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ASTORIA. 165 rement plate, et qui pouvait avoir vingt lieues de circonférence. Le sol en était excellent, et de jolis ruisseaux la traversaient dans tous les sens. Leur cours était marqué, dans le vaste paysage, par des lignes serpentantes de cotonniers et de saules qui en bordaient les rives, et qui servaient de provisions à un grand nombre de castors et de loutres.
En traversant cette plaine, on rencontra, au pied des coteaux, une grande mare d’eau, de deux cent soixante-dix mètres de circonférence. Elle était alimentée par une source sulfureuse, d’environ dix pieds de diamètre, qui bouillait dans l'an des coins de la mare. Les vapeurs qui s'en élevaient étaient extrêmement désagréables et empestaient l'air à une grande distance. Cet endroit était très-fréquenté par les élans, dont les montagnes adjacentesrenfermentun nombre considérable. Leurs cornes, qui tombent au. printemps, étaient semées autour de la mare dans toutes les directions.
Le 10 août, on atteignit le cours principal de Wood-pile-creek, cette petite rivière que M. Hunt avait remontée l’année précédente, peu de temps après avoir quitté M. Crooks,
Sur le bord de cette rivière, on aperçut un lroupeau de dix-neuf antilopes, vue si peu ordinaire dans celte région, que nos voyageurs mi-
rent en doute l'évidence de leurs sens. Ils essaycrent, par toute sorte de moyens, de s’en approcher à portée : mais ces animaux étaient trop farouches et trop légers pour qu’on püt y réussir. Après avoir alternativement bondi jusqu’à une certaine distance, et s’être arrêtés à regarder les chasseurs avec une curiosité capricieuse, ils décampèrent et s’enfuirent à perte de vue.
Le 12 août, on arriva sur le bord de la rivière des Serpents, scène de tant d'épreuves et de misère pour tous les membres de la troupe, M. Stuart excepté. On rencontra cette rivière au-dessus de l’endroit où elle entre dans les montagnes, à travers lesquelles MM. Hunt et Crooks s'étaient en vain efforcés de trouver un passage. À cette place, la rivière a environ trois ceut soixante mètres de largeur. Elle coule rapidement entre des bords élevés et sablonneux, qui sont garnis ca et là de saules rabougris. Nos aventuriers remontérent la rive méridionale, afin d’aller visiter les caches faites par M. Hunt à la Chaudière.
Dans la seconde soirée un Indien serpent visita le camp, à une heure avancée, et informaM. Stuart qu’un homme blanc résidait dans l’un des campements de sa tribu, à environ une journée plus haut sur la riviére. On conclut immédiatement que ce devait être un des pauvres diables qui, épuisés de fatigue et de faim, avaient renoncé,
ASTORIA. 167 l'hiver précédent, à suivre la caravane de M. Hunt. Tous les hommes de M. Stuart ayant pris leur part des souffrances de cette époque, étaient maintenant empressés d'aller secourir un camarade perdu. En conséquence, le lendemain matin, On poussa en avant avec une activité plus qu'ordinaire. Cependant, toute la journée se passa sans qu'on découvrit la moindre trace d'aucun trainard.
Vers le soir du second jour, on arriva dans un endroit où coulait, de l’est à l’ouest, une large rivière, renommée parmi toutes les tribus errantes des Serpents, à cause des saumons qu’on y prend en quantité incroyable. Durant la saison de la pêche les Indiens y arrivent de tous les côtés pour faire provision de poisson, qui forme leur principale nourriture avec quelques racines alimentaires.
Sur le bord d’un ruisseau qui débouche en cet endroit dans la rivière des Serpents, M. Stuart trouva un camp de Shoshouies. IL y fit l’enquêète ordinaire concernant l’homme blanc dont on lui avait parlé. Il n’y avait personne de cette couleur parmi eux ; mais ils répondirent que des hommes blancs résidaient avec quelques membres de leur ualion de l’autre côté de la rivière. C'était une information encore plus encourageante, M. Crooks espéra alors que ce pouvaient être les hommes de
sa troupe qui, démoralisés par les fatigues et par les périls, avaient préféré rester parmi les Indiens. D’autres pensaient que c’étaient peut-être M. Miller et les chasseurs qui avaient quitté la caravane au Fort Henri, pour trapper parmi les rivières des montagnes. M. Stuart fit halte dans le voisinage des loges des Shoshonies, et envoya un Indien de l’autre côté de la rivière, pour chercher les hommes blancs en question, et les amener au camp.
