‹ Voyages dans les contrées désertes de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 52 sur 83 · PR · texte numérisé non relu

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siennes sur vingt-huit chevaux , et, laissant un clerc avec quatre hommes à la garde du poste, partit le 25 mai 1815 avec le reste de ses forces.

Le 50, il arriva au confluent des rivières Pavion et Lewis, où il avait laissé sa barge et ses canots, à la garde du vieux chef Nez-percé. Ce personnage s'était acquitté de sa commission plus fidèlement que M. Clarke ne l’avait-espéré, et les canots furent trouvés en assez bon état. Cependant quelques réparations étaient nécessaires. Tandis qu’elles se faisaient, la troupe campa près du village; mais ayant eu déjà des preuves répétées des propensions voleuses de ces Indiens, on avait soin d’avoir toujours l'œil sur eux.

M. Clarke était un homme grand, de bonne mine, aimant la pompe et l’étalage, ce qui le faisait remarquer par les Indiens. Dans ses conférences avec eux, il affectait un air de grandeur. Il avait un gobelet d'argent dans lequel il buvait avec magnificence, après quoi il le renfermait dans un grand garde-vin, qui l’accompagnait dans ses voyages , et restait dans sa tente. C’était un présent que M. Astor avait originairement destiné à M. Mac Kay, le Partner qui avait si malheureusement péri avec le Tonquin; mais comme ce gobelet n’était arrivé à Astoria qu’après le départ du Tonquin, il était demeuré en la possession de M. Clarke.

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Un gobelet d'argent était un butin trop éblouissant pour ne point donner dans l'œil aux Nez-percés : c'était, comme la hoite luisante de John Recd, une merveille qui n'avait jamais été vue dans le pays. Les Indiens ne parlaient plus entre eux d’autre chose. Ils remarquaient avec quel soin il était déposé dans le garde-viu, comme une relique dans sa châsse, et concluaient que ce devait être une grande médecine. Pendant une nuit, M. Clarke négligea de fermer la serrure de ce trésor, et le lendemain matin le coffret sacré était ouvert : la précieuse rclique ne s’y trouvait plus.

Clarke entra en fureur. Toutes les vexations qu'il avait souffertes de cette pillarde communauté revinrent en foule dans son esprit. Il jura que si le gobelet ne lui était pas promptement rendu, il ferait pendre le voleur aussitôt qu'il viendrait à le découvrir. Le jour se passa cependant sans qu'on vit revenir ia coupe. Le soir, des sentinelles furent secrètement postées autour du camp. Malgré toute leur vigilance, un Nez-percé parvint à y entrer sans être aperçu. Il se chargea de butin, mais en faisant retraite il fut découvert el sais.

Au point du jour le coupable fut mis en jugement et promptement convaincu. On le rendit

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responsable de toutes les spoliations passées, y compris celle du précieux gobelet, et M. Clarke le condamna à mort.

En conséquence, on construisit un gibet avec des rames. Le chef du village et son peuple furent assemblés, et le coupable fut amené pieds et poings liés. Clarke fit alors une harangue. Il rappela à la tribu les bienfaits dont il l’avait comblée lors de sa dernière visite; les vols nombreux et les autres méfaits qu'il avait laissé passer impunis. Le prisonnier, spécialement, avait toujours été bien traité par les hommes blancs, et cependant il avait été fréquemment coupable de larcin. Il fallaitqu'il en portât la peine, et servit d'exemple à sa tribu.

Les Indiens se rassemblèrent alors autour de M. Clarke, et intercédèrent pour le coupable; ils consentaient à ce qu'il fût puni sévèrement, mais ils le suppliaient d'épargner sa vie. Les compagnous de M. Clarke regardaient aussi la sentence comme trop sévère, et l’engageaient à la mitiger. Ce fut en vain. Il resta inexorable. Il n’était pas naturellement sévère ni cruel; mais depuis son enfance il avait vécu dans le pays indien, parmi les traficants blancs, et il comptait pour rien la vie d'un Sauvage. Il croyait d’ailleurs fermement a la doctrine de l’intimidation.

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Un clerc de Vermont, nommé Farnham, à qui l'on avait volé un pistolet, agit comme exécuteur des hautes œuvres. Le signal fut donné, et le pauvre Nez-percé, résistant, se débattant, et criant de la manière la plus eflroyable, fut lancé dans l'éternité. Les Indiens regardaient cet affreux spectacle avec une silencieuse terreur, sans essayer de s'opposer à l’exécution, ni sans montrer aucune émotion quand elle fut terminée. Ils renfermaient leurs sentiments dans leur sein, jusqu'à ce qu'une occasion se présentât d'obtenir une vengeance sanglante.

Pour ue rien dire de l’inuuie cruauté de cet acte, il était évidemment bien impolitique.

M. Mac Lean et trois hommes devaient retourner au poste avec les chevaux, lorsque leur charge aurait été transportée dans les canots. Ils élaient obligés de traverser une région infestée par ces Indiens, qui étaient de hardis cavaliers, et qui pourraient les poursuivre pour tirer venseance de la mort de leur compatriote. Cependant Mac Leau était un gaillard résolu et qui méprisait le danger. Il était présent, avec ses trois hommes, à l'exécution. Ils partirent aussitôt que la vie de la victime fut éteinte; mais, pour employer les expressions d’un de leurs camarades, «ils ne laissérent pas l'herbe pousser sous les

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« pieds de leurs chevaux, en s'éloignant du pays « des Nez-percés », et ne furent pas fâchés quand ils se virent arrivés sains et saufs à leur poste.

M. Clarke et sa troupe s'embarquèrent eu mème temps dans leurs canots, et, de bonne heure dans la journée suivante, atteignirent l’embouchure de la Wallah- Wallah. MM. Stuart et Mac Kenzie les y attendaient. Ce dernier avait recouvré une partie des marchandises volées dans ses caches. Clarke les informa de la punition sigualée qu'il avait infligée à un Nez-percé, s’attendant évidemment à exciter leur admiration pour un acte de justice si hardiment accompli dans le centre même du pays indieu. Mais il fut moruifié de le voir fortement censuré, comme inhumain, inutile, et devant probablement provoquer des hostilités.

Les détachements ainsi unis formaient une escadrille de deux bateaux et de six canots, qui descendirent heureusement la rivière, et arrivèrent à Astoria le 12 juin 1813, amenant avec eux une riche cargaison de pelleteries.

Environ dix jours auparavant, la brigade qui avait été établie sur les bords du Wallamot, était revenue avec de nombreux ballots de peaux de castor, résultat d’un séjour de peu de mois sur cette rivière. C’étaient là les premiers fruits de l’entre-

prise. Ils avaient été recueillis par des hommes étrangers au pays, et pouvaient bien suffire assurément pour donner de grandes espérances de profit, quand les environs seraient mieux explorés, et que le commerce avec les Indiens serait

tout-à-fait établi.

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