LETTRE TREIZIEME
A M. Tahhé Bignon , Conseiller - d'Etat , contenant la description du gou{^ernement d^Alger.
La Calle^Te lo septembre ijaS.
Monsieur,
Les lettres que j^ai eu Phooneur de voua écrire ont c(H]tenu la relation des pajs que 5^ai parcourus; j^ai taché de les rendre mim simples , aussi courtes qu^il m^a été posaiUe ; mais elles sont sincères et exaetos ao demîer point. Je n^ai pas été ^QEibarafi(sé à les jfotre. II ne s^agissait que d^exposer ce que j^|vaia vuf il n^en est pas de même de celle^ei, et mon em^ barras à vous décrire le gouTentemeiit d^idr ger n^est pas peu coiisidàrable« J^y ai vti ud ordre asse^ beau et des kna â ju^es et si équitables, que je ne sais comment le» e3q>08er en contredisant Topifiâoii commune q«e naiis
avons de ce gouvernement. En même temps ^ j^ai aperçu tant de choses infâmes , et la malice des hommes a corrompu si fort les idées des législateurs; il s^y est introduit tant d^abus, et tant de coutumes y sont contradictoires^ qu^il est très difficile de les exposer nettement et de les rendre croyables. Si je n'avais à écrire qu'à une personne comme vous , Monsieur, que le ciel a Êivorisé de ses dons, et dont Fesprit, libre de tout préjugé, examine tranquillement tout ce qu'on lui expose , je me contenterais de vous faire un simple récit de ce gouvernement et vous réfléchiriez après sur les beautés et les dé&uts de cet état poUtique. Mais comme je crains que vous ne communi— quiez ma lettre à d'autres personnes, j'appréhende, en même temps, de ne pas toujours tnmvw des lecteurs aussi équitables que vous. Ils seront peut-être persuadés que les Turcs d'Alger sont des gens sans foi, sans loi, dénués de bon sens, inhumains, barbares, cruels, sans politesse. Les histoires que les religieux ont données de l'esclavage d'Alger et qu'ils auront lues, auront rempli leur esprit de préjugés, lie zèle de ces bons reUgieux est louable; U leiir convient d'attribuer beaucoup d'inhu-
ntanité aux Turcs pour exciter la compassion et les aiuttônes des fidèles, mais il semble]|que la vérité doit toujours paraître partoutlet qa^on doit exposer le bien comme le mal, sans dire Fun et taire Fautre. Enfin, les personnes ainsi prévenues n'ajouteront, peut-être,'nulle foi à tout ce que je dirai en feveur des Algériens : je les excuse, car je sais que] mœméme autrefois, prévenu comme eux contre les éciuneurs de mer, je n'aurais jamais cru leur état si bien gouverné qu'il Test et leur politique si belle. Mais enfin comme mon dessein n'est que de voua plaire et de satisfaire aux ordres que vous m'avez donnés, je vous écrirai naturellement toutes les observations et les connaissances que j'ai du gouvernement d'Alger.
Les révolutions de ce royaume sont les mêmes que celles que toute la Barbarie a ressenties. Ainsi , pour en faire une histoire suivie, il faudrait remonter aux premiers temps et vous rappeler quel était l'état de ce pays avant que les Romains l'eussent conquis. Les guerres puniques nous instruisent à fond de tout ce qui s'est passé de remarquable du temps de L 25
Jules César et d^Auguste' , et des conquêtes des Romains en Afrique* L^histoire ecclésiastique nous apprend ce qui s^est passé sous 1â domination des Romains, jusqu^à Invasion des Vandales, et c^est pendant cet espace de temps qu^a duré le lustre et le plus grand éclat de ce pays. Cest dans ce temps que ces superbes monumens dont il reste dc^ d^ris somptueux ont été élevés. Nous lisons dans Phistoire des Vandales leur imq>tion dans les provinces et le commencement de leur destruction» L^histoire de FArianisme nous instruit suffisamment là -dessus* Nous rojons la continuation de la décadence de ce royaume étant sous la domination des empereurs chrétiens d^Orient; enfin nous apprenons sa destruction entière en lisant Thistoire des Sarrasins ou des Arabes mahométans qui, accoutumés
' Nous n'avons pas besoin de relever l'anachronisme que commet ici le voyageur, en supposant que l'histoire des temps de Jules César et d'Auguste se trouve dans celle des guerres puniques. Nous avons trouvé les mêmes erreurs dans ses réflexions historiques au sujet de Constantine.
à loger sous des tentes ^ détruisirent toutes les yilfes de ce vaste pays, de sorte qu-il n^en reste que très peu qui aient la forme de ville, et les ruines des autres qui ont^ pour la plupart, conservé les anciens noms.
Les Sarrasins arabes ayant donc conquis ce pays, brul^^it et ruinèrent toutes les villes, détruisirent tous les habitans et, suivant leurs maximes et leurs coutumes , continuèrent à loger sous des tentes , divisés en nations ou tribus qui avaient des che& jmrticuliers. Les uns relièrent établis dans ce pays ; les autres poussèrent leurs conquêtes en Europe , occupèrent FEspagne pendant un très long temps. Les histoires de ce royaume nous détaillent toutes ces guerres et, en partie, celles qui survinrent «entre les nations arabes de ce pays qui, ne pouvant rester en paix , s^armèrent les unes contre les autres, et qui, suivant Tesprit, la jMiid^ice et la bravoure de leurs che£$, devinrent plus ou moins nombreuses et formi- 4lables. L^indolence , Fignorance et le défiiut des écrivains de ce temps , ne nous en laissent que des relations et des histoires ou peu intà:*essantes ou mêlées de tant de fables, qu'il est difficile de développer la vérité. Les guerres
âl6i*s étaient peut-être les mêmes que celles qù^oii voit régner encore parmi eux; car les nations sont presque toujours armées les unes contre les autres, sans qu^on en puisse savoir ni le sujet ni la causer II arrive bieà souvent que c^est un bœuf ou un cheval pris, une dot de femme qui nVura pas été rendue, ou un autre petit sujet qui armera deux nations: quelquefois aussi la jalousie entre les chefe , ou Fambition de quelques-uns de vouloir conunander aux dépens dW autre formeront des guerres civiles, et intéresseront dVutres nations.
Le secours que les Arabes d^A&ique étaient obligés de donner à ceux qui étaient passés en Europe , les courses qu^ils faisaient sur les chrétiens et la fréquentation des esclaves changèrent les moeurs de quelques-uns qui quittèrent Tusagedes tentes et des cabanes pour vivre dans les villes maritimes , et c^est de là qu^a commencé la différence des Arabes maures, habitans des villes qui soiit presque toutes sur la côte de la mer, et des Arabes bédouins ou habitans de la campagne.
Après que les Espagnols eurent repoussé et chassé les Maures de FEspagne, qui s^y étaient étabhs depuis plus de deux cents ans , ceux
qui furent chassés se joignirent à ceux qui ha-r bitaient dans les villes maritimes de FAirique. Les Espagnols poussèrent à leur tour leurs conquêtes jusquesdanscettepartiedu monde; et ce fut sous le règne de Ferdinandet sous le ministère du cardinal Ximenès, en 1 5og,que les troupes Espagnoles prirent ^^abord MorxÀiquihir' , fort auprès d^Oran, et firent ^isuite la conquête d^Oran. Ils poussèrent plus avant ; ils prirent Alger , Bougie et autres, places sur cette côte, et ils commencèrent à y Êdre des fortifications. Alger , qui fut alors conquis , n Wait presque que de simples murailles. Les Espagnols n^é* taient pas en assez grand nombre pour tenir soumises toutes les villes qu^ils subjuguaient , qui d^ailleurs étaient soutenues par les Arabes de la campagne. Ainsi ils se contentèrent dVn fortifier quelques-unes ; ils bâtirent une tom' sur une petite île qu'il y avait devant Alger , à rentrée du port , pour empêcher les corsaires dY venir et pour y avoir une retraite assurée, et, delà, exiger des droits de la viUe. Les Arabes dont Fancienqe valeur était amortie, et qui, semblables à bien des peuples , avaient changé
' Mcrs-el-Kebir, ou le Grand Port. (L.)
