‹ Voyages dans les régences de Tunis et d'AlgerChapitre 18 sur 26 · II · texte numérisé non relu

II

Mascara. Lorsqii^on vimit les ùàre payer , ib s^eiifoncent dans le Sahara ; le bey en vint œ* pendant à bout p^idant mon séjour. Il sVp^ prodia à ^iviron huit lieues de leurs habitar* tions : les principaux iiie& vinrent le voir et lui apportèrent des prés^is : aussitôt il les fit arrêter avec leur suite ; et, de crante que la nouvelle ne s^en répandît parmi les Arabes de cette tribunal partit le soir de la même journée avec lôoo hommes, marcha toute la nuit, et les surprit le lendemain à Paube dlu jour. Ils se défendirent, lui tuèrent quatre hommes et ^1 blessèrent plusieurs. A la fin ils furent enveloppés et obligés de se rendre. Il leur ^1leva 4^0 chameaux , 3o,ooo moutons , tout Targent qu^il put trouver , . et 4^0 fuûls. Je ne crois pas que cela les corrige de leur ri^acité.

A son retour le bey fk serrer le camp et enjoignit à la garde de veiller attentivement pendant la nuit. 11 me défendit dVUer dans les montagnes de Trara , parce qu^on avait a{^»îs que les Arabes dépouillés s^j étaient réunisr, et qu^ils cherchaient Foccasion de se venger. Je restai un jour et demi dans ce lieu , herbonsant à quelque distance du camp et le long

des rives de l^Oued-eUMeleh. Je trouvai une espèce nouvelle de chèvrefeuille qui n^était encore qu^en bouton. Il approche beaucoup àôitonicera capr^olium^ mais il n^a jamais que deux fleurs àx^laires sin: chaque pédoncule. Toutes les montagnes qiii sont vers le sud ont un aspect noirâtre; elles sont rempUes de bêtes féroces. A quelques lieues à Fouest d^^Oran on trouve des rodiers d^une pierre légère, noirâtre, poreuse comme une éponge , qui paraît être ime lave de volcan.

J^allai. prendre congé dubey, qui n'avait cessé de me faire des poUtesses et de condescendre de bon cœur à tout ce que je lui demandais. Je lui parlai alors des mines dont il a été mention ^ je le priai de me donner un guide pour m^ conduire , eu lui alléguant que le sol des mines étant différent , j^ trouverais infailhWement des plantes nouvelles; il acquiesça à ma demande, et me donna une lettre pour le caïd de Mascara, dans laquelle il lui enjoignit de me fournir im guide pour m Y conduire. Il me recommanda le secret , et je lui promis de ne point en parler, à Alger, aux personnes qui pomTaient en faire part au gouvernement. Je partis avec les deux hommes

de gourde qu^il m^aTait [wocurés, et il leur on' dcmna de mVccompa^er où je désirerais et de ne m^abandonner que quand je nVurais plus besoin d^eux. Il nous recommanda d^a^ Tancer fort loin le premier jour , de crainte de rencontrer dans la campagne les Arabes de Trara.

Nous poursuivîmes jusqu^au-delà de rOued-* Ta&a notre anàenne route , et nous prîmes sur la gaucbe en nous approchant des bords de la mer. Les chemins que nous suivîmes sont très inégaux et trèsrpeu pratiqués. Tout le pays est bouleversé , et souvent nous ne pouvions avancer quWec beaucoup de lenteur; nous marchâmes ainsi pendant deux jours et demi, au bout desquels nous atteignîmes la vaste plainequi s^tendjusqu^aux montagnes d^Oran. J^avais envie de passer très près de cette ville afin d^en bien connaître la situation ; mais les gardes que j Wais ne voulurent jamais consentir à m^y accqmpagner. Cette plaine s^étend de Fest à Fouest ; elle est fort unie, très fertile et habitée par un grand nombre d^Arabes qui allument des feux pendant la nuit pour attirer les déserteurs. Lorsqu'ils en amènent un au bey de Mascara, il leur donne dix écus. On

Toit , le long des montagnes ^ un e^ce de plusieurs lieues de longueur dans la plaine même, qui est blanc comme la neige.

hes Maures sont obligés d^aller une fois

Tan combattre contre cette place, et le bey

lui-même doit y aller une fois dans trois années.

Nous dressâmes notre tente à six lieues au sud d'Oran, à Textrémité dWe montagne appelée Erbett. J'obserrai près de FOued^el-Mina un grand nombre de kattah: ces oiseaux vo-^ lent en troupes comme les pigeons*.

Nous avions beaucoup marché pendant cette journée, et j^étais très fatigué, lorsque nous découvrîmes un douar sur le penchant d^une colline. Les habitans, quipsa*aissaient fortpauvres, nous reçurent d^abord avec fix)ideur; mais leur ayant donné un peu d^argent avec promesse de payer tout ce que nous prendrions y ils nous témoignèrent de la confiance. La pluie tomba toute h nuit en abondance : ma tente en ftit traversée.

Tous les lieux que j^ai p«xxnu*us sont très beaux; mais la misère qui y règne, parla dureté du gouyemement^ détruisait le plaisir que j^Àurais eu à contempler la nature dans toute sa beauté. '

Les voyageurs sont obligés de coucker prê* des douars pour ne pas s^exposer à être volés^ car les Arabes des douars en répondent.

