II. Q
relief. Les euvirons d^Inschlascoit habités par des Bédouins qui paraissent £brt misérables. Au n(M*d d'^Inschla j à peu de distance, est le petit village appelé GiUniana , autour duquel on Toit d^assez belles plantations d^oliviers.
Le rhus à feuilles dVubépiné croît en abondance le long des bords de la Syrte, et dans toute la partie méridionale du royaiune. Son écorce a la projaiété de teindre en rouge j les Arabes* en font commerce. Ils mangent aussi le fruit do cet arbre loi:*squHl est mûr ; ils s'^en servent aussi pour faire une sorte de limona dequ^ils boivent avec plaisir.
Vous savez, Monsieur, que les Lotophages habitaient autrefois le long des bords des Syrtes , et que ces peuples étaient ainsi nonces parce qu^ils mangeaient le fruit du U^us^. J Vurais bien désiré pouvoir découvrir cet arbre intéressant ; mais , malgré toutes les rechw:*ches que jVi faites pour tâcher de le reconnaître, je nVi pu y réussir. Les descriptions que j'en ai lues dans quelques auteurs anciens que j'^ai entre les mains , sont trop vagues pour qu'on puisse savoir de quel arbre ils ont vpuju
» Voy. Strabon, XVII, i5, p. 834.
parler, ni même à quel ordre de plantes il peut appartenir* Shayr p^ise que le lotus est une espèce de jujubier sauvage que les Arabes appdlent sidra^^ qui croît le long des Syrtes et dans toute la partie m<éridion|de du royaume de Tunis. Si cet arbrisseau est le lotus^ il s^en &ut bien que son finiit soit aussi délicieux que le dit Pline : Lotus iam duîd iBi ciho ut no^ men t&rœ genJdque dederit , nimis hospùaà adpenarum obUwme patrÙB^. H y a sur les bords du désjert , et particulièrement au Gerkl, une autre espèce de jujubier à larges fiouillfis dont le fruit est plus gros et d W goût |du$ agréable que celui du sidra , et que Ton pôurrak* prendre à plus juste titre pour le lotus , d^apf es ce qu'en dit Pline. Peut-être me secàr-t4I possible de donner quelques éclaircîs-
1 Voy. Shaw, tom. I, p. 292 et suiv. Les habitans de Sfax vendent dans les marchés publics les fruits du sidia. Ils disent qu'on s'en nourrissait autrefois. Ils mangent ce fruit et en font de la limonade. On trouve «^ aii>riueau dans presque toutes les plaines qtii avoisinent te désert , et dans celles qui conduisent de Sfax à - Tunis. {N&tê de Desfbnt,^ • î Plin. XIII, 22, éd. Hardi
semensà ce sujet lorsque je serai à portée de faire des recherches dans les divers auteurs anciens qui oàt fait mention de cet arbre si précieux et si intéressant à connaître*. Il est bien difficile que Fespèce s^en soit anéantie dans des contrées où elle avait été si multipliée autrefois.
L'île de Gerba est à environ vingt-quatre fieues au sud-ouest de Sfax. Je n'ai pu trôu-^ ver d'occasion favorable pour y aller. On m'a dit qu'elle était très fertile, et que les peuples qui l'habitent menaient une vie assez heureuse. Cette île est encore soumise à la régence de Tunis. J'avais aussi formé le projet d'aller jus-' qu'à Gâbes , sur les confins du royaume de TripoUi Le gouverneur de Sfax m'assura que ce voyage était dangereux, parce que les Arabes de ces contrées sont indomptés et fort misérables. La saison desplantes étanj d'ailleurs passée , je me déterminai sans beaucoup de peine à renoncer au dessein que j'avais pris*
' Les Mémoires de rAcadémie des Sciences renferment un curieux travail de Desfontaines sur le lotus et les Lotophages ; nous h donnons à la suite de la relation de son voyage.
fe demandai à des voyageurs a]:*abes le nom el: h distance des lieux qui se trouvent entre Sfal et Tripoli : j^en donne ici la Hste. Je partis pour Tunis le 8 d'août, et jY arrivai le 18. du même mois , bien fatigué par les chaleurs excessives que j Vvais essuyées pendant le cours de mon voyage.
^oms et dUtancfis des mUe$^y villages^ et ruines qui se. trouvent le long de la cétey depuis Tunis j'usqud Gales, sur les confins du royaume de IVipoU, en Barbarie.
Ueues communes.
Tunis.
% La Mamelif) bains chauds à Sa^Réaumur. a Soliman, ville.
3 Crombalia , ville peu considérable.
1 Turki , petite ville.
4 Czar el Zeit^ ruines de l'ancienne Siagi-
tana.
i Hammamet, ville maiitime.
X Labiad , ruines.
1 La Menarah , grande tour bâtie par les
Romains.
3 Phradise , trèa belks iniines éloignées d^
la mer d'environ 4 lieues^ c'est l'ancienne
Aphrodiswm.
5 Herkla , grand village avec des ruines ^
peut-être Tfoicienne Hadrumetum.
Lieues communes.
7 Ëkouda, ruines.
^ Hammam , petit village. i Suse , grande ville maritime .
i ~ Aouin Sahalin^ petit village éloigné d'environ une lieue de là mer.
a Mnestir, ville considérable.
1 Krounis , petit village à quelque distance
de la mer.
^ Xiba, petit village.
^ Lempta , ruines étendues ; c'est la Leptis
Pojva des anciens.
> Saieba j village.
^ Bou-^-Jear 9 village avec(}e8 ruines, à une
lieue de la mer.
i Touboulbe , village, mines.
1 Bratta, village à quelque distance de la
côte, i Dimess y ruines étendues ; c'est Tancieiyie
Thapsus.
3 Africa, petite Tille.
8 Ëlgem y village éloigné d'environ 8 lieues
à l'ouest d'Afiiogi , lieu cëlèbre par son
bel amphithéâtre 5 c'est ^ancienne Thys-
drus.
10 SallectOy ruines.
3 Ëlalia, ruines considérables ; c'est l'an-
cienne Achola,
2 Soursef y village éloigné d'environ a lieues
4e la mer.
a Capoule , raucienne Caput^p^ada.
Lieues communes.
2 Menainesch , village.
2 Gibiniana, village à deux milles de la mer. 1 Inschla y ruines ccmsidérables ; c'est Tan-
cienne Usilla, 5 Sfax , grande ville maritime.
3 Tina , niines étendues ; c'est la Thenas des
anciens.
Les noms et la distance des lieu^ dont voici la liste m'ont été donnés par un voyageur arabe.
Lieues.
Tina.
5 Méheress , petit village.
7 Wodran , rivière ; elle tarit en été.
3 Sidi Medeb j marabout.
* 7 Metouinia^ village.
3 Mentzely village. Il y a une rivière qui passe entre Mentzel et Ziara , qui ne tarit point en été. Elle prend sa source à en- Gâbess. 7 viron deux lieues vers l'ouest, près d'un lieu habité nommé Chénùu,
~ Ziara, village. '
7 Hammam, bains chauds , ruines.
1 Zarat, village.
6 Gegim, village.
Journal d'un voyage d'Alger à Mascai^a, à Tlemsen et dans toute la partie occidentale de la régence d*Alger.
