CHAPITRE VI
l. Voyage à TAzuL — IL Les Indiens et les Indiennes. Leur costume, lues bottes de potro. Leurs armes ; les boleadoras ; la lance. — III. Le lenguara. Excursion aux toldos. Un enterrement indien. — IV. Le cacique Katriel. — V. Une grande fête dans la tribu.
Je restai douze jours à San-Luis , passant le temps à chasser et à faire quelques visites à deux ou trois familles françaises qui habitaient dans les environs. Enfin , le 25 au matin , nous partîmes pour TAzu! , M. Luefer et moi , et en deux galops de cheval nous franchîmes les cinquante kilomètres qui nous séparaient de cette ville. Le pays était assez laid, en effet, pour qu'on ne s'arrêtât pas en route, et d'un autre côté il me tardait beaucoup d'arriver au pays des Indiens.
En partant de San-Luis nous traversâmes d'abord des champs couverts de fin gazon et de trèfle sauvage.; mais bientôt nous nous trouvâmes au milieu de
prairies vierges, tantôt sèches, tantôt marécageuses, mais néanmoins assez uniformément planes et basses. La pampa avait un aspect triste et sauvage ; de hautes touffes d'herbes sèches , dépassant en hauteur le dos des chevaux , alternaient avec quelques marais à demi desséchés et salpêtreux, où croissaient une plante particulière à ces parages, et qu'on appelle /wm^ {sali-
comia), et diverses espèces de graminées aux longues feuilles rougeâtres ou blanchâtres, parmi lesquelles on voyait surtout le gynerium argenteum^ avec ses panaches argentés , et une autre variété de graminée appelée dans le pays paja brava. Cette dernière plante est absolument impropre à la nourriture des animaux dès qu'elle a atteint un certain degré d'accroissement, parce qu'elle est fort dure et que les feuilles sont garnies de piquants ; mais lorsqu'elle commence à pousser elle oflFre un pâturage assez médiocre. De là vient l'habitude de mettre de temps en temps le feu aux prairies, afin d'avoir de l'herbe tendre pour les bestiaux dès que la pluie vient à tomber et à favoriser ainsi la végétation.
Dans les endroits un peu plus élevés, le sol était miné par les toucoutous ou tucutus [stenomys brastliensis), espèce de gros rats sans queue, qui vivent en quantités innombrables dans ces vastes solitudes et qui disparaissent généralement à mesure que le terrain change de végétation par suite de l'occupa^ tion des colons et de l'accroissement du bétail. A chaque pas des chevaux on voyait fuir de tous côtés
DANS LB8 PAMPAS )4f
qiielqttè9«ttD0 ÛB ce» animaux ^ qui couraient avec la rapidité de Féclair dn poussant de petits gro^efiienti semblables au bruit d'un maillet de bois qu'on abat sur un piquet planté en terre « De là vient leur nom yuI» gaire ^ peu euphonique il est yrai i mais donnant asleé bien une idée de leur ori^ L'onomatopée est fort employée par les gens du peuple ) en Amérique comme ailleurs ^ et parmi les oiseaux surtout il en est un grand nof&bre qui n'ont d'autre nom que leuf cri ^ tels que le eh^à (prononcé en espagnol ){ le têrurieru^ etc»
Après avoir marôhé oU plutôt galopé pendant quatre heures, nous commençâmes à trouver des habitations et des champs cultivés ^ comme âul alentours du Tan^ dîl^ et nous aperçûmes devant nous comme une im-* mense tache de verdure tranchant sur le fond grisl^tre de la pampa, et parsemée de points blancs qui n'étaient auU'es que des maisons^ Nous ne tardâmes pas à nous trouver au milieu des plantations de saules et dé peupliers qu'on troute là eâ grand nombre autôtir des habitations, et sur lesquels se repose agréable* ment la vue fatiguée de la monotonie du désertt &i^ fin nous atteignîmes la ville de l'A^ul elle-^mémef et bientôt nous obevauchâmes dans de véritables rues^ non pavées il est vrai ^ mais néanmoins asset^ propres et bordées de trottoirs faite avec des briques poséêft de champ ou des bouteilles enfoncées verticalement dans la terre ^ le goulot en bas* Des maisons basses^ couvertes de tuiles ou de terrasses y formaient de chaque côté une longue suite de magasins ou de niai-
sons particulières. On voyait là des cafés, des hôtels, des pharmacies, des magasins de chapeaux et de mercerie, et surtout des bazars contenant les objets les plus divers : des étoffes, de la lingerie, des articles de harnachement et de sellerie , de la quincaillerie, des armes, des bijoux, des denrées coloniales, du savon, des vêtements confectionnés, du vin, des liqueurs, etc. etc. Il y avait aussi des modistes, des perruquiers, des forgerons, des orfèvres, et enfin des médecins, des notaires, des officiers, des soldats, des propriétaires et des rentiers. C'était, en un mot, une vraie ville, avec tous les genres d'industrie nécessaires à une population de quatre à cinq mille habitants. J'avoue que ma surprise fut grande quand je vis tout cela , car je ne m'attendais pas à tant de commodités. Je descendis dans un hôtel très confortable, dont le propriétaire, quoique fort brave homme, portait un nom qui fut jadis synonyme de terreur et de crime. Son père, en effet, n'était autre que le fameux Cuitifio , conseiller du tyran Rosas et exécuteur de ses crimes. Esclave absolu des volontés de son maître, il ne recula jamais devant les plus odieux forfaits , et trempa bien souvent son poignard homicide dans le sang des innocents. Il avait sous ses ordres une troupe de nègres appelée la mazorca, qui semait la terreur dans la ville et égorgeait en pleine rue sans autre forme de procès les victimes désignées par un simple soupçon ou par une occulte dénonciation. Le maître d'hôtel n'avait gardé de son père que le nom et peut-
être un amer souvenir, car c'était Thomme le plus pacifique de la terre, et son cœur généreux était toujours ouvert à Tinfortune.