cet esprit martial en une indolence capable de souârir le plus servile et le plus bas esda^ vage, supportaient le joug des Espa^ols qui les t jrannisaimit dans leur ville. Alors les con* quêtes et le lustre de cette nation , ses découvertes dans rAmérique ^ et les cruautés qu^dtte y exerçait wndaient sa domination si rude , que plusieiurs raisons jointes à celles de la religion, grand et pmssant motif auprès des Marhométans , les portèrent à aj^der à leur secours Aroudj Barberousse^
Cet Aroudj Barberousse étsut de Mét^in, île de TArchipel appelée autr^is Le^os. Le Grand Seigneur lui avait doimé une escadre de galères et de barques avec lesquelles, il croissait et avait fait quantité de prises sur les clnrétiens. Il était mouillé sur la côte de Barbarie lorsque les députés d^Alg^ vinrent implorer son secours pour être délivrés de la tyrannie espagnole , et lui offrirent des j^ésens en reconnaissance du secours qu^il leur damerait. Barberousse accepta ces propositions et envpya dix-buit galères et trente barques au secours d^Alger , tandis qu^il s^achemina par terre avec des Turcs et des Maures affidés. Pendant ce temps-là , les Algériens avaient également
imploré le secours de Sélim Ëutémi, chef de la nation qui habitait la plaine de Mitija ( où était Tancienne Tigissi) qui se trouve tout au* près d^Alger, et -ce sheick Arabe commandait dans Alger. Il reçut fevorablement Barberousse qui, se yojdint arec ses troupes maître de la ville , consiHra contre Eutémi, ne pouvant souffrir un compétiteur au commandement et Fassassina lorsqu^il était au bain. Après cet assassinat il ne se mit point en peine d^arrêter les Ucences de ses soldats qui , maîtres de la ville, commettaient mille désordres. Son crime découva:!, il voulut se laver en faisant mourir son ministre qui Ait accusé par de &UX témoins d^avoir commis Fassassinat. Puis, fier de son pouvoir, il s^appropna de force la suprême autorité et se fit déclarer comrmandant en chef ou, si Fan veut , roi d^Alger, y exerça toutes sortes de crimes et de cruautés,etles soldats &i disaient de mêmeà Fexemr pie de leur chef. Ce fut alors que les habir tans saitirent la Êiute qu^ils avaient commise en appelant les Turcs, leurs fi:*ères de religion^ à leur secours contre les chrétiais qu^ils appelaient infidèles et giaours.
Alors les habitans, voyant que d^un mauvais
état ils étaient tombés dans un pire , vouhircxit conspirer contre Barberousse ; mais leurs des* seins ayant été découverts , il en coûta la vie à vingt des conjurés dont les cadavres fiirent jetés dans les rues. Cette action de cruauté donna une si grande frayeur aux habitans que personne n^osaplus retomber dan&lemême cas. Cependant le filsde Sélim Ëutémi, qui s^était réfugié à Oran , animé de désespoir ^ implora le secours des Espagnols contre Fusurpateur et Fassassin de son père. Le marquis de Comarez, gouverneur d^Oran, sollicita pour lui et Fenvoya à la cour d'Espagne où le cardinal Ximenès lui accorda une flotte et dix mille hommes conunandés par Francisco de Véra. Cette flotte, après avoir secouru Bougie, attaqua Alger; elle avait débarqué et en formait le siège , lorsque Francisco de Véra , ayant divisé son armée en quatre corps pour domier un assaut général , fut repoussé avec pert^ et obligé de retourner en assez mauvais état. Cette aventure fâcheuse pour les chrétiens et pour les Arabes du parti de Sélim Eutémi , augmenta beaucoup le cœur de Barberousse qui commença alors à avancer dans les terre$. Les Arabes en ayant pris ombrage , Hamid-
Alabdes, sheick du côté de Tennez, vint avec dix mille Maures contre les nations de la Mitija soumises à Barberousse, qui, en étant averti , disposa les Maures à résister à Hamid-Alabdes et, avec le secours de mille Turcs armés avec des armes à feu , ils défirent Farmée de Tennez qui ne put leur résister n'ayant que des lances , des zagayes et des armes blanches. Ce sheick ayant étédéÊdt, fut obligé de se retirer dans les montagnes d'Atlas. Cette victoire augmenta la valeur et le courage des Turcs ; ils poursuivirent leurs ennemis , prirent Tennez , la pillèrent et y commirent mille désordres et cruautés. La réputation de Barberousse et des Turcs se répandit dans toute la Barbarie. Les Maures regardaient ce chef conmie un Hercule, ses soldats comme des gens invincibles, de sorte que, suivant leur usage, étant en guerre les uns contre les autres , ils imploraient le secours des Turcs pour défaire leurs ennemis; ainsi les Turcs en les secourant , les subjuguaient et se servaient dq leurs armes et d'euxmêmes pour les ruiner et les soumettre à leur domination. .
Les habitans du royaiune de Tremesen, mécontens d'Abuzijen, leur sheick ou leur roi,
dppelèient Barberousse qui, profitant de ces; bettes dispositions, envoya chercher quelques pièces d^artillme et des munitions de guerre à Alger, où il avait laissé Khaïreddin Barbermisse , son frère , et mardia pour attaquer Tremesen. Ses troupes grossirent en ch^mn : respâ:*ance d^un gros butin, le génie des Maures de ne pouvoir souffrir une nation plus puissante que la leur, lui attirèrent quantité de nations arabes qui augmentèrent ses trou-^ pes en se joignant à elles. Le roi de Tremesen se disposa à les recevoir ; il avança avec ses troupes, qui consistaient en 6,000 chevaux et 3,000 hommes de pied. Les armées se rencontrèrent dans la plaine d^Aghad ^ de la dépendance d^Qran ; mais les armes à feu des Turcs tinrent victorieuses, et le roi ou sheick Abuzîjen ayant été déÊôt, Tremesen se soumit au vainqueur, qui fit fortifia: la ville à cause qu^elle était au voisinage d^Oran. Barberousse en craignait la garnison espagnole et les trou^ pes qu'elle pouvait y^envoyer. Il fit en même temps une ligue offensive et défensive avec Muley-Hamet, sheick ou roi de Fez, qui, pour lors, était séparé du royaume de Blaroc. Les conquêtes de Barberousse ayant fait
beaucoup d^oml»:age aux Espagnol , Charles- Quint envoya en i5i7, au gouverneur d^Oran, dix mille hommes qui, s^étant joints avec les Arabes du parti d^Abuchenmen, successeur au royaume de Tr^BB^senj et avec ceux du parti du âls de Sél^ Eutàm, avancèrent vers Trepiesen où Barberousse était. A cette nduvdle, Çarberousse somtma le roi de Fez de lui eaor voyer le secours dont ils étaient conv^ius; mais ce secours tardant, et les Espagnols, sous la conduite du marquis de Comarez, étant armés près de Tremesen , il {ait le parti de se retirer ^vec ses Turcs, n^osant se fier aux Maures qui murmuraient contre lui, &tigués de sa tyrannie. Il se mit «a mardie avec les i,5oo Turcs qui Pavaient suivi. Le général 'espagnol, informé de son évasion, lui coupa le chemin et le joignit au passage de la rivière Huexda , à huit lieues de Tremesen. Barbc^ rousse^ se voyant pa*do, fit semer dans le chemin tout son or et scm argent , pour amuser les chrétiens ; mais les Espagnols , m^risant ces richesses, chargèrent vigoureusen^it les Turcs qui faisaient Farrière - garde. Barberousse passa la rivière avec Favant - garde , ^t , après un rude combat , les Turcs ce-
dèrent au nombre , et Barberousse fiit mas-^ sacré.
Dès que les Algériens surent la nouvdle de la mort de Barberousse , ceux qui restaient dans la Tille élurent Khaïreddin Barberousse ^ son frère^ pour roi ou général de la Mer. La première année de son règne fut assez tranquille; mais , considérant qu^il ne pouvait se soutenir avec le peu de monde qu^il avait, et craignant la révolte des Arabes, il eut recours à Sélim, empereur ottoman, et, de concert avec les troupes qu^il avait , il d^uta au grand- seigneur pour lui offrir de mettre le royaume sous sa protection, en lui payant tribut, à condition que Sa Hautesse lui fournirait les forces nécessaires pour s'*y maintenir. En cas de reftis, Khaïreddin offrit de céder sa souveraineté, pourvu qu^il fât nommé pacha ou vice-roi. (Année iSig).
Sélim accepta la dernière proposition et envoya 2,000 janissaires bien armés, avec le secours desquels Khaïreddin acheva de soumettre tous les Arabes , se servant d^une «nation qu^on flattait pour en soumettre une autre : poUtique que Ton pratique encore aujourd'hui , qui fait la force des Turcs
en ce pays, et sans laquelle ils ne sauraient se soutenir.
Le royaume d^Alger était alors gouTwné comme une province appartenant à la Pente Ottomane; le grand-seigneur y envoyait le bâcha, des recrues toutes les années pour remplacer les soldats morts ou hors de service. Plusieurs Turcs chargés de crimes ou de misère y passaient , et le nombre en devint si considérable, quHls fiu*ent en état de chasser les chrétiens de tous les petits ports qu^ils occupaient; et, comme la tour que les Espagnols avaient bâtie siu* Tîle qui était devant Alger gênait beaucoup les Turcs , on résolut de la détruire et d^en chasser les Espagnols. On chercha à la surprendre : on y envoya des espions, sous prétexte de vouloir changer de religion ; ils devaient donner le signal et favoriser rentrée des Turcs, pendant que les chrétiens seraient à la messe. Leur menée fiit découverte et ils fiirent pendus, ce qui piqua si fort Khaïreddin, quHl fit résoudre en plein divan de commencer le siège de cette forteresse, et on jura de ne le pas abandonner jusqu^à ce qu'elle fut réduite. Le même jour, en i53o, qu\>n fit cette d^ibération, on somma
Martin de Vargas, gouT^*neiur, de se rendre sous des conditions honorables. Il refiisa : on dressa une batterie de canons à la porte de la Marine ; on dit qu^on se serrit des canons d^un bâtiment firançais qui carénait et qu^on prit de force. La place fut battue pendant i5 jours et i5 nuits ; enfin les Tiurcs , embarqués sur des radeaux , y donnèrent Fassaut et la prirent. La garnison y ayant presque toute péri , le gouverneur fiit blessé, mené dans la ville, où il guérit de ses Uessures ; ùiais il mourut ajHrès sous le bâton ^ pcMir avoir parlé trop haut.