Ce n^est qu^après beaucoup d^instances que j'ai pu obtenir du gouvernement d'Alger la pei> mission défaire le voyage dont je vais tracer le journal. Le bruit s'étant répandu ici que les Espagnols, venaient attaquer Alger psir terre et par mer avec une armée formidable , le dey me fit dire qu'il fallait renoncer absolument aii projet de voyager dans l'intérieur des terres , et que je ne pourrais m'écarter à plus de dix Uieues d'Alger sans cotirir de grands dangers. Cette fâcheuse nouvelle m'affligea infifiiment , et je ne savais quel parti prendre. La saison favorable était déjà avancée , et je craignais de manquer ma mission. Si j'avais trouvé un eml^arquementpour Candie ou pour la Syrie , je n'aurais pas manqué d'en profiter ; mais ces
pcca&iions sopt extrêmement rares. Je sentais vivement combien il eût été doulour^u^ pour moi de retourner, en France , n^ayant passé qu\m printemps en Barbarie , et de renoncer pour jamais à ^herborisation du mont Atlas , q)rès m^étre rendu pour ainsi dire au pied de cette Êoneuse montagne qui était pour moi la terre promise.
Vers la fin d^avril (17^4)1 ^ drogman de France m^engagea à faire une nouvelle tentai, tive auprè3 du dey , et à lui demander la perr mission de me joindre au camp volant qui devait partir dans les premiers jours de mai , pour fiiire une partie du chemin que je désirais sui-* yre. Je fi^ donc cette deçaande au dey, en Tas- • surant que je serais de retour avant Farrivée des Espagnols /ou que, si Farmée paraissait pendant que je serais en voyage, je me retirerais à Mascara. Le dey mVccorda ma requête. Je pris une escorte suffisante ^ des mules pour porter toutes les choses dont gavais besoin , quatre domestiques et un soldat de la régence. M. Faure j horloger du dey , natif du Dauphiné, voulut m'accompagner malgré ses afT faires. Cet homme m'a été fort utile. Il réside ^ Alger depuis plus de 20 ans^ il sait la languQ
et connaît les usages des Arabes ; il avait fait un grand nombre de voyages dans les diverses parties du royaume. Nous partîmes le 4 ^ mai. Pendant la première journée, nous fûmes ^ans cesse baigné^ par la pliiie ; elle né nous empêcha cependant pas de marcher pendant dix heures , jiarcè que nous désirions rejoindre le camp qui était parti la veille. Après avoir traversé des chemins très rudes , coupés par des ravins , nous allâmes camper dans les plaines de la Afitijah , tout^ près dVin douar d^Arabes , à environ ime lieuè et demie au nord de Belida.
On appelle douar la réunion des tedtes des Ar£d>es ; elles sotit ordinairement disposées circulairement à peu de distance les unes des autres ; celle du chef est placée au centre. Les troupeaux se retirent pendant la nuit soùs les tentes mêmes ou dans les e^aces qui les séparent: par ce moyen ils sont plus en sûreté contre les bêtes féroces, qui, malgré ces précautions et la garde des chiens , en enlèvent très souvent , surtout dans la partie occiden-^ taie.
La Mitijah est une plaine très belle et très fertile , située au pied du mcmt Atlas , à quel-
ques lieues au sud d^Alger ; elle s^étend de Test à Touest , depuis le cap Mati&m jusqu'à Chefrchel. Sa longueiu* est d'environ vingt lieues et âa largeur de cinq à six. Elle est ar^ rosée par un grand nombre de rivières et dfe ruisseaux , et Ton y récolte chaque année de ridhes moissons d'(»^é, de maïs bt de froment. Elle est bornée au sud dans toute son étendue par un chaînon de PAtlas , et au nord par une ligne de collines et de jolis coteaux qui sm* verit le rivage de la mei' , et sont couverts de lentisqûes , de cistes , de myrtes , de jasmins et d^oUviers sauvages. Les habitans d'Alger ont^ dans la Mitijah , un grand iK>mbre de maisons de campagne et de jardins planta d'orangers et de grenadiers ; ik tes appellent des maceries, et y vont passer l'été avec leurs &milles. Danè cette sâisob , Fair de la Mitijah est très insâlid>re à cause des eaux croiipissantes qui s'^ an^assebi peddasit l'hiver et qui y forment des marécages. Lorsque les chaleurs ont fait évapiH^er les eaux , la fimge et les plantes aquatiques qm y pourrissent exhalent une odeur infecte et malsaine ; aussi ceux qui habitent la Mitijah sont exposés à des fièvres intermittentes très difficiles à guérir.
Ces lieux sont remplis de gibier d^faiver.
Plusieurs rivières assez considérables arrosent la Mitijah. La plus forte est celle de TArach; elle a cela de particulier, qu'elle prend sa source du côté du Sahara, au midi d^Alger, et traverse le mont Atlas où elle coule dans des^ ravins profonds; puis elle se jette dans le golfe d?Alger , à environ trois lieues au sud de cette "ville. Ellerouledes marbres blancs et veinés, des spaths calcaires , des pierres ferrugineurses , des stalactites où Ton reconnaît très distinctement des troncs , des feuilles de plantes; j Y ai aussi observé des morceaux de fer spathique' qui m!ont paru fort riches ; deux sortes de grès , Pim jaunâtre dont les grains sont fort ^os , et Fautre à^vn grain beaucoup plus fin et d\me substance beaucoup plus compacte. Il y a près des bords de PArach, à environ trois lieues de son embouchure, un bain dWu chaude au terme de 34 degrés , dont les eaux contiennent beaucoup de sel marin; elles déposent un limon rougeâtre et ferrugineux. Les Arabes vont s^ baigner , et regardent ces eaux comme très bonnes contre les maladies de la peau.
J'^airçmonté PArach pendant quelques lieues,
et j^y ai irouvé plusieurs jolies plahtes , entre autres une belle espèce dWémone à fleurs jaunes, qui est nouvelle.
Les autres rivières de la Mitijah sont du coté de Touest. Environ à six lieues de TArach , oh trouve FOued el Carmours % puis la rivière qui descend des montagnes de BeUda. Belida est une petite ville située au pied du mont Atlas , au bord de la Mitijah , à environ dix lieues au sud-sud-ouest d'Alger. On n ^ trouve aucun monument antique , et les édifices n'oi^ frent rien de r^narquable; mais, en revanche, tous les environs sontbién cultivés, les jardins sont fertiles et abondans en fruits excellens. L^ eaux vives et pures qui descendent du mont Atlas y entretiennent une belle verdure dans presque toutes les saisons de Tannée, et Ton y respire un air très pur. Si cet heureux pays appartenait à des Européens , ils en fe-^ mesat un séjour délicieux. Les eaux tombent en abondance du mont Atlas , elles se réunis^ sent en une seule rivière au fond d'un grand vallon. Les gens aisés ont su en profiter en k faisant couler dans leurs jardins. Les habitans
' Ouadi el Kermez. (L.)
de Belida ^ont très maDioiuiètes envei^ les chrétiens ; Us s^attroupâimit tellement autour de moi que, malgré les gens de garde que jWços, il m^était difficile de percer la foule. Le gouverneur me fit beaucoup d^amitiés et de pplitesses qui mie dédommagèrent des injures que j^enteiiiucUis proférer autour de moi par la populace.