Il me tardait de voir les Indiens dont on m'avait tant parlé ; aussi, dès que j'eus pris quelque nourriture, je sortis pour satisfaire ma curiosité. Mon attente ne fut pas longue. A peine étais -je sur la porte, que je vis passer deux Indiennes montées à califourchon. Tune derrière Tautre, sur une mauvaise haridelle. Quelques instants après j'en vis passer d'autres, soit seules, soit deux à deux, avec un ou plusieurs enfants, toujours montées sur une pauvre bête maigre et plus ou moins richement harnachée. Ces Indiennes n'étaient nullement séduisantes, et répondaient bien peu au tableau qu'en avait créé mon imagination. Toutes se ressemblaient passablement quant au type et au vêtement. Elles avaient le teint brun ou plutôt cuivré , la figure ronde et des dents très blanches. De longs cheveux noirs, gros et lisses, partagés sur le milieu de la tête , couvraient leur front étroit et tombaient en désordre sur leurs épaules ou formaient deux grosses tresses. A leurs oreilles étaient suspendus de gigantesques anneaux d'argent grossièrement travaillés, et retenus par un cordon qui passait par-
dessus la tête et soulageait ainsi les oreilles ^ qui n'auraient pu soutenir un si grand poids. Leurs bras étaient nus et ornés au poignet ou à la partie supérieure d'un ou plusieurs bracelets d'argent. Tout le corps était enveloppé dans une espèce de grand manteau sans manches , lait d'une seule pièce de drap foncé , dont les deux coins opposés étaient croisés sur la poitrine et retenus par une énorme agrafe d'argent lai^é comme une assiette et appelée en itidien toupdu. Leurs pieds, fort petits, étaient tius, ainsi que les jatnbeiS , qui étaient cependant entourées d'une pièce d'étoffe tenant lieu de jupon. Ce vêtement fort sim* pie, comme on voit, était souvent agrémenté de quelques pièces de fantaisie , telles que des cravates , des foulards ou des fichus de couleurs éclatantes j 1© tout d'une malpropreté repoussante et parfois dans un état de délabrement tel qu'on voyait la peau à travers lés trous. Quelques Indiennes poussaient lu coquetterie jusqu'à avoir des anneaux d'argent ou de cuivré âu bas des jambes , autour des chevilles j et la plupart portaient aux doigts de nombreuses bagues d'argent. Leur cheval avait luinnême très souvent un mors d^argent , ainsi que des rênes et des étriers du même métal. Toute cette ai^enterie contrastait d'une façon singulière avec la laideur des femmes , la pau* vreté des vêtements et la maigreur des chevaux. "
Les Indiennes paraissaient très gaies , se tenaient à cheval comme des hommes , et montaient ou descendaient avec la plus grande aisance. Elles allaient presque
toujours p&r groupes de trois ou quatre, oauaaieut eotrs elles dans leur langue et eemblaient sç soucier fort peu des seutiments de curiosité ou de dégoût quVlles pouvaient inspirer, Si on les suivait un inB-
Jo vjs pnsier deuic Indiennes montée* à aliFourchon sur une mauvaise haridelle.
tant, on les voyait invariablement descendre à la porte d'un bijoutier ou d'un bazar, et, dans ce dernier cas, c'était presque toujours pour acheter quelque morceau d'étojfe , 6u bien du sucre , du cognac , du genièvre, de lalyerba, en échange de quelques ceintures de eoton , de soie , dç laine , tissées par elles , ou bien de quelques peaux de loutre, de renard, de
skuns, de vache ou de cheval. C'étaient des marchés qui n'en finissaient pas et qui auraient lassé la patience des boutiquiers, si ces derniers n'avaient pas eu l'habitude de faire tous les jours ces trafics. L'Indien est naturellement très méfiant, et les commerçants se font généralement peu de scrupule de le tromper. Souvent ils lui font dépenser tout son argent après l'avoir fait enivrer, de sorte que tout reste ainsi dans le magasin, argent et marchandise.
Malgré leurs rapports journaliers avec les chrétiens, les Pampas (on appelle ainsi très souvent les Indiens) savent rarement assez d'espagnol pour dire les choses les plus simples et les plus usuelles,
aussi ce sont les commerçants qui sont obligés d'apprendre leur langue. L'apprentissage n'est pas long, car toute la conversation se borne à indiquer le prix des objets que l'on vend ou que l'on achète. Il suffit donc de savoir compter. Gela n'est même pas diftîcile en effet; chose singulière, ces sauvages emploient dans leur numération le système décimal absolument comme nous. Ils comptent d'abord jusqu'à dix, et ajoutent ensuite les unités à la première et aux autres dizaines ; ainsi ils disent : quiniéy un ; épouh, deux; coiiah, trois; meiiiyy quatre; quetchOy cinq; queyou, six; réouly^ sept ; joowraA , huit; ailhia, neuf; mary, dix; mary-quinié, onze; mary-épouk, douze, etc.; épouh-mary^ vingt; épouh-mary-quinié, vingt et un; épouh^mary -épouh ^ vingt- deux, etc.; coUah-maryj trente; meilly-mary , quarante, et ainsi
de suite. Mm-y-mm^ veut dire cent ; le mot bonjour se dit de la même façon. J'ignore si Torthographe est la même , car les Indiens n'ont pas de langue écrite , n)ais la prononciation est absolument identique.
Je n'avais d'abord vu que des Indiennes; je ne tardai pas à voir passer des Indiens. Ces derniers étaient moins remarquables que les femmes. Ils étaient généralement de haute stature et presque tous obèses ; ils avaient le visage rond , le nez camus , les dents très blanches, les cheveux noirs, lisses et fort longs. Leur costume était à peu près le même que celui des gauchos , dont j'ai déjà parlé ; mais le poncho et le chiripa, généralement bleus avec des dessins rouges et blancs, étaient l'œuvre des Indiennes. Ces dernières font ces sortes de tissus avec une très grande habileté, à l'aide de métiers rudimentaires et tout à fait primitifs. Quelques piquets plantés dans la terre servent à soutenir la chaîne de l'étoffe , dont elles croisent adroitement les fils pour former les dessins. La trame se fait avec un simple peloton ou une mauvaise navette ; une espèce de sabre de bois leur sert à ser^ rer le tissu et à rapprocher les fils de la trame. La laine est quelquefois teinte en écheveaux; mais souvent les Indiennes tissent en blanc et teignent ensuite la pièce en réservant des dessins blancs, formés de croix et de losanges , et cela au moyen d'artifices tout à fait primitifs, mais fort ingénieux. Leurs matières tinctoriales sont extraites des plantes, tantôt de la racine, tantôt de l'écorce, tantôt du fruit, et so corn-
posant nurtont de bleu, da jatme, dç rouga et de marron. Le mordant employé est tout idinplament un liquide organique que je n'« pas beioin de nommer; auwi lei poncho» neufs ont une odeur ammoniacale peu agréable; mais la couleur en est indélébile , et ils sont d'une très longue durée et presque imperméables à l'eau.
Quelques Indiens étaient coiffés de chapeawi de feutre ; la plupart cependant avaient le front ceint d^une espèce de ruban tisié par euXi ou bien d'un simple mouchoir en coton ou en soie- Quelques-uns, les riches , avaient des bottes de cuir ordinaire ; les autres allaient pieds nus ou portaient ce qu'on appelle dans le pays des bottes de poir§, q'est'à-dire de poulain. Cette chaussure singulière, fort en usage aussi parmi les gauchos, se fait tout simplement avec la peau des pattes postérieures d'un jeune poulain de deui^ à trois mois, que l'on tue exprès poup cela- Cette peau , enlevée tout d'une pièce , en la retour» nant comme un doigt de gant, ^st soigneusement ra* fée avec un couteau pendant qu'elle est fraîche , puis séchée à l'oBibre, Durait la dessiccation , on a soin de la malaxer 4 plusieurs reprises entre les maius ou en la faisant passer dans m anneau après l'avoir retour* née h l'enversi Cette peau constitue alors une. espèce de manchon très souple , ouvert seulement m\ deu^ extrémités , et cambré au niveau de la partie corre s» pondant au jarret de l'animal > c'est ce qui doit fo^ mer la courbure dn cou-rde-pied de la botte. Cette
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abauv^ape eit parfois enjolivée de broderies et rete" nm au-'d^ssui du mollet au moyen d§ longues jArre<tièrei in giose indienne de Ifiine ou de noie.