Nos voyageurs passèrent une nuit agilée et sans repos. La place fourmillait de moustiques, dont les aiguillons et le bourdonnement interdisaient tout sommeil. L’aurore les trouva dans une disposition fiévreuse, irritable, et leur bile s’échauffa tout-à-fait au retour de l’Indien, qui
ne rapportaitaucune nouvelle des hommes blancs.
Ils se regardèreut alors comme dupes de la fausseté indienne, et résolurent de ne plus accorder de confiance à aucun Serpent. Cependant ils oublièrent bientôt cette résolution. Dans le courant de la matinée, un Indien courut au galop après eux. M. Stuart s'arrêta pour l’attendre. À peine l’Indien l’eut-il joint que, sautant à bas de son cheval et jetant ses bras autour du cou de celui de M. Stuart, il commença à baiser et à caresser l'animal, qui, de son côté, ne paraissait aucunement surpris ni fâché. M, Stuart estimait
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beaucoup sa monture et se senti quelque peu cobtrarié de ces trassports. La canse en fut bientôt expliquée. Le Serpent déclara que le cheval lui avait appartenu, que c'était le meilleur qu'il possédât, et qu'il lui avait été volé par les Wallah- Wallahs. M. Stuart, peu satisfait de cette reconvaissance, n'était nullement disposé à admettre les droits de l’ancien possesseur. En effet ce cheval était un noble animal, doux et généreux, admirablement conformé, gracieux dans tous ses mouvements, et léger comme une antilope.
M. Stuart se proposait de le mener, s'il était possible, à New-York, et d’en faire présent à M. Astor.
Cependant quelques hommes de la brigade, arrivant sur le lieu de la scène, reconnurent immédiatement dans le Serpent un ancien allié ct ami. C'était un de ces deux guides qui avaient conduit la caravane à travers les montagnes de la rivière Enragée jusqu'au fort Henry, et qui ensuite étaient partis avec M. Miller et les trappeurs, ses camarades, pour: les conduire dans un endroit abondant en castors. Le lecteur se rappellera que ces deux fidèles Serpents avaient été engagés par M. Hunt à revenir et à prendre soim des chevaux qu’il se proposait de laisser au fort Henry, en s’'embarquant sur la rivière du même nom,
Les hommes de M. Stuart entourerent alors le Serpent et commencèrent à le questionner avec empressement. Ses réponses étaient assez vagues et n'étaient comprises qu'en partie. Il raconta sur les chevaux une longue histoire, dont il paraissait résulter qu'ils avaient été volés par différentes bandes vagabondes, et dispersés dans diverses directions. Les caches du Fort Henry avaient aussi été pillées, et l’on avait emporté les selles avec les autres objets d'équipement. Le récit du Serpent concernant M. Miller et ses camarades n’était pas plus satisfaisant. [ls avaient trappé pendant quelque temps sur les rivières supérieures, mais ils étaient tombés entre les mains d’une troupe de maraudeurs corneilles , qui les avaient dépouillés de leurs chevaux, de leurs armes et de tout ce qu'ils possédaient.
De nouvelles questions amenîrent de nouveaux détails tous d’une nature désastreuse. Environ dix jours auparavant, lhonnête Serpent avait rencontré trois autres hommes blancs, dans un état très misérable. Ils avaient chacun un cheval, mais une seule carabine à eux trois. Ils avaient été également pillés par les Corneilles, ces brigands universels, Le Serpent essaya de prononcer les noms de ces trois hommes, et autant que ses sous tmparfaits purent être enten-
dus, où supposa que c'étaient trois des quatre
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ASFORIA, 171 chasseurs, Carson, Saint-Michael, Detayé et Delaunay, qui avaient été détachés de la caravane de M. Hunt le 28 septembre, pour trapper le castor sur les eaux supérieures de la Colombia.
Dans le cours de la conversation, l’Indien informa M. Stuart que la route par laquelle M. Hunt avait traversé les Montagnes Rocheuses était fort pénible, fort détournée, et qu'il en connaissait une beaucoup plus courte et beaucoup plus facile. M. Stuart le pressa de lui servir de guide, promettant de le récompenser avec un pistolet, de la poudre et des balles, un couteau, une alène, quelques grains de verre bleus, une couverture et un miroir. Un tel catalogue de richesses était trop tentant pour qu'on püt y résister ; d'ailleurs le pauvre Serpent soupirait après les prairies. Il était fatigué de saumon ; il mourait d'envie de faire une grande chasse au delà des Montagnes et de manger de la chair de bison. Il alla donc en diligence chercher ses armes et son équipement pour le voyage, promettant de rejoindre les Blancs le lendemain. Il tint parole, et comme il ne dit plus rien à M. Stuart au sujet de son cheval chéri, ls voyagerent ensemble en boune harmouie, quoique de temps en temps le Serpent jetàt un regard de couvoilise sur son ei-devant coursier.
