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Il était deux heures après midi lorsque j Wrivai à Hammamet. La chaleur excessive à W
quelle jVvais été exposé pendant le temps de la joi-imée où elle se Êdt sentir avec le jrfus de viplence, m^arait &it l>eaua>up s^niBir et avait épuisé mes forces. Je me reposai un peu , puis j^çmp^yai le resta dû jour à visiter Tintéri^w et les environs de la ville. Elle est située au bord de la mer, à la pointe à\m isthme fixrt 1m|S et fort étrpit. Il semUe j. lorsque la regarde de loin, qu^elle est bâtie au milieu des eaux. Du reste, cette ville n^offre rien qui mérite Fattention des voyageurs. Quelques colonnes, quelques chapiteaux de marbre enlevés des ruines de Siagitana^ sont les seuls restes d^antiquité que j^ aie observés. Les maisons scmt en plate-forme , et n'ont qu'Hun étage comme dans toute la Barbarie. Les rues sont si étroites, que deux personnes peuvent à peine y marcher de front. Le mur d'enceinte est assez bien bâti et peut avoir un mille de circonférence. On compte dix-sept lieues de Tunis à Hammamet. Les environs ont un aspect riant; toutes les campagnes voisines sont couvertes de beaux oliviers qui font la principale richesse du pays. On y fait un grand comïne^rce d'huile, d'oUves, et même d'oi'ge et de froment, lorsque les pluies d'hiver sont
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su^sfz ahoodonles pour produire upe rieb^ nuÀsson.
Le golfe 4^ H^ipmainet s^ayanqe à plus de d^x. Upu^s flô profopdeur dans l^tàrieur des terres. Il e^t porsemé de rochers et de has» fon4^ qui e^ xen^mK U pavigatioa danger€i\|§^ ^Wtdujt daw le Ypisin^ge de la cote : au§f i il n Y ^ ^e d^ petits Htiioeus marchands q^ipuis»s^yeqir à Hamïïiaujfcet; encore scMitils û|>ligé& de se tepir au large* Le golfe n^est abjHité que cqptre les. vent^ 4u nord. Ceux d^est et de sud-ouest y soufflent quelquefois a^ec beaucoup 4^impétuqsité et y excitent des tempêtes* »
Je partis de Hammamet vers 1q milieu de la nuit ) afin d^titer la chaleur du jour^ et je continuai de suivre les lKH*ds de la mer. Après une heure de marche , j^arrivai- dans un lieu couvert de ruines que je n^aperçus que confiisément alors ^ parce qu^il faisait nuit; mais ayant eu le loisir de les observer à mon retour, je n^ vis que des pionceaux de pierres et de vieilles murailles cpii occupent une étendue de terrain considérable. Ce lieu se nomme Labiad ou la Blanche^ parce quUl y a dans le voisinage des monceaux de sable blanc
conmie la neige , qtxe Ton découvre de irè^ loin. Un peu au-delà des ruines, a quelque ^stanoe de la mer du. côté de Pouest, est une grosse tour dont les murs sont fort épais. Je pense qu^on y allumait anciennement des feux pour guider les navigateurs pendant la nuit» Les Arabes Pappellent Bourg-el-Menarah f, Tour de la Lanterne. Cestim ouvrage des Romains , comme il paraît par les inscriptions gravées siu* des pierres du sommet de cette tour, inscriptions que Shaw avait transcrites'. Elles nY sont plus aujourd'hui : toute la partie supérieure de la Menarah,. telle qu^on la voit gravée dans le voyage de Shaw, a été dér moUe par tes Arabes, qui se font un plaisir et m.éme un acte, de reUgion de détruire et de renverser tous les monumens anciens, parce quHls les regardent comme Fouvragedes chrétiens. Un peu plus loin, nous passâmes sur un vieux pont de plusieuirs arches ; iljparaît aussi du temps des Romains. Dans cet endroit, nous détournâmes notre route vers Pouest, en nous éloignant directement des bords de la mer et, après avoir marchépendantplusdedeuxheuresi^
^ Tom. I, p. 207 , tr. fr.