Le lendemain ngiatin nous ne partîmes qiie fort tard pour Mascara, lorsq^^e noua vînties le temps un peu plus beau. Nous Iraversâmes les montagne^, qui sont bien cultivées par endroits et fort arides dana dVutres. Nous vîmes une montagne qui s^était affaissée depuis peu de temps : une famille entière d'^Arabes, qui logeait sous son abri, avait été écrasée. J« trouvai une belle espèce de centaurée blanche dont le calice est très épineux: elle croît dans les sables. Ces lieux m^offrirent eijcore quelques jolis gra* mens que je desséchai.^ La saison était bonne, toutes les plantes étaient en fleurs, et je m'applaudissais de ne pa^ avoir entrepris plus promptement ce voyage* J'avais espoir de retrouver des graines à mon retour. Vers le soir le ciel se couvrit de nuages, le vent souffla avec plus de force, et nous fumes baigxiéS' par ime grande pluie qui dura plus de deux heures et nous accompagna jusqu'à Mascara, où^ nous arrivâmes sur les six heures du soir.

Aussitôt , comme il est d'usage , nous envoyâmes un honune de notre suite ppur avertie

}ebey, qui nous fit faire des compËmens. tt nous logea dans sa maison el mit à notre dis*** position tm de ses esclaves pcmrnous servir et nous procurer tout ce dont nous avions besoin « Notice repas fiit dressé à la mode dtrpays. Nous fîmes dire au bey que nous étions très fatigués et que nous nuirions que le lendemain matin lui Êdre notre visite. Notre premier soin fut de changer d^habits ; les nôtres étaient transpercés. Nous fîmes aussit^ après dresser nos lits^ afin de prendre un repos dont nous avions un si grand besoin.

Je mue levai le lendemain de triés bon matin^ afin de dSécnre et préparer les plantes que j'avais trouvées la veille , et sur les huit heures nous allâmes saluer le bey , qui nous accueillit avec beaucoup d'amitié, et nous offiit tous ses services. Je lui annonçai Fobjet de ma mission ; il me dit qu'il me donnerait les moyens de voyager avec sécurité. Je lui fis un présent de très beau drap de France , qu'il reçut avec ']^aisir , et en retour il m'envoya un très beau hmk de laine rouge à la mode du pays. Il devait partir dans trois jours pour Tremessen, avec soa camp; il nous engagea à l'attendre^ se proposant de nous ett-

seigner les Ueux où nous trouverions le plus de plantes. ■ - .

Le bey de Mascara est un Kourou^ ^ ou fils de Turc; le dey d'Alger, qui Faime et qui connaît sa capacité , Ta élevé au rang de bey , contre les règles mêmes de la régence i car les premières places du gouvernement ne peulicent être occupées que par les Turcs. Celui-ci se soutient en portant beaucoup dWgent à Alger et en Êdsant continuellement des pressens aux. principaux ofEeiers de la régence. (Test un honune plein de bon sens et qui désirerait faire fleurir Fagriculture dans les contrées qu'il babite ^ mais il est bien difficile que des hommes traités avec tant de dureté de la part du gouvernement, et dont les propriétés sont aussi peu assurées que celles des Maures soumis, à la domination d'Alger, puissent entreprendre des défrichemens et des travaux dont ils ne retireraient certainement pas les fruits. Le bey de Mascara aime les chrétiens et les traite avec bonté et douceur ; ses esclaves^ au nombre de cinquante , tous fugitif d'Oran,. et parmi lesquels il y a beaucoup de Français,^ mènent une vie fort douce. Il leur distribue de^ vivres et de l'argent pour satis&ire leurs.

b^oins ; mais, malgré tous ces avantageSi ces pauTres gens déplorent leur sort, et se trour yeraient beaucoup plus heiureux d^être priyés des agr^ens dont ils jouissent, et d^avoir la liberté.

La yiUe de Mascara est située sur le penchant dWe montagne peu élevée du coté du midi. La plaine qui est au pied s^étend régur^ lièrement de Test à Touest , et de toutes parts elle est dominée par des monts peu escarpés qui offrent des points de vue très diversifiés ; quelques-unes de ces montagnes sWancent jusqu^au mibeu de la plaine, qui est très fertile et bien cultivée ; plusieurs ruisseaux Tarrosent en coulant du sud au nord. La principale cul* ture est celle de Forge et du fix>ment. Cette plaine est habitée par un grand nombre de &milles arabes.

La ville de Mascara peut avoir un mille de cûrcuit ; elle est mal pavée et mal bâtie. La maison du be j est presque la seule qui soit commode et logeable. Il y a une assez belle mosquée bâtie depuis quelques années. On ne trouve à Mascara aucun monument antique» Cette ville est absolument Fouvrage des Mau-*res ^ son mur d'^enceinte a très peu de force i

il li^est défendu que par une douzaine de pièces det caBon^ On compte soixante><lix beues d^AIr ger à Masciara , dix.-'hi:^t d^Oran et douze d^Arzew^ qui est le Ueu de la côte le plus voisin. En venant du côté de Test on nVperçoit pas Mascara t elle est entièrement cachée par les montagnes ; du côté de Toaest et du midi on kf découvre de très loin , et elle présente un coup d^œil assez agréable. Elle est bien foi«^niô- d^eaaaù moya^ de conduits qui Famènent de& montagnes voisines. Ces eaux sont trè$ pures et excellentes à boire.

Les montagnes voisines de IVIascara sont cal*caires; quelques-^ unes sont couvertes d^une terre blanche comjne la neige; on y trouve aussi du g3^se.