]L.es montagnes yoisines de Belida sont fert élevées j leur sommet ?§t souvent couvert de neiges jusqu^à la mi-iQsâ- SJles sont très belles et bien $p:TOsé^s ; leur cime est couronnée de chênes b^Uoteç , doût le^ glands nourrissent un grand nombre d^hîJ>itans de ceis cantons. LW y voit des ravins {^pfpnds , des .valions très ferti}^ remplis d Vbi:ies. &uiti€a:*s , airosés par des squrces d^eau vive et aussi pure ipie le cristal. Les frênes , hs p^i^liers filanos, les micoconliers s^ élevait à une grande hauteur et ofiËrei^it des ombrages où il est agréaUe de se reposer.
Les (j^^bfiyles QU tribus desmontagnes sont tous spnnii^ h la régence d^Alger ; ainsi il est possible j avec deu^ hommes d^cscorte, de s^ promener , sans rien craindi^e, pourvu cependant qu^on n^ passe pas la nuit.
11 y a au nord et à peu près à six lieues de Belida , sur la pente d^un coteau, qui (}omine la Mitijah , un petit village nomme Çoléali , et im peu plus loin vers Touest y on voit le cap {jlQ^mn sqr le sommet duquel e3t une tour que Uo» découvre de très loin.
Nous marchâmes obliquement dans la plaine vcars le swd-ouest et, en nous iqpprochant du vH^t Atlas , AOtis traversâmte plusieurs petites rivières qui sont très fortes qu^pd eUeç sont gonflées par les pluies de rhi\er.La première, qui s'^appelle 1^\ AUeig, çsts^ une demi-lieuç du dQMar où nous dpnxpme^. Aprèç deux heures de maxch^ , nous traversâi|ie§ c^Ue qui ppjrte le nom de Clielfa'; et une lietip plus loin ô» rencQntye rOuet-elrSelt- Elles descendent tQvt^ du mont i^tlas ; leur cours est du sud vers le nord. Un peii nu-delà de celle-ci, nous i^ntrâioes dans lesi montagQ^i^ en Suivant im ravin profond qui traverse la chaîne de VAtla3 ju^qu^à Mendia. Apxè^ y aycftr marché pei^dant ^atre à cinq heivrefe , «ous ajçriyâmçs à TQuçtet-Quâger*. Cçtte petite rivière décrit un Irès
\ I/AUeiget le GheUk tarissent en été. (Des/.) * Ouedjer ou MaiaffrftD. (L.)t •
grand nombre de contours , et on là traverse douze fois en moins de deux heures; ses bords sont agréablement ombragés par plusieurs ai*bre^ et arbustes parmi lesquels domine le lauriei^rose. Ce cbarmant arbrisseau était alors couvert de fleurs , et la vue s^ reposait avec plaisir ; la coideiu* vive de la fleur ofirait un beau contraste avec le vert foncé de FoliviOT, des lentiques et des cyprès qui s'élèvent beau^ éoup î mes yeux ne se lassaient point de contempler ce charmant spectacle. J Wais mis pied à terre pour herboriser; je trouvai, le long du ravin, une très belle espèced'irisàfleurs jaunes, le spartium et une belle espèce de ciste à tige ligneuse et à feuilles très étroites. J'aurais bien désiré de m'arrêter dans ces beaux lieux qui me paraissaient fertiles en plantes ; mais les gens de ma compagnie me pressaient d'avancer , car les cantons voisins sont infestés de voleurs*
Les Arabes qui habitent les montagnes à droite et à gauche de la rivière sont indomptés , et ne paient aucun tribut à la régence. Ils sont fort misérables et grands voleurs : il se passe peu de semaines qu'il p'y ait des voyageurs dépouillés en traversant l'Ouâger , quoi-
que le chemin soit très £r^équenté , car c^est le setil passage pour aller daps la partie occidentale du royaume. Nous rencontrâmes plusieurs de ces misérables j mais ils n^étaient pas assez nombreux pour oser nous insulter. Oux qui occupent les montagnes à droite de la rivière se nomment les Sœnéta^: ceux des montagnes à gauche portent le nom de Benimened. Ils sont toujours en guerre ; jamais les Turcs nWt pu les soumettre , parce que ces montagnes sont très escarpées, et presque inaccessibles. Lorsque nous revînmes à Alger y nous rencontrâmes dans ces Eeux des voyageurs qui venaient d'hêtre dépouillés , mais nous n^eûmes pas peur, étant en bon nombre et bien armés. Après avoir traversé FOuager, nous marchâmes encore au moins trois heures , et nous campâmes au miheu du mont Atlas , près des douars appartenant à la régence, un peu audelà dWe ancienne forteresse bâtie par les Turcs à quelques Ueues de la petite ville de Mendia, et nommée Boakelouen.
Ces Ueux offrent un paysage très agréable, parsemé de collines , de coteaux couverts de
» Summata. (L.)
IL lo
verdure où la Tue ae repose avec plaisb; dan^ le lointain des montagnes escarpées et liés pittoresques. On récolte ici^ tous les ans, une si grande quantité de grains que les Arabes appellent ces contrées le grenier d^Alger. he chemin qui conduit de Boakelouen à Majané est très mauvais , et passe le long de pavins profonds , au bord desquels il &ut marcher avec précaution, Toutes ces montagnes sont couvertes d^épaisses forêts où il règne uii pro* fond silence qui saisit d^wa. respect religieux.
Je passai deux jours à Mendia^ pour y b^^ boriser : cette petite ville est située vers le tiers de la montagne du côté qui regarde le midi f elle est très peuplée relativement à son éten-* due. On rencontre dans les environs quekpies ruines anciennes qui n^ofirent rien d^intére»' sant. Les jardins présentent de bdUes verdu*" res , ils sont £dumis avec abondance de tous les fruits que donne le pays : ils sont en p^ite un peu au-dessus de la ville. Il sort, près de ce Ueu, des sources abondantes d^eau pure qui | vont se réunir en un fqrt ruisseau qui Iburnit
' Cest probablement la ville désignée sous le nom de Medea dans la carte de M. Lapie.
sJïéiidaiilineiit la vîUe ei les jardins , lombe en cascade dans des ravins profonds , ei arrose k plaine située«au bas. La montagne qui est der^ rière Mendia est une des plus éleyées que j^aie vues ; } Y. herborisai pendant un jour : le som«met est couvert de jolies plantes j et jVn trouvai quelques-unes qui manquaient à ma coltection. La montagne de BeUde domine toutes les autres. La vue du côté de la mer se perd dans un vaste horizon. On voit au-dessus de soi toute Pimmense chaîne de PAtlas qui s'alonge de Fë. à ro. ; cm use peut se défendi^e dW sentiment mêlé d^térêl et de terreur à Paspect varié de ces montagnes , des pics arid^ « des vallons abriq>tes , des rochers escarpés et des proftmds abîmes creusés par les torrens.
Je me présentai au caïd qui me reçut assez 6x)idement d'^abord; puis, api*ès avoir lu les lettres de recommandation d'une personne considérable de la régence , il me donna de grandes marques d'amitié , me logea dans sa maison, et me fit porter des fruits , des moutons et plusieurs présens de cette nature. Je hii dennindai la liberté d'aller passer un jour dans les hautes montagnes voisines de Meu-
dia. Il s^ refusa d^abord , parce que les habitans sont d^s brigands ; puis, après des instances réitérées , il me dit quHl me donnerait quatre hommes de garde, dont deux resteraient avec moi et les deux autres iraient à la décourverte. Je le priai de les envoyer à quatre heures du matin, mais voyant qu^il n^ en avait qu'un d'arrivé, je partis avec lui et avec deux de mes propres serviteurs, je montai la montagne et j'y passai un jour à herboriser; j'y trouvai d'assez jolies plantes.
