‹ Voyages dans les contrées désertes de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 5 sur 83 · NES · texte numérisé non relu

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entendre aucun murmure, mais toujours de bonne humeur, il plaisante, rit et chante des fragments de vieux refrains français.

Cependant nos aventuriers, qui d’abord avaient été séduits par cette nouvelle manière de voyager, avaient perdu quelque peu de leur confiance.

Toutes choses, devant eux, étaient enveloppées d'incertitude. Ils ne connaissaient aucunement la rivière sur laquelle ils flottaient ; jamais encore elle n'avait porté un homme blanc, et ils ne rencontraient aucun Indien pour en obtenir des renseignements. Elle continuait sa course entre des montagnes, à travers des déserts vastes et silencieux, sans qu’on aperçüt une wigwam sur ses rives, ni une barque sur ses eaux. Les difficultés et les périls qu’on avait surmontés avec tant de peine, donnaient lieu d'appréhender qu’il ne s’en trouvât d’autres capables de barrer entièrement le passage. Cependant, à mesure que nos voyageurs avançaient, ils reprenaient courage et espoir. Le courant continuait à être fort, mais il était régulier; et quoiqu’on rencontrât de fréquents rapides, aucun n’était par trop dangereux. On voyait continuellement des montagnes dans toutes les directions, mais quelquefois l’impétueuse rivière, bordée de saules et de petits cotonniers, glissait à travers des prairies couvertes de cactiers en raquette, plante qui aime cepen-

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dant un climat plus méridional. Ces prairies , dans certaines saisons, sont fréquentées par des troupes vagabondes de bisons, dont on découvrait fréquemment les pistes déja anciennes. On voyait sur la terre de grandes bandes de rouges-gorges américains, et sur la rivière naviguaient des flottes de canards et d’oies qui s’envolaient en longues files à l’approche des canots : enfin, les nombreux établissements des castors laborieux et amateurs de tranquillité, faisaient voir que Îà solitude de ces eaux était rarement troublée, même par les Sauvages qui se répandent partout.

Depuis que nos voyageurs avaient quitté le Fort Henry, ils avaient franchi près de quatrevingt-dix lieues, sans avoir aperçu un être humain ni une habitation humaine. Des deux côtés de la rivière s’étendait une vaste et sauvage solitude, presque entièrement dénuée de tout signe de vie. À la fin, le 24 octobre, nos aventuriers furent réjouis par l'aspect de plusieurs tentes indiennes. Ils se hâtérent de descendre à terre pour les visiter, car ils désiraient vivement se procurer quelques informations sur leur route. À leur approche, cependant, les Indiens s’enfuirent avec consternation ; c'était une bande errante de Shoshonies. Il y avait dans leurs tentes une grande quantité de poissons, longs d'environ

deux pouces, ainsi que des racines et des graines, qu’ils faisaient sécher pour leur provision d'hiver. Ils paraissaient dépourvus d'outils de toute espèce. Pourtant ils avaient des flèches et des arcs très bien faits. Les arcs étaient fabriqués de pin, de cèdre ou d’os, et renforcés avec des nerfs ; les flèches, faites de bois de rosier ou d’autres buissons, étaient armées, à la pointe, d’une pierre de couleur verte.

Il y avait encore, dans les tentes, des paniers de saule et d'herbe, tressés d’une manière si serrée qu'ils contenaient l’eau. Il y avait aussi une seine proprement faite, et de la forme ordinaire, dont les mailles étaient formées avec les fibres du lin de Virginie ou de l’ortie. Les humbles effets de ces pauvres Sauvages furent respectés par les Blancs ; ils laissèrent même dans leur camp quelques colifichets, avec un ou deux couteaux qui leur parurent sans doute d’inestimables trouvailles.

Nos voyageurs s'étant rembarqués dans leurs canots rencontrèrent, peu de temps après, trois Serpents. Ils étaient montés sur un radeau triangulaire formé de joncs et de roseaux, car tel est leur grossier système de navigation. Ils n'avaient aucun vêtement, excepté de petits manteaux de peau de loutre jetés sur leurs épaules. Les canots s’approchèrent d’eux assez pour les voir parfaite-

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Tout progrès ultérieur, pour ce jour-là, se trouvant barré par une chute perpendiculaire de près de trente pieds, la caravane s'arrêta, et campa pour la nuit au-dessus de la cataracte.