Tous les jours nous aUions visiter le bey et converser avec lui ; il s^informait de nos usages j de nos arts, de noti*é agriculture.^ Lorsque, je lui disais que la chrétienté fou|:mt une plus grande quantité de grains que soa pays, il en était surpris et me.demandait pourquoi on venait en Êdre des chargement en Barbarie. Un jour il voulut savoir si je pensais qu^il y eût des mines dans le mont Atlas ; je lui répondis, crainte de lui causer de Tombrage , que je ne

m^occupaîs que des plantes^ car ces peuple^ sont très jaloux des métaux que renferme la terre, et il faut avoir la.plus grande attention de ne pas exciter leur méfiance. Je fis cepen* dai|t enjtendre au be j que j Vvais quelques connaissances dans cette partie: il envoya aussitôt ua esclave, qui revint avec des morceaux de galène et de nrine de cuivre qui me parurent fort riches. Je ne voulus point paraître em- {Nt*essé de voir les mines ; je lui dis seulemmtt ce que ces morceaux côntenaienL Quand il apprit que Tun renfermait du cuivre , il me dit qu^il ferait boucher le trou d^où on Pavait tiré. Je passai trois jours entiers à Mascara, et j^herboiîsai dans les environs. Le bey me fit voir son ha^as ; il y avait peu d# beaux çhe* vaux. Penda;nt mon séjour je reçus de lui des }n?ésens continuels de moutons , volailles et fi'uits.

Les jardins sont assez bien cultivés ; ils sont plantés de vignes^ d^abricotiers, d^amandiers, de figuiers, de grenadiers; la plupart de ces jardins sont en pente sur la montagne , et offi:*ent de loin un bel aspect de verdure.

Quelque temps avant mon arrivée dans ces contrées , le bey avait ccmquis un pays dans

rintérieur du désert, à plus de quinze journées de Mascara ; il nVyait que deux petits canons de quatre livres de balles , deux mortiers, et environ quinze cents hommes de troupes. U somma la ville principale de se rendre , et j fit jeter des bombes pendant deux jours, après quoi les habitans arborèrent le pavillon blano sur les murs. Douze marabouts et autant de femmes vinrent lui demander la psdx aux conditions qu^il exigerait ; mais elles forent si du-* res que, n'ayant pu les remplir, ces gens donnèrent en otage six enfans que j'ai vus à Mascara; ils étaient d'une physionomie agréable et d'tm teint très blanc.

Il y avait, sur la porte de la ville, la tête d'un, Maure de paie d'Oràn qu'on avait coupée depuis peu. Ces Maures de paie sont des fiji^gitiÊi d'Afrique qui se retirent à Oran ; ils deviennent soldats, ont la paie du roi d'Espagne , et sortent quelquefois dans la campagne pour feire des esclaves , pour voler ou pour acheter des denrées : lorsqu'ils scmt surpris on leur coupela tête; anciennement on se contentait de leur couper les bras et les jambes. Les Maures d'Al-ger qui vendent quelque chose aux Maures. d'Oran subissent te même sort.

Après avoir séjourné trois jours à Mascara^ nous partîmes pour Tremessen arec le bej. Le premier jour nous ne marchâmes que pendant six heures au miheu dés montagnes du côté de Fouest. Nous campâmes dans un yallon profond au bordde FOued-elrHammam, rivière assez considérable qui va se jeter dans le golfe d^Arzew, après avoir traversé les belles plaines de Habra dont je parlerai ci-après ; elle coule du sud au nord, en Êdsant de grands contours au miUeu des montagnes. Elle prend sa source fort loin dans la chaîne de FAtlas qui avoisine le Sahara ; elle est salée à son embouchure. Je trouvai ici une jolie laitue qui n^est pas décrite dans linné. On y voit de gros rochers de pierre calcaire percés dW grand nombre de trous* Il en sort plusieurs ruisseaux d^eau chaude dont Fun d^eux fit monter le thermomètre à 5o degrés. Ces eaux ne laissent aucun dépôt ; elles sont limpides et bonnes à boire lorsqu^on les a laissées refi:oidir. Le bey me dit qu^il y avait dans les environs plusieurs autres sources d^emix thermales dont quelques-unes avaient une forte odeur de soufre. Sur le rocher d^où coulent ces eaux chaudes , on voit un conduit creusé dans le roc vif qui s^étend fort loin, et

servait sans dcmte à ccmduiire 1 -èati pour arroser les terres. L^Oued-el-Hanmiam est strjet à de grands débordemens qui diétrciisent souvent les moissons.

Je pris \m très beau lézard dont les côtés et le dessous du corps sont dW beau bleu dV métbiste : il approche du caméléon, mais il en diffère par les pattes et d^autres caractères.

A un demi-mille des bain3 , sur la riye gauche de la rivière, il y a des ruines fort étendues où Ton Toit de belles pierres de taille ; cm y distingue les murs d^enceinte ; je n''y ai trouvé aucune inscription. Nous passâmes la rivière et marchâmes au milieu des montagnes, dans un chemin fort inégal d^où nous découvrioflB souvent des points de vue cdiarmàns et qui auraient bien valu la pdine d^étre dessinés.

La chaleur était vive ^ nous couchions sou-^ vent dans des chemins couverts dWbres où je prenais plaisir à me reposer. Nous traversâmes ensuite d^épaisses forêts de lentisques et d^oliviers qui sont rerapUes de bêtes féroces , et où il ne fout s^écarter qu^avec beaucoup de. précaution. Les journées du camp étaient fort courtes , ^t j^avais bien le temps d^heibo-

riser. Les tètes de ^Afrique sontiertîieft, mm l>eaucoup de leurs productions sont les mêmes que celles des {»t)vinces méridionales At France et d^Espagne; il faut se donner beaucoup de peine pour découvrir celles -qui sont particidières à ces climats.