L'accueil que nousrecûmes à Mayané* ne fut pas très flatteur ; noua eûmes peine à y trouver un logement. En quittant cette ville, nous traversâmes une immense plaine qui s'allonge de l'est à l'ouest, depuis Mayané jusqu'à Laia Tefla. Cette plaine est très unie; elle est bornée au midi par une autre chaîne de l'Atlas parallèle à celle dont j'ai parlé. Le Chélif , qui est une des plus grandes rivières du royaume, la traverse et l'arrose dans toute sa longueur ; il y coule dans un lit profond et va se jeter dans la mer à plus de trente lieues au-delà, et à peu
* C'est sans doute Miliana que Desfontaines désigne sous le nom de Mayané.
de distance de Mostaganim. Cette rivière [tt*ènd sa source au— dessus de la province de Titien, près le Sahara, traverse un grand lac et reçoit dans son cours plusieurs rivières ; mais Tévaporation est si grande dans Tété qu^elle est toujours guéable. Pendant Phiver , lorsque les pluies sont tombées abondamment, elle grossit beaucoup, et arrête souvent les voyageurs au passage p^idant des. semaines entières.. Ses bords sont ombragés dWe belle espèce de tamarinier ( Tamarix gaUica Linn.) qui était en fleurs lorsque j^ passai, et ofi&^t des retraites et des bosquets charmans.
La plaine de Mayané est très féconde; ette in'^a paru fort élevée au-dessus de la Mitiyab. Lorsque je la traversai,les blés commençaient ù jaunir; les moissons étaient superbes; j^é* prouvais un indicible plaisir à . considérer les richesses de la nature dans ces contrées. Nous couchâmes sur les bords du Chélif, près de Laïa Tefla , au {H.ed dWe petite chaîne de montagnes qui borne la plaine du côté de Pouest. Je fis une herborisation dans ces montagnes; j^ passai un jour; elles sont fort arides et je n^en rapportai qu'un petit nombre de plantes. J^ perdis les gens qui m'accom^-
IDO
fiaient pendant plus de deux heures. Lorsque je les retrouvai, Us étaient transis de frayeur et se lamentaient dans Kdée quHl m^était arrivé quelque malheur. J^appris que ces mcmtagnes sont inhabitées, mais que les Arabes indomptés 8^ retirent pour rcÀer , pendant la nuit, les troupeaux des habitans de la plaine.
Lorsque mes gens furent revwius de leur frayeur, nous descendîmes au bas de la montagne , et nous trouvâmes une belle fontaine à Tombre de plusieurs -gros tér^inthes.
Nous nous assîmes sur ses bords et y fîmes un repas délicieux, assaisonné d^un violent appétit. Cette montagne se nomme Doui. Les gens du douar auprès duquel nous couchâmes nous lurent amitié et nous donnèrent avec plaisir tout ce dont nous avions besoin. Ils venaient en foule dans ma tente, les uns pour me visiter, les autres pour me ccmsulter sin* leurs maladies. Le douar appartenait au bey. Les Arabes soumis sont obligés de fournir, sans rétribution, aux voyageurs les choses dont ils ont besoin. Le gouvernement en a même établi, le long des chemins fréquentés , pour cet usage utile ; mais leur haine pour les chrétiens est telle, que si Ton voyageait sans escorte, il se-
rait soiivent impossible d^enrienobcenir, uiéme pour deFargent^ et les gardes que j^ayais étaien t quelquefois oUigés de les menaoer et de les tj^ter même avec beaucoup de dureté pour (^tei^ir les choses qui m^étaieni nécessaires , quoique f eusse to(q'oiu*s soin de les bi^n payer. A Laïa Tefla fiuit la graade plaine de Mayané ; eUeestt^^oàinée par une petite chaîne de monr tagnes qui se dirige du sud âu nord*. De Tauljre côté^ cette petite chaine transversale, entre dans une atltre {daine arrosée par le Chélif et par|>lusieurs autres rivières qui des*cendent des montagikes.
Nous levâmes la tente de très grand matin , par un temps couvert de nuages et tr^ propre à vo^aget*; Hprès trois heures et demie de marche ^ nous atteignîmes FOuet-el^Boni*^ nia« Cette rivière traverse la plaine du sud au nord et se jette dans le GléM Envkion deux lieues et demie ait^là de cette rivière, est une source d^eau eluiude un peu salée, au pied d^ime
' Je rencontrai dans ces montagnes une hyène qui sortit d'un buisson. L*homme qui m'accompagnait tira sur ranimai ; mais l'amorce seule du fusil brûla sans que l'arme fît feu. (JDesJ^nt aines!)
montagne aride et peu élevée, située au milieu de la plaine et sur le sommet de laquelle est un marabout. La fontaine se nomme Hamman Altaf^ . Une Heue au-delà de la fontaine coule rOued^l^Fadda % ou Rivière d^Argent. Elle ne tarit jamais ; elle prend sa source à environ dix lieues au midi dans les hautes montagnes *de Cérisi^, habitées par dés arabes qui ne paient point de tribut aux Algériens, et qui remportèrent, il y a une vingtaine d^années ^ une victoire signalée siu* lès Turcs ; ils en tuèrent environ sept cents. On dit que Ton y trouve desminesde plombetdecuivre, que c'est peut-être de là que vient le nom de POued-el- * Fadda donné à la rivière qui yprend sa source. Nous passâmes la nuit sur le bord de cette rivière , au pied d'une petite montagne qui fait la séparation de la plaine que nous tra*versames pendant le cours de cette quatrième journée ; les Bédouins vinrent nous appca*ter du lait, des oeufs, du çouscoussou.
) M, l^pie marque en cet endix)it une tribu nomQiée
- R. Feddah. (L.)
9 Djebel Ouannaseris ? (L.)
A six Eeues à Toueside TOued-el-Fadda sont les ruines de Qierba , sur un coteau à peu de distance du C3iélif etaubord dW ruisseau appelé, du nom des ruines, Oued-el-Cherba. Ces ruines sont d^olies de fond en comble, et n^ofiBrent que des monceaux de pierres, parmi lesquelles on en distingue un grand nombre dç carrées qui ont été taillées avec soin. Les environs de ces ruines sont très fertiles. Ces débris s^étendent fort loin. Sur la droite, en allant à Mascara, à trois ou quatre lieues de distance, est le petit village appelé Medjaja % bâti sur la pente des montagnes. Les monts , de Cérisi sont les plus élevés que Fon observe depuis Alger jusqu^àMascara. LWe de ces mon* tâgiies est longue et en dos d^àne, Pautre est à pic. La base est couverte d^aloes, mais le sommet paraît aride. Cki j voit des roches nues qui s'élèvent à une grande hauteur. Les che^ mins qui y conduisent sont très, difficiles. Les Arabes qui les hahiteot sont dispersés; ils ne vivent point sous des tentes; mais ils ont [de petites maisons. Le bey de Mascara me défen*i
Merjejah. (L.)
dit dy aW&c^ quoique kshabkans fifôâèut alors en paix avec Alger.