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à trarers une grande plaine sablonneuse , nous arriyâmes au pied des montagnes où sont les ruines de Fancienne Aphrodisium^ que les Maures appellent encore aujourdliui Phradise. Elles sont situées sur une espèce de plate-forme très élevée et un peu en pente du côté de Test. Ce lieu est entouré de ravins profonds, et dominé du nord au sud par des rochers escarpés qui en dérobent la vue. Les ruines peuvent avoir deux milles et demi de circonférence. Presque tous les édifices sont démolis ; mais il est Êicile de juger par le petit nombre de ceux qui ont résisté à Finjure du temps, par la beauté des pierres, Falignement et la largeur des rues, qu^Apbrodisium était une très belle ville. Le plus beau monument que j^aie observé parmi ces ruines est un grand arc de 5o à 60 pieds d^élévation, sous lequel coule un ruisseau d^eau douce qui prend sa source un peu au-delà. Sa façade est omçe de quatre belles colonnes d^ordre corinthien, et de chaque côté il y a une niche dont le sommet çst terminé par une large coquille sculptée en bas-reUef. Je suis porté à croire que le monument servait à la décora-
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lion d^une fontaine publique. En côtoyant ta? base des montagnes de Test au sud, j^ai aussi découvert les ruines à^un ancien port au bord dW immense lac, qui alors était presque à sec. Il paraît que les vaisseaux j entraient autrefois. Les gens du pays mWt dit qu'il était rempli dWu pendant Thiver, et que, dans cette saison, il communiquait avec la mer par une large embouchure qu'ils appellent Hale-^ eUOuet^ Embouchure de la Rivière.
Les montagnes de Phradise sont habitées par des Arabes bédouins qui ont la réputation d'être grands voleurs. La curiosité les attira vers nous en très grand nombre. On leur dit que j'étais un des médecins du bey ; ils ne nous témoignèrent aucunemauvaise intention ; plusieurs vinrent même nous conduire et nous montrer le chemin avec beaucoup de complaisance.
Phradise est, par sa situation, un des plus beaux Ueux que j'aie vus en Barbarie. Tous les environs offrent une foule de paysages charmans : les cistes, les romarins, les lavandes , et plusieut's autres arbustes odoriférans, couvrent les montagnes, tandis que le myrte ,.
|e lentisque et le laurier-rose ombragent les TaUous et les ruisseaux.
4pr^ aypir yisité les ruines , nous mardiames du coté du midi à travers les montagnes V daiis un chemin très raboteux et bordé 4e rayins profonds où la peur de me précipiter avec ma mule me fit mettre pied à terre. Nous descendîmes peu à peu dans la pleine, et sur les deux heures de Faprès-midi, nous atteignis mes Herkla : c^est ui^e petite ville bâtie au hoi'd de la mer, sur une éminence pierreuse que Ton découvre de très loin. Herkla est à aviron cinq lieues au sud-est de I%radise, et à huit au sud de Hammamet. On y voit quelques ruines antiques, et entre autres un vieux château en partie démoli, dont les murs étaient construits avec beaucoup de soUiité t» belles pierrefe de taille. Les environs d^Her- Ua produisent de Forge, du maïs, de la dreu, des raisins , des figues et d'^excellens melons. Les haMtans sont fort insolens envers les étrangers : car,inalgré les ordres du bey, que je portais avec moi et que je leur fis voir, j^en reçus un très mauvais accueil. Ce pays n^est aucunement défendu. Les corsaires de Malte
8e retirent souvent auprès d'Herkla pour se^ mettre à Fabri des tempêtes et pour y fidre de Feau. On m'a dit qu'ils descendaient quelquefois à terre pendant la nuit , pour mettre à contribution les caravanes qui vont et viennent continuellement de Tunis à S&x , ce qui; est très facile à des gens bien résolus qui connaissent le pays. Les corsaires de Malte sont extrêmement craints le long de là cote de Barbarie ; ils viennent quelquefois jusque dans la rade de Cartbage s'emparer des bateaux des Tunisiens. Du temps d'Ali-Bey, père de celui qui gouverne aujourd'hui^ ils brûlèrent pendant la nuit , dans le port de Por to-Farina , un grand nombre de corsaires appartenant à la régence. Les Barbaresques n'osent guère attaquer les Maltais ^ à moins qu'ils ne soient Inen supérieurs en nombre et en force t car ils en ont plus d'une fois éprouvé le courage à leurs dépens.
