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vers le nord-est, devient la limite de séparation entre deux branches des rivières Longues-Cornes et Cheyenne, et les eaux supérieures qui affluent dans le Missouri, au-dessous de la contrée des Sioux.
La chaire qui s’étendait sur la droite de nos voyageurs étant alors devenue très basse, ils passérent par-dessus et arrivèrent dans une plaine unie qui avait environ trois lieues de circonférence. Le sol en était incrusté, à la profondeur d'un pied 67 !° dix-huit pouces, d’un sel aussi blanc que la . ige, provenant de nombreuses sources d’eau limpide, qui jaillissent continuellement, se répandent par-dessus leurs bords, et forment de superbes cristallisations. Les Indiens de l’intérieur aiment beaucoup cette espèce de sel, et se rendent dans cette vallée pour en recueillir ; mais les tribus de la côte ne peuvent le souffrir, et ne veulent rien manger des choses qu’il a servi à préparer.
Dans la soirée, nos voyageurs campèrent sur le bord d’une petite rivière, au milieu de la plaine découverte. Le vent du nord-est était glacial , et ils n'avaient rien pour faire du feu, excepté de misérables pousses de sauge ou d’absinthe. Ils furent obligés de s’envelopper dans leurs couvertures, et de s’entasser, de bonne heure, « dans leur nid. » Vers le soir, M. Mac Lellan, qui était
ASTORIA. 227 alors remis avait tué un bisou; mais c'était à quelque distance du camp, et l’on attendit le lendemain pour en tirer parti.
Le jour suivant (21 octobre), le froid continua et il tomba de la neige. Cependant nos aventuriers poursuivirent leur fatiguant voyage, en se dirigeant du côté de l’est-nordest, vers la cime d'une montagne élevée qu’il leur fallait traverser. Avant d'en atteindre la base, ils passèrent encore une large piste qui se dirigeait un peu vers la droite de la montagne. Ils présumèrent qu’elle wait été faite par une autre bande de Corneilles, qui probablement avaient été chasser plus bas sur la rivière Espagnole.
La rigueur de Ja saison força les piétons à camper au pied de la montagne, après avoir fait cinq lieues. Ils trouvèrent assez de bois de tremble sec pour faire du feu, mais ils cherchèrent en vain un filet d’eau.
Au point du jour ils se remirent en marche, et gravirent les montagnes pendant trois pénibles lieues. D’après les remarques accidentelles qui se trouvent dans le journal de M. Stuart, cette montagne paraît offrir un riche champ de spéculations pour un gévlogiste. On y voyait un plateau d’une lieuc de diamètre, qui était semé de pierres ponce et d’autres reliques volcaniques. Un lac en occupait le centre; c'était probable-
ment autrefois un cratère. Il y avait aussi, dans quelques endroits, des dépôts de coquilles marines, indiquant qu'à une époque éloignée, les flots avaient couvert ce qui était maintenant la cime d’une montagne.
Après s'être arrêtés pour se reposer et pour jouir de ce spectacle sauvage et grandiose, nos pélerins commencèrent à descendre le côté oriental de la montagne. Leur routesaccidentée et romantique passait dans de profonds ravins, dans des défilés encaissés entre des rochers perpendiculaires. Ils apercevaient beaucoup de Longuescornes bondissant audacieusement de roc en
roc; ils parvinrent même à en abattre deux, qui les regardaient sans crainte du bord des escarpe-
ments.
* Arrivés au pied de la montagne, ils trouvèrent un ruisseau qui jaillissait de la terre, et qui ressemblait, pour la couleur et pour le goût, aux eaux du Missouri. Ils campèrent aupi.s pendant la nuit et soupèrent somptueusement d'un excellent mouton de montagne.
La matinée suivante fut claire et extrêmement froide. Ils arrivèrent de bonne heure auprès d’une rivière, courant à l’est, entre des collines basses d’une couleur bleuâtre et fortement impréguées de couperose. M. Stuart supposa que c'était une des branches supérieures du Mis-
ASTORIA, 220 souri, et se détermina à en suivre les rives. Cependant, après une marche de neuf lieues, il arriva au sommet d’un mont, et le tableau qu'il eut alors sous les yeux le détermina à modifier ses projets. Devant lui s’étendait une vaste plaine qui, du côté du sud, n'avait d’autres bornes que l'horizon. La rivière en question la sillonnait dans une direction sud-sud-est. Par conséquent elle ne pouvait pas être une branche du Missouri, et M. Stuart renonça à la prendre pour guide. Il dirigea sa course vers une chaîne de montagnes éloignées d'environ vingt lieues vers l’est, et près desquelles il espérait trouver un sutre cours d’eau.