Es n'avaient pas encore fait beaucoup de che
min quand ls arriserent à une grande courbe de
la rivière. Là, le Serpent les informa qu'en coupant à travers les collines ils raccourciraient beaucoup leur route. Cependant, comme il fallait une bonne journée de marche pour les traverser, il engagea M. Stuart à camper en cet endroit pour la nuit et à partir le lendemain de boune heure. On suivit son avis, quoiqu'on n’eût fait que trois lieues ce jour-là.
Le lendemain on se leva gaiement et de bon matin pour gravir les collines. Quand la petite troupe se réunit, le guide n'était pas présent. On supposa qu'il était quelque part dans le voisinage, et on s’occupa de rassembler les chevaux. Mais l'excellent coursier de M. Stuart ne se trouvait pas non plus. Un soupçon s’éleva dans son esprit, il s'écria : « Cherchez le cheval du Serpent!» Il était également parti. Bientôt on trouva les traces de deux chevaux qui s'étaient éloignés du camp à la suite l'un de l'autre. Il semblait que lun d'eux füt monté, l’autre mené. On suivit ces pistes pendant quelques milles, jusqu’à Pendroit où toutes deux entraient dans la rivière. Il était clair que le Serpent avait employé un moyen indien de recouvrer son cheval, en décampant tranquillement avec lui pendant la nuit.
On fit, de nouveau, le vœu de ne se fier jamais aux Seérpents, ni à aucun autre Indien.
On se détermina aussi à garder dorénavant les
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chevaux avec la plus grande vigilance, et à diviser la nuit en trois veilles durant lesquelles chacun mouterait la garde à son tour. On résolut, enfin, de marcher le long de la rivière, au lieu de couper court comme l'avait recommandé le Serpent fugitif, car on n'ajoutait plus foi à aucune de ses paroles. La chaleur était accablante et les chevaux devenaient quelquefois presque frénétiques , sous les aiguillons des mouches de la prairie. Les nuits étaient suffocantes, et l’on ne pouvait dormir à eause du grand nombre de moustiques. Le 20 août, on continua à avancer dans la prairie, parallèlement à la rivière des Serpents. Le temps était lourd, et quelques hommes de la troupe, mourant de soif, quittèrent la ligne de marche et se laissèrent dégringoler le long de la berge de la rivière pour aller boire. La berge était couverte de saules sous lesquels, à leur grande surprise, ils virent un homme en train de pêcher. À peine les eut-il apercus, qu'il poussa une exclamation de joie. C'était John Hoback, un de leurs anciens camarades. Ils avaient à peine échangé leurs salutations quand trois autres hommes s’avancerent du milieu des saules. C'étaient Joseph Miller, Jacob Rizner et Robinson, le Kentuckien scalpé, le vétéran du Terrain Sanglant.
Le lecteur se rappelle peut-être de quelle
manière inattendue et capricieuse M. Miller avait renoncé à son intérêt, comme partner de la Compagnie, et s’en était allé du Fort Henry, avec ces trois chasseurs, et avec un quatrième nommé Cass. On peut pareillement reconnaitre dans Robinson, Rizner et Hoback le trio de chasseurs kentuckiens qui avaient été originairement au service de M. Henry, et qui, flottant sur le Missouri, pour retourner chez ceux, avaient été rencontrés par M. Hunt et décidés par lui à l'accompagner et à traverser encore une fois Îles Montagnes. Les haillons, les visages hagards de ces pauvres gens, prouvaient combien ils avaient souffert. Après avoir quitté la caravane de M. Hunt ils avaient fuit environ soixante-six lieues vers le sud-ouest. Là ils avaient trappé le castor sur une rivière qui, suivant leur récit, déboucherait dans l'Océan au sud de la Colombia, mais que nous supposons être la rivière de l'Ours. Cette rivière se décharge dans le lac Bonneville, immense réservoir d’eau salée, situé à l’ouest des Montagnes Rocheuses.