Je passai une fort mauvaise nuit à Ilerkla, dans une auberge à la mode du pays qu'on appelle Fondouk. Le lendemain, je partis pour Suse de très bonne heure. Nous côtoyâmes le rivage de la mer le long d'une immense;
plaine sablonneuse et inculte y où je recueillis des graines à^vai}oh.mtraria épineux à feuilles glauques et épaisses*.
Deux heures après notre départ, nous traversâmes Temboudiure d^un grand lac qui, dans la saison des pluies , communique avec la Méditerranée , et où les habitans d^Herkla Tont faire la fièche lorsque les chaleurs ont
^ En voici la description :
Nitraria tridentata.
lY^es. Rameuses , garnies de longues épines , courhées vers la terre , longues de trois à quatre pieds. — Feuilles, Akemes j glauques j entières , charnues, cunéiformes, soutenues par un pétiole très court, larges de trois lignes sur trois à quatre de longueur. — Fleurs* Petites , disposées en corymbes le long des tiges. . — Calice, Durable, couronné de cinq petites dents. — Corolle, Partagée en cinq pétales blancs, linéaires, obtus, ouveits. Chaque fleur renferme douze ou quinze étamines un peu plus longues que les pétales. — Filets. Grêles, un peu écartés. — Anthère. Fort petite, divisée en deux loges. — Stile, Court, terminé par un stjgmate aigu. — Germe, Supérieur à la fleui* ; il devient une baie ovoïde , rouge , molle , de trois lignes de longueur ; elle renferme une semence triangulaire , allongée , sillonnée sur les faces.
fait diminuer les eaux. Environ une lieue et demie avant d^arriverâSuse, je m^écartai des bords de la mer à la distance de près de trois nulles, pouir Toir leà ruiiiièjg d^Ekouda*. Ma cimosité fut bien mal sâtisfeite : je n^ troU-^ vai que d^ monceaux de pierrfesj un vieux château presque entièrenàént démoli est lé seul édifice dont il reste quelques vestiges* Tout près d'Ekouda est im petit village appelé Hammam , habité par plusieurs familles maures. J'arrivai à Suse vers une heure après midi. La chaleur du soleil réfléchie par les sables, sur lesquels j'avais presque toujours marché, me fit beaucoup souffrir pendant cette journée : je ressentais des douleurs cmsantes aux mains, au visage, et mes paUpiète^ étaient si gonflées que j'avais peiné à voir. Je fiis obligé de mé reposer pendant un jour et demi , pour réparer ihes forces et pour être eii état de continuer mon Voyage.
La ville de Suse est éloignée de Tunis d'environ 34 heues; elle est située sur la pente - d'une colline , du côté de l'orient. C'est une des plus grandes villes du royaume. Les murs
• Cowda (Sh.) ; Koudiah. (L.)
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xim renioui^enl ont au moins deux milles et demi de circonférence; ils sont bi^i bâtis , et défendus par un grand nombre de pièces de canon de diffà^ens calibres. A gauche de la tille, tout près dW niarabout , il j a un petit £3rt que Fcm apelicoit à peine et dont lés batteries sont à fleur d^eau. On y a mis , depuis la dernière guerre des Vénitiens , de très gros canons, quipoon^aient sans doute nuire beaucoup aux vaisseaux qui s^approcfaeraient pour bombarder la place ou pour la prendre.
L^intérieur de la ville n^offre rien de curieux. Les bazars sont propres et bien voûtés; les mosquées sont assez belles : on mV dit qu^on avait apporté d^Ëkouda la plupart des pierres qui ont servi à les construire. J'ai encore vu à Stise plusieurs colonne que les Mau* res ont employées à soutenir les angles de leurs maisons et à eki décorer la &cade. Vaf* flueilce du peuple est si grande dans les rues , que Ton a peine à y marcher. Les habitans sont fort honnêtes envers les chrétiens , ce qui vient saifê doute de rhd>itucfe quHls ont d'en voir et de ocnniliercer avec eux. On fisJmque à Siise heaûhoup ée toiles qui se vendent h
bon marché ; leur plus grand défaut est de n'être pas assez frappées. 11 y a autour de la ville d'immenses plantations d'oliviers. Les négocians français y achètent beaucoup d'huile^ qu'ils envoient à Marseille poiu» la fabrique des savons. Il se fait aussi à Suse un commerce considérable de laines, de poteries, de sou- Uers et d'étoffes à la mode du pays.
