‹ Voyages dans les contrées désertes de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 34 sur 83 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

Ben Jones et l'ours gris. — Montagnes et torrents. — Traces de Mac Lellan. — Substances volcaniques. — Misérable état de Mac Lellan. — Famine. — Torrible proposition d’un homme affamé. — Prodigieux festin. — Tombes indiennes. — Serpents hospitaliers. -— Alliance éventuelle.

CoMME nos aventuriers se trouvaient alors dans un dangereux voisinage, où l'explosion d'un fusil pouvait attirer sur eux les Indiens, leur subsistance dépendait de leur vieille trappe à castor. La petite rivière sur laquelle ils étaient campés montrait beaucoup de signes de castor; et Ben Jones partit, au point du jour, afin de trouver un endroit favorable pour poser sa trappe. Comme il marchait le long des herges garnies de saules, il entendit du bruit derrière lui; et, se retournant, il aperçut un énorme ours gris qui s'avançait avec un srognement épouvantable. Le solide Kentuckien ne se laissait intimider ni par hommes ni par

bêtes. Epaulant sa carabine, il tira la gâchette:

l'ours fut blessé, mais non pas mortellement. Cependant, au lieu de se précipiter sur son adversaire, comme c'est lusage de cette espèce

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d'ours, il battit en retraite dans les buissons. Jones le suivit pendant quelque temps avec les précautions convenables, mais Martin l'ours lui échappa.

Comme il était fort probable qu'il faudrait rester plusieurs jours dans cet endroit, et comme les produits de la trappe à castor étaient trop précaires pour qu'on püt s'en contenter, il devint absolument indispensable de chasser dans le voisinage, au risque d’être découvert. Ben Jones obtint donc la perraission d'explorer les environs du camp avec sa carabine. Il partit pour battre les bords de la rivière à la barbe des ours et des Pieds-noirs. Au bout de quelques heures il revint fort satisfait. A yant rencontré, à deux lieues environ, un troupeau d’élans, il en avait tué cinq. Ce fut une joyeuse nouvelle, et toute la troupe le suivit immédiatement jusqu’à l'endroit où il avait laissé leurs corps. Il fallut supporter M. Crooks tout le long du chemin, car il était incapable de marcher. Nos voyageurs restèrent dans ce lieu pendaut deux ou trois jours, festoyant de bon cœur sur la chair d’élan, et faisant sécher tout ce qu’il leur était possible d'en emporter.

Le 5 octobre, quelques simples remèdes joints à une sueur indienne‘ avaient si bien profité

‘ Espèce de bain de vapeur, que lon obtient en jetant de

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à M. Crooks, qu'il était en état de marcher. Nos voyageurs se mirent donc en route, après avoir divisé entre eux son paquet et son équipement. Ils firent une courte journée de trois lieues vers le midi. Leur route, la plupart du temps, passait à travers des marais, formés par les travaux industrieux du castor : car ce petit animal avait barré de nombreux ruisseaux qui sortent des Mamelons Pilotes, de sorte que les terrains bas où ils coulent étaient entièrement inondés, Pendant cette marche, nos aventuriers tuërent un ours gris , dont les flancs étaient garnis d’une couche de graisse de plus de trois pouces d'épaisseur. C'était là une addition fort agréable à leur provision de chair d’élan. Le lendemain, M. Crooks avait repris assez de force pour porter sa carabine et ses pistolets. Le trajet de ce jour-là fut de six lieues sur le bord de la plaine. Leur voyage devenait de jour eu jour plus péuible et leurs souffrances plus cruelles. Enfin, en suivant le cours d’une rivière, ils traversèrent les âpres sommets des Mamelons Pilotes, où il y avait huit ou neuf pouces de neige. | Pendant plusieurs jours, ils continuèrent à franchir une succession de hauteurs formidables, de rapides torrents et de profondes vallées; ils l’eau sur des pierres chaudes, au-dessus desquelles se tient le patient, euveloppé d’une couverture.