Après cette conquête, Khaïreddin ne différa plus d^exécuter le dessein qu^il avait de con* struire un mole^ de joindre l^e â la terre ferme et de fcHiner ainsi un p(»rt où les bâtim^is fussent en toute sûreté* Il y fit travailler tous les esclaves; il rétablit le fort, y mit une bonne garnison pour empêcher qu^aucun bâ^timentn^ pût aborder, et, en moins de trois ans, tout fîit achevé. Après que Khaïreddin eut fini ce môle, et fortifié la ville d^ Alger par quelques batteries aux lieux ou Ton pouvait débarquer, il passa à Constantinople. Il inspira au Grand-Seigneur le dessein de conquérir ie
Ixiyaume de Tunis. 11 fut fait capitaii4)ecl)a ^ chassa Muley-Assem qui était roi de Tunis^ et fut ensuite lui-même dhassé par Fempereur Charles-Quint qui remit Muley-Assem sur le trône, et obligea Barberousse de s^enfiiir du côté de Bône et de retourner dans le Levant. Paidant ce temps-là , on arait nommé pour bâcha à Alger Assem-Aga^ renégat de Sardaigne, homme courageux et intrépide éLevé à la guerre, qu^il avait faite sous les deux Barbe* rousse.
CharlesrQuint, empereur et roi d^Espagne, enflé des victoires qu^ avait remportées à Tunis, en prenant cette ville et en remettant Muley-Assem sur le trône en i535, fit un grand armement : quelques-^ms croient qu^il Pavait destiné pour la conquête de la Provence; mais il se détermina pour Alger. Il n^ avait alors dans Alger quWviron 800 Turcs et 5ooo Maures. L^empereur y arriva avec une armée très considérable; il fit sa descente sans aucune exposition, forma le siège, traça les lignes de circonvallation , commença une forteresse qu'ail plaça sur une élévaticm, et croyait facilement enlever cette place. Mais il survint une tempête mêlée de grêle, de vent
et de pluiç« qui dura deux jours. Ceux d'Alger avai^it CTapêdié que les fiâmes et les enÊois ne sortissent, pour exciter les habitans à comr battre avec plus de vigueur. Jugeant que les soldats de Oiarles-Quint devaient être Êitigués par le mauvais temps, ils firent une sortie qui leur réussit, ils battirent les chrétiens , et eurent tout Favantage. La même tempête de N. E. avait fait un si grand tort à la flotte, que plus de i5o bâtim^os avaient été jetés sur la côte avec i5 galères. Les Turcs, profitant de Favantage du premier combat, donnèrent sur ceux qui avaient échappé à la fin^ur des flots, en firent un grand carnage. La perte que fit alors Charles-Quint Fobligea de lever le siège, et de se retirer au plutôt avec les débris de sa flotte. Ce fiit sur là pointe de Matifou, à 3 Heues au levant d'Alger, qu'il fit rembarquer ses troupes. Ainsi finit cette grande entreprise de Charles-Quint, qui lui a fait beaucoup d'honneur en apparence, peu réellement, et encore moins de profit. L'Arétin, lorsqu'au retour de cette campagne Charles- Quint lui fit présent d'une chaîne d'or, en la recevant répondit : Voilà bien peu pour une si grande sottise. Cette épigramme fait connsa-
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tvequo cette expédition ne fiit pas générale-* ment approuvée àe ce temps-4a. Alger resta ensuite fort tranquiUement entre les mains des Turcs. Le tirand-Seigneur lui envoyait-un bâcha, des soldats et la paie, et retirait le tribut que son badut et les c^ciers lui consh- ^naient. Le pays était gouverné comme Fé^ taient les autresprovincesde Pempire ottoman, et les habitans s^occupaient en partie à la course : car les Algériens , Turcs ou Maures, ont totrjours été de fam^ix corsaires, et ont causé de grands inaux aux côtes d^Ëspagne qu^ils allaient piller, et au commerce qu^ils int^Tompaient. Nous nWons pas la connaissance d^aucune action mémorable qui se soit passée dans ce tempsrla. Nous savons qu^ils conquirent le royaume de Constantine, et soumirait les Marnées depuis le royaume de Fez jusqu^à celui de Tunis. Leiu^s conquêtes se fidsaient, comme elles se font aujourdliui, à Paide dWe nation arabe qui les secondait pour en soumettre une autre. P^^ant la dominati(m des bâchas, qui dura jusqu^en i658, le gouv^nement eut plusieurs i^ces. Oi^dinairement c'étaient des beys qui gouvernaient, toujours sous des bâchas, et non des deys,
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tecmune qudquês-uns Pont assuré. On a tu les fimimes de ces beys gœxTemer : telles ont é^ Sara-Bey et Halaï^Bey, qui avaient le supréanB gouTemement^ Le divan venait les consulta et saToir leur Tokmté a)rant de s^aasenibla% et allait lemr rendre eompte des ^ibénn tions après rassemblée oik ^es ne poavûent iBiitrer»
Les agaS) ou généraux de la milice turque^ eurent pendant quelque traiips le haut bout; puis les am bacliis ou les anciens éa divan, i^ après eux les bolouk«4iadii84 pu capttai*nés des troupes, gouvernèrent^ Tous ces goo» Vememens étaient remplis de trdobl», de diivisions, et le hadia, qui tebak kmjoorslebaut bout, fidsait des concussions criantes. Nonseulement, suitant Fusaga de rempôre otto^ man, les vice-rois se molestaient les uns les autres, mais encore ils s^emparaient de IW^ gent des droits du pays , et d^ui>d partie de celui que la Porte euToyait pour la paie des soldats , de sorte que bien soUrent les troupes n^étai^it point payées , et que le noml^re en était fort médiocre. Tant de désordres firent {irendre la résolution au divan d^ Alger d^envoyer, en i658, à la Porte pour port^* plainte
contre les bachâs, et jprôjposer au Grarid-Seignetlr qu'il Voulût Jjfeiittettre à la milice d'Alger d'âire un déy pcmr la gouverner; que le dey recevrait tout Pat'gent provenant du pays €t remploierait au paiement des troupes ; que le royaume d'Alger resterait toujours sous la doïnination du (^and-Séignéur qui enverrait un bât^ha; que ce bâcha serait ]payé et «ntreteïiu pàt* la républic^ d'Àlgei^, saiiâ qu'il pût «e mél^ en rièii du gouvernement. Le gràndvisir go&tà eeè propositions d'àutaiit mieux qué^ dàlis dkiiinuèr la pt^issancë dû Grand-Seîgnet;ir^ il ^^gnedt à^ sommes considérables que b Pc»*te envoyait pour le paiement des troupes d'Alger, qui, d'ailleurs, seraient mieux gouvernées. Le Grand - Seigneur ordonna qu'on expédiât une ordonnance conforme aux propositions de là milice d'Alger, L'^on établit alors de nouvelles lois , tant pour le dey que pour la milice et les sujets, et l'on jura de les observer de part et d'autre sous peine de la vie ; ce sont les réglemens que l'on garde encore aujourd'hui , et dont j'aurai l'honneur de vous parler.
Avant que de décrire le gouvernement d'AK ger, il feut savoir que ce corps redoutable
^^on appdle milice est composé de dou2e mille Turcs, soldats ou gens à la paie, parmi lesquels sont compris, le dey, les bçys, Tamiral, tous les officiers du royaume, et les soldats Tétà[*ans et invalides dont le nombre est toujours considà:*able. '
Tous ces Turcs sont ordinairement des gens sans aveu et sans ressources, tirés la plupart de la lie du peuple , ou des proscrits qui , fuyant la juste punition de leurs crimes^ viennent se r^iigier dans ce pays ; d^autres, misérables et pauvres, que Tespérance de parvaiir aux emplois ou de gagn:er à la course y attire. On reçoit aussi dans ce pays les renégats et quelques kourouglis, qui sont des en&ns, nés dans le pays , de pères turcs et de mères maures ou arabes; mais ils ne peuvent jamais posséder certaines charges capitales de Fétat , par la crainte quW a qu^ils n^envahissent la suprême autorité , et que Famour de la patrie ne les porte à secouer le joug des Turcs. Les Maures et les Arabes en sont entièrement exclus, étant regardés comme suspects; on les tient dans une dépendance qui diffère peu de la servitude. Cest cette milice ou ce corps redoutable qu^on qualifie d^illustres et magni-
fil[ues seigneurs; cVst elle qui possède tous tesr emj^ois et les charges du gouyemement. Ik y parviennent, aux unes par simple ancien-, neté, aux autres par choix et élection. Il semrble qu^un corps qui a une telle origine ne^ peut avoir qu^tin gouvernement défectueux; mais combien d'empires, dre royaumes et de r^ubhques se sont élevés de la même manièredepuis le commencement du monde ! Ce serait un grand ouvrage de faire rémunération des états établis el conquis par la force, par le^ crime et Pusurpaticm»^ Pour peu qu^on lise rhistoire on en sera convaincu : ils n'^ont pas laissé que de fleurir et de durer sous des loisque les usurpateurs ou un assemblage de gens^ chargés de crimes avaient dictées.