Le golfe peut avoir cinq à six lieues dé large; il s'étend, du côté du sud, jusqu'à Mnestir. Les plus gros vaisseaux peuvent s'approcher très près de la ville; mais ils sont ex-^ posés à toute la violence deà vents d'est , qui soufflent de temps en temps avec beaucoup d'impétuosité sur toute la côte de Barbarie^ Tout près de la ville, du côté du nord j j'ai vu les murs, d'un ancien port qui étaient bâtis en demi-lune au milieu des eaux. Ils ont été presque entièrement démolis par le choc continuel des vagues. Je n'ai trouvé à Suse qu'une seule inscription : encore était -elle si effacée que je n'ai pu en déchiffrer que quelques mots.
A quatre lieues vers le sud- est est Mnes^ tir, que les Français appellent par corruption Monastier. C'est encore une ville maritime
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eonsidérable, située à rextrémité d^une lan^ gue de terre qui s'aiçmce à plus d\ine Keue dans la meri La ville est entourée d'un très bon mur et, de loin, elle offre un joli point de Tue« Les campagne3 voisines sont plantées de beaux oliviers qui donnent chaque année une riche récolte d'^olives. (hi m^a dit que la navigation était dangereuse dans le voisinage de Mnestir^ surtout du côté du midi ^ à cause des rochers et des bas-fonds dont le golfe est parsemé* Trois heures après notre départ de Mnestir , nous traversâmes les ruines de Lempta. Cette ville , que Shaw * prend pour la LeptU Par\Hi des anciens, était située au bord de la mer, dans un heu peu élevé. Elle a été détruite de fond en comble : il n^en reste que des monceaux de pierres qui occupent \xn terrain d^un mille et demi de circonférence. A une heue au sud de Lempta se trouve le village de Touboulbe , agréablement situé sur un coteau qui domine la mer. Il y a aussi des ruines dans le voisinage. A peu de distance au-delà de Touboulbe , nous entrâmes dans une grande plaine sablonneuse où jVssuyai la
' Tom. I, p. 237, tr.fr.
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plus torte chaleur que j^aie jamais ressentie r mon thermomètre , placé sur le sable , mon-' tait jusqu^à 45 degrés. J^arrivai aux ruines de Dimess accablé de fetigue, ainsi que mes compagnons de voyage- Heureusement nous y fîmes rencontre d'un Arabe qui nous fit apercevoir des figuiers à Pombre desquels nous, nous reposâmes pendant quelque temps. Il nous apporta de Peau fort mauvaise ; je la bus aiiec autant 'de plaisir que si elle eut été excellente , me trouvant encore fort heureux > car j'étais extrêmement toiu^menté de la soif et notre provision était finies
Les ruines de IHmess ' ^ qui est Pâncienne Thapsus^ sont éloignées de la mer d'environ un demi -mille* Elles occupent un espace considérable au bord d'une grande plaine sablonneuse et aride. On y voit beaucoup de pierres amoncelées et éparses, de vieux mui*s, plusieurs souterrains voûtés* A l'ouest des rtiines il y a vingt -cinq citernes situées paral-
^ M. le colonel Lapie j qui , pour le tracé de se» cartes , a beaucoup emprunté à Shaw , écrit le nom de cette ville Ùemas , d'après Torthogi'aphe anglaise ; mais il faut prononcer Dimess.
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lèlement les unes auprès des autres.. Chacune a environ cent pas de longueur siu* cinq à six de large ; leur hauteur perpendiculaire était d^environ huit à dix pieds. Les voûtes sont presque toutes tombées ; il n^ ^ que les mui^s latéraux qui subsistent dans leur entier; à peine retrouve-t-on quelques vestiges de Faquéduc qui y conduisait les eaux. Ce que j^ai vu de plus remarquable à Dime^ est un grand m^e qui sWance à plu^s de cent pas dans la mer : c^est un ouvrage extrêmement solide y construit en {nerres dedâiTérentes grandeurs, et imies les unes aux autres avec un ciment aus^ dur que les pierres mêmes. Les eaux Font néanmoins miné insen^lasoient , et en ont même détaché de très grosses pierres en beauiCoup d'endroits, et siu^tout vers la pcHnte. . A quatre lieues au sud de Dimess, se trouve la petite ville d'Africa , que les Arabes appellent aussi £1--Mehedia, située dans un lieu peu élevé au-dessus de la mer. Je n'ai osé y entrer, parce qu'elle est réputée sainte par les musulmans : j'avais peur d'y être insulté par la populace. J'ai aperçu de loin quelques ruines que l'on m'a dit être celles d'un ancien port. 11 y a autour d'Africa de très grandci
plantations d'oliviers, qui sont les plus belles et les mieux cultivées que j'aie encore vues eiï Afrique.