Les Indiens voyagent rarement sans avoir une ou divx paires de boleadoras autour de la ceinture et leur longue lance à la main, La boleadora, dont «e servent également tous les gauobos, comme nous le verrons plus loin, se compose tout simplement de é»m petites boulea de plomb, de fer ou de pierre « recouvertes d'un morceau de cuir solide , fijt^e» au?t deux extrémités d'une corde ayant m h sept pied? de lonf , et formée de laniérea de cuir tordues, C'est l'arme exclusive de l'Indien pour la chasse: ces sauvages n'en ont même pas d'autre • maie ils la manient avec une très grande habileté, ï^a manière de s'en ser<vir est bien simple : une des boules étant tenue k la main , on fait tournoyer l'autre pardessus la tète , et on lance le tout h travers l'animal que l'on poursuit à grand galop de cheval. Les boules continuant k tourner dans l'espace , la corde s'enroule autour de» jambes de l'animal poursiuivi et l'arrête immédiate^ ment dans sa course,
Un bon chasseur manf|UQ rareroent son coup, et peut atteindre le gibier h plus de cinquante mètres de distanee, gi les premières boleadoras n'ont pap atteint le but. on se hâte de lancer celles qui restent autour de la ceinture , et on revient plus tard che^ cher les autres, On les retrouve asse»; facilement! grâce h une plume d'autruche 6xée solidement k la
corde, et qui se voit d'assez loin. Si l'herbe est haute, le chasseur jette même quelquefois son chapeau ou son poncho, qui lui servent ensuite de points de repère pour retrouver les boleadoras.
Il ne faudrait pas croire que cet engin ne sert qu'aux Indiens : tous les gauchos et même beaucoup d'étrangers le manient avec autant d'adresse qu'eux et l'emploient journellement, non seulement pour chasser l'autruche ou le cerf , mais encore pour atteindre un animal quelconque, mouton, cheval, bœuf, etc. J'ai même vu souvent des enfants chasser des petits oiseaux et des oies sauvages avec les boleadoras.
Les boleadoras ne sont pas toutes faites de la même façon , et diffèrent selon l'animal pour lequel elles sont destinées. Ainsi celles qui doivent servir pour l'autruche , le daim et d'autres animaux relativement petits sont grosses à peu près comme un œuf, tandis que celles qui servent pour les grands animaux, tels que le cheval ou le bœuf, sont de la grosseur dû poing ou d'une forte orange. Elles sont en pierre ou en bois, et se composent de trois boules au lieu de deux. La troisième, plus petite que les deux autres, est celle que l'on tient à la main. Cette boule est solidement attachée à l'extrémité d'une corde de trois à quatre pieds de longueur, fixée elle-même au milieu de celle qui joint les deux autres. Les Indiens, comme les gauchos, s'exercent dès leur plus bas âge à lancer les boleadoras. Ils se servent comme but d'un petit piquet placé à une certaine distance ,
et autour duquel doit s'enrouler la corde. Plus tard, ce sont les moutons , ou les poules, ou bien les chiens, qui sont les souffre -douleur, et vers Tâge de dix à douze ans il est rare que ces enfants ne soient pas déjà capables de chasser Tautruche ou le chevreuil. Par l'habitude ils acquièrent une très grande adresse. J'ai souvent entendu raconter que les Indiens font de petites piqûres , avec un couteau , à la main de leurs enfants ou de leurs jeunes captifs chaque fois que ces derniers manquent leur coup , dans le but , disent-ils , de leur donner de la sûreté de main et de l'adresse. J'ai connu plusieurs gauchos qui, par bravade, se laissaient tomber de cheval pendant qu'ils couraient au galop, et rattrapaient immédiatement leur monture dans sa course rapide , en lui lançant les boleadoras autour des jambes.
Tous les Indiens que je voyais passer, ai-je dit, étaient armés d'une longue lance. Cette arme, redoutable entre leurs mains, se compose d'une lame de fer ou d'acier provenant de quelque vieux couteau, d'une épée, d'une baïonnette ou d'une lame de ciseaux à tondre les brebis, solidement emmanchée à l'extrémité d'un bambou ou tactiara de quinze à dixhuit pieds de long et parfaitement droit, souple et poli. Ces bambous d'une espèce particulière, car ils n'ont pas de cavité centrale ni de moelle, croissent dans certaines régions de la Cordillère des Andes , et sont l'objet d'un grand commerce parmi les Indiens, qui les payent fort cher à leurs camarades. Chaque
bambou vaut, dit^on, une vache ou m çHeval, unité monétaire de ces gensJà.
Dès mon arrivée k l'A^ul j'eus la bonne fortune d'çntrer eu relation avec un monsieur qui avait été pris par les Indiens dans son enfance, et était resté quatorze ans parmi eia- Il parlait et écrivait parfaitement leur langue, et je pus obtenir de sa bouche de précieux renseignements , dont l'authenticité ne pouvait être mise en doutCt Cet homme,
nommé M. Avendagne , était le kngwrdf c'est-à-dire
l'interprète des Indiens dans leurs rapports avec le gouvernement argentin- C'était che? lui que descen^ dait Katriel, leur chef ou cacique, lorsqu'il venait à I'AïhI pour ses affaires ou pour s'enivrer> ce qui lui arrivait assez souvent,
J^a tribu de Katriel habitait auparavant danp l'intérieur du désert; mais, ayant fait la paix avec le gûu«vernement de Buenos^ Ayres , elle vint s'étabUr ^ quelques lieues de l'Azuli et, moyennant une subvention annuelle d'argent, de vaches,- de juments, de tabac, de yerba et de vêtements qu'elle recevait de l'État, elle consentit à ne plus inquiéter les chrétiens- I^e cacique fut npmmé général , et ses subalternes , ou
DANS LSS pampas MB
cûpitanéjùê^ reçurent aussi divers grades en rapport avec leur situation hiérarchique antérieure*
Cette tribu comprenait alors environ quatre mille personnes, et pouvait fournir près de quinze cents Iânces« Après être restée soumise pendant quelques années et avoir rendu au gouvernement divers ser^ vices par son concours actif dans plusieurs invasions ^ elle a fini par se lasser de cette restriction dans sa liberté • La tyrannie de Katriélj que les épaulettes de général avaient d'abord rendu despote, a fini par s'adoucir, et Tinstinct du sauvage n'a pas tardé à dominer cette nature primitive ^ réfractairê dans le fond à toute idée de civilisation. Il y a quatre à cinq ftns ces Indiens se sont révoltés , et , accompagnés de leur chef Katriel, ils se sont enfuis dans l'intérieur du désert avec leurs familles et leurs troupeaux.
Réfugiés d'abord dans les parages qui s'étendent entre le beau lac de Gmmini, dont les eaux tran^^ quilles s'étendent sur une surface de plus de cent kilo-» mètres carrés , et le lac de Catkuéy ils n^ont pas tardé à être surpris par les corps expéditionnaires envoyés dans Tintérieur du désert, d'abord, au mois de mars 1876, pour reculer la frontière d'une trentaine de lieues vers l'ouest; ensuite en 1877 et 1878, pour soumettre les tribus de Pmcen et de Namuncuta^ établir définitivement la frontière sur les bords dû ]^ù*Ntgrô, et refouler dé l'autre côté de ce fleuve tous les sauvage» de la pampa ai^éntinei
Cette première expédition , dont j'aurai occasion de
parler plus tard , et à laquelle s'attache le nom glorieux du docteur Alsina , alors ministre de la guerre , qui eut Thonneur de la commander et la gloire de la mener à bonne fin , eut pour résultat la conquête de près de trois mille lieues carrées de désert, et une organisation absolument nouvelle des moyens de défense de la frontière.