Après avoir marché pendant plus de trois hernies au milieu des forêts de FAtlas, nous entrâmes dans ime immense plaine bornée à droite et à gauche par des montagnes peu élevées et couvertes d^arbres. Cette plaine est in^ culte et inhabitée , quoique son sol soit très propre à la culture, et s^étend de Test à Pouest. Nous ^names au bord d^une belle source, si-^ tuée au pied des montagMS à droite sous des peupliers blancs et des finénes fort élevée où nous tuâmes beaucoup de pilons rami^*s qui se laissaient facilement approcher. Nous continuâmes de suivre la plaine ; et sur 1^ quatre heures après midi , nous dressâmes nos tentes dans im lieu où le bey a fait creuser plusieurs puits pour Fusage des camps.

Le lendemain nous décampâmes de très bonne heure, et entrâmes après quelques heures de marche dans un taiUis ; le terrain devint un peu montueux et aride. Je ne trouvai ce

joui>4à qa^un joli âàfimé à feuilles velues dont les fleurs Tiennent en anneaux le long des tir ges. Tout le pays que nous trayersâmes est inculte et inhahité : le sol en est sablonneux et aride» Nous campâmes auprès d^une petite rivière qui coule du sud vers le nord; on }sL nomme Oued-Makhera ' ; elle ne tarit pas pendant Fêté*

Le jour suivant, nous ne fîmes route que pendant environ deux heures. Le camp se rendit un peu au-delà de TOued-Tessela , petite rivière dont le cours est a peu près parallèle à celui de rOued-Makhera. On campa au pied d^une chaîne de montagnes courant du sud au nord ^ qui a quatre à cinq lieues de longueur, et se n<mmie les montagnes de Tessela *. Cest en cet endroit que le bey fit monter un maraboutsurunâne en punition de quelque oflènse, et on le promena autour du camp, tenant la .queue de Fanimal dans ses mains. La sainteté du personnage ne le mit pas à Tabri d^un pareil affront.

. Ici j^abandonnai le camp , et je me rendis

» Oued Mekerra. (L.) ^ Djebel Tessailah. (L. )

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au milieu des monts où jliwborisai pendant deux jours : ils étaientcouTertsd^arbustes et de plantes, mais jen^en trouvai que deux nouvelles. Uendécouleplusieursruisseauxverslemidi; et toute la base des montagnes est bien cultivée. Sur le sommet on voit un reste de château démoli, de forme carrée, avec de larges fossés et une citerne au milieu. De ce lieu on découvre un vaste horizon. Les montagnes sont rempUes de gazelles, de chakals et de Uons.

J^abandonnai les montagnes de Tessela vers les cinq heures du matin , et je partis pour aller visiter les mines de cuivre. Elles sont a environ trois quarts de Ueue à Touestde celles de plomb, dans la même chaîne demontagneset dans un même sol. Il suffit de creuser la terre à deux pieds et demi ou trois pieds de profondeur pour trouver la mine, dont les filons sont dans la même direction que ceux de la première : c'est-à-dire de Test à Fouest. La terre même et les pierres qui sont à sa surface sont en beaucoup d'endroits teintes en vert. Je détachai plusieurs morceaux du filon que Ton me fit voir, et qui sont fort pesans et fort riches. Les mines avaient été creusées anciennement, car je descendis dans un grand trou oii il y aune II. i5

galerie qui se prolonge à 25 ou 3o pas sous terre; j^ reconnus un filon de cuivre.

Il serait &cile d^exploiter ces mines. Toutes les montagnes sont bie^ couvertes de bois, et il y a un ruisseau et une rivière à peu de distance. Je restai encore un join* dans ces montagnes. JY trouvai de très grosses calcédoines disposées par lits étroits dont la direction était de Test à Pouest. Elles étaient dans une terre pyriteuse, àpeu dedistancedesminesde cuivre. Je vis aussi, dans un ravin, quelques morceaux de cristal de roche.

Toutes ces montagnes sont presque inhabitées. Elles présentent un aspect sauvage , et sontrecouvertesde bois depuis la base jusqu^à la cime. Ces forêts sont rençUes de bêtes féroces que nous entendions rugir autour de nous pendant la nuit '. Pendant le jour il y règne un silence profond qui n'est troublé que par le cri de quelques oiseaux. Quand j'eus visité ces heux autant que je le devrais , je me disposai à retourner à Mascara , mais je dis à mon guide de prendre ime route différente de celle que nous avions suivie en venant; j'en fus

' Quatre lions furent tués sur un bœuf mort. ( Desfontaines.^

charoië, ear je titmvai dans les rochers, sur le bord dti chemin ou nous passâmes, une nouvelle espèce d^antirrhîitum à tige ligneuse ; et sur les montagnes qui aycnsinent la plaine de Mascara , je vis beaucoup de {»erres ferrugi-» neuses, très pesantes, roulées par les (orrens ; quelqueis-imes avaient une oristi^iisation gros« sière. J^appris que les Arabes en retiraient beaucoup de fer, qu^ils le broyaient en petits morceaux, et puis le faisaient fondre. Vers le soir nous arrivâmes à Mascara ; j^j s^oumai encore un jour, i^iis nous partîmes pour arriver le plus prompteooGDt possible à Alger, parce que j^étais prévenu de Farrivée procfaame des Espagnols. Le preaner jour nous fîmes une lon^ gue marche, et Ton me fit apercevoir deux petits villages : Fun est à cinq lieues vers Test de Mascara, il se nomme Bourgia ; Fautre se nomme Cléonant. Ilssont peu distans deCaleah. JVppris aussi qu^à quelques lieues de Caleah il y avait un très grand lac de sel comme celui d^Arzew. Nous couchâmes sur les bords de rOued-el-Mina à douze lieues de Mascara. Le deuxième jour, nous marchâmes neuf heures, et nous dormîmes sur les bords du Chélif. La chaleur était si vive que depuis cette journée