Toute la partie de la côte qui s'étend depuis Suse jusqu'à sept ou huit lieues au-delà d'El- Mehedia est sans contredit la plus fertile du royaume : elle produit en abondance des olives, du froment, de l'orge, de la dreu, du maïs. On y fait aussi , depuis quelques années, de belles cultures d'indigo et de coton ; mais on n'en récolte pas encore une quantité assez considérable pour en faire commerce avec l'étranger. Il serait difiicile de trouver un pays plus fécond, et qui fût en même temps susceptible d'une culture aussi variée que celui dont je viens de parler.
Le maïs et la dreu, que l'on cultive beaucoup dans toute la partie méridionale du royaume, se sèment ordinairement en avril. On est obligé de les arroser souvent, depuis le temps où la semence a été jetée en terre jusqu'à celui de la récolte. Pour cet effet , les Arabes -creusent des puits dans le voisinage des champs ensemencés : car les ruisseaux sont extrêmement rares dans toutes ces contrées. Ils emploient des chameaux ou des mu-.
les pour élever Peau, avec de grands sea uxdb^ euir attachés au bout d^une corde qui passe sur une poulie mobile, suspendue à deux grosses perches placées obliquement de chaque côté du puits, de manière qu^elles vont se croiser à quelques pieds au-dessus de son ouverture. Le chameau ou la mule , en s^éloignant directem^it du puita^ fait monter les seaux remplis dWu, et lorsque Fanimal se rapproche, alors ils redescendent par leur propre poids au fond du puits. Les Maures se servent encore dW moyen très simple pour le même objet. Un chameau fait mouvoir une roue placée sur. le puits. En tournant, elle fait descendre et monter continuellement une corde autour de laquelle sont attachés, à distances égales , des vases de terre qui vont puiser sans cesse Feau,. pour la verser dans un réservoir d^où elle se distribue par diflferens conduits dans les champs cultivés. Presque toutes les eaux sont saumâtres le long de la côte, et les habitans des villes ne boivent que de Peau de citerne. Diaprés cela, on doit bien s^imaginer de quel prix doit être une source dVau douce et pure dans un pays où il est si rare 4'en tr ouver, et où Tusage de toute liqueur
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ifermentée est rigoureusement défendu pai' la religioi;^ et par les lois.
Je m^éloignai des bords de la mer un peu au-delà d^Africa, pour me rendre aux ruines d^El-Gem, qui en sont distante d^environ huit lieues ^rs Touest. Je fis route pendant la nuit , par un beau clair de lune^ et j^arnvai à £1-Gem sur les quatre heures du matin. J^y passai un jour entier, afin de visiter les ruines à loisir,
ElrGem est un village ccmsidérable situé au milieu dWe plaine immense^ à â5 Ueues au sud de Tunis, et à i5 lieues au norddeSfax} il paraît que c^est Panci^uaeThysdrus* Ce Ueu est célèbre par son bel am^diith^tre, qui sub-, siste encore presque dans son entier., Cest un va^te édifice de forme un peu ovale, que Ton croit avoir été construit sous Tun des Gordiens d^ Afrique. Son plus grand diamètre est de 180 pas et le plus petit de i5o, en comptant IVpaisseur des murailles. Si Ton en fait abstraction pour connaître seulement les dimensions intérieures, alors il restera 120 pas pour le plus grand diamètre , et le plus petit nVn aura que 90. Les,murs ontenvii'on 110 pieds d'élévation ; ils sont divisés en trois étages, et
à chaque étage il y a deux grandes galeries intérieures qui font parall^ement le tour de. ramphithéatre. Il est percé de a^o fenêtres ^disposées sur quatre rangs , et séparées les unes des autres par une denû-oolonne. Les places étaient rangées circulairement par gradins, d(^puis Farène jusqii^au sonunet de Tédi- £ce, de manière quHl pourait contenir une immense quantité de spectateurs. Au-dessous des murs il y a de grands souterrains voûtés, où Ton r^ifermait sans doute les animaux destinés aux oombats \ peut-être servaient-ils ^n même temps de retraite aux gladiateurs* Jka centre de Tarène on voit un grand trou niaçonné circulairement : je serais porté à croire quHl soutenait le pied du vélum. L*ampbithéatre d^El-Gem est le plus beau monument antique que J'aie encore vu en Barbarie, et il me paridt digne en tout de la magnificence ^t du génie des Romains. On trouve souvent à El-Gem des médailles et des antiques ; on ni^a dit que des voyageurs anglais en avaient enlevé anciennement de très belles statues de marbre, jy ai acheté une petite tête de Diane en marbre blanc ; elle e^t d^une belle forme ; poais la figure est un peu gâtée.