Désirant beaucoup voir les Indiens chez eux, je priai M. Avendagne de vouloir bien parler de cela à Katriel , dont il était Thomme de confiance et Tami , et qui devait venir le lendemain chez lui.
Cette faveur me fut assez facilement accordée, à cause de mon titre d'étranger, et il fut convenu que le surlendemain nous irions , le lenguara et moi , chez le cacique, dont l'habitation se trouvait à dix ou douze kilomètres de là.
Le 27, à une heure de l'après-midi, nous nous mettions en marche , et, après avoir traversé la petite rivière de l'Azul, qui borde la ville, nous entrions sur le territoire des Indiens. L'aspect de la pampa était le même que partout ailleurs; il n'y avait de changé que les habitants et les habitations. A peine avions-nous fait quelques kilomètres que nous rencontrâmes quelques sauvages à cheval, armés de leurs longues lances, et que la curiosité avait poussés de notre côté. Bien que notre visite eût été annoncée à la tribu, les Indiens, très méfiants par nature, nous regardaient d'assez mauvais œil; mais, reconnaissant le lenguara , qui leur parla dans leur langue
et leur disait que nous allons voir Katriel , ils ne tardèrent pas à s'éloigner en nous disant îTiary, fnary, qui signifie bonjour. Bientôt après nous trouvâmes quelques habitations appelées /o/t/o^^ devant lesquelles des Indiennes étaient occupées à faire la cuisine en plein air, ou à exécuter quelques travaux d'aiguille, ou bien à confectionner divers tissus. De nombreux chiens entouraient nos chevaux en aboyant, tandis que les petits enfants couraient vers leurs mères ou se renfermaient dans les toldos. Les femmes, au contraire, ne se dérangeaient nullement et nous adressaient de nombreux mary mary. Mon compagnon leur disait quelques plaisanteries auxquelles elles répondaient par de grands éclats de rire ; et moi-même , tout fier de pouvoir leur parler dans leur langue , je leur adressais quelques paroles dont j'ignorais absolument la signification, et que mon compagnon me soufQait à l'oreille.
Les Indiennes que j'avais vues à l'Azul étaient peu séduisantes; mais celles-ci l'étaient encore moins, car elles étaient en négligé , c'est-à-dire couvertes de loques immondes et d'une malpropreté repoussante. Les jeunes , encore , avaient un semblant de coquetterie, et leurs grands yeux noirs qui lançaient des éclairs , leurs jolis petits pieds nus et leurs bras bien faits leur faisaient pardonner bien des négligences dans leur toilette ; mais les vieilles étaient tellement affreuses que tout chez elles n'inspirait que l'horreur et le dégoût.
Les habitations des Indiens , ou toldos , ne ressemblent nullement à celles des gauchos, qu*on appelle ranchos. Ce sont des cabanes de dimensions assez restreintes et construites avec des peaux de vache ou de cheval soutenues par quelques piquets et des bambous. Ces peaux, imbriquées les unes sur les autres , forment à la fois le toit et les murs , et même les portes. Tant que la famille ne se compose que du père, de la mère et des enfants, il n'y a qu'une seule chambre; mais, dès qu'il y a une jeune fille en âge d'être mariée, on établit une cloison intérieure avec des peaux ou des couvertures, de façon qu'elle ait son logement particulier, et même une entrée indépendante.
Nous avions fait environ six kilomètres lorsque nous aperçûmes un certain nombre d'Indiens et d'Indiennes réunis en groupe et à pied. Leurs chevaux paissaient tranquillement à quelques pas de là. Le lenguara devina tout de suite de quoi il s'agissait , et me dit que nous allions voir un enterrement indien ; il ajouta même que le mort devait être quelque capitanejo de distinction , parce qu'il y avait beaucoup de monde. Nous pressâmes le pas, et quelques minutes après nous avions rejoint le groupe. Nous nous trouvions au milieu d'un cimetière : quelques petits bâtons plantés dans la terre indiquaient la place des sépultures, et tout autour de ces dernières on voyait des cadavres d'animaux, quelques-uns encore en putréfaction et à demi dévorés par les bêtes fauves et les
oiseaux de proie, les autres desséchés ou n'offrant plus que des squelettes blanchis par le temps. Tous étaient agenouillés, la tête entre les jambes et tournée vers Toccident. Ces ossements appartenaient à des chevaux, à des vaches et même à des chiens. Autour de la fosse , qu'on était en train de combler, se trouvaient sept chevaux magnifiques, récemment tués et placés également à genoux, la tête entre les jambes et tournée vers le couchant. C'était un spectacle imposant de voir ces funérailles au milieu du désert immense et silencieux, avec une assistance si recueillie et des cérémonies si étranges.
, Les Indiens ont un grand culte pour les morts. Ils croient que le trépas ne détruit que la matière, et que le défuiit ne fait que changer de corps pour entreprendre un long voyage. C'est en vertu de cette croyance qu'ils mettent dans la tombe du mort de la viande , du sel , du tabac , de la yerba , des biscuits , une broche et tout ce dont le voyageur pourrait avoir besoin en route. Ils immolent aussi ses meilleurs chevaux, ses chiens et quelquefois même des êtres humains , lorsque le mort est un personnage important, un cacique, par exemple; tout cela doit l'accompagner et lui servir pendant son voyage.
A ce propos mon compagnon me raconta alors que, pendant qu'il était captif dans l'intérieur du désert, le chef de sa tribu vint à mourir. D'après les croyances des Indiens, lorsque quelqu'un, homme ou bête, a du mal, ce mal est causé par le gualichOy
c'est-à-dire par un esprit malfaisant qui équivaut à notre diable , et qui peut élire domicile dans le corps d'un homme, d'une femme ou d'une bête.
Le cacique étant mort , on ne manqua pas d'accuser un certain nombre de sorcières d'en être la cause , et leur mort fut décidée afin que le défunt ne fût pas inquiété pendant son voyage dans l'éternité , et n'éprouvât pas de contrariétés. La superstition aidant, et quelques haines particulières se mettant aussi de la partie , on réunit ainsi une trentaine de ces malheureuses, qui furent échelonnées dans la pampa, depuis le toldo du cacique jusqu'à la fosse où on devait l'ensevelir.
