‹ Voyages dans les contrées désertes de l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 66 sur 83 · CHAPITRE Lx · texte numérisé non relu

CHAPITRE Lx

Arrivée du brick le Colporteur à Astoria, — Abandon de l'Etablissement. — Départ de la plupart de ses habitants, — Histoire tragique racontée par la squaw de Pierre Dorion. — Fin tragique de Recd et de ses Compagnons. — M. Astor s'efforce inutilement de renouveler son entreprise, — Conclusion.

AYANT raconté la catastrophe du fort d’Astoria, ilne nous reste plus qu’à compléter certaines parties de cette vaste narration, et enfin à conclure. Le 28 février 1814, le brick le Colporteur: jeta l'ancre dans la rivière Colombia. On se rappelle que M. Hunt avait acheté ce brick aux îles Sandwich, pour enlever les fourrures rassemblées à la Factorerie, et remener les Sandwichiens dans leur patrie. Quand il apprit avec quelle précipitation Mac Dougal avait vendu les propriétés de M. Astor, il exprima son indignation dans les termes les plus forts, et résolut de tout tenter pour recouvrer au moins les fourrures. Aussitôt que ses désirs furent connus à cet égard, Mac Dougal vint le sonder, au nom de la Compagnie du Nordouest, en offrant de s’employer pour lui faire rendre les fourrures, moyennant une prime de cinquante pour cent. Ces ouvertures n'étaient

point de nature à diminuer le mécontentement de M. Hunt, et son indignation fut complète quand il découvrit que Mac Dougal était devenu Partner de la Compagnie du Nord-ouest depuis le 23 décembre. Ce dernier avait cependant tenu sa nouvelle position secrète, et avait gardé en sa possession les papiers de la Compagnie américaine. Enfin il avait continué à agir comme agent de M. Astor, quoique deux autres Partners de la Compagnie américaine ( MM. Mac Kenzie et Clarke ) fussent présents. Bien plus, il avait divulgué à ses nouveaux associés tout ce qu'il connaissait des plans de M. Astor, et avait fait, pour leur instruction, des copies de seslettres d’affaires. M. Hunt fut alors convaincu que toute la conduite de Mac Dougal avait été perfide et collusoire. Il n’eut plus d'autre pensée que de retirer tous les papiers de ses mains, et de terminer cette malheureuse affaire ; car les reconnaissances de la Compaguie du Nord-ouest pour le prix d’acquisition n'ayant pas encore été délivrées, les intérêts de M. Astor étaient tout-à-fait compromis.

M. Hunt réussit avec quelque peine à recouvrer la possession des papiers : quant aux billets, ils lui furent remis sans hésitation. Il les confia à quelques-uns de ses associés, qui étaient sur le point de traverser le Continent pour serendre à New-York; après quoi il dit un dernier adieu à Astoria, et

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\STORIA. 555 s’'embarqua, le 3 avril, sur le Colporteur, accompagné par deux des Clercs, MM. Seton et Halsey.

Le lendemain, 4 avril 1814, M. Clarke, M. Mac Kenzic, M. David Stuart, et les autres Astoriens qui n'étaient point entrés au service de la Compagnie du Nord-ouest, se mirent en route pour traverser les Montagnes Rocheuses. Nous n'avons pas l'intention de conduire encore une fois le lecteur par-dessus ces sauvages barrières, mais nous accompagnerons la caravane un bout de chemin, simplement pour raconter la rencontre d’une personne déjà notée dans cet ouvrage.

Nos voyageurs avaient remonté la Colombia, jusqu’à l'embouchure de la Wallah-Wallab, lorsqu'ils virent plusieurs canots indiens quitter le rivage pour les venir joindre : en même temps une voix les engageait, en français, à arrêter. Ils poussèrent, en conséquence, vers la rive, et furent rejoints par les canots. À leur grande surprise, ils reconnurent, dans la personne qui les avait hélés, la squaw de Pierre Dorion, accompagnée de ses deux enfants. Elle leur raconta son histoire, qui se trouve liée avec la destinée de plusieurs de nos malheureux aventuriers.