Cependant, ce corps composé de telles gens s'est toujours rendu redoutable. Il tient soumis tout ce vaste pays, depuis le détroit de Gibraltar jusqu'au royaume de Tunis. Il a battu souvent les Tunisiens , et leur a donné plusieurs fois des lois et des rois. Le roi de- Maroc a ressenti les effets de sa valeur. Toute la chrétienté est affligée parles courses qu'ils font, et les princes chrétiens les ménagent, les ijns par politique et intérêt , les autres par
crainte. Le^^efus qu^ils vieimcoii de fiôr^ nu Grand-Seigneur, qui leur a ^¥oy^ Quatre Taisseaux et scm vice-amiral pour les exhorter à Êdre la paix arec Pemper^ur, prouve le cfis qu^on £ât d^eux. Mais ce que je trouve 4e plus beau j cW que^ sans être ea^dté^ par Te^^ rance des nd^esses, par ^s ^^iueurd, pfu* we réputation et Fespoir de ce que nous sq^pelons nom ou mémoire, par Vavancement de leur famille , motife qui obli^nt {»:*esque tous les peuples à a^^ les iklgériens trayailleut tow ^ sacrifient leur vie et leurs hiexis pour leur état, leur royaume,^ ou ^ si Fou v^u^, leur répuUique. Ils n^espère^t ppint 4e nchessi^^ puisque leuif fortune ^\ bornée à cinquante écus par an, apr^ avoir passé par tous les emplois de FEtat, Les honneurs, ne les touchept point, puisque, sortis des dw^ges les plus considérables, ils redeviennent cordonniers^ Sjavetiers ou barbiers, tels qu^ils étaient auparavant. L^espérance dW npni ne les flatte pas, puisque sont p^su$^44^ qu^à leur mort ils tombèrent dan3 Foid^li, coipme ils voient qu^il arrive à ceux qui les ont précédés. Egalai ils ne travaillent poônt pour leur ÊuniUe ^ 1^ plupart n^étant point mariés, et ceu^ q^ le
soioii savait fu^après leur mort leurs enfioia. seront regardés comme des diiens ^ et plus. hsSs que s^ik étaient de misëmUes Turcs iu»h vdlement «nivés* Cependant, pour quatre pains par |ûiur et environ vingt piastres Pan^ au commenocn^nt de kur serrk», ils traviaâki^ toute l^oonée y imit aux eamps et en eomrse &îd6 tp^s le aerrice de TEtat et ex* poseï* kur vie. iprës avoir vkâUi sous le liar^ nois à -mire mis^aidement , ne nsuigeant çie du pain et parfois du rm ou du bk bpuili , ib arriveni dapa ks èhtfges tt imt cinquante écus. Enfin ik soi^ agas de:k miUee pendant; deux vtùisy afMrès quoi on ks rema:*C)B en kur Cûntkmant les cinipjante {nastres par as. Leur amour pour TÉtat vaaflEb*delà du croyaUe. En Toici \j^ exemple : un Turc avait on fik qui se plaignait de ce qu'il n^était pas avancé à cause qa^U était kouroug^ et qui disait : Akt ^i nous , hûmrougiis ^ ai^om unjom Pa»an^ ùag^j nousexclujrom bien ka Turcs. Lepère^ ipaifoé des aentimens de ston fils si ccmtraires à FEtat, k Uul Im^mêma pour donner un exempk, et pour.ramour qu^il portait au gou* vemement. Les.Romains (HÎiHik jamais poussé ptus loin Famour de kmr répnhfiqne? LesRo^
mains y aTec quatre mille hommes, ^i ont-itd battu trente nulle, coomie Dely-Hibrahim, dey d^Alger, fit lorsqu^il attaqua Mouml, bey de Tunis? Ces mêmes troupes, avant que dW taquer Mourat, avaient déÊdt, la même année, Muley-Ismaël, roi de Maroc, qui était entré dans le roy amne d'Alger du côté de Tremesen avec quarante mille hommes ; et ces hommes étaient des scddats qui avaient défidt [dusieurs fins les troupes européennes, Icn'isque les Espagnols les avaient attaqués du côté de Ceuita, au détroit de Gibraltar. Les Romains ont-ik avec cent hommes tenu 200 lieues de pays soumis à leurs hns ? Ont-ils été plus vaiUans soldats sur mer qiœ les Algériens le sont? Cela est, et on aura p»it;^tre de la peine à le croire.
Cesi cette milice qui donne les loi&, Êdt la paix, la guerre ; c^est elle enfin qui, pour les raisons que nous avons dites ct-devant, en^ voya en i65& desd^utés au Grand^^Sd^eur^ pour lui r^pitésenter le mauvais gouvernement du royaume d^Alger sous les bâchas, et qui (J>tint la permission d^éHre un gouverneur ou roi sous lé nom de dey ou douleti. Ce fîit alors qu^on étabtit les lois suivantes.
Le dey dbit être choisi et pris parmi ie^
soldats de la milice, et être ensuite reconnu et approuvé par k Yoix générale de tous les Turcs. Lorsque cette place est vacante par la mort ou la fuite de qudque dey, toute la mi<^ lice s^ass^Doble dans la maison du roi. L^agaou le général de la milice demande à haute voix qui on veut aire pour dey { ak»^ chacun est m^lre de désigna ipà bon lui semble. Lors-* que celui qu^on a nommé agrée à la milice^ on lerefvét du caftan, et on le porte, bon gré mal gré, sur le siège royal, en disant : jt la bonne heure/ Que Dieu donne à un ielféUcùé^ prospérité! Ainsi soiirilt Après quoi tous lui baisent les mains , en lui promettant fidélité et soumission. LW tire alors le canon de la ville, et ainsi se feit dans une heure de tam|)s r^ection , le sacre et le oouronnem^it du roi où gouverneur d^Alger. Après quoi le cadi, en présence du divan où assistent le moufty et les gens de loi, lui lit tout haut ses obtigations, en lui fiÂsant une courte récapitulation des lois de llStat , qui sont de conserver le royaimie, de rendre bonne et prompte jus-* lice, de protéger Finnocent et d^exterminer les méchans , de punir Tadi^tère , et de ne point laisser sortir les grains et les denrées
de nuoiîère que le peuple en puisse soufiHr t. de taxer même les grains selon Fabondance et la dmtte, d^empécher Pufiure sur les pauvres. Il est axerû que s^'û contreiâeat lui-même à tous ces articles ^ il sera pxmi dé M^xie quHt doit pumr les autres*
Quoiquo « aoijt là les kis f»0ur rélootiim d'na dey , il est rare qu^â sûîé au swtfsmàem fbrmalkés, oar^comine k pkipwt des 407s Oiit iàé asaassmés, lesi soldats qui se «oot tr$niv€i&à h.maison du xok^ ont ëki les dàjsv simsaur* ciine convocationeiles ûnt îns^li^« Çe^ 4^ys ont été emuite jreoonnus comme lé^liimmiwt âus ; les soldats de leur p«cti les ayiu^t pro^ damés , onsnt à hmxe yoîx ^ Pro^rité à un tel qye Dieu a voulu appeler eu gou v^it^Memeotit du ro3^'aiime de h mâicQ ^i^^rrj^re d^Al^! Quelquefois c^est par hi^ard quQ V^^iedicm se ÊÀt) commie il amy]»^ en i^gAj apr^ la mort de Oiaban-Ko^ja. Qn résobjit d^étûre le pa:e^ mkr vieux o£&g^ qu^ Fon i^ijcantrerait en enti»nt daps la, ville, Aï^har-Amet se t):ouva assis sur so» tahouret de paille, faisant des souliers; on le prît et on le courooma roi mal-^ gré lui. Il régna trois ans , et il mourut de maladie, aimé, eraint et respecté des lures
qu^U ayait su dompter. D^autre £bis Tassassm même du roi s^est endossé le caftan du dey tout ensan^bnté ^ s^est allé lui-même asseoir sur le trône ; ainsi fiit reconnu Ibrahim-Dey, qui avait assassiné Bactat en 1710.