Les ruines de rancienne ville sont éloignées de près dWe lieue de Famphithéatre j tous les édifices ont été entièrement démolis. Les environs d'^El-Gem sont fertiles en olives , en blé et en divers fruits du pays. Les Arabes de ces contrées étaient autrefois de grands voleurs 'y mais la bonne discipline du gouverneur de Sfax a fait cesser leiu:*s brigandages. S^il arrive souvent en Barbarie que les Arabes dépouillent les voyageurs, au moins est-il assez rare qu^ils commettent des assassmats. Les régenioes ont établi une loi qui est très bonne pour prévenir de tels désordres : lorsque homme a été assassiné et que le coupable ne peut être découvert, alors on fait payer quar* liante ou cinquante mille piastres à tous les voisins du lieu où Passassinat a été conunis* Si cette loi n^est pas selon toute la rigueur de la justice, au mmns est-ce un excellent moyen pour contenir, les 'Arabes, et pour les engager à veiller sur leur conduite réciproque : car la punition qui atteint la bourse est pour eux la plus cruelle de toutes.
Les terres des environs d^El-Gem contiennent beaucoup de salpêtre : les gens du pays m^ont dit qu'ils en retii'aient jusqu'à dix-huit
livres par quintal. Voici leur procédé. Ib construisent avec des briques ou des pierres une fosse circulaire en forme de puits, de trois ou quatre pieds de diamètre sur une profondeur à peu près égale. Cette fosse est percée inférieurement d'ime ouverture latérale par où elle communique avec une autre cavité plus petite creusée dans un lieu plus bas que Pouvèrture en question . Ils mettent au fond de la grande fosse plusieurs pierres sur lesquelles ils étendent de petites branches d^arbre, ou des feuiUes et des tiges de spart en forme de tapis. Après y avoir jeté la terre qui est imprégnée de salpêtre, mêlée avec de la paille coupée en petits morceaux, ils y versent de Peau à plusieurs reprises pendant deux ou trois jours ; elle dissout le sel de nitre et Pentraîne dans la cavité inférieure. Ils mettent cette eau dans des chaudières, et, après qu^elle a été dégagée, par Pébullition, des corps étrangers qu^^elle contenait , ils la transvasent et la laissent refroidir ; alors le salpêtre se cristallise et s'attache aux parois des vases. Connue il n'est pas encore bien pur après cette opération , on le fait bouillir une seconde fois et même une troisième, toujours dans une nouvelle eau,
après quoi il devient aussi blanc et aussi biea cristallisé que celui de France. Ils en font de la poudre à canon qu% estimait, beaucoup moins que celle d^Europe, parce qu^en eflfet elle n^a pas autant de force,
Je partis d^El-Gem de très grand matin pour me rendre à Sfax. Noifô marchâmes pendant huit à neuf heures dans une grande plaine inculte et inhabitée, où Ton trouve ça et là quelques bosquets d^oUviers dont la plupart tombent de vétusté. Ils servent quelquefois de retraite à des Arabes vagabonds qu^il serait dangereux de rencontrer, si Ton notait bien armé et en nombre suffisant pour leur Ëdre tête.