Le lendemain on fit peu de chemin, avec beaucoup de peine. La rivière serpentait à travers une contrée rocailleuse et était interrompue par de nombreux rapides, qui firent courir de grands périls aux canots.

Le jour suivant, on visita encore un camp de Serpents; mais les habitants s'étaient enfuis avec terreur en voyant descendre, sur leur rivière solitaire, une flottille de canots remplis d'hommes blancs.

Comme M. Hunt désirait extrêmement obtenir quelques renseignements sur sa route, il fit aux fugitifs toutes sortes de signes amicaux pour les engager à revenir. À la fin l’un d'eux, qui était à cheval, se hasarda à s'approcher, en tremblant de frayeur. Il était mieux vêtu et en meilleur état que ceux des membres de sa tribu vagabonde que M. Hunt avait déjà rencontrés. Le principal objet de son retour paraissait être d’intercéder, pour une certaine quantité de viande séchée et de truites saumonées qu’il avait laissées derrière lui, et sur

quoi il comptait probablement pour sa subsistance

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durant l'hiver. Le pauvre misérable s’approcha avec hésitation, la crainte de la famine et celle des Blancs opérant alternativement sur son esprit. Il fit les signes les plus abjects en suppliant M. Hunt de ne point emporter sa nourriture.

Celui-ci essaya, autant qu’il put, de le rassurer, et lui offrit des couteaux en échange de ses provisions. Mais quelque grande que fût la tentation, le pauvre Serpent ne put être décidé à donner qu’une partie de ses vivres, et continua à veiller avec anxiété sur le reste, de peur qu’on ne le lui enlevât. M. Hunt lui adressa vainement des questions conceruant sa route et le cours de la rivière; l'Indien était trop effrayé, trop égaré pour le comprendre et pour lui répondre. Il ne faisait pas autre chose que de se recommander à la protection du Grand-Esprit, et de supplier, alternativement, M. Hunt de ne point emporter son poisson ni sa viande sécliée. On le laissa dans cette préoccupation, tremblant encore pour son trésor.

Dans le cours de ce jour et du suivant on fit près de vingt-sept lieues. La rivière, large d’environ un demi-quart de lieue, inclinait vers le sud-ouest. Elle était claire et belle : ses rives étaient peuplées de nombreuses communautés de castors.

Le 28 octobre fut un jour de désastre. La rivitre redevint agitée, impétueusce, et coupée par

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de nombreux rapides. Ges rapides étaient de plus en plus dangereux, et il fallait beaucoup d'adresse pour y naviguer. M. Crooks, assis dans le second canot de l’escadrille, avait en tête de sa bnrque, pour la diriger, un vieux Canadien, nommé Antoine Clappine, l’un des Voyageurs les plus estimés et les plus expérimentés. Le premier canot avait passé sans accident au milieu des flots turbulents et mugissants, lorsque M. Crooks, qui venait ensuite, s'aperçut que le sien se dirigeait vers un rocher. Il en avertit le conducteur, mais celui-ci n’entendit pas son observation, ou la méprisa. L'instant d’après le canot se heurta sur l’écueil et fut renversé. Il portait cinq personnes. M. Crooks et l’un de ses compagnons furent jetés au milieu des tourbillons et des brisants; mais, en nageant avec force, ils parvinrent à atteindre le bord. Clappine et les deux autres s’attachèrent aux débris de la barque, et furent poussés avec elle vers un rocher. Le canot s’y heurta d’un bout : l’autre bout, décrivant un cercle, jeta le pauvre Clappine au milieu d’un courant irrésistible. Il y fut emporté et périt. Ses camarades parvinrent à grimper sur le roc, d’où ils furent retirés au bout de quelque temps.

Cet événement désastreux fit faire une halte à la flottille et jeta l’eflroi dans tous les cœurs. On était arrivé à un terrible détroit qui empéchait

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tout progrès ultérieur dans les canots, et qui décourageait les Voyageurs les plus expérimentés. Toute la masse de la rivière se trouvant comprimée entre deux murailles de rocher, distantes de moins de trente pieds et haute peut-être de deux cents, tourbillonnait, et bondissait, et mugissait si épouvantablement que les Voyageurs appelèrent cet endroit la Chaudière (Caldron Linu.). Au-delà de cet effroyable abime le courant continuait à rugir et à bouillonner parmi des précipices, aussi loin que la vue pouvait s'étendre.

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