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dirigeaient toujours leur course vers l’est autant qu'il leur était possible. Quelquefois un étroit sentier suivait le bord de précipices effrayants, et un seul faux pas aurait pu les précipiter dans le lit rocailleux d’un torrent qui mugissait au dessous d'eux. Enfin, une des parties les plus pénibles de leur tâche fatigante était de traverser à gué les nombreux détours des rivières glacées. La faim s’ajoutait à leurs autres souffrances, et devint bientôt la plus vive. La petite provision de chair d'ours et d’élan qu’ils avaient pu emporter en outre de leurs autres fardeaux ne leur servit que peu de temps. Dans leur impatience d’avancer, ils ne pouvaient guère chasser, et ils ne

trouvaient presque pas de gibier sur leur chemin.

Pendant trois jours, ils n’eurent à manger qu'un petit canard et quelques misérables truites. Ils voyaient de temps en temps un assez grand nombre d’antilopes, et ils essayèrent tous les moyens d’en approcher : mais ces timides animaux étaient encore plus sauvages qu'à l'ordinaire. Après avoir tenté pendant quelque temps les chasseurs affamés, tls bondissaient bien au-delà de toute chance de poursuite,

A la fin, nos aventuriers furent assez heureux pour en tuer un. Îl était extrêmement maigre, mais cependant ils en subsistèrent pendant plusieurs jours.

212 ASTORTA.

Le 11 octobre, ils campèrent sur le bord d'un ruisseau , au pied de la montagne de la rivière Espagnole. Là, ils virent des traces de Mac Lellan, cet être solitaire et capricieux, qui les devançait toujuurs à travers les monts déserts. Il avait campé la nuit précédente près de ce même “ruisseau. Ils trouvèrent encore les cendres chau- . des de son feu, et les restes d’un misérable loup dont il avait soupé. Il était évident qu'il avait souffert comme eux des tortures de la faim, mais à ce campement ils étaient moins heureux que lui, puisqu'ils w'avaient pas une seule bouchée à manger. Le lendemain matin ils se levèrent affamés, et partirent avec l'aurore pour gravir la montagne, qui étoit roide et difficile. Des traces de volcans se voyaient dans toutes les directions. Il ÿ avait aussi une espèce d'argile avec laquelle les Indiens font des pots, des jarres et des plats. Elle est très fine, très légère, d'une odeur agréable, d’une couleur bruuc tachée de jaune, et elle se délaie facilement dans la bouche. Les vases fabriqués avec cette argilecommuniquent, dit-on, une odeur et un goût agréables aux liqueurs qu'ils contiennent. Ces montagnes abondent aussi en craies de diverses couleurs. On y trouveprincipalement deux espèces d’ocre, l’une d'un rouge pâle, l'autre d'un rouge brillant comme le vermillon. Les Indiens seu servent beaucoup pour se peindre Le corps.

ASTORIA., 213 Vers midi, nos voyageurs atteiguirent les ruisseaux qui forment les eaux supérieures de la rivière Espagnole. Plus tard, dans la journée, ils descendirent dans la vallée entourée de montagues où se précipite la branche principale de cette rivière. Elle est peu profonde, mais large d'environ cent-cinquante*mètres. Là, les pauvres voyageurs exténués avaient espéré trouver des bisons en abondance, et durant leur pénible trajet avaient nourri leur imagination de côtes rôties, de bosses juteuses et de moelle grillée. A leur grand désappointement , les bords de la rivière étaient déserts. Quelques pistes indiquaient les endroits où avait passé, peu de temps auparavant, un troupeau de bisons ; mais pas une corne, pas une bosse, ne s’apercevail sur la stérile étendue ; seulement quelques antilopes regardaient les chasseurs, du haut des rochers, et décampaient hors de vue aussitôt qu’on s’efforçait d'en approcher.