Ayart rassemblé une quantité considérable de peaux de castor, ils en firent des paquets, chargèrent leurs chevaux, et se dirigèrent vers l’est pendant soixante-huit lieues. Alors ils rencontrérent un camp de soixante loges d'Arapahays. Ces brigands, tombant sur les pauvres trappeurs,
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ASTORIA 170 leur prirent leurs pelleteries, la plus grande partie de leurs habits, et plusieurs de leurs chevaux. S’estimant heureux de s'échapper avec la vie sauve , et de n'être point entièrement dépouillés, nos aventuriers avancèrent encore pendant seize lieues , et firent leur halte pour l'hiver.
De bonne heure, au printemps, ils recommencerent leur pérégrination ; mais ils furent malheureusement rattrapés par la même bande de voleurs, qui leur firent payer une nouvelle contribution et enlevèrent le reste de leurs chevaux , excepté deux. Ils continuérent à avancer avec ceux-ci, en proie à de grandes souffrances. Ils avaient encore leurs carabines et des munitions, mais ils étaient dans un pays désert, où l'on ne pouvait trouver ni oiseaux ni quadrupèdes. Leur seule chance de salut était de suivre la rivière, et de subsister de leur pêche. Quelquefois ils ne pouvaient prendre aucun poisson, et leurs souffrances étaient horribles. Un de leurs chevaux leur fut volé dans les montagnes par les Indiens serpents. L'autre fut emmené par Cass, qui, d’après leur récit, « les abandonna vilainement dans leur misère. » Certains soupçons d’une sombre nature circulèrent ensuite relativement au destin de ce pauvre diable; s’ilsétaient bien fondés, cela prouverait à quel état désespéré de famine Ses camarades avaient été réduits.
Se trouvant alors complétement démontés, M. Milleret ses trois compagnons errérent encore durant une centaine de lieues, souffrant la faim, la soif, la fatigue, en traversant les solitudes stériles qui s'étendent à l’ouest des Montagnes Rochenses. Lorsriue la troupe de M. Stuart les rencontra ils étaient presqu’affamés , et péchaient pour se proeurer un misérable repas. Si M. Stuart avait coupé au plus court, à travers les collines, pour éviter la courbe de la rivière, ou si quelqu'un de sa troupe n’était pas accidentellement descendu sur le bord de l’eau, ces pauvres gens n'auraient point été découverts et auraient probablement péri dans la solitude. Rien ne peut peindre la joie qu'ils
ressentirent en rencontrant ainsi d'anciens cama-
races; rien ne peut surpasser la cordialité avec ti laquelle ils furent recus. On campa immédiate- # ment, et les maigres provisions de li brigade y furent mises à contribution pour fournir un S régal convenable. al Le lendemain, tous nos aventuriers partirent ensemble, M. Miller et ses camarades ayant les résolu de renoncer à la vie de trappeur, et d'ac- ck compagner M. Stuart dans son voyage à Saint- d' Louis. | ; ï ; tu
Pendant plusieurs jours ils cotoytrent la ri- 4 vière des Serpents, en coupant quelquefois à tra- ”
vers les collines, dans les endroits où la rivière
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faisait des courbes. Ils rencontrèrent dans cet intervalle plusieurs camps de Shoshonies, qui purent à peine leur fournir quelques saumons, tant ils étaient misérables eux-mêmes. M. Stuart désiait vivement acheter des chevaux pour ses nouvelles recrues, mais les Indiens ne se laissèrent pas décider à fui en vendre, alléguant qu'ils n’en avaient pas assez pour leur propre usage.
Le 25 août, nos voyageurs atteignirent une grande pécherie à laquelle ils donnèrent le nom de Chutes du saumon. Là, dans la partie septentrionale de la rivière se trouve une chute perpendiculaire de près de vingt pieds, tandis que du côté méridional il y a une succession de rapides. On prend, en cet endroit, une incroyable quantité de saumons, lorsqu'ils essaient de franchir la cataracte. C'était alors la saison favorable, et il y avait aux environs une centaine de loges de Shoshonies, qui s’occupaient activement de tuer et de sécher le poisson. Le saumon commence à sauter peu après le lever du soleil. À cette époque, les Indiens arrivent en nageant au milieu des chutes. Quelques-uns se placent sur des rochers, d’autres restent debout dans l’eau jusqu’à la ceinture, et tous, armés de lances, harponnent les saumons lorsqu'ils essayent de sauter, ou lorsqu'ils retombent en arrière. C’est un massacre continuel, tant le poisson arrive en abondance.
