XVII. D. III
PASSIDIN. PA...
HARTIK...
MO. POSVIT.
Cest à cette source d'^eau^t à une autre qui
* Shaw appelle cette source les eaux chaudes du laa^ rabout Sidj-Mimon, 1. 1^ p. 160, tr. h\ ? Peut-être Êiut-il lire ▲. xv. m. tii.
est du côté du nord-ouest de la ville, que Ton trouve des tortues regardées par la populace comme des esprits malins qui y résident depuis le temps des Romains. Les femmes vont tous les printemps s^ divertir, et donnent à manger aux tCM:*tues%
Le terrain, hors de la ville, s'élève ensuite et forme un isthme qui joint le rocher où est la ville avec la monti^e du côté du sud. Cet isthme va nord et sud, et a deux descentes très difficiles , Tune à Test , Tautre à Fouest. Cest à cet isthme que sont les deux principales portes de la ville , la troisième étant du côté du pont dont ^ai parlé. La ville est donc entourée de précipices affreux, n'^ayant que le côté du sud par où Ton pidsse Faj^rocher. On trouve de ce côté-là quantité de ruines qui dénotent avoir été des fortifications considérables, ce qui devait rendre cette ville très forte avant Fusage du canon.
On entre par les portes dans la ville qui a une double muraille du côté de Fisthme ; la seconde enceinte paraît très ancienne et les montans de la porte sont en marbre blanc assez htsM. La ville est très peuplée , les maisons mal construites, bâties partie de briques
Cuites et partie de briques de terre simj^e ^ Couvertes de tuiles rondes; les rues très étroi-* tes et mal percées , mal propres dans Phiver , sans pavé, sans aucune place, sans aucun édifice qui mérite la moindre attention. Je ne sais pourquoi les auteurs que Moreri cite en parlent autrement ' . On voit cependant, par les débris et les pierres qui restent, qu'ail devait y avoir des édifices considérables et beaux ; mais tout a été renversé. On trouve encore quatre arcs qui soutenaient le dôme de quelque temple , et quelques pierres où on lit des lambeaux d'insicriptions si mal traitées qu^on n'y comprend rien. Il reste Tenceinte et les débris dW cbateau posé sur la pointe de la ville du côté du nord-ouest. Cest un grand enclos d'aune b^lle bâtisse, sans tours ni défense. A la porte de cette citadelle, Ton garde une couleuvrine qui a dix pieds de long, comme celle qu'ion a au château de Tunis. Il y a encore un corps de cuirasse et un casque de fer suspendus sur cette porte* Le dedans de cette forteresse est rempli de
* Moreri cite Mannol , écrivain contemporain de Léon L'Africain. De leur temps les villes d'Afii-ique étaient encore florissantes.
maisons comme la ville. La maison où logent les soldats était le t^nple ou Féglise , ce que Ton connaît par la structure des murailles , celle de la porte et celle même du grand autel. On y voit quantité de pierres écrites , mais toutes bouleversées, de manière qu^on ne peut rien comprendre. Atîôté, il reste quatre piédestaux qui devaient soutenir des colonnes d'aune hauteur très considérable , car les piédestaux et les chapitaux d'ordre ionique qvCon trouve encore ont six pieds de diamètre , mais on ne voit point les colonnes qui devaient être très élevées à propcwtion du diamètre des piédestaux et des chapitaux, A la pointe de Fouest de ce château , Félévation du rc«her a plus de six cents pieds. Il y a un endroit d'où Ton précipite les puta^is et les malÊdteurs : c'est as^ sûrement un des plus beaux sauts que l'on puÎBse feire. On dit que le bey ayant fait précipiter ime femme de joie , le vent entra dans son bemous et qu'elle arriva dans la rivière sans se Êdre presque aucun mal, mais le bey la fit précipiter ime seconde fois. A côté , il reste les anciennes citernes encore en bon état. Il y en a quinze, chacune de
vingt-cinq pas de long^sur vingt-cinq de large; Un canal de quatre pieds règne au milieu de ces citernes et les coupe en large : ce canal est dWe bdle pierre creuse encore dans son entier.
Nous restâmes trois jours dans Constantine et le six nous partîmes avec le caïd* de Bone. Nous (im.es route «u nord-^st , sept lieues , passant toujours par des montagnes consid^ables et très stériles , car le beau pays ou terroir de Constantine et les endroits où se font les récoltes abondantes sont du côté de Touest, du nord-ouest et du sud-ouest. Le côté du nord et de Test est assez stérile; à peine y trouve-t-on quelques herbes dans Fhiver. Nous couchâmes à un douar d^Arabes de ceux de la nation de la suite du bey.
Le sept , nous continuâmes notre route , passant par des montagnes très rudes et élevées. Le pays est toujours ingrat et désert, sans aucun douar ni halntant , la route nord-est huit Ueues, et nous fumes coucher près des eaux de Mézoutin"* Cette source que nous ob-
! Hammapi-MeskoUtia.
sellâmes le jour d'après, mérite une description détaillée\
Ces eaux se trouvent à une lieue à Fouest de la montagne de Meaune et à trois lieues de celle d'Altaya, à mi-chemin de Constantine à Bone , entre des montagnes assez rUdes. L^endroit d'où Peau sort a environ trois cents pas de circonférence , et il était entouré de murailles dont il reste de beaux lambeaux. En approchant nous vîmes sortir de cet endroitlà une fimiée très considérable etnous sentîmes Fodeur de soufre. Nous découvrîmes après quantité de cônes dont quelques-uns avaient jusqu'à trente pieds d'élévation. Le tout ressemble aux camps des Arabes. C'est aussi cequi a fait dire aux habitans que ce jfiit un camp pétrifié, et ils font là-dessus des histoires si ridicules que je croirais perdre le temps que de les rapporter.