nous marchâmes là nuit jusqu^à Mayané. Le ciel était pur, et il faisait un très beau clair de lune. Enfin lorsque nous n^étions plus qu^à trois journées d'Alger, j'appris que les Espjtgnols négociaient la paix avec la régence. J'aurais bien poursuivi mon voyage plus loin^ mais les fatigues que j'essuyais depuis deux mois, jointes aux grandes chaleurs^ me firent prendre le dessein d'aller me reposer pendant l'été. Matante était chancelante, et j'avais à craindre de tomber malade» J'arrivai donc à Alger dans les premiers jours de juillet, après avoir parcouru plus de trois cents lieues dans des pays où on a tout à craindre des hommes, des bétttB fëroces et de l'intempérie du|climat»

Journal d'un voyage d'Alger à Qxistantine et à Bone..

Le golfe d^Alger commence dWe part au cap Matifou, du. cdt^de l?est, et se termine à Fouest au cap.Caxin ; le p]:eniier est peu Aeyé^ le second Test l>eaueoup plus^ A la pointe de celuir-ci ,,noiQmée Punta di Fesçata, il y a un fort,. Le golfe a b^miçoup de profondeur et il est fort. mauTais en^hÎTer^ Sa forme est circulaire. Tout le riyage , depuis Babazoun jusqu^à rA];*ach, est sablonneux. Au nord il est bordé de rochers presque partout* La côte de la mer est éleyée jus<^^au-delà du c&jp Csgdn.

A cinq lieues à Touest d^Alger est Sidy-Feruche; c^est une petite langue de terre pierreuse et. aride qui sWançe dans la mer, et sur laquelle est construite une mauvaise forteresse. |1 y a aussi quelques maisons. Cette langue de

terre est environnée de rochers à fleur d^eau; lorsque je fus dans ce lieu, un homme anÎTa vers moi armé d^un sabre, pendant que j'^herborisais le long de la mer; il me fît beaucoup de menaces. Je lui répondis que je n'^avais.aucune peur de lui , et qu'il devait parler avec plus de douceur ; cela nePapaisa pas. Je lui fis quelques railleries qui eurent un meilleur effet que mes raisonnemens. On me dit qu'il venait de la part d'un marabout, ou saint à la mode du pays, qui habite ce lieu. Je pris le parti de me retireravec les gens qui m^accompagnaient^. Àe crainte qu'on n'eôt porté plainte àlarégence et qu'on ne lui augmentât les choses. Les marabouts sont fort à craindre; ces Êmatiques haïssait les chrétiens par état , et le peuple leur est tellement dévoué que s'ils commandaient d'assassiner un chrétien, ils seraient promptement obéis.* On pomrait aller sans danger, accompagné d'un marabout , dans les lieux qui ne sont pas soumis, du moins on me l'a assuré.

Le cap Roumi est à peu près à dix lieues à l'ouest de Sidy Feruche, et à 5 lieues au-delà est la ville de Cherchel, située au bord de la mer, dans le voisinage d'une grande montagne. On

y voit les restes d^un grand aqueduc avec quelques ruines. Il paraît que c'était ime Yille'an* ciemie assez considérable; on y fait aujourd'hui quelques chargemens de grains pour la chrétienté ; mais le port n est pas sûr, et il ne &ut pas y s^cmmer long-temps.

Dans le royaume d'Alger on incendie les forêts pour découTrir le terrain et le cultiver^ et pour avoir le gros bois qui ne se consume pas par les flammes.

Je partis d'Alger le i8 septembre 1786, à 3 heures du matin ; le temps était frais. Je côtoyai les bords de la rade. Les vagues venaient baigner les pieds des mules; nous passâones TAraeh sur un pont de dix arches assez bien bàti:ilestà.esLviron deuxUeuesau sud-est d'Alger.Nous déjeûnâmes auprès d'une fontaineen attendant les bagages. Le ciel était pur et la fraîcheur dura jusqu'à 9 heures. Nous laissàrmes les bords de la mer, et après avoir mar^ ché dans un terrain montueux couvert de lentisques et d'oliviers sauvages, nous descen-^ dîmes dans la Mitijah; nous la traversâmes dans son extrémité orientale, et après avoir côtoyé une rivière dont le Et est presque à sec pendaM l'été , nous allâmes camper au pied

des inonta:gnes qui forment les bonies méri« dionales de la Mitijah , sur les bords de la ri* vière en question, dans un, lieu parsemé de quelquesoliyiers^demûriers, de lentisques,etc. Â Test on découvrait les montagnes voisines de Tedelis, et du côté de Touest on apercevait àpeine celles de Cherchel.

Cettejournée fut bien triste pour moi. La séparation dW ami se fit sentir bien vivement, et mon ame ne fut occupée que de lui pendant cettejournée,

La rivière sur le bord de laquelle nous dor-^^ mîmes se noibme Ouedr-Hramis ', et lamontagne au pied de laquelle était notre bivouac a nom Chradara. Le lieu lui-rméme s^appelle Hramis, parce que les Arabes y tiennent un marché ce jour de la semaine.

Le lendemain nous levâmes la tente à quatre heures du matin. Après une demi-heure de marche nous commençâmes à monter TAtlas le chemin était très raboteux. Une heure aprèg nous traversâmes la Gaddara ' j cette rivière coule dans des ravins profonds à peu près d\\

' La rivière du Jeudi.