A mesure que le convoi passait, un violent coup de boleadora assommait ces pauvres femmes l'une après l'autre , et on se hâtait de leur tourner la face contre terre et de pousser des cris en se frappant la bouche , afin de faire fuir le gualicho. Quand on arriva près de la tombe, toute la famille du roi était présente. On y voyait ses femmes, ses enfants, et une nombreuse suite de parents et d'amis. On commença par étrangler un nombre considérable de chevaux , dont les cadavres furent rangés en cercle autour de la fosse , agenouillés, la tête entre les jambes et tournée du côté de l'occident. Quand les sacrifices furent finis, un Indien se dirigea vers la plus jeune femme du cacique , qui était , du vivant de son mari , l'épouse préférée, et qui tenait en ce moment entre ses bras un tout jeune enfant. Arrivé à deux ou trois pas der-
rière la veuve, sans rien dire et sans être aperçu d'elle , rindien fit tournoyer sa lourde boleadora , et du premier coup brisa le crâne de la jeune mère, qui tomba foudroyée. On emporta Tenfant, et toute l'assistance poussa un grand cri. L'épouse fut couchée à côté de son mari; on plaça dans la fosse une abondante provision de vivres; on jeta sur les cadavres quelques pelletées de terre, l'air retentit de nombreux mary mary : la cérémonie funèbre était terminée.
L'incident de voyage dont j'ai parlé, et qui était pour moi si nouveau et si inattendu , m'avait profondément touché. On se figurera facilement qu'il devait en être ainsi ; car, marchant vers l'inconnu au milieu d'un pays peuplé d'habitants si étranges , les moindres événements, les moindres découvertes, piquaient ma curiosité de voyageur, et me procuraient des émotions qu'on ne saurait définir sans les avoir éprouvées.
Nous continuâmes notre route, et quelques instants après nous arrivions devant l'habitation de Katriel .
J'eus en ce moment un peu de déception; je m'étais figuré qu'un chef de cette importance devait avoir un palais , et je ne voyais devant moi que trois ou quatre mauvaises cabanes bâties en terre et couvertes en chaume, comme celles de nos plus misérables gauchos. Deux femmes assez convenablement vêtues, mais les pieds nus comme toutes les Indiennes , quelle que soit leur position et en quelque saison que ce soit, étaient occupées à faire rôtir une tranche de bœuf et des ailes d'autruche. C'étaient les femmes du cacique. L'une d'elles pouvait avoir trente-cinq ans, l'autre dix- huit à vingt. Mon compagnon entra familièrement en conversation avec elles, et me présenta comme un étranger qui venait de bien loin pour voir leur pays. Elles parurent un peu étonnées et m'adressèrent quelques phrases , auxquelles naturellement je ne pus faire de réponses que par l'intermédiaire de monlenguara, qui m'en fit la traduction en espagnol. Bientôt je vis s'avancer vers nous un homme d'une haute stature et d'une obésité extrême. Il paraissait âgé d'une trentaine d'années, et était habillé à la façon des gauchos, avec un poncho, un chiripa et des bottes en cuir verni; sa tête était entourée d'un . foulard qui retenait une épaisse chevelure ; sa figure
était sans barbe , et son menton à triple étage descendait vers son énorme abdomen. C'était Katriel lui-même, car à sa cour il n*y avait ni aides de camp , ni maîtres des cérémonies , ni huissiers , et les audiences avaient lieu le plus souvent près du feu de la cuisine, en prenant de nombreux mates. Comme il nous attendait, il ne parut pas surpris de nous voir, et nous tendit affectueusement la main; mais ses premières paroles furent pour demander à mon compagnon si je parlais l'indien , et s'il était sûr que je n'étais pas un espion ou un possédé du gualicho. Il fut complètement rassuré par l'interprète, dans lequel il avait une grande confiance , malgré cet esprit méfiant qui est commun à tous les Indiens ; et alors il nous invita à le suivre à son rancho, ce qui était, paraît-il , une grande preuve de déférence pour nous , car cette faveur n'était accordée qu'aux grands per^ sonnages et dans les grandes occasions.
Ce rancho, comme je l'ai déjà dit, n'avait qu'une
médiocre apparence architecturale et ne formait
qu'une pièce , qui servait de chambre à coucher, et , en ce moment, de salon de réception. Il se composait tout simplement d'un toit de chaume en forme de livfe ouvert ou de tente militaire , reposant sur le sol , dont le niveau avait été exhaussé de quelques pouces en cet endroit. Les parties triangulaires des extrémités étaient fermées par une palissade en torchis munie d'une porte en planches. Cette chambre avait environ trois mètres de hauteur à la partie médiane, et
quatre mètres de longueur sur trois de largeur. Tout Tameublement se composait de quelques peaux de mouton et de quelques mauvais morceaux de tapis ou de couvertures, qui servaient le jour pour s'asseoir, et la nuit pour se coucher. Aux chevrons du toit était suspendu un petit berceau formé d'un carré de bambou et d'une peau de petit veau mort-né. Des brides, des rênes, un frein en argent et quelques autres pièces de sellerie étaient accrochés au mur du fond, dont la principale décoration était une mauvaise trompette de cuivre toute bosselée, et un grand sabre à la poignée et au fourreau d'argent que Katriel tenait de son père , et dont il se parait lui-même dans les grandes occasions.
Pour nous donner l'exemple, le roi s'accroupit à l'extrémité de la chambre , et nous invita à en faire autant. Après avoir causé un moment de choses et d'autres , il fit apporter le rôti et les ailes d'autruche que ses femmes venaient de faire griller. On planta verticalement la broche dans la terre au milieu de la chambre , et chacun , tirant son couteau du fourreau , se mit à couper son morceau de viande et à le manger à belles dents , car nous n'avions là ni fourchettes ni plats. Le cacique mangeait comme un ogre; quant à nous, nous n'avions pas grand'faim , ayant déjeuné à l'Azul avant de partir ; il nous fallut néanmoins accompagner notre amphitryon, et ronger comme lui un aileron d'autruche. Nous avions apporté quelques friandises , du vin et des liqueurs. L'Indien goûta de
tout , et, lorsqu'il fut rassasié , il donna le reste à ses femmes et à ses enfants , qui étaient restés devant la porte.
Après ce festin , pendant que le lenguara était occupé à jouer avec les enfants , Katriel me dit en assez mauvais espagnol d'aller avec lui. Nous nous dirigeâmes tous les deux vers un petit ruisseau situé à deux à trois cents mètres de là , et nous engageâmes une longue conversation. Le cacique affectait devant le monde de ne pas comprendre l'espagnol, et, quoiqu'il parlât couramment cette langue, il se faisait traduire mes réponses en indien lorsque le lenguara ou quelque autre personne était avec nous. Pendant cette promenade, il me fît de nombreuses questions sur mon pays; il me parla de la guerre franco-prussienne, du nombre des combattants, des moyens d'attaque et de défense, etc. Il me demanda des renseignements sur la mer et les navires, qu'il ne connaissait que pour en avoir entendu parler ; enfin il me questionna sur mes voyages, et parut étonné que je trouvasse quelque plaisir et quelque intérêt à visiter sa tribu. Il m'invita à aller faire, si je voulais, une longue excursion dans le désert, me promettant de me donner une escorte d'Indiens pour m'y accompagner.
Nous avions causé pendant près d'une heure, et je n'avais pas trouvé le temps long. Bien que la conversation n'eût pas été fort intéressante, ma situation était si étrange en ce moment que je n'en
voyais que le côté pittoresque, et je jouissais du bonheur qu'éprouve le voyageur arrivé au but de son voyage.