SÊix est une grande tille fort commerçante située au bord de la petite Syrte, dans un Ueu plat et sablonneux : c^est la plus jolie du royaume , et la seule dont les rues soient pa-^ yées. Elle est entoilée d\m mur fort élevé et très bien bâti. Les habitans y sont plus civilisés que partout ailleurs. Us vivent dans Faisance et jouissent assez paisiblement du fruit de leur industrie , avantage inappréciableet bien lare en Barbarie , quUls doivent à la bonté et à la justice de leur gouverneur^ Les^
citoyens les fhxs riches passent une partie da Tannée dans leurs jardins, où ils ont des maisons de campagne fort agréables. On ^i fait monter le nombre à plus d€^ 8,000
Les campagnes de S&x prodi|isent de r<H*ge, delà dreu, du maïs, des figues, du raisin, de bonnes pistaches, des pastèques en abondance et les m^leurs melons de toute la barbarie* On y fait le commerce d'huile, de barille , d'épongés que Ton pêche aux îles Kerkines, de laines presque aussi fines et aussi estimées que celles d'Espagne. Malheureusement les moutons sont sujets de temps en temps à des épizooties qui en font quelquefois périr le plus grand ûoipbre. Ces maladies régnent ordinairement en automne et au commencement de l'hiver. Les gens du pays croient qu'elles sont occa^onnées par le défaut d'alimens : en efièt, dans cette saison, la campagne est absolument aride, et l'on n'a pour toute nourriture qu'un peu de paille à leur donner, La barille dont on fait commerce à S&x se brûle le long des bords de la mer. Les Arabes la retirent indistinctement d.e sept à huit plantes différentes qu'ils mêlent ensemble, ou toutes ou en partie . Ces plantes sont le Salicornia
Fructicosa , le Salicomia Herbacea^ le Sàl^^ sola Kali^ avec une autre espèce de ce genre qui m^est inconnue , VA triplex HaUmus j VArtiplex poriulacoides , le Mesembrienthe^ mum Lopticum et le Zigophillum Simplex^ très commun dans cesi contrées. Us laissent sécher ces plantes aux deux tiers après les avoir coupées, puis ils les amoncellent sur des fosses creusées dans la terre et ils y mettent le feu ; 1q sel qui se dégage des plantes tombe au fond des fosses , et s^ réunit en une masse solide. On fabrique à Sfax les toiles les plus belles et les plus estimées de toute la Barbarie. Elles sont fines et se vendent à bon marché. Le seul défaut qu''on puisse leur reprocher est de n'être pas d'un tissu assez serré. On y construit aussi un grand nombre de barques qui font le commerce le long de la côte, et de petits corsaires qui vont croiser sur les côtes d'Italie, où ils font quelquefois de riches prises. Il n'y a point de ville dans le royaume où il y ait autant d'industrie qu'à Sfax. Les habitans sont doux et fort poUs envers les étrangers. Le gouvemeiu', en particuher, me donna beaucoup de marques d'aiùitié ; je puis même dire qu'il se faisait un plaisir de prévenir tous mes
désirs, et que c^est Thomme dont j^ai reçu le plus de politesses depuis que je suis en Barbarie. J'ai recueilli dans les environs de Sfex les graines de plusieurs plantes rares. J^ ai aussi desséché les branches d'un joU arbrisseau qui approche des Chrysocoma ^ et dont les feuilles et les fleurs exhalent une odeur très agréable.
Les pluies né tombent dans ces contrées que pendant Thiver ; elles y sont amenées par les vents de nord. Comme dans toute la Bar-> barie, Peau des puits est amère et saumatre , et Ton n'en boit que de citerne. Les campagnes de SËix sont sablonneuses, et les chaleurs y seraient excessives sans une brise qui s'élève Cous les matins sur les neuf heures, et qui dure une partie dîe l'après-midi.