L'eau de cette source est si chaude qu'il serait impossible d'y tenir la main la moitié d'une minute. Les Arabes mettent leurs pots dans un des bouillons : la chaleur de l'eau fait bouillir
' Voy. Poiret, t. I, p. i54 et 8uiv. Shaw, t. I, p. 299 et suiv. ir. fr.
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le pot , et ils font ainsi cuire leur viande au bain-marie. Cette eau, en s^élevant par bouillons séparés , quoiquWle soit claire , porte et pousse avec elle lesparties insensibles dWematière qui ressemble à la diaux ou au tuf. Ainsi Pendroit d^où elle^ sort paraît être un rocher calciné et réduit en chaux. Cette matière s'ar^ rête autour des endroits où Teau bouillonne, et forme des corps assez remarquables. Tous les cônes, ou pyramides rondes, qui sont plus de deux cents en nombre, quelques-uns hauts,, comme je Pai déjà dit, de plus de trente pieds , sont formés par cette matière^ L^eau montant en jet $e fait un tuyau, déposant son tuf pour former le cône \ arrivée au plus haut que sa force lui permet, elle se ferme elle-m^e^, la sortie par une croûte qui bouche le tuyau ; c'^est pour cela que plusieurs de ses cônes, et siutout les plus élevés, ne fournissent plus d^eau. L'on voit les autres ouverts et le tuf former insensiblement la pyramide. Dans d'autres endroits Ton voit des croûtes que Peau forme et sous lesquelles elle s'enterre. Ces cix)ûtes sont en des endroits fort minces en d^autres très épaisses et fermes. Mais ce qu^ y a de plus particulier ce sont les champignons
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pétrifiés qu^on y trouve. Le tuf montant par les bouillons de Peau forme , sur un pédicule très petit, des corps ressemblant entièrement à des champignons, excepté qu^ils ne sont pas feuilletés en rayons. Les uns sont formés par diverses couches tr^ subtiles , les autres par des cristallisations au milieu d^une eau bouillante. LW voit les parties, comme celles des cristallisations artificielles, luisantes et attachées les unes aux autres. Le dessus de ces champignons est uni et un peu convexe , et le dessous est concave et rayé; on les prendrait pour de véritables fongus pétrifiés. Les eaux qui sortent des divers endroits forment , du côté de Touest, une superbe nsqppe dWu. Divers petits bassins que le tuf a formés soutienn^it Feau et font des nappes naturelles, accompagnées , comme c^est Fordinaire , de congellations de figure bizarre qui donnent un beau spectacle. Au-dessous il y a des voûtes ; le bruit de Feau qui tombe et celui du bouillon font entendre divers sons quW compare aux cris de divers animaux , suivant que Ton a Fimagination frappée. Ce tuf ou cette chaux n^a aucun goût. Nous en prîmes pour f^re des observations, et des champignons
pour les garder comme curiosité. L'eau a un goût sulfiireux y comime c'est Fordinaire des eaux chaudes.
Ce jour là (8 février), nous fômes coucher à im douar à quatre lieues des. eau3C de M é— zoutin.
Le 9, nous suivîmes le même chemin que nous avions pris en allant à Constantine et, après avoir traversé la plaine de Bone , nous arrivâmes à cette ville sur le soir».
Route N.-N.-E., isfieues.
Le lO, je fus au Port Génois, qui est à une lieue au nord de Bone : c'est le mouillage ou la rade où restent les bkimens qui vienn^it charger à B^e. Il n'y a que les petits bâtimens qui puissent avancer jusqu'à la ville. Ce mouillage est im des meilleurs de la Barbarie. On n'y craint que le vent d'est-nord-est ; mais le fond en est bon : il est rare que les bâtimens s'y soient perdus. Je fis plusieurs observations géographiques; mais comme elles ne portent aucun changement à la carte marine de M. Berthelot, je la donne conune un modèle sur lequel on peut se régler.
Je m'embarquai sur une tartane qui était chargée de vin pour ta Calle. Nous partîme&.
)a nuit. Le 1 1 au matin , nous nous^ trouvâmes sur le cap de ^oses ' ; à midi, nous étions visà-yis le Bastion de France. Il reste encore les débris des anciennes fortifications et des magasins quW y avait construits lorsque le comptoir de la Compagnie occupait c^tte place, çt que les pêcheurs de corail allaient s^ retirer ; mais elle fut abandonnée dans la 4ernière guerre avec les Algériens. Depuis , on s^est établi à la Galle , où j^arrivai sur le soir. J'espère y rester quelque temps, pour y faire des observations sur le corail et sur les plantes piarines.
J'ai rhonneur d'être, etc.,
PEYSSONNEL, doct.-méd.
4 Cap Ro»a. (L.)