L'heure étant avancée, nous remontâmes à cheval et nous prîmes congé de l'Indien , après avoir été invités à revenir le 15 septembre suivant pour assister à une grande fête indienne qui devait commencer ce jour-là et continuer les deux jours suivants. A la nuit nous arrivions à l'Azul et nous passions la soirée chez le juge de paix , qui donnait ce soir-là un magnifique bal.
Le lendemain, je partis pour Saint-Louis, où je restai jusqu'au 10 septembre.
Ce jour-là, je repris de nouveau le chemin de l'Azul, et je retrouvai toutes mes connaissances occupées à faire des préparatifs pour le lendemain , qui était un jour de grande fête nationale. Le 11 septembre, en effet, il y eut des jeux de bague, des courses de chevaux, des combats de coqs, qui remplacent dans ce pays les combats de taureaux de la mère patrie. Sans être aussi émouvants ni aussi dangereux pour les acteurs, ils n'en sont pas moins barbares, et de plus ils servent de prétexte pour jouer de l'argent. J'ai vu souvent des amateurs mettre plusieurs milliers de francs sur la tête ou plutôt dans les éperons d'un coq favori.
Non seulement les gauchos, mais encore les riches propriétaires et les négociants indigènes ou étrangers se passionnent pour ces luttes. On les voit rangés en
cercle autour d'une arène minuscule de quelques mètres d'étendue , bordée d'une barrière de toile soutenue par des piquets, prenant parti pour l'un ou l'autre des combattants, comptant les blessures et louant le courage et l'ardeur guerrière de ces pauvres gallinacés, qui meurent quelquefois tous les deux sur le champ de bataille, ou restent tout au moins affreusement mutilés.
Le soir, le docteur Pongras réunissait dans ses salons une nombreuse société. Le bal dura toute la nuit. J'y assistai en touriste, c'est-à-dire en bottes à l'écuyère et en costume de voyage, et je pus constater une fois de plus la grâce charmante et l'amabilité de ces ravissantes Américaines, aussi spirituelles que jolies.
Le 12, nous reçûmes des nouvelles d'Europe, et j'appris avec douleur l'échec que nos armées venaient d'éprouver sur le Rhin. Il y avait alors là-bas un véritable enthousiasme , non seulement parmi les Français, mais encore parmi les fils du pays. A Montevideo et à Buenos -Ayres, l'intérêt et la curiosité étaient tels que, chaque fois que le paquebot devait arriver, un bateau à vapeur, ayant à bord une petite imprimerie , allait le rejoindre et pouvait dès son arrivée distribuer des bulletins contenant les dernières nouvelles. Dès que les navires étaient en vue, une partie de la population de Buenos -Ayres se rendait sur le quai , avide de nouvelles ; il en était de même à Montevideo.
Le 15, je voulais me rendre à la fête des Indiens; mais le lenguara me dit qu'il valait mieux n'y aller que le troisième jour, parce que les deux premiers étaient semblables au dernier, et étaient moins solennels. Je retardai donc mon départ jusqu'au surlendemain, et, le 17, le lenguara et moi nous nous acheminâmes vers le lieu de la fête , distant de quinze à vingt kilomètres.
A moitié route nous trouvâmes une escorte de huit Indiens armés de leurs longues lances , et montés sur de superbes chevaux. Katriel avait voulu bien faire les choses et nous avait ménagé cette surprise.
La fête se tenait à un kilomètre environ du toldo du cacique. Quelques instants avant d'y arriver, nous rencontrâmes un grand nombre d'Indiens revenant de la chasse , et portant des autruches , des daims ou des chevreuils , des tatous et des peludos. Devant nous nous apercevions des chevaux et des vaches paissant çà et là, et plus loin comme une forêt de lances plantées dans la terre.
Quand nous fûmes arrivés, plusieurs Indiens vinrent au-devant de nous, et nous conduisirent à la
tente de Katriel. Celui-ci prenait tranquillement le mate devant la porte ; il ne se dérangea nullement à notre approche , et , nous ayant invités à nous asseoir à côté de lui , il nous serra la main et nous présenta la petite calebasse. Il fallut s'exécuter et sucer à tour de rôle , avec le même tuyau de fer-blanc , ce breuvage aflfreux et dégoûtant servi par une vieille china (Indienne) qui poussait le zèle jusqu'à essayer, avant de nous Tofifrir, l'horrible calumet, pour s'assurer qu'il était bien amorcé. J'en avais déjà absorbé deux ou trois doses, et, désirant couper court à ce passetemps si agréable pour les Indiens , mais si répugnant pour moi , j'invitai le lenguara à aller faire un tour de promenade. Nous laissâmes le cacique continuer à prendre son mate, et nous nous levâmes. Il me tardait de voir en détail ce que je n'avais fait qu'entrevoir en arrivant, et vraiment le spectacle valait la peine d'arrêter un instant mon attention.
Toute la tribu de Katriel , hommes et femmes , enfants et animaux , s'était réunie à cet endroit pour ce- . lébrerune grande fête religieuse. Les Indiens étaient venus de tous côtés , apportant avec eux leurs toldos et leurs ustensiles de cuisine. Un intérêt général, en effet, les appelait tous, car depuis déjà longtemps une grande sécheresse se faisait sentir ; les verts pâturages avaient disparu ; la terre était nue et absolument dépourvue d'herbe dans beaucoup de localités , et les animaux allaient mourir de faim si une abondante* pluie ne venait bientôt arroser les prairies.
L'objet de cette fête était donc de prier les divinités célestes de vouloir bien envoyer sur la terre quelques gouttes d'eau.
Au moment de notre arrivée , la fête du troisième jour n'avait pas encore commencé; les Indiens et les Indiennes allaient et venaient çà et là, les uns ramassant quelques herbes sèches ou des excréments de cheval et de vache pour faire du feu, les autres faisant la cuisine en plein air ou se livrant à quelques travaux domestiques , tels que le raccommodage et la confection des lazos , des boleadoras , des brides ou d'autres pièces de sellerie ; d'autres étaient occupés à tuer des vaches, des moutons ou des juments, pour le repas du soir.
Les Indiens mangent la viande rôtie toutes les fois qu'ils peuvent avoir du feu; mais, lorsqu'ils tuent une jument, qui est pour eux l'animal de boucherie le plus estimé, ils coupent le foie, la rate et les poumons à petits morceaux, en font une espèce de pâtée avec le sang, y ajoutent du sel et mangent cela tout cru et encore chaud avec une féroce avidité. C'est leur mets de prédilection , et ils font horreur à voir quand ils plongent leurs mains dans cette bouillie sanglante.
Les chinas n'étaient pas plus intéressantes que celles dont j'ai déjà parlé ; c'était le même costume , les mêmes occupations, la même malpropreté. De plus elles s'étaient bariolé la figure , les bras et les jambes de divers dessins rouges, bleus et jaunes, qui venaient encore ajouter à leur laideur naturelle.
Elles nous regardaient avec étonnement, et étaient encore plus stupéfaites quand mon compagnon leur adressait la parole dans leur langue. Les enfants n'é- . taient pas trop rassurés non plus, et fuyaient à notre aspect comme si nous avions été des croquemitaines. Qui sait si leurs mères ne les menacent pas des chrétiens pour leur faire peur, comme nous menacerions les nôtres des Indiens?