Noos descendiules dans une bdk plaiisie où BOUS câiapâmes; ^te ^tait babitée autrefois par des Arabes très grands voletiors. Il j a huit ou dix ans qulhrahim, bey de Mascs^a, lassé Ôb leurs brigandage , fit couper la tête à plus d6 quarante de oes bandits, llenenroya les maiiffî k Alger. Les femmes et les en&ns fur^it é|miv» gnés. Il chassa toute la tribu du pays ; on lea a{^lait ouled Ouxeis ' • Depuis ce temps^ ila oïit oâfert de» sommet considérables à laré^ gencepour rentrer dans leur domaine} mais ils n^ont pas été écoutés . Ceux qui se âoat Hspés dans ces contrées sont un peu meilleures gens^ mais il £aut toujours s^en méEI^ et faire bonne garde , surtout pendant la nuit. La proximité des montagnes où ils privait s^enfinr IcH'squ^ils ont &it un mauvais coup les rend ^enlreprenans. Anciennement il était très dai^— gereux de pasâer dans œs Ueux.
Nous trarersàntôs lH>ued-el'^Seels' , rivière
» Uxehe. (L,)
* Oiiadi el SuscUim ou R. Arheou. (L.)
qui ne tarit point pendant Tété, et nous fumes camper à quelques iieues de là sur le bord de rOued-el-Hean ' . Ces deux rivières vont se jeler dans le Chélif . Elles ne sont pas considérables, mais elles ne tarissent pas pendant Fêté. Elles sont, ainsi que le Chélif, remplies de barbeaux ; nous prîmes plaisir à en pécher plusieurs fins: jamais nous ne pûmes prendre aucun autre poisscm. Toutes les plaines dont il vient d^tre fi^ menticm sont remplies de rhammm lotus qui y forme des bouquets assez agréables. Le terrain est argileux, et presque toutes les montagnes sont calcaires. Notre marche était toujours fort lente; j'allais à pied, parce quHl m'^était ainsi plus facile dlierbôriser et de ramasser des insectes. Les plaines sont bien cultivées et assez habitées. Le long des rives du Chélif on récolte- de très belles moissons. Au nord du Sidy Abdy * , à cinq ou six Ueues sm' la pente des montagnes, nous découvrîmes
^ Oued Mina. (L.) Le nom de Oued elHeaa est peut* être celui d'un des affluens de TOued Mina. Du reste, Ton sait qu'en Barbarie, chaque rivière porte dilferehs lioms dans les diflférentes parties de son cours.
*SidiAbid,(LO
une petite ville appelée Mazana ^ , dontles har bitans sont toujours en guerre avec une autre tribu arabe appelée Sbahé *, qui demeure dans la plaine. Ceux-ci logent sous des tentes. Nous découvrîmes dans cette contrée des trous d^ ge]j>oises et de girds, espèces de rats. Les trous de gerboises sont bouchés lorsque Fanimal est rentré ; ceux du gird , au contraire, sont ouverts : par ce moyen, les premières se soustment à deux espèces de gros serpens qui habitent ces contrées; ils ont environ huit pieds de longueur, et sont de la grosseur du bras. JJun est d'une couleur grise bleuâtre uniforme, ayant la tête fort petite relativement au volume de son corps ; Fautre est jaimâtre et noir sur les côtés, le dessus de son dos , dans toute sa longueur, est marqué d'anneaux jaunes assez réguliers au milieu desquels est une tache noire de la largeur duhaut du pouce; je ne les crois pas venimeux.
Les moineaux sont si abondans dans toutes les plaines dont je viens de parler, ainsi que dans beaucoup d'autres lieux de la Barbarie ,
' * Mazaouna. (L.) « Spaihy. (L.)
quHl faut que les Arabes fassent continuelle-* tnetit du bruit dans les champs ensemencés pour les écarter lorsque le blé commence à mûrir, et encore causent-ils de grands ravages. Le ciel est quelquefois obscurci par le vol de ces oiseaux.
On voit aussi, le long des rivières, un bel oiseau quW nomme cher agra^ que j'ai empaillé. Son plumage est peint des plus vives couleurs bleues , surtout sur les ailes. Cest uneespèce de geai; il se nourrit de sauterelles* Cet oiseau est de passage; il paraît en Barbarie vers le mois de mai , et y séjourne jusqu'en automne. Il y niche dans des trous le long des rivières; son cri est : gra, gra, gra.
Les cigognes sont fort communes en Barbarie; elles mchent sur les maisons, £ur les gourbies ; elles sont si apprivoisées qu'elles se laissent approcher de très près : c'est un oiseau sacré, et l'on s'exposerait à une très mauTàise affaire si l'on osait en tuer une.
Les cailles sont également communes. Elles
y passent en deux saisons : au printemps et
'en automne; il en séjourne toujours un assez
grand nombre pendant l'hiver. J'en ai tué
beaucoup même dans cette saison ; il y en a
tme autre espèce qui n^a que troi^ doigts ^uîi pieds, plus petite que la précédente ; celle-ci habite les collines et les bois. Son plumage est aussi plus roux*
Le 9* joiu* nous couchâmes sur les bords de rOued-el-Mina au milieu d^une gt^aade plaine , prte d^une belle cascade que les Maures ont fidtepour arrêter les eaux, afin de les conduire par divers canaux dans les terres. A peu de distance de celle-ci , il y a des ruines où Ton trouve des médailles , deâ lampes sépulcrales et des vases de terre. UOued-el-Mina est, après le ChéUf , la plus forte rivière que nous ayons rencontrée ; elle va s^y perdre , son lit est fort profond , comme toutes les autres rivières que nous avons ti'aversées de Test à Fouest, On cultive le riz le long dfe sesboi-ds. On le sème vers le commencement de mai j et en le récolte dans le mcàs d^août. On com- Bience par bien arroser le terrain pendant plusieurs jours sans prendre la précaution de re- Buier la tearre^ on jette le riz sur la surface de Teau au mibeu des herbes. On en cultive dans , plusieurs cantons du royaum^^ mais il est d^une qualité bien inférieure à oehii qui vient d^E-
\s terrum changea le lendemam ^ il devint moDljneux et inculte. Il était couvert de lentisques, d^oUviers sauvages, ^ de rhus oxyancanthoïdes. J^observai aussi pour la pre«mière fois Vairopa frutescens^ et une jolie* espèce de thy;inbra dont je desséchai des branches. Après cinq heures de marche, noua passâmes près d^un petit village dit Caleah ^ situé à environ hi»t HeueSr à Test de Mascara, sur le penchant d^une montagne qui regarde Toccident, au bord du ravin au fond duquel coule un ruisseau qui va se jeter daûs TOuedel-Mina. Les montagnes voisines m^ofiiirent quelques jolbs plantes, entre autres X^ijagonia crelicaj le hîsserula pelycinus^^ et une espèce d^astragak que je n^avais pas encense observée^ Toutes ces montagqes n^ont pas beaucoup d?élévation; elles sont parsemées de ravins ou coulent des ruisseaux pendant Thiver, et cou* vertes de lentisques , de lavandes, etc<., dont Todeur embaume Tair,
Nous traversâmes un terrain parsewé de montagnes et de collines 4cmt les vallons sont très fertdes,. et nous CQuchâm^s près d^un
' El Callah. (L.) Ce village est au nord de Mascara.
grand douar dans le voisinage duqu^ je trouvai un daphné qui m^était inconnu. Les Arabes qui habitaîfsnt les teiites où nous passâmes la nuit paraissaient être dans Faisânee. Lem*s tentes étaient plus grandes et plus belles que toutes celles que nous avions vues jusqu'^à ce jour.