^ IÇadaFa. (L.)

sud au nord. Elle prend sa source dans la mon-^ tagne appelée El-Hammet , dont le sommet est im rocher rond à couches obliques pour la plupart. Nous atteignîmes la cime de ce mont par un chemin scabreux et rapide, mais assez bien ombragé, que les Turcs ont fait paver vers le sommet de la montagne. Toute la montagne est composée de couches calcaires où Ton trouve des veines de spath pesant ; il y en a aussi de ferrugineuses. Les pierres en beaucoup d'endroits sont teintes en rouge. Nous mîmes près de cinq heures à parvenir au sommet de cette montagne. En montant du côté du nord il y a une couche de schiste , de même natiu*e que la pierre des environs d'Alger. Toute sa partie inférieure est couverte de bois, n n^ a que la cime la plus élevée qui soit nue. Leshabitans, à gauche, se nomment Ben Haiga. En descendant du côté du midi , j'observai toujours des pierres calcaires, des espèces de poudings de la même substance, bleuâtres, et composés de morceaux arrondis, des veines de spath pesant, cristallisé en crêtes de coq en plusieurs endroits. Toutes les montagnes que le découvrais à droite et à gauche, quoique fort hautes, étaient la plupart couvâtes de terre

et dWbres jusquW sommet: il y a des lièges^ Nous descendîmes dans un long vallon qui s^étend jusqu^aux montagnes de Jergera; il y a deux rivières qui se joignent et vont se jeter dans la mer àFouest de Tedelis. Celle qui vient de Fouest se nomme Belhini; celle qui arrive de Test est appelée Oued-Zeitoim ' ; la nation à droite se nomme Belhini ; leurs montagnes^ sont bien cultivées, et ils paient la garame^ Nous remontâmes le vallon du côté du sud-est, nous y marchâmes pendant plusieurs heures; il est parÊdtement cultivé ainsi que la base de$ montagnes à droite et à gauche. Celles-ci sont en pente assez douce ; il s^ trouve aussi deç plaines et des collines, des bosquets d^oliviers. Nous y dormîmes à environ. 4 lieues à Tou^t du Jergera, dans un endroit nommé Ben-Haroun. L^Oued-Zeitoun prend sa source dans les montagnes voisines situées vers Fouest. Tous les Arabes de ce pays habitent sous des gourbies ' ; peu d'entre eux ont des tentes. Les caravanes craignent beaucoup en passant par ces endroits. Les hautes montagnes à gauchç

' Rivière des OHviers.

.* Maisons en pisé.

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du lieu où nous dormîmes se nomment Felice '; Les habitans de ces cantons paient peu d^impots. Dans la guen^e quHIs eurent contre les Turcs, ils* en tuèrent un jour plus de 700,etle gàiéral y perdit la vie. Nous fîmes environ 12 lieues la deuxième journée.

Le Jergera ferme le Talion dont je viens de parler, du coté de Test; c^est la plus haute mon* tagne de ces contrées. Le sommet est nu et jûerreux, tandis que les autres sont couvertes de terre et d^arbnsseaux; il j a un torrent qui en descend, et qui est à sec pendant Tété; il va se jeter dauâ TOued-Zieitoun, dont les eaux sont bonnes. Au-delà du Jerg^^a, du côté de Test, est une autre montagne en dos d^âne fort élevée. Les habitans du Jergera ne paient rien aulL Turcs. Toutes les rivières de ces cantons ne roulent que des pierres calcaires, dont quel* queis-unes aont rousses. L(»*sque les Arabes sont en guerre, on ne peut passer dans ces lieux.

Nous partîmes à cinq heures du matin, et ncHis marchâmes dans un vallon étroit et montueux. Sur les 7 heures, nous arrivâmes à une

• Flisa. (L.)

forteresse que les Turcs onl bâtie sur une énynence, à peu de distance du mont Jergera. Us y ont 4o hommes de garnison et quelques pièces de canon ; on nomme ce lieu Hamsc^. Les environs sont assez bien cultivés, ^'autour de la forteresse il j a plusieurs fionilles d^Arabes qui y vivent en sûreté. Larivière coule de Pouest vers Fest; elle est peu considérable et va se jeter dans la rivière de Bougie. Le chef de notre troupe attendit près de la forteresse que toute notre caravane fut réunie, afin de n'exposer personne à être volé par les Kabayles indomptés du Jergera. Les Turcs n'ont jamais pu les soumettre. Ces peuplés sont nombreux et bien fournis d'armes et de mimitions de guerre, qu'ils fabriquent dans leurs montagnes^ Près de leur taritoire, on lia plusieurs Arabes qui avaient voulu, se soustraire à. la domina-r tioudeleurs chei&, et on lesenvoya aux Turcs. Nous entrâmes dans une plaine immense ayant à droite et à gauche les deux chaînes de l'A-, tlas. Cette plaine n'est nullement cultivée. Les lentisques y viennent très beaux; nous côtoyâmes long-temps la gauche de larivière , et

^ L,'ancienne Auzia.