Jue dey a le gouvernement mQnat^hiq9^ et même despotique ; il ^st maître absolu du pays Qt ne rend compte de sa conduite à persovup^^ il punit et récompense <pii bon lui semble , et i^end la justice au peuple, Pour cela il est obli^ de rester presque toiqours assis sur son siège royal qui est un banc de pierre f garni de briques, couvert d\me natte, d'un tapis et, pardessus, dWe peau de lion, au fond de la grande salle au rez-d&-cbausée, qu^on appelle la salle du divan où le divan s^assemble. 11 s^ rend après la première prière du matin qui se &it à la pointe du jour, et il y reste jusqu^à midi. Dèa qu^il a dîné il y retouriie jusques à Vcwero qvii est vers Içs trois ou quatre heures du soir« Il reste avec les secrétaires, assis à sa droite devant un petit bureau où ils ont leurs registres pour écrire , examiner et vérifier ce que le dey ordonne. Le tréaoriei: de TÉtat, le bachaoux, les. chiaoux et le truchement sont tou^ jours, auprès de lui tant qu^il reste sur son siége^
Là le dey règle , ordonne , décidé générale-^ ment toutes les choses , excepté les affidres dé religion et celles où il y a des écritures qui sont renvoyées au cadi. Chacun, depuis le plus grand jusques au plus petit, vient porter au dey les causes tant civiles que criminelles , les explique lui-même sans avocat , procureur ni soUiciteur et elles sont décidées su]>le-champ, sans fitds et sans appel. Vis-àvis la maison du roi il y a des boutiques où se tiennent assemblés les officiers, lorsque le dey est à son siège , et dès que le dey a besoin de quelqu'un on le trouve d'abord , et les cfaiaoux vont chercher et amènent sur-lechamp toutes les personnes qui sont appelées en jugement , pour répondre aux demandes ou accusations sur quoi elles sont absoutes ou condanmées. Cette espèce de justice qu'on pratique par toute la Turquie , a son pour et son contre : c'est aux législateurs à raisonner là-dessus.
Tout l'argent qui provient du royaume est porté au dey qui le conserve pour la paie des^ soldats et les dépenses de l'Etat. Le dey n'a légitimement en propre que sa paie comme soldat , le surplus devant être porté au trésor
roysdou bcairse communede la république^ du Ton ne touche que pour de grandes nécessités. Cela doit être ainsi ; mais comme le dey ne tient aucun compte , il peut disposer de Far^ g^it indirectement et en cadiette , comme U le juge à propos , prenant pourtant garde de ne rien laisser péricliter , surtout de ne point retarder la paie des soldats et d^étre secret s^il Ëdt sortir de Pargent du royaume, car il serait d^abord accusé de c<mcuission et dé vol. U doit taxer le prix de toutes les d^u^s et tenir la main à la punition^de ceux qui vendait plus cher , ou fraudent les mesures , et les punir sans rémission.
Ainsi Hibrahim-Dey se déguisa an esdave et fut, arec un Hambourgeois esclave, acheter des denrées dW marchand qu^il soupçonnait et qui lui surfit les marchandises. Revenu à son palais , il ordonna à son esclave de lui porter plainte , et ayant &it venir le marchand , il le condamna à cinq cents piastres d^amende et à cinq cents coups de bâton, après quoi il le fit pendre. Je laisse à penser les effets que de tels exemples font.
Il a la disposition et la nomination de certaines charges ; telles sont celles des beys et
des eaïds qui , suiTOtit VàtmilÈrk usage , ne peu- Tant être rMiplied pàt des Tilrds , (Crainte quHls ne deii^nent itop jptnssàhs et cïela n^est plus obserfé. Il nomûie aussi léÉ écrivains, le kflfjHfrtdar j le mi^oai^, le béthniegi et autres charges quHl donne et qu^il ôté à qui bon fcii semble , et sôuv^it aU plas offrant. Mais il ne saurait disposer dést charges parmi les soldats, CODemle celles à^^^^i àe bolouk-^ bocU j a&r bachi et autres que l^ancientieté et le nMg donnent , sans qii^dn pïtissë £dre| la moindre injustice à qui que ce sôit.
Il fait battre nionnaie à son coin , et réglé la valeur des espèces et lëUr côuirs, tant des aiennes quedes moniiaié$étrângèt^s. Il donne, de plUs^ leseamps et les gârUiScms, ayant smn de fidre maroher ohaoun à s(»i totir , sans coinplaisance ni injustice. Il peut déalàtét la guerre et la paix avec le ootiscôitettimt du divsm qu^il assemUe tdujmu^ avant de ri^ &iré, afin de se discolper ; alot*a tou^ tes soldats^ ont droit de dire leur avis. On dit qu^il f à quelques années, qu^ayidit résolu de déelarer la guerre à quelque prince chrétien, on balançait de la déclarer aux Français , niais qu^un soldat remontra que cela ne convenait point parce que
les Fiançais pouriaeiit fidre cuire feur soupe chez eux el la reàitt Dumger à Algier ; <m dé^ libéra de la déclarer aux HoUaildais.
EaËh ) il a le droit de fie et de incnrt sm lotis ses sujets, Sjans e& rendre compte à qiti que oe s(»t , mais il ne peut kû^nième pimir les soldats turps qui, après leur condamnation^ sont ^iToyés à la maison de Taga pmir y subir Tarrét prononcé contre eaxz c^était Ûé, sans donte, itti moyen qu^on avait tro«nré pour bor» ner le deqfM>tisme auqud les Tuws âotit d\âlk leurs accoutiunés.
On Yoit psâ* ee rédt fpjne le dey d^Algér a tous les droits de la royautés Choisi par >âeD^ tio», a a la sterne Instiçe sans appel, k disposiitien de Targentet des trdupès y hi pq^ fice , la nonliiiation aux clurge»^ leasiaonBaies^ rautorité de dédarw la guëi^re ou de &ire k paix et if qui ptos est, F^mitcnîté despptkppe de tie et de mort sur ^es surjets. Tous ces poifr^^ Toirs lui ont été denses peur contenir le pempie, maintenir les lois , gouverner et régir l'État.
Mais aussi , de crainte qu'il n'empiétât sur ces pouvoirs et qu'il ne de^t tyran , il est soumis à toutes les mêmes lois et il dép^d du
des caïdf ^jfi facottser d^injustice^
Tent éf ^;«^^^2lpkiiidr
quHls ^t^^^ ^ conduite. Si les plam-*
plus ^^^^^5^^ ^** P*^ ^^ mort et assas-
ka' y^'y^ forme de procès. Ainsi, sur
t ^^^^ ^ mort dW dey n'^st pas, chez
^s<^^^05f un crime d. g|[?and qii^on le pense,
>^j/est fondé sur les lois et sur Faccord
/^^^aples avec le ^^. Je laisse aux politi*
^ k raisonner sur Féopiité , le bon et le
jurais de ce gouYa:iiement , et de ces con*
^entimis entre le peuple et le vçk.
Je me contenterai de fiûre <J)serv^ ^pie , tout comme les deys abusent de leurs droits despotiques en accusant de haute tralûson^oeux qu^ils veulent &ire périr , le'peuple et les mécontens ]»^ennent aussi des prétextes spéqiaix lorsqu'ils veulent Êdre périr leurs deys : c'est ce que je pourrai avoir l'honneur de vous imeux prouver dans l'histoire abrégée que je me propose de vous donn^ des deys d'Alger, dqmis ce dernier établissement. Quoique le gouvernement d'Alger , tel que je viensi de le représenter , soit monarchique et despotique, il ne laisse pas d'être , en bien des occasions , démocratique, car tous les soldats qui formait
la guem^ imËce d^Algw^ sont d^iUustres et magnifiques seigneurs et ont même plus dWtœité que les nobles de plusieurs états. Ainsi doit-K)n être surpris de trouver parfois quelque fierté brutale chez des g^is qui , par ime politique forcée , sont obligés d^étre toujours brutaux , sévères et cruels envers les Maures qu^ils ne sauraient tenir soumis sans cela? Mais ensuite cette fierté est réprimée par régalité qu^ils trouvent entre eux et le reste de subordination qui existe entré un simple soldat et une puissance. Cependant , chose qui paraît contradictoire, malgré cette aisance et cette familiarité, il 7 a une subordination outrée dès qti^il sVgit du service de FEtat; tout cela forme un contraste extraordinaire et assez difficile à exposer clairement. Outre que la démocratie est absolue lorsqu^il faut élire un dey, ou qu^il ùaii faire la paix ou déclarer la guerre, c^est aussi souvent la volonté des soldats qui donne la loi au dey , et lorsque cette milice veut quelque chose, il faut souvent que le dey s^ soumette. Elle est plus difficile à gouverner qu^on ne le pense ; le dey même , sachant qu'il est observé et soumis à des lois , s'observe lui-même à ne rien £iire d'injuste, I. 27^
tnsis il se sert souvent du prétexte de haute trahison jpouf se défidre de ceux <]ui ne lui conyi^inent pas, àUquel cas ses ordres tiennent beu de toute preure» Ârant de finir cet article^ il est à prt^[)Os d^ ajoutei^ Textrait d^un hvre nouTellraient imprimé en Hollande, intitulé Histoire du royaume d^Alger , par M. Laugier , page 3i6.