Le jour suivant, sur les cinq heures, nous levâmes la tente, et marchâmes toujours dans un terrain inégal en suiyant le fond des vallons , et nous campâmes sur le sommet d^une colline qui domine FOued-Isser. Je vis dans cette journée de riches moissons 6e froment.
Nous partîmes le lendemain, à l\tube du jour , pour Treitiessen , le chemin fut toujours comme les deux jours précédens , et environ Une Ueue avant d'arriver, nous en tirâmes dans la belle plaine qui s^étend jusqu'à la ville. Environ à trois quarts de Ueue ayant d'atteindre Tremessen , nous passâmes sur im ancien pont très sohdementbâti, et sous lequel coule une rivière qui prend sa source à peu de distance, on la nomme Oued*-el-Berd (rivière firoide). A gauche du chemin, après avoir franchi le pont , on voit quelques ruines antiques de forme can'ée.
La ville de Tremessen est bâtie en pente au pied des montagnes : elle est étendue et divisée en quatre quartiers. Le premier, par où nous entrâmes, se nomme Zeidan ; on j pénètre par une porte ronde, très solidemait construite en grandes pierres carrée^ oblongues. En sortant de ce premier quartier on voit une vieille mosquée dont la tour a pour base de grandes pierres de taille.
Le second quartier se nomme Aïn-Haoud (fontaine poissonneuse). Le troisième est situé à Fest et porte le nom de Sidi-Bohameda , qui est celui d^un fameux marabout. La mosquée mV paru assez belle; elle a une tour fort élevée; on nous assura qu^une grosse pomme placée sur le sommet était d^or massif: si cela était, elle aurait beaucoup de valeur, car elle a au moins un pied de diamètre. Lorsque je ^s dans le voisinage de la mosquée, le marabout me fit dire de retourner sur mes pas.
Tremessen est le quatrième quartier et le plus considérable.
On nous conduisit à la maison du caïd,
Tiu'C imbécille ; nous y logeâmes. Lebey nous
avait donné des lettres pour lui; cela joint à
quelques menacesPengagea à nous bien traiter.
Il y a aux environs de Tr^fnessen, ou plu-« tôt Tlemsan, des jardins bien plantés de beaux arbres 6niitiers. Les .montagnes voisines scmt calcaires; Feau qui en décoide en abondance les arrose et les fertilise. Derrière la ville, il y a de grandes montagnes C(Hnposées de trois couches posées les unes sur les autres. La première est en plateau et présente dès rochers nus coupés à pic , d^où tombent en cascades plusieurs ruisseaux qui coulent au-dessous sur des Kts de verdure émaillés de mille fleurs. La végétation y est forte, La base de la montagne et les bords de la plaine sont couverts de vieux oUviers dont la plupart tombent de vétusté, et tout le pays sera bientôt nu, parce que les habitans ne prennent pas soin de le replanter.
Il y a, au sud-^st de la viUe, un des plus beaux vallons que j'^aie jamais vus. Ses bor^s sont formés par des rochers coupés à pic. Les cimes de ces rochers se perdent dans les nues; lem'S flancs sont couverts d^arbres qui ont pris racine dans les fissures , et donnent naissance à plusieurs ruisseaux qui tombent en cascades. Un d^eux se précipite perpendiculairement (Tune hauteur de plus de deux c^cits
pieds; un large espace reste Hbre entre la colonne d^eau et là montagne, qui est tapissée de mousse et de fougère. Le fond de la vaHée est rempli de micocouliers, de fi:*éne6, de cerisiers, de noyers et de saules qui s^élèvent à une grande hauteur et offrent un ombrage impénétrable aux rayons du soleil. Du coté opposé, vers rembouchmre du vallon, on apeiv . -çoit, dans le lointain, des collines et des montagnes pelées qui forment un contraste admirable avec la beauté et la fertilité de ce lieu. Des montagnes voisines sortent des sources abondantes d^une eau aussi claire que le cristal; ces sources forment une rivière qui coule sous des voûtes dWbres finiitiers et se partage en divers canaux. Sur le bord du val- Ion, elle forme une île charmante plantée de beaux arbres, à Fombre desquels on retire une fracheur délicieuse; puis elle se précipite tantôt en cascades , tantôt en nappes d^eau, dans des abîmes dont Foeil ose à peine sonder la profondeur. Parmi ces belles chutes d^eau, une surtout a fixé mon attention. La rivière se précipite perp^idiculairement deux fois dWe grande hauteur, puis elle coule en nappe sur un rocher incliné. Il semblerait , tant elle
€st régulière , que cette cascade a été faite par la main des hommes. Le vallon est rempli de rossignols et dWtres oiseaux dont les chants animent ce beau séjour ^ tandis que les cimes des rochers servent de demeure aux aigles et aux autres oiseaux de proie que Ton prend plaisir à voir planer au haut des airs. , Tous les rochers sont calcaires , composés de couches horizontales peu épaisses , et sem-^ blent avoir été formés par le dépôt dés eaux. En marchant pendant une heure vers Fouest, on arrive à une fontaine intermittente seulement pendant Tété : le jet d^eau est au moiïis égal en grosseur au corps dW homme» Cette fontaine se nomme Ain-Hattar; elle jaillit avec grand bruit. Les Arabes m^ont débité mille contes ridicules à son sujet ; pso: exemple, lorsquWe femme se présente à son embouchiu^e , les eaux sortent siuvle-champ* Elles coulent et sWrêtent trois fois dans 24 heures ; mais lorsque je visitai cette fontaine, elle n^étaitpas encore intermittente.
Je n^ai jamais vu un pays si bien arrosé que celui de Tremessen. Les habitans comptent environ deux cents fontaines dans Fespace d^environ deux lieues de longueur. Les
plantes et les arbres y croissent arec force* La fraîcheur que les eaux répandent entretient dans ces lieux une douce température , et Ton y respire un air délicieux. Le paysage est si beau, si varié, que je ne me lassais point dy rester. J^ai trouvé plusieurs jolies plantes, entre autres une belle euphorbe à feuilles, étroites, une jolie campanule qui m^est inconnue , une nouvelle espèce de catananche ,.. et une tr^ belle anthillis à feuilles blanches et à fleurs jaunes qui tapisse les rochers. Le^maria heptaphjrllaj vient aussi en abondance^ ^si qu^une nouvelle espèce de polérium.
Les montagnards participent de la beauté du chmat , malgré la misère à laquelle ils sont Induits . par les Turcs. J^y ai vu de beaux hommes , bien fait$ et dW teint plus dair que dans tout le reste de la Barbarie^.
Le pays est si.fertile que les Algériens ne se soucient pas qu^il soit visité par les chrétiens , dans la crainte qu^il ne devienne un objet de conquête.
Tremessen est à environ quatorze Ueues de la mer. Outre les ruines anciennes , on en voit beaucoup d^autres. Ce pay^ était, autrefois indépendant; tes Turcs en le conquérant
renvers&'ent toutes les maisons r 11 y a, à un quart de lieue de la ville , à droite, cme très grande enceinte de forme carrée qui est Fouvrage des Maures.