On se rappelle que M. John Reed, l’irlandais, avait été envoyé, pendant l'été de 1813, sur les bords de la rivière des Serpents. Sa brigade était composée de quatre Canadiens, Gilles Leclerc ,

François Landry, Jean-Baptiste Turcotte et An dré Lachapelle. I'avait, en outre, deux chasseurs, Pierre Delaunay et Pierre Dorion ; celui-ci, comme à l'ordinaire, accompagné de sa femme et de ses deux enfants. Leur expédition avait un double but. Ils devaient trapper le castor, et chercher les trois chasseurs, Robinson, Hoback et Rizner.

Daus le courant de l'automne l’un des hommes de Reed, François Landry, mourut. Un autre, Pierre Delaunay, qui était d’un caractère diflicile et farouche, quitta la brigade dans un accès d’humeur, et lou n'eu entendit jamais parler depuis. Cependant ces pertes furent réparées par l’accession des trois chasseurs, Robinson, Hoback et Rizner, qui furent retrouvés.

Reed construisit une maison près de la rivière des Serpents, pour y établir ses quartiers d'hiver. Lorsqu'elle fut terminée on se dispersa pour trapper. Rizner, Leclerc et Pierre Dorion allèrent à cinq journées de là, dans un endroit bien peuplé de castors. Ils y bâtirent une hutte, et commencèrent à lrapper avec grand succès. Tandis que les hommes étaiest à la chasse, la femme de Pierre Dorion restait à la maison pour préparer les peaux et les repas. Un soir, vers le commencement de

janvier 1814, elle était occupée à faire cuire le souper des chasseurs, quand elle vit entrer dans sa hutte Leclerc, pâle sanglant et se trainant

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à peine. Il l'informa que se: camarades et lui

ASLOUMIA,

avaient été surpris, à leurs trappes, par uuc troupe de Sauvages qui avaient tué Rizner et Pierre Dorion. En achevant son récit il tomba épuisé sur la terre.

La pauvre femme comprit qu'une fuite instantanée était la seule chance de salut qui lui restât. Dans cette terrible conjoncture elle déploya toute la présence d'esprit, toute la force de caractère qui l'avaient déjà fait remarquer. Elle attrapa, avec beaucoup de peine, deux des chevaux de la brigade. Ensuite, empaquetant ses vêtements et une petite quantité de chair de castor et de saumon séché, elle les plaça sur un cheval et aida le blessé à y grimper. Elle-mème monta sur l’autre cheval avec ses deux enfants, et, se hâtant de fuir ce dangereux voisinage, se dirigea vers l’établissement de M. Reed. Le troisième jour, elle apercut plusieurs cavaliers indiens, qui marchaient vers l’est. Elle descendit immédiatement de cheval avec ses enfants, et ayant aidé Leclerc à en faire autant, ils se cachèrent tous. Heureusement ils n'avaient point été aperçus par l'œil inquiet des Sauvages, mais il leur fallut prendre les plus grandes précautions pour continuer leur chemin. Cette nuit-là, ils dormirent sans feu et sans eau. La courageuse Indienne réchauffait ses enfants

dans ses bras, mais le pauvre Leclerc mourut avant le point du jour.

Dès le matin, la squaw se remit en route, et au bout de quatre jours, atteignit la maison de M. Reed. Elle était déserte. On voyait à l’entour des mares de sang et tous les signes d’un affreux massacre. Ne doutant pas que M. Reed et sa troupe ne fussent tombés victimes des Sauvages, la pauvre femme quitta cet endroit avec une nouvelle terreur. Pendant deux jours elle continu: à pousser: en avant, prête à tomber faute de nourriture, mais plus inquiète pour ses enfants que pour ellemême. À la fin elle atteignit une rangée des Moutagnes Rocheuses, près des eaux supérieures de la Wallah-Wallah. Là elle choisit une ravine solitaire et sauvage, pour lieu de refuge durant l'hiver.

