CHAPITRE L
Convention entre M. Astor et la Compagnie russe des fourrures. — Guerre entre les États-Unis et la Grande-Bretagne. — Instructions du capitaine Sowle, commandant du Castor. — Équipement de lAlouette. — M. Astor apprend Parrivée de M. Stuart.
Pour lier entre elles les différentes parties de cette vaste narration, il faut maintenant que nous uous occupions des mesures prises par M. Astor pour soutenir sa grande entreprise. Ses plans, rejativement aux établissements russes de la côte du nord-ouest, avaient été exécutés avec diligence. L'agent envoyé par lui à Saint-Pétershourg avait
fait un arrangement provisoire avec la Compagnie
russe, sous la sanction du Gouvernernent de cette nation.
Par cette convention, à laquelle M. Astor donna sa ralification en 1813, les deux Compagnies s’engageaient à respecter mutuellement leur commerce et leur territoire de chasse, et à ne fournir aux Indiens ni armes ni munitions. Elles devaient agir de concert contre les vaisseaux interlopes, et se secourir l’une l’autre en cas de danger. La Com-
pagnie américaine obtenait le droit exclusif d’ap-
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provisionner les postes russes de marchandises et de toutes les choses nécessaires, en recevant en échange des pelleteries, à des prix fixés. Elle de vait aussi, si elle en était requise par le Gouverneur russe, transporter à Canton les fourrures de la Compagnie russe, les ÿ vendre à commission, et rapporter le produit, moyennant le fret, dont on couviendrait à l'amiable.
Ce traité était obligatoire pour quatre ans et devait se renouveler pour le même terme, à moins que quelque circonstance imprévue ne rendit nécessaire d'y faire des modifications. Il était concu de manière à rendre de grands services à létablissement naissant d’Astoria, car | écartait toute crainte de rivalité de la part des Compagnies étrangères établies dans le voisinage, et portait un coup formidable au commerce interlope. D’ailleurs, M. Astor se proposait d’avoir à Astoria des vaisseaux d’un petit tonnage et de peu de tirant d'eau, propres par conséquent au service côtier. Ceux-ci ayant un lieu d’abri et de dépôt, pouvaient visiter la côte dans la saison favorable, ct auraient eu de grands avantages sur les vaisseaux interlopes, qui étaient obligés de faire de longs voyages, d'employer des équipages nombreux, et qui ne pouvaient approcher de la terre qu’en certaines saisons. M. Astor espérait donc faire graduellement d’Astoria le grand emporium du com-
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ASTORIA. 201 merce américain des fourrures dans l'Océan Pacifique, et le noyau d'un puissant État américain. Malheureusement, avant même la ratification de la convention, la guerre éclata entre les États- Unis et la Grande-Bretagne. M. Astor vit sur-lechamp les dangers qui en résultaient pour son “lablissement. Le hâvre de New-York allait sans aucun doute être bloqué. Le départ du vaisseau aunue] de ravitaillement ne pourrait plus avoir lieu dans l'automne, ou, s’il réussissait à gagner la pleine mer, il courait la chance d’être capturé.
Dans cette perplexité, M. Astor adressa à Canton, au capitaine Sowle, commandant du Castor, une lettre qui lui enjoignait de se rendre à la factorcrie de la Colombia, avec les objets dont l’établissement pouvait avoir besoin, et d’y rester sous les ordres de M. Hunt, qui devait en avoir pris le commandement.
La guerre continua. On n'avait encore recu aucune nouvelle d’Astoria, les dépêches ayant été retardées par la mésaventure de M. Reed, aux cataractes de la Colombia, et par la mise à pied de M. Stuart, au milieu des montagnes.
Une pénible incertitude régnait sur le destin de M. Hunt et de sa caravane, car on n'avait aucune nouvelle d'eux depuis leur départ d’Aricara. Lisa, qui les yavait quittés, avait prédit leur destruction, «4 quelques marchands de li Compagnie du Nord-