La disposition et l'installation du campement méritent une description particulière dont je vais tâcher de donner une idée à mes lecteurs.
Du côté du levant on voyait une longue file de lances plantées en terre, la pointe en haut, et formant un arc immense dont la concavité était tournée du côté de Torient. Le nombre des lances était d'environ quinze cents , ce qui indiquait un égal nombre de combattants. Vers le milieu de Tare et du côté de la concavité se trouvaient deux chevaux magnifiques, Tun blanc et l'autre alezan, gardés par deux jeunes enfants de douze à quatorze ans. Pendant les trois jours de fête , ces enfants n'ont aucune espèce de relations avec le monde, ne peuvent prendre d'autre nourriture que celle qu'on leur jette la nuit en passant près d'eux et en détournant la tête. Us doivent regarder du côté de l'orient depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher. Les deux chevaux représentent les deux divinités des Indiens : le soleil et la lune. Pendant ces trois jours ils ont un caractère sacré et ne peuvent être touchés et montés que par les gar-
diens. Quiconque oserait y porter la main serait impitoyablement sacrifié comme sacrilège. Après la fête ils redeviennent simples chevaux de selle comme auparavant.
A une vingtaine de mètres de la file de lances , et du côté de la convexité , se trouvaient les toldos des Indiens, disposés à la suite les uns des autres et formant plusieurs rangées concentriques avec la courbe décrite par les lances. Chaque toldo, improvisé pour la circonstance, se composait tout simplement de deux ou trois peaux de bœuf ou de cheval formant toiture et soutenues par des piquets ; quelques autres cuirs ou des couvertures de laine fermaient les côtés et le fond. L'entrée, regardant au levant, était ouverte. Vers le milieu du premier rang se trouvait le toldo du cacique , un peu plus grand .et plus confortable que les autres , mais construit de la même façon. Devant la tente royale on avait placé un grand dais en toile blanche soutenu à trois mètres de hauteur par quatre lances placées une à chaque coin. Sous ce dais , et devant la porte de la tente , se trouvaient le fauteuil présidentiel et cinq ou six autres sièges, constitués les uns et les autres par une tête de cheval recouverte d'une peau de mouton ou de quelque morceau d'étoflFe ou de tapis. Ces sièges devaient être occupés par le cacique et les principaux dignitaires de la tribu. Six ou sept rangées de tapis ou de peaux de mouton s'étendaient sur le sol en demi-cercles concentriques devant le dais, et
étaient destinés aux capitanejos et aux principaux Indiens de la tribu, qui devaient se réunir là pour le conseil.
Jusque-là le campement avait ressemblé un peu à une halte de Bohémiens ; Indiens et Indiennes allaient et venaient , les uns portant de Teau , les autres de la viande ou des liqueurs ; d'autres étaient en train de déjeuner ou de jouer aux cartes ou aux osselets. Ayant fini notre tournée, nous étions revenus près de Katriel, qui fit alors sonner une espèce d'appel par un clairon, et nous avertit que la fête allait commencer. Aussitôt un grand mouvement se produisit dans la tribu; les femmes laissèrent leur ouvrage; quelques-unes rentrèrent dans leurs toldos et en sortirent bientôt , ayant à la main une sorte de tambour composé d'une écuelle de bois recouverte d'une peau bien tendue , ou bien un cylindre de bois creux fermé également par une peau à ses deux extrémités. Ces Indiennes se' rendirent par groupes plus ou moins nombreux près de la ligne de lances, et commencèrent à se promener d'une extrémité à l'autre de la piste demi - circulaire qu'elles avaient faite les deux jours précédents en passant et repassant un grand nombre de fois par le même chemin à côté de la rangée de lances. Celles qui avaient des tambours (car toutes n'en avaient pas) marchaient au pas ordinaire à la tête des groupes, et frappaient toutes les quatre ou cinq secondes un petit coup sur leur instrument de musique avec une
baguette ou un petit maillet, en criant chaque fois : € Oh ! ih ! oh ! ih ! » Tout le groupe répétait ces cris , et comme chaque Indienne marchait à sa guise et ne marquait pas le pas, il en résultait un tohubohu et un vacarme indescriptibles. Une troupe d'enfants suivait les divers groupes, et, pour compléter et égayer le tableau, on voyait un certain nombre de chiens suivre tranquillement leurs maîtresses et participer ainsi à la fête, tout en paraissant assez étonnés de ce bruit inaccoutumé et de ces promenades singulières. Les Indiennes faisaient leur procession avec un grand sérieux et un profond recueillement. Elles étaient environ six cents allant et venant sans mot dire , et répétant toujours le même cri : € Oh! ih! oh! ih! >
Il y avait à peu près deux heures que durait cette étrange promenade , lorsque le clairon se fit entendre de nouveau. Aussitôt les tambours se turent, les cris cessèrent, et toutes les Indiennes regagnèrent tranquillement leurs toldoB , laissant au-dessus de la piste un grand nuage de poussière.
Le cacique s'assit alors sur son trône, recouvert d'un poncho bleu foncé semé de croix blanches, et nous invita à prendre place à côté de lui. Les notables de la tribu commencèrent à arriver. Chacun d'eux venait serrer la main à Katriel, lui adressait quelques paroles en indien et allait s'asseoir, ou plutôt s'accroupir sur les tapis que nous avons vus rangés en demi-cercles devant la tente du chef. Les paroles des
Indiens et la réponse du cacique étaient à peu près invariablement les mêmes pour chaque arrivant Le lenguara me dit plus tard que c^était une espèce de salutation, dont le sens était généralement le suivant : € Bonjour, maître. Votre respectueux et dévoué serviteur vous présente ses hommages; il vous désire une bonne santé, et vous demande s'il ne vous est arrivé rien de fâcheux dans votre famille et dans vos troupeaux. » Le cacique répondait : c Bonjour, un tel. Je vous remercie de vos souhaits et désire que vous ayez beaucoup de prospérité et de bonheur dans votre famille et dans vos troupeaux. » Parfois cependant la conversation durait un peu plus longtemps , et le cacique demandait quelques détails à ses sujets sur Tétat des pâturages et des ruisseaux de leur localité , car quelques-uns venaient de plus de trois cents kilomètres, sur rétat de leurs chevaux et de leurs vaches. Ces petits dialogues durèrent près d'une demiheure, et se répétèrent environ une cinquantaine de fois.
Lorsque tous les notables furent réunis, quelques femmes passèrent entre les rangs et firent une distribution générale de yerba , dont chacun reçut une forte pincée. Naturellement Katriel et nous nous fûmes les premiers servis. Je me demandais d'abord ce qu'on allait faire de cette poudre , et je gardais soigneusement dans la main ma petite provision , attendant que mes voisins me donnassent l'exemple. Mon attente ne fut pas longue : je vis bientôt que chacun mettait la
yerba dans sa bouche et commençait à la mâcher. Comme ce n'était pas trop désagréable , je me décidai à en faire autant pour me donner une contenance. Lorsque tout le monde fut servi, les Indiennes portèrent le mate chaud dans de grandes calebasses ; les Indiens savourèrent avec délices Tinfusion aromatique, et les petits tuyaux de fer -blanc, ou bombillas, allèrent de bouche en bouche. Le cacique, le lenguara, moi et deux ou trois autres caciquillos , ou vice-rois , nous eûmes le privilège d'être servis par la plus âgée des deux femmes de Katriel , et d'avoir une bombilla d'argent.