« On se récrie extraordinairement, dit cet n auteur, sur ce que les Algériens font mourir « leurs rois par voie d^assassinat. CTest un •c fait incontestable. Ils sont mis quelquefois •c à mort , parce qu'ils violent les lois et les « statuts de TÉtat, qu'ils ont juré, à leur avèa nement au deylick, de faire observer et •c d'observer eux-mêmes, sous lès mêmes « peines que les sujets ; d'autrefois, pour avoir H mal régi et administré les affaires du gouver^ n nement, ou dissipé les fonds publics et soute vent par des cabales dé gens mal intentioti- (( nés, qui les assassinent en trahison; d'autres f( enfin sont quelquefois assez heureux pour H prévenir par leur fiiite cette rude catas- H trophe.
w Nous ne manquons pas de Ces tristes exem- <( pies parmi nous ; on a malheureusement vu
«I de bons rois mourir par une main crimi- <( nelle et assassine^ au milieu de leur coiu* éi «( entourés de gardes. Des rois chéris , reste pectés et qui faisaient la joie de leurs peu- « pies , nWt pu se garantir du fer meurtrie!* « d'un soélérat ou dW fenatique. Ne trouve Tons donc pas étrange que, parmi la fière n milice d'Alger , dont les sujets sont égaux (( à leur chef, il s'en trouve d'ambitieux ou de « Tindicati& qui , sous prétexte du bien pu- « bhc ou par malice en portent d'autres qid (( agissent souvent de bonne foi , à assassiner <( et à massacrer les deys.
« On a vu d'autres rois en Europe qui ont fui (f de leurs États, ou que leurs sujets ont dé- « gradés de la souveraineté par des résolutions H authentiques , et leur ont fait perdre la tête « sur un écha&ud. Les jeux des peuples se n sontrepus du sang de leurs souverains dont « ils avaient auparavant suivi et respecté les « ordres. Il est vrai que ces spectacles tragia ques se sont faits avec beaucoup de formait Utés , d'éclat , de pompe et d'appareil, et il « n'y a que la bruyante cérémonie qui dis- « tingue, en cela, les peuples chrétiens d'*avec « ceux de la barbarie.
ti PerscNme ne doit ignorer aus^ de quek « noirs attentats est ciqpable une pc^pulac^ ^ « frénée^Iorsqu^dle peut avoir le dessus. Les H histoires anciennes et modernes de tous les «c pays ne nous en fidumissent que trop de « preuves. On a vu àla Haye un exemj^ qui <( firappe encore les esprits : c'^est lliorrible K massacre de messieurs Jean de Wit , conif seiller pensionnaire , et Corneille de Wit , « bourguemestre de Dort, commissaire plé^ « nipotentiaire de Farmée navale en 1662, ar- « rivé dans le mois dejuillet de la même année, ir îTest-ce pas une cbose ternble d^apprendre n que les souverains furent forcés, pour caln mer la fureur des séditieux, de dégrader de « ses emplois le bourguemestre , de le Êdre <c mettre en prison sur Paccusation dW im- 4c posteur et d^un scélérat, de lui Êdre donner « une horrible torture , de le condamner à un <c bannissement, à des amendes et des dq[>ens u et de renvoyer absous le traître accusateur? « Peut-on penser sans horreur qu^une sen- H ténce si terrible, envers un membre respec- K table du sénat, ne û\t pas capabW de calmer « la ftœeur qui agitait le peuple ? à quels excès « de barbarie et de cruauté ce peuple chrétien
« iie8^abaiidouiiait-Upas?]^peiisioniiairo>l^ n Wit fut à la prison pour fidre sortir son « frère dont îi se rendit caution; mais il ne « prévoyait point qu^ils allaient servir de vio- « times. Les compagnies des bourgeois prirent n les armes et se postèrent dWe &çon que « personne : ne put donn^:* du secours aux « prisonniers. La prison est investie , on pose f des corps-de«garde même s«r le toit ; les 4c portes sont enfoncées , les victimes sont H traînéespardesassassinsaumilieu des rangs u des bourgeois armés. Ces deux hommes in* « fortunés, qui auparavant étaient regardés « cœnme grands hommes , dont Fun était Fo- « racle d^un respectable sénat, Pautre avait « le commandement absolu à^une armée d^oA u dépendait Thonneur et le salut de la répua bUque : ces deux hommes, dis-je, sont <i flétris , percés de coups assassins et mas- 4( sacrés en même temps.
a II est vrai, continue-t-il' , que les massacres <t des deys, beys, ou che& des républiques « de Barbarie sont infiniment plus fréquens « qu'en Europe; mais il faut conv^iir qu'il y
* P. 3ii4.
« a des Etats où, sHl dépendait du peuple ou u des conspirateurs de déposer ou fiiire xnou-r « lîr leurs supérieurs, ils en chang^i^nt « souvent , et s^empareraîent de IWtoiité du <c gouyemem^nt. On ne doit leur modération «c qu^à une supériorité et à un oràre qu^on ne <i peut avoir à Alger par la nmUieureuse con-^ « stttution sur laquelle y est fondée la'ré* « gence des Turcs, n Les Turcs qui composent la milice d^Alger spnt exen^its de droits de eapitation et de toute impo^tion, Hs ne peuvent être dhatiés en public , et le sont rare-^ ment en particulifr. Ce n^est presque que loT^i^Hls sont accusés de haute trahison qu^on ks Élit étran^r secrètement cfaea; l^^g^ ou général de la milice. Ils se soutiennent tous , soit qu^ib aient tort ou qu^ls soient fondés , surtout lorsqu'ils ont affaire aux Arabes et aux Juife svtv lesquels Us ont un pouvoir presque tyrannique, Le plus miséraMe Turc fait trembler les Arab^ ks plus riches et les plus puissant; les Arabes et les Juifs sont obKgés de leur céder partouf,$ans qucdils seraient maltraités îfnpunément.
Nul Turc n'est estimé à Alger s'il n'est soldat inscvit h la paie , et tous en général ne re$pi-!
teai que la guerredans laquelle ilsprofib^ tou^ jours. SWs font des j^ises, le dey a le dixifena de tput^ et s^ils meurent ou ils soot Êdts es-< Glayes^FE^tat hérite s'ils n'ont point des enfâus Qu des fir^res qui sopt les seuls parens habiles à.sui^Cféder. Q]e^t pour c^ qu'bn ne peut en^ ter|:^r per^nne sans eu avwtir le bethmegl ou fermier des auhaiue^ ; il en est de m&oae hM^u^ils sont Êiits esclaves^ soit par accident ou ét^pt au service de TÉtat. Tous leurs bies« sûsit confisqués ; ils n'ont pour tout ayantage^ au ndijOM^ d^ leur esdavitude^ que la paie et^ Uère d'une aquée qu^on leur dcHine pow adie^ ter des arm^s , tous leurs biens rei$tant légiti^ ipemcAt à l'État, 11^ opt npulu rwehérir là^ dessus sur l'ordre de Malte qui se contente de ^e les pas cacheter et qui pourtant leur fournit de quoi vivre. Les d^saits naturels des Turcs pe leur font point de honte, au contraire, ilç prennent les noms et veulent bien être distin-v gmés par peux de borgne, Bossu, Boiteux, Mapchot e); ai^tre^ seu^IpbleSt
H l^vr est d^n^, f t ij/s regardent comme un déshonneur, de pilla: et de voler la moindra chose dans UQ çôulhftt, que^u^ ooeasion âucile qu'ils ei^ smiij il^ laissent le {nlbge aux Maures.
oi à leurs esclaves. Un Turc serait puni sll ocnnmettaii la moindre lâcheté ou bassesse ; mais hors du combat, ils us^it de leurs forces et de leurs pouvcnrs tyranniques , surtout envers les Maures. Il est étonnant que tant de misérables et de malheureux portés par leur naissance et leur état à mille bassesses , deviennent honnêtes gens dès qu'ails sont soldats d^Alger ; ils n^oseraient commettre^ aucune bassesse , V(d ou friponnerie ; les rudes et promp* tes punitions qui suivent les &Utes qu^un soldat peut commettre , les retiemient et les rendent sages. Il est vrai qa^on compte aussi pour rien certaines coutumes tyramiiques quVin pratique envers les Maures ;• mais c^est là politique qui le demande , et ce n^est que par ce moyen quHls tieonent les Maures soumis ; c^est dans un sens une fi^cheuse nécessité qu'^exige le g^iie naturel des Maures qu'ion ne dompte quWec le bâtcm.
Les Turcs ont uneprofcmde soumission aux ordres du dey et aux supérieurs , surtout lors^ qu^il s^agit du bien de PÉtat , de robservation des lois établies ou Ai service de la guerre , et lorsqu'ils font quelque, làdieté y ils sont punis par une diminution à leiu* paie , à qum est al-
tachée unç grande infamie : ils soat en même temps et conséquemment reculés ipour leur ancieimeté et leur ayancement. Les soldats , outre la paie qui est très médiocre , ont chaom quatre pains par jour et le droit d^pcheter la viande à un tiers au-dessous de la taxe publique; ils sont logés dans de grandes et commodes casernes qu^on appelle casseriesz ils ont une cliambre à trois, et sont servis par des esclaves qu^entretient le gouvernement. Dans ces maisons^ il y a des fontaines pour iaire leurs ablutions et toutes les commodités qui leur sont nécessiedres.