Nos aventuriers faméliques continuèrent de marcher pendant plusieurs milles le long de la rivière, cherchant des pistes de castor. En ayant trouvé quelques-unes, ils campérent dans le voisinage, et Ben Jones s’occupa immédiatement de poser la trappe. Il n’y avait que peu de temps qu'ils avaient fait halte, lorsqu'ils apercurent une grande fumée au sud-ouest, Cette vuc les rempüii

de Joie. Ils penserent que cette fumée pouvait

venir d’un camp indien où il leur serait possible

de se procurer quelques vivres, car la crainte de la famine avait alors surmonté celle des Piedsnoirs. Leclerc, un des Canadiens, fut à l'instant .dépèché par M. Stuart pour faire une reconnaissance. Le reste de la *troupe resta sur pied une partie de la nuit, écoutant s’il revenait, et espérant qu'il pourrait rapporter de la nourriture. Minuit arriva, mais Leclerc ne reparut point, et nos gens se couchèrent pour dormir, en se consolant par l’espérance que leur vieille trappe pourrait leur fournir un castor pour déjeüner. + Au point du jour ils allèrent visiter la trappe, avec toute l’impatience de gens à jeun. Ils y trouvèrent la patte de devant d’un castor, dont la vue ne fit qu’irriter leur faim et redoubler leur abattement. Ils reprirent leur voyage d’un pas découragé. Bientôt ils apercurent Leclerc qui revenait vers eux. Ils se hâtèrent de le joindre, dans l’espérance d'apprendre quelque chose d’heureux. Il n'avait rien de tel à leur dire; seulement, il leur donua des nouvelles de Mac Lellan, cet étrange vagabond. La fumée venait de son campement,qui avait pris feu pendant qu’il était à une petite distance occupé à pêcher. Leclerc le trouva dans un triste état : sa pêche avait été malheureuse. Durant douze jours, qu'il avait erré seul à travers ces

ASTORIA . 215 montagnes sauvages, il avait à peine trouvé de quoi manger. Il avait été indisposé, éreinté, abattu; cependant il avait continué d'aller en avant : mais maintenant ses forces et son obstination étaient épuisées. Il exprima sa satisfaction d'apprendre que M. Stuart el sa troupe n'étaient pas loin, et dit qu’il attendrait leur arrivée dans son campement, espérant qu'ils pourraient lui donner quelque chose à manger, car, sans nourriture, il déclara qu’il ne serait pas capable d'aller plus loin.

Quand la brigade atteignit cet endroit, elle trpuva le pauvre diable étendu sur un peu d'herbe desséchée. IT était maigre comme un squelette, et si faible qu'il pouvait à peine lever la tête, ni parler. La présence de ses vieux camarades sembla le ranimer , mais ils n'avaient pas de vivres à lui donner, car eux-mêmes étaient presque morts de faim. Ils le pressèrent de se lever et de les accompagner. Il secoua sa tête. « À quoi bon! répondit-il; il n’y a point d'apparence de trouver de prompts secours, et sans cela je dois périr en route. Autaut vaut donc rester où je suis. » À la fin, après beaucoup d’instances, ils le mirent sur ses pieds; ils partagérent entre eux sa carabine et ses autres eflets, et l’aidèrent à marcher en l’encourageant. Is firent de la sorte six lieues

sur une plaine de sable, jusqu'à ce que voyant quelques antilopes à distance, ils campérent sur le bord d’un ruisseau. Tous ceux qui étaient capables de se trainer sortirent alors pour chasser, mais leurs efforts furent inutiles , et la nuit venue ils rentrèrent au camp désespérés.

Comme ils se préparaient pour la troisième fois à s'étendre par terre pour dormir, sans avoir une bouchée à manger, Leclerc, l’un des Canadiens, décharné et enragé par la faim, s’approcha de M. Stuart avec son fusil dans sa main. Ce n’était pas la peine, dit-il, d'essayer d’aller plus loin sans nourriture. Îls avaient devant eux une plaine stérile, dans laquelle on ne pourrait rien se procurer pendant trois ou quatre journées. Ils seraient morts de faim avant d’en avoir atteint le bout; il valait mieux que l’un d’eux mourût pour sauver les autres. Il proposa donc de tirer au sort celui qui devait être sacrifié; ajoutant, pour engager M. Stuart à y consentir, qu'il serait exempté de toute chance, en sa qualité de chef de la bande.