Plus près de la ville , du même côté , on voit un 1res grand bassin carré qui est fort ancien , et dont les murs peu élevés sont construits en belles pierres de taille. Il me paraît que c^était im réservoir d^eau. Je n^ai découvwt à Tremessen aucune inscription, quelque informatioii que f aie prise pour en trouver. On y rencontre quelquefois des médailles : on m^en apporta cinq à six de bronze, mais elles étaient si effacées que je ne pus rien reconnaître et ne les achetai pas« On trouve aux en^ virons de la ville beaucoup de salpêtre, et Ton y fait de la poudre à canon. La poudre est de contrebande à Alger : ilestdéfendu, sous peine de lavie,d'en vendreauxMauresetauxArabes,^ que Ton veut toujours tenirdanslasoumis^on. Je demandai au caïd un guide pour mWcompagner dans les montagnes plus éloignées au sud. Il me donna un sheick arabe qui commande dans un canton très ^endu; je montai jusque sur les plus hautes montagnes, #t je campai pendant près de huit jours. Je
trouTai plusieurs plantes rares : la pyrèthre ^ un joli schœnus, une très belle espèce de polygala. La pyrèthre Tient dans les prairies ; sa racine a plusieurs usages': on la mange ccmune assaisonnement , et on s^en sert aussi pour exd^ter la transpiration. On la pulvérise et on sVn fi:t)tte le corps au sortir du bain. Elle occa^ne à la peau une chaleur qui &it beaucoup transpirer. Les Arabes la ramaient pour la Tendre. Je tuai aussi deux corneilles dont le bec et les pieds scmt d^un beau rouge de corail^ et je les empaillai. Nous enlaidîmes plusieurs fois, pendant la nuit, le hurlement des lions , et pendant notre séjour ces animaux mangèrent un ane dans un douar voisin de celui où iious couchions. Les Arabes pren-*nent les lions de plusieurs manières : quel<]ue^ fois ils creusent une fosse profonde quHIs recouvrent avec des broussailles ; sur le milieu ils attachent une chèvre ou un mouton; lorsque le lion va pour saisir*sa prme , il tombe dans la fosse, et on le tue à covBps de fusil. Sou^ vent aussi ils en prennent de petits; mais la manière la plus fréquente est de porter un mouton dans un Ueu où ces animaux sont eomiiiuns. Lechasseurse cache dans un buisson
et tire un coup de fusil au lion Iprsqu^il vien^ pour manger le mouton. Cette chasse est dan<gereuse, parce que, lorsque le lion nVst que blessé , il dévore souyent le chasseur. Les Arabes disent que le lion nVtaque jamais les femmes , parce qu^ih a pitié de leur faiblesse^ Jamais le lion ne se jette sur les hommes, à moins qu'ail ne soit pressé par la faim^ il arrive cependant quHl en fait sa pâture^
J^ai vu dans les montagnes de Tremessen un homme qui avait tué à coups de fiisil quinze lions et trois panthères. Ces animaux d(H*ment pendant le jour dans les buissons les plus épaisf ce n^est que vers le soleil couchant qu^ils sor^ tent de leurs repaires.
Quand le lion a fidm , il ne craint pas d^en-^ trer dan&les tentes des Arabes, malgré Faboiement des chiens et les cris des hcunmes ; il s^empared^un mouton ets^enftiit. Lorsque j^allais herboriser , je m'^armais d^un fiisil chargé à balles et je mefaisais accompagner par des gens bien armés. Jamais je n^ai rencontré de Uon.
Le tigre est extrêmement à craindre, en ce qu^il se blottit derrière les broussailles , d''où il s^élance sur sa proie avec une rapidité in^ croyable. J^ai vu un homme cjui avait été es;%
. tropié dW seul coup de griflè sur Pépaule.
Les monts qui sont derrière Tremessen se nomment Mafresch} ceux qui sont plus éloi*gnés et où je me rendis en dernier lieu s'appellent Djebel TercU. Ces montagnes sont remplies de vallons charmans et de prairies agréables et fertiles où les Arabes élèvent de nombreux troupeaux ; ils seraient dans Paisance s'ils n'étaient continuellement dépouillés «par les Algériens.
Pendant que j'étais dans les montagnes de Tremessen , j'eus occasion de voir le serpent qu'on appelle zureikf mais il me futimpos^ sible de le saisir. Il est de la grosseur de nos couleuvres, mais d'une couleur plus brune. J'en vis un qui se cacba sous une pierre ; je la fis lever, et dans l'instant il sortit avec une. vitesse étonnante, et traversa un espace de douze à quinze pas sans que je pusse près* que l'apercevoir. J'aurais été bien curieux de le disséquer , pour connaître à quoi il Êiut attribuer, dans un reptile, cette vitesse prodigieuse que j'avais jusqu'alors regardée comme une fable. Les Arabes assurent que la morsure de ceserpentdonnelamortentrèspeud'heures*
Sa marche est droite , et il paraît que c^est te ja^ulus des anciens.
Après aToir herborisé autant que je le désirais dans les montagnes ^ je retournai à Treméssen , où jVttendis des nouvelles du bey > qui m^aTait recommandé Aé ne pas rejoindre le camp sans avoir des détails sur un combat qui devait avoir heu entre lui et des Arabes indomptés appelés Languets , qui habitent les frontières de Maroc, au sud-est des montagnes de Trara. Le lendemain de mcm arrivée , j^ap;' pris qu^it les avait dépouillés et que je pouvais en toute sûreté rejoindre le camp placé au pied des montagnes de Trara , à deux journées à Touest de Tremessen.
JWais trouvé à Trexnessen un pauvre esclave français qui ne savait ni lire ni écrire ^ et qui, étant inconnu, nWait pas été compris dans le rachat. Il me piia avec les plus vives instances de lui obtenir sa liberté* J'en écrivis au consul, qui le racheta. Ce pauvre misérable, avant son départ, me combla d^ bénédictions pour le service que je lui avais rendu.
A côté de ruines fort étendues il y a plu— sieiu^s sources qui découlent des monta-^ gnes ) et un ruisseau d'eau salée. Ces^ monta--
^es sont gypseuses. A Pextrémité elles sont couvertes d^une terre rouge qui contient beau*^ coup de fer, J^y ai aussi trouvé des pierres figurées comme celles de Flor^ice.
Nous partîmes pour Arzew, situé vers le nord-est de ce lieu, tout près du cap Roumi. Après avoir mardié cinq à six heures dans la plaine dont fai parlé , on arrive dans un bois où Ton mardbe au moins quatre heures. Ce bois est planté d^oliviers sauvages et de lentisques^ et il s^étend jusquVu golfe d^Arzew.
Le golfe d^Arzew commence au cap Ferrât et s^étend jusqu^au nord de Mostaganim. Il est profond , sa forme est presque circulaire. Le port, qui çst sous le cap Ferrât, du coté du sud, est très sur et très commode ; les vaisseaux y trouvent un très bon ancrage , et tous les carpitaines le regardent comme un des meilleurs ports de toute la Barbarie. Le cap Ferrât Pabrite xsontreles vents du nord , et les vents d^est même n'y sont pas à craindre. Il n^ sl aucune habitation dans ce lieu. Le gouvernement d'Alger y a établi un caïd, qui pr^de aux divers chargemens de grains que Ton y fait; on les y apporte à dos de chameaux , et c'est le lieu de la côte occidentale ou l'on en
charge davantage , vu qu^il y en a peu d'autres: où les vaisseaux puissent aborder commodément.