La petite Syrte peut avoir trente Ueues de large; elle s'étend depuis Capoudia jusqu'à l'île Gerba. La mer a peu de profondeur dans toute l'étendue de la Syrte , et le rivage est presque à fleur d'eau. La navigation n^y est pas sûre , à cause des bancs de sable dont le golfe est parsemé ; les bàtimens marchands qui Tiennent à S&x sont obhgés de se tenir à une lieue de distance du rivage , quoiqu'ils n'aient
aucun abri contre les vents* Ils y sont néanmoins en sûreté : le peu de profcmdeiu* de la Syrte fait que la mer n^ est jamais yiolemment agitée, même par les vents les plus impétueux. Il y a flux et reflux dans la petite Syrte. J'ai eu des peines infinies pour obtenir du gouverneur la permission de mesurer les marées; encore n'ai-je pu y apporter Texactitude que je désirais : le bruit de Tarrivée prochaine des Vénitiens avait jeté Tépouvante dans tout le pays , et il Êdlait user de beaucoup de précautions pour n'être pas découvert. Après bien des instances, le gouverneur mVccorda un homme de confiance par qui je fis mesurer les eaux. Le ao juillet, à midi, c'est vers cette haire que b marée est à son plus haut point d'élévation, on planta une perche dans la mer, près l'ancre d'un bateau. Sur les trois heures de l'après-midi , les eaux avaient diminué de cinq pieds deux pouces. Le premier août , jour de la nouvelle lune, je fis planter une seconde fois dans la mer la même perche qui m'avait servi pour l'opération précédente, et, vers les six heures, les eaux avaient haussé de sept pieds quelques pouces. On me dit que, dans le temps des
^équinoxes, ell^ s^éleYaient jusqu^à neuf pieds^ et que les marées étaient encore plus grandes dans le Yoisinage de Fâe de Gerba, à 24 Keues au midi de ^bix. Je n^ai pu savoir aussi précisément que je Peusse désiré Finstant du jour où la marée est à son plus haut point d^élération; je puis cependant assurer que 0*^651 vers midi. Il est bien constant, diaprés ces obserrations, qu^il y a flux et reflux très marqué dans la petite Syrte' , tandis qu^il se Êdt à peine sentir à a5 lieues plus au nord. Les gens du pays savent ^1 profiter pour faire la pêche t ils mettent des claies sur le sable , dans les lieux les plus bas d^où les eaux se retirent le plus lentement^ Les poissons viennent avec les eaux de la mer , et , lorsqu'elle se retire , les claies les empêchent de suivre le cours des eaux.
Vers Test de SPax , à environ huit Ueues de distance, il y a deux petites îles voisines Tune de Tautre, nommées K^rkmes , dont la plus grande peut avoir six à sept Ueues de circon-
' Ce Êdt est déjà mentionné par Strabon, XVII , 1 5 , p. S34? éd. Casaubon. (Note de Des/ont.')
férence. Ces îles sont peu élevées au-dessus de la surface de la mer; on les aperçoit néanmoins de Sfax lorsque Fhorizon est bien pur. Elles produisent des olives, de Torge, des dattes peu estimées , parce que la chaleur n^est pas assez forte pour les mûrir. Les habitans de ces île$ sont vêtus différemment des autres^ Arabes. Ils font la pèche des éponges, fort compiunes aux environs de leur territoire. Pour cet effet, ils se servent de longues perches armées , à leur extrémité, à^ixn crochet de fer, au moyen duquel ils les détachait des rochers auxquels elles adhèrent. Lorsque les tire de Feau, elles sont recouvertes d^une pellicule fine et transparente, et c'est im spectacle curieux de voir comme toutes leurs parties sont en mouvement. Ils les enfouissent dans du fiunier ou dans la terre pendant que!-* ques jours, afin de faire périr les petits animaux qui y'sont renfermés. Ils les lavent ensuite pour les dégager des corps étrangers qu'elles contiennent, et pour leur fidre perdre Todeur infecte qu'elles exhalent. Conmie elles se vendent au poids, souvent, après les avoir nettoyées , ils y font rentrer du sablé afin de
les rendre plus pesantes ; mais celte superclierie ^t Êicile à découvrir » ;
En suivant les bords de la Syrte du côte de Fouest, on arrive aux ruines de ïina% distantes de Sfex d^environ trois lieues. Ces ruines occupent un espace assez éteiidu dans un lieu un peu montueux. Elles n'offrent rien d'intéressant : les habitans de Sfax en ont enlevé les plus belles pierres pour construire leurs maisons. Il y a, près de Tina ^ un ancien port où la mer n'entre plus aujourd'hui. Les Arabes croient que les Maltais sont originaires de ce lieu.
Pendant mon séjour à Sfax, j'ai enccwe été voir les ruines d'Inschla'; celles-ci sont à cinq lieues au nord-est de Sfax. On n'y voit de remarquable qu'un grand édifice de fonne carrée, soutenu intérieurement par 24 belles colonnes de marbre blanc veiné de bleu , sur l'une desquelles j'ai aperçu une croix en bas-
* Elle n'en est pourtant pas moins usitée; on en trouve la preuve dans presque toutes les éponges de qualité inférieure.
* Thaine ou Thaini. (Sw. L.)
3 Inshilla ou ïnchilla. (Sw. L.)