Un profond silence régnait dans l'assemblée ; tous les regards étaient tournés vers le chef suprême , lorsque celui-ci prit la parole et fit une harangue qui dura plus d'une demi-heure sans interruption. Une chose singulière , et qui me frappa beauco up alors , c'est que les Indiens ont une manière de parler particulière pour le langage oratoire. Au lieu d'employer les inflexions ordinaires de la voix commandées par la nature des mots ou le sens des phrases , ils récitent , pour ainsi dire , leur discours d'une manière uniforme , et ne font sentir que le dernier mot de chaque phrase , de telle manière qu'un discours se compose d'une série de périodes monotones terminées par une sorte de cri qui a quelque analogie avec le hoquet. Je croyais d'abord, en effet, que Katriel souffrait de cette incommodité ; mais , quand je l'entendis continuer son discours de la même façon jusqu'à la fin ^
je fus obligé de me convaincre que c'était bien une intonation particulière aux orateurs indiens.
Lorsque le chef eut fini de parler, un caciquillo prit la parole et prononça un discours sur le même ton que le précédent orateur. Puis, successivement, un certain nombre de capitanejos firent preuve d'un talent oratoire remarquable, car ils parlèrent assez longtemps sans s'interrompre et sans se troubler un seul instant.
Il y avait déjà deux heures que j'entendais scander des phrases, et, malgré toute mon attention , je n'avais pu parvenir à comprendre un seul mot de ce langage barbare, assez doux à l'oreille cependant, à cause de la quantité de voyelles et de consonnes labiales qu'il renferme. Le lenguara me dit plus tard que chaque chef avait rendu compte des événements qui s'étaient passés dans son district et qui étaient relatifs à l'abondance ou à la disette des pâturages et de l'eau, à la mortalité des bestiaux et des gens, aux péripéties de la chasse , et enfin aux affaires domestiques ou administratives. Lorsque le dernier orateur eut fini de parler, Katriel leur adressa quelques paroles de remerciement, et alors chacun se leva et prit congé de son chef. La trompette se fit entendre, et aussitôt les Indiennes , qui semblaient attendre impatiemment ce signal, prirent leurs tambours et recommencèrent leur promenade sur la piste comme la première fois. Pendant ce temps nous causâmes, le lenguara et moi , avec Katriel , qui semblait prendre
un certain plaisir à écouter le récit de l'impression que cette fête m'avait causée.
Vers cinq heures, la trompette retentit de nouveau. Les femmes se retirèrent dans leurs toldos, et tous les hommes montèrent à cheval et allèrent chercher leur lance. Quand ils furent montés et armés, ils se rangèrent par escadrons en dehors du campement, ayant chacun en tête un caciquillo ou un capitanejo. Tout à fait devant Tarmée se trouvaient les deux chevaux sacrés, montés Tun et l'autre par leur gardien. Immédiatement après venait le cacique, monté sur un superbe cheval blanc qui avait revêtu le caractère sacré Tannée précédente. C'était un spectacle vraiment imposant de voir réunis tous ces Indiens aux figures sauvages , leurs longues lances à la main , et montés sur des chevaux souvent tout caparaçonnés d'argent , alors qu'ils étaient eux-mêmes demi-nus ou couverts de haillons sordides. Katriel avait à la main son grand sabre à la poignée et au fourreau d'ai^ent. Il était vêtu d'un chiripa jaune , et avait sur les épaules son poncho bleu avfec des croix blanches. Sa tête était coiffée d'un képi de général tout flambant neuf, et faisant un singulier contraste avec le reste de son accoutrement. Quelques autres chefs subalternes avaient aussi de vieux képis de toutes les couleurs, ou des chapeaux de feutre , et un vieux sabre rouillé à la main.
Quand les escadrons furent formés et en OTdre les uns derrière les autres , le cacique fit un signal avec
son sabre , et aussitôt un cri* formidable sortit de la poitrine de quinze cents Indiens. La troupe s'ébranla et fit trois fois au grand galop le tour du campement, en continuant de crier et de se frapper la bouche avec la main. Le but de cette clameur sauvage était de chasser le gualicho du campement, si par hasard il s'y trouvait.
Ma surprise était au comble ; j'étais comme terrifié par ce spectacle aussi grandiose qu'inattendu. Les cavaliers soulevaient des tourbillons de poussière qui remplissaient l'air et formaient comme une couronne d'épais nuages. A chaque tour, j'entendais les hurlements des Indiens croissant rapidement à mesure qu'ils se rapprochaient , puis atteignant le maximum d'intensité et disparaissant presque aussitôt à cause de la rapidité de leur course.
Après le troisième tour les cris cessèrent , et Katriel déclara solennellement que la fête était terminée. On tua deux juments, dont le foie et le sang furent dévorés tout chauds ; on rompit les rangs , et chaque Indien se retira dans son toldo et commença à faire ses préparatifs de départ. Les chevaux sacrés redevinrent de simples quadrupèdes, et les jeunes gardiens purent librement délier leur langue , tenue captive pendant trois jours.
Le lenguara nous dit alors que les Indiens allaient commencer à faire de copieuses libations, et que, dans une heure , la moitié de la tribu serait plongée dans l'ivresse. Nous nous hâtâmes alors de faire nos
adieux à Katriel et de 'monter à cheval , de crainte qu'il ne nous arrivât quelque chose de désagréable si nous restions au milieu de ces sauvages surexcités par les vapeurs du cognac et du genièvre. Une escorte de confiance nous accompagna jusqu'à une distance de quelques kilomètres , puis s'en retourna sur notre invitation. Nous pressâmes le pas et nous arrivâmes bientôt à TAzul. J'étais très satisfait de mon petit voyage , mais je n'étais pas fâché d'en être de retour et de me retrouver avec des gens civilisés.
Pendant toute la nuit, j'eus un sommeil agité par d'affreux cauchemars; je voyais partout des Indiens qui tantôt m'emmenaient avec eux, tantôt me perçaient à coups de lance , tantôt me laissaient seul et à pied au milieu de l'immense désert. Le jour vint heureusement mettre un terme à mes rêvasseries, et une petite promenade dans les environs de la ville acheva de me remettre de la profonde émotion que j'avais ressentie , car le spectacle de la veille m'avait vivement impressionné.
Du 18 au 21 septembre je passai le temps à visiter mes amis et à recueillir quelques renseignements sur les Indiens. Le lenguara, M. Abendagno, se mit gracieusement à ma disposition et me donna des notes et des informations d'une irréprochable authenticité, auxquelles son long séjour parmi les sauvages, ses rapports fréquents avec les principaux chefs , sa coniiaissance parfaite de la langue pampa , donnaient un cachet spécial d'originalité et un attrait tout particu-
lier. Ce sont ces notes , un peu décousues et considérablement abrégées , qui vont faire Tobjet du chapitre suivant, après lequel je reprendrai mon récit au point où je Tai laissé.