. En approchant ils entendirent, avec transport , le murmure d’un ruisseau. Aussitôt que ce bruit rafraichissant atteignit les oreilles des chevaux ,
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ASTORIA. 163 les pauvres bêtes reniflérent , se précipitérent en avant avec une vitesse qu’il était impossible de réprimer , et plongeant leurs naseaux dans l’eau en burent presque jusqu’à crever. Les cavaliers ne montrèrent guère plus de discrétion, et il leur fallut boire à plusieurs reprises pour apaiser leur soif excessive. Cette fatigante journée avait été de quinze lieues , dans un désert qui pouvait rivaliser, pour laridité, avec ceux de l'Afrique. Souvent, en eflet, les souffrances des voyageurs sont plus grandes dans ces déserts américains que dans ceux d'Afrique ou d'Asie, parce qu’on est moins habitué et moins préparé à lutter contre des difficultés de cette nature.
Nos voyageurs campèrent pour la nuit auprès de ce ruisseau bienheureux, et leur fatigue avait été si grande, leur sommeil était si profond et si doux, qu’ils ne s’éveillèrent le lendemain que fort tard. Ils reconnurent alors que cette petite rivière était l’'Umatalla, sur les bords de laquelle M. Hunt et ses compagnons étaient arrivés après leur pénible marche à travers les montagnes Bleues, et où ils avaient recu des secours si empressés dans le camp hospitalier des Sciatogas. C’est parmi ces montagnes que le pauvre Michael Carrière avait péri.
Bornant au sud-est la grande plaine de la Colom-
bia, elles divisent les eaux du cours principal de
cette rivicre et celles de la rivière Lewis. Elles foni partie d’une longue chaine qui s'élend sur une vaste étendue de pays, et qui comprend dans ses anneaux les montognes de la rivière des Serpents. Le jour était déjà avancé quand nos aventuriers quittèrent les bords ombreux de l'Umatalla. Leur route les amenait graduellement parmi les Montagnes Bleues, qui prenaient un aspect de plus en plus sauvage à mesure qu'on en £-vochait. Elles étaient ombragées de forêts épaisses, et coupées de ravins escarpés extrêmement fatigants pour les chevaux. Quelquefois les voyageurs étaient obligés de suivre le cours d’un torrent mugissant
que les rochers abrupts des deux rives les for-
caïent souvent à traverser ct à retraverser. Depuis plusieurs milles ils parcouraient péniblement ces sombres défilés, quand tout-à-coup le paysage entier changea comme par magie. Les âpres montagnes, les ravins raboteux, s’adoucirent en charmants coteaux, séparés par des prairies verdoyantes, où des ruisseaux serpentaient en étincelant et en murmurant sur un lit de sable : spectacle enchanté de fraicheur pastorale, qui paraissait avoir encore plus de charmes quand on le contemplait du sein d’une région si affreusement sauvage.
En sortant de la chaîne des Montagnes Bleues, on descendit dans une vaste plaine presque entiè-
en Iles pées
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