Elle avait heureusement une robe de bison et trois peaux de daims; elle s’en servit pour construire, auprès d’une source, une grossière wigwam, avec des branches de cèdre et des écorces de pin. N'ayant point d'autre nourriture, elle tua les deux chevaux et en fuma la chair. Les peaux aidèrent à couvrir la hutte. Là elle passa l'hiver, sans autre compagnie que ses deux enfants. Vers le milieu de mars ses provisions se trouvaient

presque épuisées : elle fit un paquet de ce qui en

F | restait, le init sur son dos, et avec ses pauvres petits, recommenca son rude pélerinage. Ayant | traversé la chaine de montagnes, elle descendit à sur les bords de la Wallah-Wallah, et la suivit Il jusqu’à son embouchure dans la Colombia. Elle | fut reçue avec hospitalité par les Wallah-Wallahs, } | et était restée près de quinze jours parmi eux,

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quand les deux canots passèrent, ll

Interrogée sur la cause de cette boucherie, elle jh uen put assigner aucune. Quelque: Astoriens {ll supposèrent qu'elle avait été commise par une il bande errante de Pieds-noirs; d’autres, avec plus hi de probabilité, l’attribuèrent à la tribu des Nez- FA percés, qui auraient voulu venger 1 mort de h

leur camarade, pendu par ordre de M. Clarke. | S'il en était ainsi, cela ferait voir que ces attaaues

soudaines, qui paraissent spontanées et capricieu-

ses, ontsouvent pour cause une provocation réelle,

quoique peut-être éloignée.

La narration de cette malheureuse femme termine l'histoire de plusieurs de nos personnages, tels que l'honnête hibernien Reed, et Dorion, l'interprète métis. Turcrtte et Lachapelle étaient deux des hommes qui avaient quitté M. Crooks, dans le cours de son voyage d'hiver, et qui avaient ensuite tant souffert parmi les Indiens. Nous ne pouvons nous empécher de ressentir quelque

sympathie pour ce persévérant trio de Kentuc-

kiens, Robinson, Rizner et Hoback, qui, par deux fois acheminés vers leurs foyers, étaient retournés en arrière, et s'étaient arrêtés dans la solitude pour y périr de la main des Sauvages.

Les détachements revenant d’Astoria, tant par terre que par mer, éprouvérent en route autant d'aventures, de vicissitudes et de malheurs que les célèbres héros de l'Odyssée. Ils atteignirent leur destination à des époques différentes, et apprirent à M. Astor les détails de la ruine de son établissement.

Cependant M. Astor était encore loin de renoncer à son projet favori. Au contraire, il élait excité par la conduite peu généreuse et peu reconnaissante de la Compagnie du Nord-ouest.

« Quand je pense à la manière dont ils m’ont traité, écrivait-il à M. Hunt, je ne suis nullement disposé à rester inactif. » Il résolut donc de recommencer ses opérations, aussitôt que les circonstances le lui permettraient.

Au retour de la paix, le traité de Gand ayant proclamé le principe du status ante bellum, Astoria et les pays adjacents firent retour aux États- Unis. Le capitaine Biddle fut envoyé dans le sloop de guerre l'Ontario pour en prendre formellement possession.

Dans l'hiver de 1815, le Congrès adopta une loi qui interdisait à tous commerçants anglais

de trafiquer dans l'étendue du territoire des États- Unis.

M. Astor put croire alors que le moment de reuouveler son entreprise était arrivé; mais de nouvelles difficultés s'étaient élevées. La Compagnie du Nord-ouest occupait complétement la Colombia et ses principaux affluents : elle possédait les postes que M. Astor avait établis, et étendait ses opérations sur toutes les régions voisines, eu dépit de la loi prohibitive du congrès, fort peu respectée au delà des Montagnes.

C'était donc une entreprise presque guerrière que de déposséder cette Compagnie, car ses agents, comme c’est l’usage des trafiquants dans le pays indien, étaient bien armés, et habiles à se servir de leurs armes. Les querelles sanglantes qui avaient eu lieu entre les brigades rivales de la Compagnie du Nord-ouest et de la Compagnie de la baie d'Hudson, avaient montré ce qu’on pouvait attendre des discussions commerciales dans les profondeurs désordonnées de la solitude. M. Âstor crut donc que ses tentatives seraient inutiles si ses agents ne pouvaient pas se rallier, en cas de besoin, sous la protection du drapeau américain. Dans cette pensée , il fit offrir confidentiellement par M. Gallatin, au président des États-Unis, M. Madison, de renouveler son entreprise, et de rétablir Astoria, pourvu que le

Gouvernement consentit à y placer une force militaire, qui, d’ailleurs, n’excéderait pas ie commandement d’un lieutenant.

