XIX
Après avmr reçu les instruotkHis de Fabbé Bignotiy de Dodart, premier médecin du roi, de Chirac , surin* tendant du Jardin des Plantes, Peyssonnel quitta Paris le 19 avfil 1724. Il ne s'arrêta que quinze jours à Mar^ seille , et s'étant embarqué le 19 mai, il arriva le 26 on vue des cotes de Barbarie , dcmt il releva la direcûon à la boussole avant de débarquer.
Peyssonnel passa en Barbarie le reste de l'année 1724 et toute l'année suivante. Il parcouinit dans tous les sens la régence de Tunis, visita toute la partie orientale delà régence d'Alger, et les résultats qu'ont eus ses voyages pour la connaissance de la géographie et des antiquités de l'Afrique, peuvent foire présumer la richesse des ol>servations q u'il avait recueillies sur l'histoire naturelle du pays. Malheureusement pour cette partie de sa mission, il correspondait avec Chirac, dont la négligente administration aura laissé perdre , non-seulement les notes scientifiques du jeune voyageur, mais encore les herbiers et les graines qu'il a dû envoyer ou rapporter avec lui * .
Au commencement de janvier 1726, Peyssonnel était de retour dans sa ville natale. L'académie de Marseille,
• I>anf( tous les mémoires qu'il envoya depuis à 1a société royilc de Londres, il s'iniiiule médecin botaniste ci-devant envoyé par le roi sur les côtes de Barbarie, pour les découvertes en histoire naturelle. S'il n'avait rien rapporté de ses voyages qui fût relatif à l'objet spécial de sa mission, concevrait-on celle manie de rappeler sans cesse une honorable dbtinction k laquelle il aurait si mal répondu?
qui êxsBtait en fiât depuis dix anl, songeait n\<ffs à se constituer légalement.
Elle avait choisi pour protecteur le maréchal duc de Villars, membre de l'académie française et gouverneur de la Provence. Grâce ^ Tentr^nise de ce grand homme y elle obtint des letti^es-patentes du roi pour sa forma*tion jdéjBnitive , et fit ensuite approuver le règlement qu'elle s'était donné. Pejsscmnel piit une part active à cette création ; il fut un des quatre examinateurs char* gés déjuger et de ^ire connaitreaux autres fondateurs les titres des candidats. Mais il parait que dès le moif de mai de la même année , il avait déjàqui^ ou se disposait à quitter Marseille, car il ne fut pas compris dans la liste des membres résidens, dressée à cette époquQ^ on le porta au nombre des associés '.
Les peines que se donnait Peyssonn^l pouy créer dans sa ville natale une société littéraire, ne lui faisaient pas oubliei^les obligations qu'il avait contractées envei'» l'académie des sciences. £n 1727, il fit hommage à cette académie de sa belle découverte sur la nature de ce qu'on appelait alors pian f es marines pierreuses. Les anciens mettaient au nombre des pierres le corail et les autres productions maritimes d'une formation analogue. Cette erreur s'était perpétuée jusqu'au commencement du dix- huitième siècle. Vers l'an 1710, le comte MarsigU avait observé que la belle substance qu'on appelle corail, quoique de nature pierreuse, était renfermée dans une
> Hisr. dcl'Acad. île Maraeille, 1. 1, p. 42, 43.
écorce de nature dMRîrente ; qu*à ft stirfece de cette écorce, tant qu'elle était plongée dans Teau de la mer , apparaissaient de petits points blancs qui s'évanouissaient aussitôt qu*(m retirait la branche de corail de Télëment salé. Le savant naturaliste imagina que le corail était uoepierre entourée d'une enveloppe régétàle, dont les petits poiiits blancs lui semblèrent être les fleurs. Cette opinion s'accrédita, et les productions maridmes que les anciens avaient rangées dans le règne minéral , formèrent un ordre d*étres particuliers qu'on désigna sous le nom de planies pierreuses*
Des observations nombreuses faites dur les Keux mêmes où se pèche le plus beau corail , convainquirent Peyssonnel que la formation de cette précieuse substance n'avait pas encore été reconnue. H constata que les pmnts blancs regardés comme les fleurs du corail , d'après l'opinion du comte Marsigli , étaient autant de petits insectes ayant chacun leur cellule , comme les abeilles dans une ruche , et que la réunion de ces cellules formait le t^ument qu'on avait pris pour une écorce végétale. Ces insectes restaient à la sur&ce de la plante tant qu'elle était plongée dans la mer ; ib rentraient dans leur coquille aussitôt qu'on les tirait hors de leur élément. Poussant phis loin ses recherches, l'habile observateur reconnut des insectes du même genre sur les pores, les madrépores , les Uthophitons et les auti^es productions de même nature. Il en conclut que ces substances, qu'on avait regardées jusqu'alors^ tantôt ccmune des pieiTCs, tantôt comme des plantes , étaient l'ouvrage