CHAPITRE XXXIV
\flreux désert entre la rivière des Serpents et la Colombia. — Séparation. — Marche fatigante le long de la rivière — Scènes
sauvages. — Shoshonies. — Leurs alarmes. -— Achats de chevaux. — Souflrances de la soif. — Cheval réclamé. — Courage d’une femme indienne. — Disette. — Régal de chair de
chien. — Nouvelles de M. Crooks et de sa troupe. — Marche pénible dansles Montagnes. — Orages de neige. —- Nuit glacée. -- Retour au bord de la rivière.
M. Huxr et ses compagnons résolurent alors de se mettre immédiatement en route, Il y avait peu de chances de voir revenir les autres détachements, qui s'étaient en quelque sorte abandonnés à la fortune, et il était probable qu'ils franchiraient de leur côté le désert. En tout cas, rester là dans le vague espoir d’être secouru par eux, C'était courir le risque de périr de faim. L'hiver s’avançait rapidement et on avait un long voyage à faire, à travers une contrée inconnue, hérissée probablement de toutes sortes de périls. On était, en réalité, à trois cent trente lieues environ d’Astoria; mais à cette époque, bien entendu, nos voyageurs n’en savaient rien. Tout, autour d'eux et devant eux, était vague, conjec-
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Lural, et se présentait sous un aspect décourageant.
Eu abandonnant Ha rivière il aurait fallu s'enfoncer dans des plaines vastes et sans routes, où l’on était exposé à périr de faim et de soif. En cet depuis la Rivière des Serpents jusqu'auprès de la Colombia, s'étend un affreux désert de sable et de gravier, revêtu seulement çà et là d’une herbe maigre et rare, insuffisante pour le pâturage des chevaux et des bisons. Ces solitudes stériles qui se trouvent entre les Montagnes Rocheuses et l'Océan Pacifique sont encore plus désolées que les arides prairies supérieures, situées du côté de Atlantique. Ce ne sont que d'immenses plaines dénuées d'arbres, qui défieront toujours la culture, ct qui formeront éternellement, entre les habitations des hommes, d’affreuses lacunes, dépourvues d’eau, où le voyageur sera souvent en danger de perdre la vie.
Voyant le caractère formidak te de ces déserts, M. Hunt et ses compagnons se déterminèrent à suivre les bords de la rivière, dans l'espérance de rencontrer des Indiens dont on pourrait obtenir quelques provisions, et afin d’avoir toujours de l'eau, et d’attrapper quelquefois du poisson et des castors.
Nos voyageurs firent donc leurs derniers préparatifs pour la marche. Toutes leurs provisions
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Afin d’avoir plus de chances de se procurer leur nourriture dans les stériles régions qu’ils allaient avoir à traverser , les Partners divisèrent leur troupe en deux bandes. M. Hunt , avec dixhuit hommes , outre Pierre Dorion et sa famille | devait suivre le côté septentrional de la rivière ; tandis que M. Crooks , avec dix-huit autres individus, devait longer le côté méridional.
Dans la matinée du 9 novembre les deux troupes se séparérent, et partirent chacune de son côté. M. Hunt et ses compagnons suivirent la
berge droite de la rivière qui mugissait au pied d’une muraille de rochers perpendiculaires, hauts de deux à trois cents pieds. Pendant neuf lieues, qu'ils firent ce jour-là, ils trouvèrent impossible de descendre sur le bord de l'eau. Au bout de
cette distance ils campérent, pour la nuit, dans un endroit où l’on ne pouvait encore descendre qu'avec peine. Aussi fut-ce avec la plus grande difficulté qu'ils parvinrent à amener au camp un chaudière d’eau. Comme il pleuvait depuis l’aprèsmidi, ils passèrent la nuit à l'abri des rochers.
Le jour suivant ils firent onze lieues vers le nord-ouest, en suivant toujours la rivière, qui courait encore dans un canal profondément creusé, Çà et là, une plage sablonneuse ou une bande étroite de terre bordée de saules nains, s’étendait pendant une courte distance au pied des précipices. Quelquefois une nappe d’eau tranquille brillait comme un miroir uni entre les rapides écumants.
De même que le jour précédent, nos voyageurs avancèrent sans trouver moyen de descendre au bord de l’eau, excepté dans un seul endroit. Ils furent obligés d’apaiser la soif causée par leur marche fatigante avec l’eau rassemblée dans le creux des rochers.
Le lendemain matin ils rencontrèrent, le long de la rivière, un chemin battu par des pas de chevaux : ils en conclurent que quelque village ou campement indien se trouvait dans les environs. n’y avait pas long-temps qu’ils suivaient ce chemin, quand ils virent deux Shoshonies qui s’approchaient avec timidité, en montrant un cou-
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teau, et en faisant entendre, par signes, qu'ils l'avaient recu des hommes blancs de lavantgarde. M. Hunt décida avec peine un de ces Sauvages à le conduire vers les loges de son peuple. Entrant dans un sentier qui s'éloignait de la rivière, l’Indien mena nos aventuriers à quelque distance dans la prairie. 11s découvrirent alors un certain nombre de loges, construites en paille, etayant la forme de meules de foin. Comme dans les occasions précédentes l'approche des Blancs repandit la plus vive terreur parmi les Indiens. Les femmes cachérent sous de la paille ceux de leurs enfants qui étaient trop grands pour être emportés, trop petits pour prendre soin d'euxmêmes, et serrant dans leurs bras leurs plus jeunes marmots, s’enfuirent à travers la prairie. Les hommes attendirent l'approche des étrangers , mais évidemment avec beaucoup d'alarmes.
M. Hunt entra dans les loges, et en regardant autour de Jui découvrit l'endroit où les enfants avaient été cachés : leurs yeux noirs brillaient sous la paille comme des yeux de serpents. Il leva leur abri pour les voir : les pauvres petits étaient horriblement eflrayés, et leurs pères, tout tremblants, contemplaient les étrangers comme ils auraient regardé quelque bête de proie, prête à s'élancer sur leur progéniture.
Les manières amicales de M. Hunt dissipcrent
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bientôt ces appréhensions. Il réussit à acheter d’excellent saumon séché, ainsi qu'un chien, animal fort estimé comme nourriture par les Naturels. Quand il retourna vers la rivière, un des Indiens l’accompagna. Bientôt on arriva dans une région où on rencontrait fréquemment des loges, sur le bord de l’eau. Après une journée de neuf lieues, vers le nord-ouest, on campa dans uu voisinage populeux. Quarante ou cinquante Indiens vinrent visiter le camp, et se conduisirent de la manière la plus amicale. Ils étaient bien vêtus et avaient tous des robes de bison, qu’ils se procuraient de quelque tribu chasseresse, en échange de leur saumon. Leurs habitations étaient fort comfortables. Près de la porte de chaque loge s'élevait une pile de bois d’absinthe , destiné à servir de combustible : en dedans, il y avait abondance de saumons, quelques-uns frais, mais la plupart préparés. Quand les Blancs visitaient les loges, les femmes et les enfants se cachaient toujours avec frayeur. Parmi les provisions qu’on obtint, en cet endroit, se trouvaient deux chiens, dont nos voyageurs déjeunèrent, et qu’ils trouvérent excellents.
Pendant les trois jours suivants ils firent environ vingt-et-une lieues, dans la direction du nordouest. Ils rencontrèrent beaucoup d’Indiens, qui les reçurent sans alarme. Autour de leurs cabanes