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La construction de la lance destinée à cet usage est toute particulière. Elle est armée d'un morceau de corne d’élan, droit, et loug d'environ sept pouces, sur la pointe duquel une barbe artilicielle est fixée avec du fil bien gommé. Ce fer est attaché par une forte corde, de quelques pouces de longueur, à une grande perche de saule. Quand le pêcheur frappe juste, le fer de la lance traverse souvent le corps du poisson. Il se détache ensuite facilement, et laisse le saumon se débattre avec la corde dans son corps, tandis que le pêcheur tient la perche. Sans cet arrangement, la baguette de saule serait cassée par le poids et par les secousses du poisson. M. Miller, pendant ses courses vagabondes, avait déjà visité cette cataracte, et y avait vu prendre plusieurs milliers de saumons dans uue scale après-midi. Il déclara avoir vu un saumon faire un saut de près detrente pieds, depuis l'endroit où l’eau commence à écumer jusqu’au sommet de la chute.
Ayant acheté aux pêcheurs une bonne provision de saumon, uos voyageurs poursuivirent leur route, et, le 29 août, arrivèrent à la Chau dière, théâtre mémorable des malheurs de l'automne précédent. La, le premier objet qui frappa leurs regards fut la carcasse d’un canot, logée entre deux rochers. Ils essayèrent de descendre sur le bord de la rivière pour en approcher ,
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ASTORIA. 171) mais la berge était trop haute et trop escarpée.
Ils se rendirent alors dans l'endroit où étaient situées les caches, afin d'y prendre les objets qui appartenaient à M. Crooks, à M. Mac Lellan et aux ( ‘anadiens. En y arrivant, ils furent étonnés de trouver que six des caches avaient été ouvertes et vidées. Quelques livres étaient encore éparpillés aux environs. D’après les apparences, elles semblaient avoir été pillées dans le courant de l’été. 1! y avait dans toutes les directions des pistes de loup, ce qui fit croire à M. Stuart que ces animaux avaientété attirés par l'odeur des peaux contenues dans les caches, qu’ils les avaient déterrées, et que leurs traces en avaient fait connaître le secret aux Indiens.
Les trois caches restantes n'avaient point été visitées. Elles contenaient quelques marchandises sèches, quelques munitions, et un certain nombre de trappes à castors. M. Stuart y prit tout ce qui pouvait être utile à sa troupe, y déposa le superflu de son bagage, et y remit les livres et les papiers qui avaient été éparpillés aux environs. Cela fait, les ouvertures furent soigneusement rebouchées.
Ici nous avons à rapporter un autre exemple de l'esprit indomptable des trappeurs occidentaux. À peine le trio des chasseurs kentuckiens , Robinson, Rizner et Hoback, virent-ils à leur dis-
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position les objets nécessaires pour une cam pagne de trappage, qu’ils oublièrent tout ce qu'ils avaient déjà souffert, et se déterminèrent à tenter encore une fois la fortune. Ils préféraient courir les chances de la solitude plutôt que de retourner dans leur pays en haillons et sans argent. Quant à M. Miller, il déclara que sa curiosité et son désir de voyager dans le pays indien étaient complétement satisfaits. Il persista donc dans sa détermination d'accompagner l'expédition jusqu’à Saint- Louis, et de rentrer dans le sem de la société civilisée.
Les trois chasseurs, Robinson, Rizner et Hoback, reçurent, autant que le permettait l’état des caches et des moyens de M. Stuart, les munitions et les objets nécessaires « pour une chasse de deux ans ». Mais comme leur équipement était encore incomplet , ils résolurent d'attendre dans le voisinage l’arrivée de M. Reed. Ils espéraient qu'il ne tarderait point, car il devait se mettre en route pour les caches, vingt jours après avoir quitté M. Stuart, sur les bords de la Wallah-Wallah.
M. Stuart chargea Robinson de remettre à M. Reed une lettre, pour lui apprendre son heureuse arrivée en cet endroit, et l’état dans lequel il avait trouvé les caches. Un duplicata de cette lettre fut élevé sur une perche, et placé près du lieu de dépôt.
ASTORIA, 181 Toutes choses étant ainsi arrangées, M. Stuart et sa pelite bande, réduite au nombre de sept, prirent congé des trois hardis trappeurs, leur souhaitant toutes sortes de succès dans leur séjour périlleux au sein de la solitude. Nous les abandonnerons également à leur fortune, promettant au lecteur de les lui faire retrouver dans quelque page future, et de clore le récit de leur persévérante et malheureuse entreprise.
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