Mais ils sont privés de ces avantages lorsqu'ils sont mariés , c'est-à-^dire du pain , du k)gement et du rabais au prix de la viande^ ils sont alors cdihgés de se nourrir et loger à leurs dépens. La raison de cela est qu'il n'est pas à Tavantage du gouvem^nent que les soldats soient mariés , parce que comme lIÉtat ou le dey hérite de ceux qui meurent ou sont fidts esclaves sans en&ns ni fi^ères, il est alors privé de Fespéraiice à la suceession. Il se croit aus^ dispensé de leur ricp donner au-delà de leur paie ; en .second lieu , Ton craint que les soldats, vepant à se marier., il n'^en SQrlît une
$i grande quaiUité de kourouglis que^ deve**^ nant les {dus forls« ils secoueraient le joug et la tyrannie des Turcs, excités par Tamour de la patrie* Il n^ & que les renégats qui soient mmiés; les vàritables Turos se contentent dV Toir des concubines et vivent la plupart dans reqp^rance de revoir un jour leur pays et de sY ïJler établir.
Les statuts fcnidamentaiBC de la régence des Turcs, rendent tous les Turcs earolés dans 1^ milice égmix entre euK, dqpuis le dej in- CiUlsivement jusqiKS au dernier venu ^ tant par rapport à la noblesse qu^au droit de piisser par les charges militaires et du gcHivonement^ $ai»s distinction ; c'^est pour cela que le dey et tous les oiEcii^s du divan et de PBtat sont compris dans le livre de lapaie comme soldats.
On dcHt considérer deux sortes de charges dans le gouvernement d^Aigœ , les ui^es militaires, las autres de l'État. La seule ancienneté donne les charges mihtaires ; les aut|*es sont à la nominaticm du dey et des beySé
ImCS huit plus anciens soldats sont appelés. sûfdagis et servent €«*dinaii:iem^it de gaondesdu-corps au dey; de là les quatre prenii^*s deviennent peù^ et portent un bonnet de cuivre.
Ils devM^nn^Bt ensuite vikilargis ou comim$, aux \'wveB de leurs compagnies , ensuite oldabacbis ou Ueutenàns , puis bolouk bachis ou capitaipes ; et loo^squ^ils sont vétérans, on les appelle aïa bachis doht le nombre est de vingt* quatre. Dans les assemblées ils ont un plumet sur leurs bonnets. Cest de ce corps qu^on prend les aga^ ou gouverneurs des places et les agas ou généraux des camps , les envoyés et autres emplois honoraires.Ensuite, pendant deyx lunes, le plus ancaen est cliaya ou Ueu** tenant-général des tf oupes ; de là , pendant deux autres lunes, il est aga ou gétiéral de la milice , alors il a deux mille patacques chiques pendant $on service. Il est logé ^ entre* tepu aux dépens 4^ FÉtat dans une maison d^tinée pour les agas et dont il ne peut soitir que pour aUer^au divan et asi^ter à la paie des sipddat^» Alors il spj::t à cheval ; deux> chiaoux passent devant lui el crient : Prenez garde à YOi^ , voilà Faga qui passe. On lui rend des honneurs très considérables ; les de& des por^ tes de la ville spnt pwtées chez lui ; il feit puni^ et exécuter 1^ <Hxlrea an dey à Fégard de la punition des Turcs , so&t bastonnade , prison ou mort. Après que ces agas ont passé
par cette charge on ks e^ppelle rriesontaga. 11$ sont exempts de service et ne peuvent phis avoir aucun emploi ; mais ils ont séance dans le divan lorsqu'ils le jugent à propos. On leur laisse pour récompense leur paie serrée qui est de cinquante piastres et ils la mangent et vont vivre où Ixm leur semble, dans le royaume s'entend , sans jamais ^i sortir.
Il est libre aux soldats d'être soldats de pied ou fimtassins, cavaliers ou spahis, ou sc^dats de mer. Il y a encore parmi eux un corps de canonniers ou bombardiers , et un corps de ^£y^u>Y& destinés pour garder Feau et le feu et en fournir aux soldats, et enfin un oorps détaché qu'on appelle tabarc ou cuid-^ niers. Ce corps a des emplois et des honneurs particuliers, et les cuisiniers sont très estimés. On a vu plusieurs deys qui étaient cuisiniers lorsqu'on les a élus : tel était Achi-Moustaplia en 1700. Il y a dans ce moment à Alger un grand cuisinier qui, à ce qu'on assure , a refusé le caftan de dey.
Les beys sont les gouverneurs des provinces; il y ena trois : le bey du Levant, qui réside ordinairement à Constantine; celui du Ponant, qui fait son séjour à Oran , et celui
du Midi, qui campe toujours , attendu <{u^fl ny a point de villes bâties dans son départe^ ment»
Oti peut regarder ces beys par rapport à tr(HS difierens états. Par ra{^rt au dey^ ils ne «ont que ses fermiers genoux, qu^il met et ôte toutes les fois qu^il 1« juge à propos. Us sont obligés de dcoma:* à FEtat tant de mille piastres, tant de bœu£s, chevaux, etc., toutes les années ; et comme il leur &ut exiger cela des Arabes par force , le divan leur accorde les troupes nécessakes qu^ils sont obligés d^en-^ tretenir, de venir prendre et de reconduire à Alger au jour marqué pour le départ et pour le retour, ainsi que je Fai plus amplement expliqué au sujet du bey de Constantine.
Ces beys, à Tégard de la milice, sont quel« que chose dVpprochant dans leur départemait de ce que le dey est dans le royaume. Ils or^ donnent la nayarcfae , les campemens, les com-« bats , les séparations des camps ; mais ils ne peuvent rien sur les soldats : il feut que tout passe par le canal et la voie de Taga, ou général de la milice du camp. Mais par rapport au peuple et aux Arabes , ils sont de véritables rois monarchiques et despotiques , comman-
dant absoluHient tout ce qu^ils jugent à pro-^ pos, et ont carte Manche pour faire ce que bon leur semble, ce qui les rend très souvent de véritables tyrans. Il est vrai que les beys s^embarrassent fort peu do détail des sujets , qui sont commandés par des di€&. Ils ne se mêlent point d^'accoinmoder leurs difi^ends ni de leur rendre justice; ce n^ëst <x*dinaireinent quWec les cfae& qu^ils ont affaire. Ces petits tyrans , conmie ils ne sont placés que pour s^enrichir et engraisser ceux qui les placent , font des concussions extraordinaires, volent , pillent et détruisent des nations, suivant leur volonté ou leurs intérêts. Aussi leur poste est très fi:*agile« Comme ils sont obligés d^^aller à Alger rendre compte de leur conduite , ils y laissent très souvent leur tête, principalement lorsqu'ils sont bien engraissés du sang du peuple. Il y en a qui, plus habiles, s'^eaifîiient après avoir fait leur coup, et vont dans dVu^ très royaumes jouir tranquillement de leurs rapines.
Les beys ont sous eux des caïds, qui sont des intendans et exacteurs des deniers royaux ; et ces caïds, qu'ion met dans chaque ville et dans chaque nation , sont encore de petits
tyrans qui ont un diminutif de rautorité des beys^ pillent, volent^ font mourir les pauvres iï^abes , ^vant leur Êoitaisie ou leur autorité.
Dans*la ville d'Alger il y a encore d'autres charges : celle décadi ou jugé, qui est nommé et «ivoyé par la Porte Ottomane, approuvé du grand moufty où patriarche ottoman de Ck>nstantinople. Il n'a aucun pouvoir dans le gouyemement. Il juge et décide toutes les affeires qui regardent la loi; mais comme ce juge achète indirectement son eînplm à Constantinojde, et qu'il vient pour s'enrichir, il se laisse aisément corrompre. Il reste toujours chez lui, et n'en peut sortir que par la permission du dey. Le mizoar est le grand bailli ou le heutenant-général de police. Il maintient la paix et le bon ordre dans la ville. Il a une compagnie de gens à pied. Il a inspection et plein pouvoir sur les femmes de mauvaise vie ; il en exige un tribut dont il paie tous les ans 3,000 piastres effectives au dey. Il s'empare de toutes les femmes de joie et les tient enfermées dans sa maison, où elles sont distinguées par classes. Dès qu'il découvre quelque femme ou fille qui commence à donner dans l'intri-
gu^ji pourvu qu^ puisse la surprendre en flagrant délit , il a le droit de s^en saisir et de la mettre avec les autres^ ou de la rançonner « Il les loue aux Turcs et aux Maures qui viennent lui en demander, et leur laisse choisir celles qui leur conviennent. Ils peuvent les garder autant de temps qu'ails veulent, suivant la conclusion du marché &it entre le mizoar et eux, et sont obligés de les ramener à la maison où ils les ont prises lorsque le temps du mardié est fini, ou de le renouveler. Celles qui veulent sortir et chercher fortune en obtiennent la permission, en payant chaque jour une petite somme au mizoar pour droit de sortie. II est aussi le maître bourreau : il ùit ou &it £eâre les exécutions par ses satellites, donne ou £dt donner la bastonnade lorsque le dey le lui ordonne.
Cest toujours un Maure qui occupe cet emploi, qui est des plus lucratifs et des plus en horreur. Le sheick-el-beled, ou le sheick de la ville, a soin de la police en ce qui concerne les réparations des maisons et autres.