L'on voit une prodigieuse Quantité de sangUers autour d'Arzew. L'eau y est un peu saumâtre.
A une lieue au sud, sur un coteau très agréa-^ ble qui domine la mer, on voit les ruines de l'ancienne ville. Elles sont presque toutes démolies; on n'y voit que des pans de murailles, des monceaux de pierres dont un grand nombre sont très bien taillées, des chapiteaux de colonnes brisées : il y a au milieu de ces ruinea une porte carrée avec deux petites de chaque côté. J'y ai copié deux inscriptions gravées en lettres grandes et très bien formées. Je fis déterrer avec beaucoup de peine les pierres sur lesquelles elles étaient taillées. Tout le terrain qui s'étend depuis les ruines jusqu'à la mer est planté de lentisques ; il en sort deux fontaines d'eau douce qui fournissaient de l'eau à la ville. A peu près à deux Ueues vers le sudouest , il y a un vaste lac de sel qui fournit une grande partie du royaume. Il est inépuisable; sa longueur est de près d'une heue : il se remplit d'eau pendant I'Ih ver ; dans le temps
des chaleurs elle s^érapore, et le sel se cristal^ lise.
Les environs de ce lieu offrent un très bel aspect : du côté de Fouest et du sud on découvre un terrain montueux et sauvage tout cou* vert d^arbustes; à Test on a la vue du golfe; et vers le sud , la perspective est bornée par le cap Ferrât. Nous suivîmes la côte pendant près de deux heures ; le terrain est très sablonneux. Nous traversâmes rOued-el-Hammam\ qui est salé à son embouchure; et trois Ueues à Fouest de Mostaganim , nous abandonnâmes le rivage de la mer, qui est couvert de gros tas de sable. Nous longeâmes un grand lac très poissœineux , sur les bords duquel croît une grande quantité de kali qui fournirait beaucoup de soude si Ton savait en tirer partie et enfin nous atteignîmes la vaste plaine de Habra qui est passablement cultivée, et qiii^ chaque année , produit de riches moissons. Cette plaine s^étend le long d^une chaîne de montagnes médiocrement élevées , dont elle suit la direction de Fest à Fouest. A quelques
Hammam ou Habrah. (L.)
Keaes de la côté, la plaine prend le nom de Sée.
Nous marchâmes jusqa'^au soleil couchant. En traY^:*sant la plaine , noas sqperçumes plu-- «îeœ*s tentes d^Arabes, placées à peu de distance de la rivière ; nous y fômes bien traités, parce que ces douars appartiennent au bey de Mascara; mais j Ypassaiunenuit très mauvaisie • Je fus tourmenté par une multitude prodigieuse de cousins qui ne me laissèrent pas prendre un seul moment de repos. Le lendemain , à Faube du jour, nous partîmes pour Mascara, et , au soleil lèyant, nous atteignîmes les montagnes. Nous fîmes un d^eûner fort agréable, à Pombre des tamarix dont la rivière était bordée. Nous marchâmes par des chemins affreux sur le bord des précipices. La chaleur du soleil dans les gorges des montagnes était insupportable. Lorsque nous en eûmes atteint la cime, elle nous fit moins souffîir, parce qu^alors nous étions rafraîchis par un léger souffle de vent; et enfin, vers les trois heures de Faprès-midi , nous entrâmes dans la ville de Mascara. Il serait difficile d^exprimer le plaisir que je ressentis alors ; il me semblait être à la fin de mon voyage. JV passai le
reste de la journée et le jour suîrant à me reposer.
Je fis part au caïd des intentions du bey et de la permission qui mVvait été accordée d^aller voir les mines. Il me donna un homme qui connaissait par&itement le terrain. Pour y aller j nous traTersames droit au sud la grande plaine de Mascara dans une étendue d^environ cinq lieues, puis, étant entrés d»ns tes montagnes^ nous nous ayançâmes dans un bois fort épais, en suivant un sentier très fréquenté^ et nous marchâmes sur les traces de deux Uons pendant plus d'une heure. Ayant passé TOuedel-Hammam et un fort ruisseau qui se. jette dans cette riyière, nous poursuÎYÎmes notre route à peu près une Ueue-au dda, puis, tournant un peu sur la gauche, nous atteigoimes les montages où sont les mines. Nous nous établîmes près de celle qui donne le plombetqui csttrès abondante; on avait creusé la terre au hasard en plusieurs endroits. Je descendis dans les trous qui ayaient peu de profondeur , et j ^ découvris une mine de galène fort riche. La direction des filons me parut être constamment de Test à Pouest. J^en cassai plusieiu's morceaux que j^ai rapportés avec moi.
Nous pardmes pour les confins (de Maroc de grand matin, en allant toujours à Pouest. ^rès avoir marché pendant aiviron deux heures dans la belle plaine de Tremessen^ qui est parsemée de coteaux et de joUes collines , nous atteignîmes des lieux montueux et fertiles ^ •
Cinq heures après notre départ, nous arri- , Tames au bord de FOued-Zeitoun (rivière dés oliviers) • Il y a en effet beaucoup de ces arbres le long de ses rives. Environ trois lieues plus loin j nous passâmes le Sou^Neurours y autre ruisseau , et enfin une lieue au-delà coule rOued-Tafiia, la plus forte rivière de ces conr trées. Sur ses bords on trouve une fontaine d^eau chaude tout près du chemin de Maroc, sous des palmiers, avec un réservoir carré d'aune médiocre étendue. Cette fontaine fit monter le thermomètre à 36 degrés; ses eaux sont limpides et douces : les Arabes m^assurèrent qu'acnés étaient très bonnes à boire lorsqu'elles étaient refi:'oidies. Le pays qui s'étend depuis la Tafiia jusqu'aux fix)ntières de Maroc
' Tout le pays qui s'étend depuis la plaine de Tremessen jusqu'à lisser , et jusqu'aux montagnes de Trara , est montueux et creusé de ravins. {Des f ont ^
est saUonneuX) stérile et inculte : on y rencon* Ire beaucoup de tà:*ébinthes. Nous fiûllimes d^j percire une de nos mtdeffqui s^était écartée du chemin ; il ÊiUut beaucoup de temps pour la raltirâper. Après. quatorze beures'^de marche , nous att^gnîmesénfin le ipamp du bey , qui était placé sur une colline au h(xd de POued^-el- Meleh qui va se jeter dai» la Tafiia. Nous étions au pieddela chaîne des monts de Trara, à cinq lieues d'^Oùjedah , ville du royaume de Maroc. Les montagnes dé Trara s^étéiident à peu près du sud au nord ; elles pc^uvént avoir quinze à seize lieues de longueur; elles Vont se perdre dans la mer. Ces montagnes sont élevées^ miais beaucoup moins que nos Alpes du Dauphiné; leur base est cultivée dans beaucoup d^en* droits. Les Arabes qui. les hàlntent ne paient pas beaucoup d^impots. Lorsqu'ils sont inquiétés par les Algériens, ils passent au Maroc; et lorsque Fempereùr de Maroc veut les mettre à contribution, ils repassent du côté d'Alger. ■ Ceux qui occupent la partie méridionale de ces montagnes sont appelés Languets : ce sont des brigands cpû dépouillent les caravanes de Maroc. Il y a trois ans <|u'ils enlevèrent tous les présens que l'empereur envoyait au bey de