Cette requête, approuvée et recommandée par M. Gallatin, l’un des hommes d’État les plus distingués des États-Unis, fut reçue favorablement, mais aucune mesure ne fut prise en conséquence. Suivant toutes les probabilités, le Président n’é- Lait pas disposé à se commettre par un acte décisif. Découragé par cette inertie du Gouvernement, M. Astor ne jugea pas convenable de renouveler ses propositions d’une manière plus formelle, et le moment favorable pour la réoccupation d’Astoria passa sans être saisi.

En dépit des prohibitions du Congrès, et sans craindre de concurrence, les établissements anglais purent done s'étendre et se consolider sur le riche champ d’entreprise découvert par M. Astor. Le Gouvernement britannique commença bientôt à s’apercevoir de l’importance de cette région et à désirer l’enclaver dans son territoire. Une question fut en conséquence soulevée relativement à la possession du sol. C’est un des différends les plus épineux qui subsistent actuellement entre les États-Unis et la Grande-Bretagne. Le premier traité où il en soit fait mention, est du 20 octobre 1818, la question n’y fut pas

décidée ; et l’on convint que la contrée réclamée

par les deux nations sur la côte Nord-ouest d'Amérique, à l’ouest des Montagnes Rocheuses, serait ouverte pendant dix années aux habitants des deux pays, qui auraient également le droit d'y trafiquer et de naviguer sur toutes les rivières. Quand ces dix premières années furent expirées, un traité subséquent, conclu en 1828, étendit l’arrangement à dix nouvelles années. Telle est actuellement (1836) la situation de l’affaire.

En considérant la série d'événements que nous venons de raconter, nous ne voyons nulle raison d'attribuer l’insuccès de cette grande opération commerciale à aucune faute qu’on puisse reprocher à son auteur, soit dans le plan, soit dans l'exécution. C'était une magnifique entreprise, bien conçue et bien exécutée, malgré les .lifficultés et les dépenses. Malheureusement des contre-temps et des désastres l’entravèrent presque dès le commencement. Il faut en attribuer une partie au mépris des ordres et des instructions de M. Astor. Le premier coup fatal à l’entreprise fut la perte du Touquin, événement qui ne serait évidemment pas arrivé, si les injonctions instantes de M. Astor par rapport aux Naturels avaient été obéies. Si ce vaiscau avait accompli heureusement son voyage et était revenu à Astoria en temps utile,

le commerce de PEtablissement aurait pris sa

route régulière, ct l'esprit de tous ceux qui y étaient intéressés, aurait été animé d’une utile confiance dans le succès. Au contraire, l’effroyable catastrophe qui anéantit le Tonquin jeta dans tor:: les cœurs un sentiment de tristesse qui les prépara à s’'abandonner plus tard au découragement.

Une autre cause d’embarras et de perte, fut le changement apporté au plan de M. Astor dans la marche du Castor, après sa visite à Astoria. Ce changement produisit une série de contre-temps désastreux pour l'Établissement, et retint M. Hunt absent de son poste, quand sa présence y était de la plus grande nnportance. Cela montre combien il est essentiel que les agents d’une entreprise grande et compliquée, exécutent fidèlement le rôle qui leur a été assigné par l'esprit supérieur qui en a concerté toutes les parties.

La guerre qui vint à éclater entre les États-Unis et la Grande-Bretagne, multiplia les difficultés de l'entreprise. Le retrait de l’escorte promise rendit difficile l’envoi des renforts, et le naufrage de l’Alonette compléta ce tissu de mésaventures.

Nous avons suffisamment fait voir avec quelle résolution M. Astor lutta contre tous les obstacles, en dépit de toutes les pertes. S'il avait été convenablement appuyé par le Gouvernement, et secondé par des agents habiles, la ruine ultérieure

ASTORIA. 365 de son plan aurait encore pu être détournée. Son grand malheur fut que ses agens n'étaient pas dignes de lui. Quelques-uns n'avaient pas assez de capacité pour comprendre la nature réelle et l’étendue de ses projets. D’autres ÿ étaient étrangers d'intérêt et d’affectiou, ayant été nourris dans le sein d’une Compagnie rivale. La sympathie que d’abord ils avaient ressentie pour leur nouveau patron, avait été altérée, si ce n'est détruite, par la guerre. Ils regardaient sa cause comme désespérée, et s’occupaient seulement des moyens de regagner une place sous leurs anciens commettants. L'absence de M. Hunt, le seul représentant réel de M. Astor, au temps de la capitulation avec la Compagnie du Nord-ouest, compléta la série des contre-temps. S'il avait été présent, le transfert n'aurait jamais eu lieu, suivant toutes les probabilités.