M. Stuart frissonna à cette horrible proposition, et essaya vainement de raisonner avec le malheureux. À la fin, saisissant son fusil, il le menaça de le tuer sur la place s’il persistait dans son dessein. Le misérable affamé tomba sur ses

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wenoux, lui demanda pardon dans les termes les plus abjects, et lui promit de ne plus jamais l’offenser par une semblable proposition.

La paix étant rétablie dans le misérable bivouac, chacun chercha le repos. M. Stuart était si épuisé par l'agitation de cette scène, qu’il eut à peine la force de se trainer sur sa misérable couche. Malgré ses fatigues , il passa une nuit sans sommeil, réfléchissant sur l’affreuse situation où ses compagnous et lui se trouvaient.

Le lendemain matin, avant le jour, ils étaient debout et en route. Ils n'étaient point retardés par le soin de préparer leur déjeuner, et rester en place, c’était périr. Cependant ils n'avancçaient que lentement, car ils étaient tous épuisés. Çà et là, ils apercevaient des crânes et des os de bisons, indices des grandes chasses qui avaient eu lien dans la saison précédente ; mais la vue de ces ossements semblait insulter à leur misère. Après avoir fait trois lieues dans la plaine, nos aventuriers monterent une rangée de collines et avaient à peine poussé une demi-lieue plus loin, quand, à leur grande joie, ils découvrirent «un vieux bison éreinté. » C’était probablement un trainard de quelque troupeau qui avait été chassé et harassé dans les montagnes. Ils se séparèrent tous aussitôt pour entourer l’animal solitaire et pour s'assurer de lui, car leur vie dépendait du succès. Apres

beaucoup de peines et d’anxiétés , ils réussirent enfin à le tuer. Ils l'écorchérent, le dépecèrent à l'instant, et leur faim était si violente, qu’ils dévorérent une partie de sa chair toute crue. Ils portèrent le reste auprès d’un ruisseau voisin, y campèrent, allumèrent un feu, et se mirent

à cuisiner,

M. Stuart craignait que dans leur état de jeûne ils ne mangeassent avec excès et ne se rendissent malades. I! fit faire une soupe avec une partie de la viande, et leur en fit prendre à chacun une ‘ertaine quantité, pour servir de prélude. Grâce à cette précaution, peut-être, ils purent manger durant une bonne partie de la nuit, sans qu’aucun d’eux eu fût incommodé.

Le lendemain matin, le festin recommenca.

Vers midi, se sentant rafraichis et restaurés, ils reprirent leur voyage avec une nouvelle vigueur. Ils dirigèrent leur course vers une montagne dont ils voyaient le sommet pyramider à l’est, et près de laquelle ils s’attendaient à trouver les eaux supérieures du Missouri.

Ils continuaient à rencontrer des squelettes de bisous, répandus sur la terre dans toutes les directions, et qui prouvaient que les Indiens avaient été heureux dans leurs chasses de la saison précédente. Plus loin ils croisèrent une large piste indienne, vieille d'environ quinze jours, et for-

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ASTORIA. 219 mant un sentier profond, qui se dirigeait vers le nord, Ils conclurent qu'elle devait avoir été faite par une bande nombreuse de Corneilles, qui, sans doute, avaient chassé aux environs durant la plus grande partie de l'été.

Le jour suivant, nos voyageurs traversèrent une rivière considérable, dont les bords étaient garnis de pins. Ils trouvèrent parmi ceux-ci les traces d'un vaste camp indien, qui avait été évidemment le quartier-général des chasseurs, comme le témoignait la grande quantité d'os de bisons répandus dans le voisinage. Ce camp, suivant les apparences, était abandonné depuis un mais.

Daos le centre se trouvait une loge singulière.