Le bethmegi ou beltmagi est le receveur des aubaines.
Le drogman, ou interprète de la langue.
arabe , est le garde-des-sceaux : car comme la plupart des Tm*cs ne savent écrire, ifs ont im cachet où leur nom est écrit, et on imfHnme ce cachet aux ordres qu^ils donnent, ce qui sert de signature.
Les gardiens -hachis ont soin des esclaves jdans les bagnes, et de leur conduite au travail.
Les kodjas sont les écrivains. Les quatre premiers sont les secrétaires d^Etat. Il y en a , de plus, 80 autres sur différens emplois.
Le kazanadar est le trésorier ; il a sous lui un contador et deux jui& pour visiter les espèces.
Je crçdndrais de vous ennuyer si je vous faisais un détail de tous ces différens emplois, quoique par mes ménunres je le pusse; mais je le crois presque inutile ou peu intéressant.
Les chiaoux sont les exempts de la maison du roi : c'^est un corps très considérable. Il est composé de douze Turcs des plus forts et des plus puissans de la république , et d\m chef appelé bachaoux, diiaoux-bachi ou grandprévôt. Il y a eu plusieurs badiaoux qui ont été élus deys. Ils sont habillés de vert avec une écharpe rouge; ils ont un bonnet blanc en h 28
pointe , tt sont les fidèles porteurs de tous les ordres du dey. 11 i^ leur est pas permis de porter des armas offensives ni défensives , pas même un couteau ni un bâton ; et néanmoins^ ik arrêtent, lorsqu'ils en ont Tordre, les Turcs les pkis puîssans et les plus séditieux, sans qu'il j ait aucun exemple qu'on leur ait résisté, quoique ceux qu'ils ont arrêtés aient su leur mort certaine» Les Tuiles les plus résolus, de quelque qualité qu'ils soient , tremblent et pâlissent dès qu'un chiaoux leur a mis la main dessus par commandement du dey, et ils se laissent ccmduire comme des agneaux chez l'aga de la milice, où ils sont bàtçnnés ou étranglés , selon les ordres que ce général en a déjà reçus. Ces chiaoux ne sont ^nployés que pour les afiaires des Turcs , étant indigne d'eux de mettre la main sur un chrétien, sur un Maure ou sur un juif. Il y a le même nomrbre de chiaoux maures et un bachaoux de la même nation , qui ont même pouvoir sur les Maures, sur les chrétitos et sur les juifs, sui^^ Tant les ordres du dey; mais il ne lexxr est pas permis de porter aucun ordre à un Turc.
Les deux bachaoux se tiennent toujours auprès du dey pour recevoir ses commandemens
et les faire exécuter par les chmoitx qui se ticrofieiit toujoius dans la nuàscm du roi.
Lorque le dey a wdcmné dô fiûre venir devant lui qudl^^un qui est accusé^ il ne faut pafr que te cbiaoux qui en a Tordre sVvise de i^venii* sans lui. 5'il apprend qu^il esft à la campagne, il Va Vf Chercher et Tamène arec lui. 5H1 né peut apprëudre où il est ^ il fiât publier par uh crieiir public que ceux qui Sauront où il est, aiêiit à lé dédarer, sous peine de piinitioh, et, si Ton apprend que quelque Fait <^aché ou Fait fait évader, celui qui lui ai^ndu oebôn office est puni très sévère^ ment et tiiis k Faftiepide, et m^e puni de mort , si raffeirë dont il s'agit intéresse le dey ou PÉtàt.
Avant que de finir cette lettre, Monsieur, il e^t à propos aUssi de voa^ informer de la vie que mènent les soldats d^Alger, tant par mer que par terre. Leurs armées sont composées d\m ifombre de tenti^ bouffies ou coitipagniafe consistant chacune en dix-^sept soldats et trois "officiers qui font vingt honmies de combat. Chaque soldat ne porte que son fusil, son sabre et une paire de pistolets. L'État leur fournit les vivres et six mulets par tente pour pm^-
ter les tiagages. Leurs tentes sont ronde»^ feites de toile ; là ils couchent sur leur bernous, à terre, sans autre chose sous eux. L'État leur fournit pour leur nourriture du biscuit^ de rhuile et des oUves, de la mentèque ou beurre et du blé bouilli, puis séché et écorcé^ qu% font ensuite rebouillir pour Êdre la soupe, et quelques jours de la semaine, je pense qu'on leur donne de la viande. Ils ne boivent , sui« vaut Pusage , que de Peau souvmit' très mauvaise; ils supportent des chaleurs effi*oyables et, officiers et soldats , tous vont à pied. On envoie toutes les années, au printemps, trois camps aux trois beys , plus ou moins nominaux suivant qu'il est nécessaire et que les beys le demandent. Ces camps ont chacun un aga ou général de la miUce et ont leur divan ou conseil composé de Taga^ du chaya et du bolouk hachis J'ai eu l'honneur de vous parler ci-devant dans ma quatrième lettre ^ de la marche et du Campeanent d'une de ces armées. Il est vrai que ies soldats ne sont point obligés à monter la garde et à rester en faction , comme font les troupes européennes : on ne connaît ici ni corps-de-garde , ni sentinelles, ni autres précautions que nous prenons
avec tant de soins; la nuit seulement, dans chaque t^te il y a im soldat qui veille. Je suis étonné que les Arabes ne les surprennent pas tous les jours ^ étant si mal sur leurs gardes; il est yrai aussi que comme ils doi> ment tout habillés , à la moindre alarme tous seraient dans un i^ataot en état de se dé^ fa[|dre.
Leur maiône suit à peu près le m^e ordre que leurs aimées, de terre; les officiers de ma^ rine forment un corps considérable; ils nWan» cent point par ancienneté , mais par nomination ou faveur. Le premier est le raï de la marine ou capitaine de port. Ce raï commande une galiote de garde qui se tient à Alger et a Pinrspection de tout ce qui se passe dans le part. L^amjral nV que le commandement du vais^ seau deylique ou du dey ^ et les raïs ou capitaines de vaisseau ont le commandement de leurs navires^ ils ont sous eux des sous-raïs et un tobigiow cannonier. Qe raï, dans son vaisseau, est à peu près ce qu^est le bey dans son département , et les soldats sont tous commandés par Taga et leurs officiers dans le même ordre que nous avon^ dit ci-devant , à Pégard <fes anpées. Les raïs peuvent armer leurs bâti-
mens dont les propriétaires sont des pi»*ticuliers (l'Etat n'ayant qu\in vaisseau) toules les fcfts quHl leur conTient, et aller croisa:* où bon leur semble. Ayant obtenu la permission du dey pour armer, ils écpiipent le vaisseau et le chargent des prorisons et munitions nécessaires pour croiser pendant deux mois , car après ce temps, il dépend des soldats d'oUiger les raïs à retourner dans le port bon gré malgré. Le vaisseau ainsi armé tire des coups de canon , et les soldats qui scmt dans Alger sont libres de s'aller embarquer et porter avec eux leurs fusils et leurs firmes. Des prises qu'ils font, l'État en a un huitième, le reste se répartit à l'équipage suivant les accords et Vur sage. Le capitaine ou rai et les officiers ont. plusieurs parts. Les Algériens entretiennent aiqourd'hui vingt-quatre vaisseaux en course, les uns de cinquante jnèces de canon, les autres de 'quarante, de trente et quelques-uns n'ont que dix pièces de canon. Ils ont outre cela qudque galiotes armées.
Mais il y a une loi particulière parmi eux, c'est que l'État ne peut jamais diminuer les forces. Lorsqu'on obtient la permission d'armer un bâtiment, on s'engage en même temps
à entretenir lui vaisseau semblable; ainsi lorsque le vaisseau qu^on a armé est pris ou a pësi, soit par accident ou par vieillesse, les ar-. mateurs sont obligés, malgré eux,d^en&ire faire un autre de la même force et de Fentretenir.
Conmie sur chaque bâtiment il s'embarque un vieux officier, on le crée aga du vaisseau, et il commande les Turcs; à son retour, il rend compte au dey , et si le rai a manqué de prendre quelque bâtiment, soit pour ne le pas com* battre assez long-temps ou par un autre manquement qu'on puisse soupçonner de malice Qu de lâcheté ^ il est sévèrement puni , comme il arriva à Mezo-Morte , qui fiit ensuite dey d'Alger, Il reçut cinq œnts coups de bâtons et fut renvoyé en course pour avoir manqué à son devoir. Je pourrais, Monsieur, entrer dansunplusgranddétai],si vous lejugiez à propos; mais je crois que cette lettre est assez longue et que j'ai rempU le dessein que j'avais de vous donner une idée du gouvernement d'Alger. J'aurai l'honneur, dans une autre lettre, de vous détailler les paies des soldats, les. monnaies, le commerce, l'état des esclaves, te détail delà marine d'Alger, la distribution
de leurs prises , les revenus et les dépenses de cet Etat, et finir par un alH*égé dellûstoire des deys qui ont régné depuis la réforme des bâchas '.
J^ai rhonneur d^être, etc,,
PEYSSONNEL, doct.-méd.
Celte lettre manque à notie coUectipn,