Il est toujours pénible de voir échouer une grande et bienfaisante pensée; mais c'est surtout dans un intérêt national que nous regrettons la ruine de cette entreprise. Si elle avait réussi, elle aurait singulièrement contribué à étendre le commerce américain. En effet, malgré l'importance des produits que la Compagnie anglaise des Fourrures tire de ce pays, ils ne peuvent se comparer aux avantages qu’en auraient obtenus des citoyens des États-Unis. Comme nous l'avons dit,

cette Compagnie, limitée par sa nature et par le but de ses opérations, ne peut faire que peu d'usage des facilités maritimes que donnent un emporium et un havre sur cette côte. Dans nos mains, outre les bandes errantes de trappeurs et de trafiquants, le pays aurait été exploré par d'industrieux laboureurs, et les fertiles vallées qui bordent les rivières, où qui sont enfermées entre les montagnes, auraient été forcées de fournir leurs trésors agricoles pour contribuer à la richesse générale.

Quant au commerce, nous aurions eu une ligne de comptoirs depuis le Mississipi et le Missouri jusqu’au-delà des Montagnes Rocheuses, formant ainsi une grande route, des immenses régions de l'Ouest aux rivages de l'Océan Pacifique. Nous aurions eu, à l'embouchure de la Colombia, un poste fortifié et un port quiauraient commandé le trafic de cette rivière, de ses affluents, et d’une vaste étendue de côtes; qui auraient entretenu un commerce profitable avec les îles Sandwich, et qui se seraient trouvés en communication directe et fréquente avec la Chine. En un mot, Astoria aurait pu réaliser les espérances de M. Astor, si bien comprises et appréciées par Jefferson, en devenant par degrés un empire commercial transmoutain, « peuplé d’Américains li- « bres et indépendants, unis avec nous seulement « par les liens du sang et de l'intérêt. »

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Nous le répétous donc : nous regrettons sincèrement que le Gouvernement, en négligeant les propositions de M. Astor, ait laissé passer le moment où l’entiére possession de ce pays aurait pu être prise tranquillement comme une chose toute simple, et où un poste militaire aurait pu sans contestation être établi à Astoria, Nos hommes d'État ont reconnu trop tard l'importance de cette mesure. Des bills ont successivement été proposés au Congrès pour atteindre ce but, mais sans succès ; et nos légitimes possessions sur cette côte, aussi bien que notre commerce dans l'Océan Pacifique, n'ont pas encore de point de ralliement protégé par le pavillon national et par une force militaire.

Cependant, la seconde période de dix années s'écoule rapidement. La question de possession va bientôt revenir. Dans l’état amical de nos relations actuelles avec la Grande-Bretagne, cette question sera probablement encore ajournée.

Chaque année cependant l’objet de la discussion augmente d'importance. Il n’y a pas d'orgueil si jaloux et si irritable que l’orgueil du territoire. A mesure que les vagues de l’émigration rouleront l’une après l’autre dans Îles vastes régions de l'Ouest, à mesure que nos établissements s’étendront vers les Montagnes Rocheuses, les regards inquiets de nos pionniers s’élanceront au-delà, et

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ils deviendront impatients de tout obstacle dans une voie qu'ils sont habitués à considérer comme un grand débouché de notre empire. Si quelque circonstance venait malheureusement à troubler la bonne harmonie qui règne actucllement entre les deux nations, cette question mal ajustée, qui dort maintenant, pourrait tout à coup surgir avec une importance guerrière, et l’on verrait Astoria devenir le mot d'ordre d’une dispute d’empire, sur les rivages de l'Océan Pacifique.

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Nota. Le traducteur a cru devoir supprimer quelques détails sur les animaux à fourrure, et quelques pièces justificatives qui n'out guère d'intérêt par elles-mêmes.

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