Le temps était alors si froid, et la fatigue du voyage, si grande, que nos aventuriers résolurent de faire halte pour l'hiver au premier endroit favorable. Cette nuit-là il leur fallut camper dans ia plaine ouverte, auprès d’une petite mare d’eau, sans aucun bois pour faire du feu. Le vent du nord-est soufllait avec rigueur à travers cette solitude nue, et nos malheureux voyageurs furent obligés, par le froid, de quitter avant le point du jour leur bivouac inhospitalier.
Pendant deux jours, il continuèrent à marcher dans une direction orientale, luttant contre des brises glaciales et quelquefois contre des tourbil-
lons de neige. Durant ce temps, ils souflrirent
aussi de la rareté de Peau, et furent quelquefois obligés de faire usage de neige fondue, ce qui, joint au manque de pâturages, fatigua cruellement leur vieux cheval. Ils virent beaucoup de traces de bisons, et même quelques-uns de ces animaux , mais qui gagnèrent le vent et décampérent.
Le 26 octobre, ils se dirigèrent à l’est-nordest, vers un ravin boisé qu'ils apercevaient dans une montagne à une petite distance. Arrivés au pied de la montagne, il découvrirent, à leur grande joie, une rivière abondante courant entre des berges garnies de saules. Il firent halte auprès pour la nuit. Ben Jones ayant heureusement trappé un castor et tué deux bisons mâles, ils restèrent campés le jour suivant, festoyant, se reposant, et laissant leur cheval surmené se remettre de ses fatioues.
La petite rivière auprès de laquelle ils étaient campés était la branche septentrionale de la rivière Platte, qui se jette dans le Missouri. Mais nos voyageurs n’apprirent cela que long-temps après. Ayant suivi le cours de cette rivière pendant environ sept lieues, ils arrivèrent à un endroit où elle s’ouvrait un passage à travers une chaîne de hautes collines couvertes de cèdres, et pénétrait dans une vaste plaine. De nombreux troupeaux
de bisons y paissaient un excellent pâturage. Nos
ASTORIA. 231 aventuriers tutrent trois femelles de ces animaux; c'étaicent les premières qu'ils eussent pu atteindre. Jusque là ils avaient été obligés de se contenter de la chair des mâles qui sont très maigres dans cette saison ; les bosses de ces femelles leur fournirent un repas digne d’un épicurien.
Assez tard dans l'après-midi du 30, on arriva dans un endroit où la rivière, devenue fort considérable, se précipitait dans un ravin, entre des murailles de pierre rouge, hautes de près de deux cents pieds. Eile s’y brisait en écume sur d’énormes masses de rochers, comme si elle avait été exaspérée de se trouver comprimée dans un canal si étroit. À la fin elle tombait dans un précipice, dont la profonde obscurité paraissait eflrayante à la lueur du crépuscule.
Pendant une partie du jour suivant, la sauvage rivière, dans ses détours vagabonds, mena nos voyageurs à travers une série de tableaux variés. Quelquefois ils se trouvaient dans des plaines élevées comme des plates-formes, et où mugissaient des troupeaux de bisons : d’autres fois, parmi d’affreux défilés encaissés entre des rochers escarpés, sur lesquels le daim à queue noire bondissait légèrement, tandis que la Longue-corne sc reposait au soleil près du bord du précipr +.
Dans l'après-midi, nos aventuriers découvri-
Led
rent tout-à-coup un nouveau Lableau qui surpassait en sauvage grandeur tous les précédents. Ils avaient voyagé pendant quelque temps à travers une gorge de montagne, en marchant parallèlement au cours de la rivière, qui mugissait hors de la vue dans un profond ravin. Quelquefois le sentier tortueux s’approchait du bord des rochers, au bas desquels l’onde turbulente tourbillonmait en écumant, parmi les masses de rocs qui avaient roulé dans son lit. Ils marchaient avec précaution le long de ces hauteurs étourdissantes, quand ils arrivèrent tout à-coup dans un endroit où la rivicre tout entitre tombait, avec un épouvantable fracas, de précipice en précipice, au milieu d’un nuage épais de vapeurs. Durant quelque temps ils s’arrêtèrent pour regarder, avec un mélange de terreur et de plaisir,
æ cette furieuse cataracte. D'après la couleur des
rochers environnants, M. Stuart nomma cet endroit le Détroit Enflammé ( Frery narrows).