Elle était composée de vingt troncs d'arbres, d’environ uu pied de diamètre et quarante de hauteur, plantés de manière à former une circonférence de cent quarante pieds. Des branches de pins et de saules étaient entrelacées dans ces arbres, et fournissaient un abri suflisant. A l’extrémité occidentale, en face de la porte, trois corps étaient enterrés, les pieds tournés vers l’est. À la tête de chaque tombe, il y avait une branche de cèdre rouge (J'uniperus Firginiana, L.), solidement plantée en terre : au pied, se trouvait un énorme crâne de bison, peint en noir. Des ornements sauvages étaient suspendus:dans différentes parties de l'édifice, ainsi qu'un grand nom-

bre de mocassins d'enfants. D'après la grandeur

de ce bâtiment, d’après le temps et le travail qu'il

avait fallu pour le construire, on put conclure que les corps qu'il contenait devaient être ceux de guerriers et de chasseurs remarquables.

Le jour suivant, 17 octobre, on traversa deux larges affluents de la rivière Espagnole. Ils prenaient naissance dans les montagnes de la rivière du Vent, masses énormes et abruptes de rochers noirs qui s'étendaient vers l’est, presque entièrement dénués de bois et en beaucoup d’endroits couverts de neige. Dans cette journée on vit quelques hisons mâles et quelques antilopes, mais on n’en put tuer aucun, et les vivres commencèrent encore à devenir rares.

Le 18, après avoir traversé une rangée de mon- Lagues et une plaine, on passa à gué une des branches de la rivière Espagnole. En remontant sur la berge, on se trouva vis-à-vis d'environ cent trente Indiens serpents. [ls traitèrent nos voyageurs d’une manière amicale et les conduisirent à leur campement distant d'environ une lieue. Il se composait d'une quarantaine de wigwams, construites principalement avec des branches de pin. Ces Serpents, comme la plupart de ceux de leur tribu, étaient fort pauvres. Les maraudeurs Corneilles, dans leur dernière excursion à travers le pays, les avaient complétement dépouillés, em-

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menant leurs chevaux, plusieurs de leurs femmes et la plupart de leurs effets. Mais en dépit de leur pauvreté ils étaient extrêmement hospitaliers, et les voyageurs affamés furent bien venus dans leurs cabanes. Ils se procurèrent, pour quelques bagatelles, de la viande de bison et du cuir pour faire des mocassins, dont ils avaient grand besoin. Cependant ce qu’ils obtinrent de plus précieux, ce fut un cheval. C'était à la vérité une vieille rosse, mais c'était le seul qui restât aux pauvres Serpents, après la rafle faite par les Corneilles. Ils consentivent cependant à le donner à leurs hôtes pour un pistolet, une hache, un couteau, et quelques autres objets de peu de valeur.

Ils avaient de tristes histoires à raconter touchant les Corneilles, qui étaient campés près d'une rivière, à peu de distance vers l’est, et étaient si

nombreux que les Serpents n’osaient pas chercher à se venger de leurs outrages, ni essayer de re-

prendre un seul cheval ou une squaw. Ils s’eflorcèrent d’exciter l’indignation de leurs visiteurs par le récit des vols et des meurtres commis par les Corneilles et par les Pieds-noirs sur les chasseurs et les trappeurs blancs. Plusieurs de ces histoires n'étaient que le récit exagéré des violences souffertes par quelques-uns des membres éparpillés de l'expédition de M. Hunt; d’autres étaient, suivant toutes les probabilités, de pures

229 ASTORIA inventions, pour lesquelles les Serpents semblent avoir eu des dispositions assez remarquables. M. Stuart les assura que le jour n’était pas loin où les Blancs feraient sentir leur puissance à travers tout le pays, et tireraient une vengeance sigualée des auteurs de ces crimes. Les Serpents exprimèrent beaucoup de joie à cette assurance, et offrirent leurs services pour le soutien de la bonne cause. Ils se réjouissaient à la pensée d’entrer en campagne avec de si puissants auxiliaires, et rêvaient sans doute, à leur tour, le vol des chevaux et l’enlèévement des femmes. Leurs offres, bien entendu, furent acceptées; le calumet de paix fut apporté, et les deux puissances humiliées fumérent une éternelle arnitié entre elles et une vengeance terrible sur leurs ennemis communs, les Corneilles.

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