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le Jergeni dans toute sa longueur. Cette mon-« tagne, la plus élevée de celles de Test, égale au moins nos moyennes Alpes. Le sommet est tout rocher; on y voit plusieurs pics dont quelques-uns paraissent inaccessibles. Le dernier du côté de Test est en pain de sucre et fort élevé ; il en découle, pendant Thiver, un grand nombre de torrens qui se jettent dans la rivière de Bougie, quiy prend sa source du côté du midi. Il n^y avait point de neiges en septembre ; mais on m^assura que dans la partie du nord il y en a toujours. Les Arabes ont là un grand nombre de villages quenous distinguions très bien sur la base de la montagne, qui Bst bien cultivée et embellie de jolis jardins. Leurs maisons sont bâties avec des roseaux et de la la boue ou de la bouse. Jamais les Algériens n^ont pu les soumettre^ S^ils se sentent les plus faibles, ils s^enfuient sur la cime des montagnes ; ils savent aussi combattre avec courage; ils ne paient rien à la régence, et dépouillent souvent les caravanes ; ils cultivent la vigne. Nous marcbames toujours dans des lieux inégaux et couverts de forêts, et, après avoir traversé plusieurs to^r^ns qui descendent du Jergera et qui étaient à sec alors y nous campa-

mes au-dessous dW Tâlage sur h live droite de la rivière de Bougie, près de B^Q^-Mansour. Le village est bâti à droite de FOued^Bougeki' , sur la pente de quatre collines. Les msdsôns, quoique mal bâties, sont couvertes et font un eflTet pittoresque. Les environs sont fertiles, bien cultivés et plantés d^ofivicrs. Le Jergera est vis-à-vis, et présente un supeii^e coup d^œil, ainsi que le vallon où coule la rivière du ooté de Test. On poiurait bâtir une ville en ce lieu.

La rivière est très fcH^te en: hiver et arrête souvent les voyageurs. Les hafaâtans des mon*^ tagnes au sud du Jergera, se nomment Maneïs. Les plaines situées entre les deux chaînes sont peu cultivées; les habitans du lergera vont nu tête et pieds nus.

Nous fimesroute vers lescinq heures du matin du côté dusud-est par Un beau clair de lune; après une heure de marche, nous entrâmes dans un heu très montueux, etcouvert de belles forêts de pins de Jérusalem, de genévriers de Phénicie, dWiviers sauvages. Lechemin devint fort difficile par la grande quantité de ravins

' L'Adouse, autrefois Audus. (L.)

quHlnous fallut trayerser. Le sol étail noirâ-* tre, et mêlé de petites pierres brisées ressemblant à de Fardoise. Les masses de rochers étaient de la même pierre ; elles étaient disposées en couches, ordinairement obUques; quelques-unes étaient perpendiculaires. Nous desc^idîmes dansim large ravin ti^ès profond , où coule, sur un sol sablonneux, du sud au Moràj une riyière qui va se jeter dans celle qui TaaDougie. Nous remon tames le ravin jusqu^au lieu où elle se partage en àeiiK branches dont Fune vient du ntidi, Fautre du sud-est ; nous suivîmes le chemin, et sur les 9 heures nous atteignîmes un lieu très connu en Barbarie , sous le ncrai de Porte de fer. Les montagnes à droite et à gauche du grand ravin don tje viens de parler, sont bien Couvertes de bois ; elles sont hérissées dW grand nombre de pointes âevées les unes au-dessus des autres, et séparées par des ravines profondes où Fon ne saurait presque nmrcher. Les Arabes de ces mon« tagnes mènent une vie Ubre ; je n^ ai vu pi'esque aucune culture; on m^a dit qu^ils étaient presque nus. J^ai aperçu çà et là des sentiers assez fi^équentës. Lorsque nous passâmes près de la Porte de fer , nous vîmes beaucoup de

teax qu^ils Tenaient d^allumer, et que notre approche leur fît abandonner.

La Porte de fer est im défilé fort étroit au fond dW profond vallon, sur les côtés duquel sont des montagnes inaccessibles ; ce défilé peut avoir 3 ou 4oo pas de longueur. Une poignée de mondey arrêterait une armée. Dans quelques endroits, il n^a pas plus de 6 à 8 pieds de largeur. Ce qu'ail y a de singulier^ c'est que les rochers, à gauche et à droite, sont composés de couches étroites et perpendiculaires parallèles les unes aux autres; ils s'élèvent dans quelques endroits à 5 ou 6oo pieds. Ces couches sont elles-mêmes composées de petites couches horizontales. Les pierres sont calcaires et d'une couleur noirâtre.

Il y a beaucoup de couches écroulées les unes au miUeu des autres ; celles qui restent s'élèvent comme des pans de muraille , à une grande hauteur ; elles sont très perpendiculaires , et leur intervalle est occupé par des arbres. Ce sont sans doute les eaux qui ont fait écrouler celles qui manquent. La livière qwi coule au fond du vallon est très salée. La Porte de fer est im des lieux les plus singuliers que j'aie vus. Les caravanes n'y passent qu'en

Irenodïlant , parce que les Arabes de ces contrées sont indomptés , et que s^il leur prenait envie d^arrêter les voyageurs, quelque noml»*eux qu^ils fussent, ils en seraient les maîtres. Lorsque ces Arabes sont en guerre avec Alger, ils s^emparent de cet endroit , et aucun voyageur n^ose s^j aventurer. On dit même que la régence est obligée de payer pour qu^on laisse le passage libre. Après avoir franchi la Porte de fer , on suit encore long-temps le même ravin , puis on monte par un chemin fort étroit et très escarpé, sur la cime d'une montagne ayant à droite et à gauche des fondrières affreuses , qu'on ne peut regarder sans effroi. Après ce mauvais pas, on côtoie des monts dont la pente est douce, puis on descend dans une immense plaine entoiu^ce de montagnes et parsemée de belles collines. Elle esttrèsfertileettrèsbiencultivée: les Arabes qui rbabitent sont nombreux. Le sheick est chérif d'une famille ancienne. Ces Arabes sont riches et très bien vêtus ; ils ont de très beaux chevaux et d'immenses troupeaux, ils rappellent ridée des premiers âges du monde. Leur courage et le voisinage des montagnes les ont sauvés de la servitude. Ils ont détruit les for- II. 14

teres$es que les Turcs avaient bades dans leur voisinage. Ils font payer les Arabes des monr tagnes voisines , et leur commandent en souverains ; mais ils ne paient rien à personne» Le pays se nomme Megenah' , et la nation Mokaina. Le sheick se nomme Bouremem:

Tannée dernière , il était en guerre avec Alger et enlevait les bestiaux sur le terri-* toire deConstantine« Il faisait aussi la guerre à un autre sheick, son parent , qui se nomme Bengendouss^

Les habitans des montagnes , au midi de la plaine , s^appellent Ben-Echech. Le nom de la montagne est (^bel Ayave. Tous les Arabes des environs de la Porte de fer se nommràt Ouan-Oura ; ceux de la gauche , Béni £bbess; ceux-ci ne font de mal à p^sonne ; ceux de ce côté qui avoisine la Porte , se nomment Beni-Om:tou; et les peuples qui sont du côté de Bougie, en descendant la rivière, Zouaoua.

La Porte de fer se nomme Biben, et la rivière Oued-Biben.

Nous partîmes à quatre heures trois quarts, continuant notre route du côté de Test , dans

' Mejanah. (L.)

la même plaine où nous campâmes. Après en- Tiron trois heures de marche , nous entrâmes sur le vrai territoire de Constantine , séparé de celui de Megenah par une petite chaîne de montagnes. La seconde plaine, qui est sous la domination du bey, est fort pierreuse; elle s^étend à perte de vue du coté de Test. Elle est très peu cultivée, et couverte d^une espèce desantoHneà feuilles cotonneuses qui est connue. A droite et à gauche du chemin, je vis plusieurs ruines anciennes peu intéressantes, absolument détruites ; quelques-unes occupaient une étendue de terrain considérable. Nous laissâmes à gauche celles de Sitif , que je nVus pas le loisir de visiter. Les Arabes me dirent qu'où y Tojait encore des maisons dans leur entier. Nous ne marchâmes que huit heures cette journée , et campâmes près d*une petite rivière , dans une cavité fort étendue , où il y avait un grand nombre de douars. Ce heu et le ruisseau portent le nom de Hamman- Caser-^Teire^ . Le ruisseau coule vers le nord. A quelques lieues plus loin , vers le nordest, sont les ruines de Sitif, au côté droit de

' Cassir Attyre. (L.)

la plaine, près dWe source abondante* Au sud-K>uest de ce lieu, à peu de distance des montagnes , dans la même plaine , à environ cinq à six lieues, sont des ruines appelées Azel^

Les Arabes des montagnes à droite , sont fort méchans. Nous partîmes à trois heures un quart du matin; après deux heures de marche, nous arrivâmes à Iger*, petit village au miUeu de la plaine, situé dans un Ueu un peu élevé, rj vis une maison bâtie en pierres de taille, qui était ancienne. A midi nous arrivâmes au pied dWe montagne isolée et en pain de sucre , dont les couches sont obUques. Au nord, à peu de distance, sont des ruines peu étendues. Du côté de Test, à un quart de Ueue de la même montagne, il j en a d^autres assez considérables, près dW petit vallon d^ou coule un ruisseau dont Feau est très bonne à boire. Cet endroit se nomme Sidj Ibraam'. Il nY ^ plus <iue les grosses pierres qui forment la base des édifices. Ces lieux sont arides el incultes , on y voit des espaces de terrain

* Peut-être Fancien ne Perdices.

» Gigel. (L.) ^SidiBraham. (L.)

considérables , blancs comme la neige. Il nV a aucun arbre dans toutes les plaines. A une heiu*e nous campâmes dans un lieu glaiseux , fort plat ; il se nomme Srama : il s ^ trouve des eaux salées très chaudes. Les plaines sont sup^:*bes, mais peu cultivées ; elles s^étendent à perte de vue , de Test à Touest.

Nous partîmes comme à Tordinaire, à cinq heures du matin : dans Pespace de cinq heures de marche , je rencontrai les ruines de trois anciennes villes entièrement détruites, sur le chemin qui conduit à G^nstantine.

A dix heures, nous atteignîmes un ruisseau, coulant du nord au sud , auprès duquel sont quelques maisons maures , avec un nombre très considérable de matamores. U y a danft ce lieu un caïd. Il me fit prier de le venir voir j il avait la goutte. Je lui dis que je nWais malheureusement aucun médicament à lui offrir. Le heu des matamores se nomme Maham-^ mara; il y a des ruines tout auprès.

Après neuf heta*es de marche , nous campâmes au bord d^une rivière , dans un grand enfoncement en forme de plaine , où il y avait plusieurs douars ; il se nomme Hamman- Krous. Un peu avant d^juriver en ce lieu ,

finit la belle plaine où nous arions voyagé les trois joiu's précédens. Dans cet endroit , le terrain est fort montueux. Je dormais près d'un lieu où la rivière passe dans une fente de rocher j elle coule vers le nord-est, ses eaux sont troi^les. Je souffris beaucoup de la clia-> leur pendant cettejoumée. 11 y a, à peu de distance de là, des ruines très remarquables au bord dWe fontaine d'eau fraîche* Le Heu où elles sont s'appelle Cseir-Mèlec* . A unedemi-^ journée de Constantine est Mila, pays habité^ avec des ruines dans les mêmes cantons*

A environ six lieues à l'ouest de Constantine se telrmine la belle plaine dont nous avons, parlé. Le terrain devient montueux et fort inégale Nous. avions levé la tente à deux, heu-* re^ du matin , et sur les huit heures nous ar* rivâmes à Constantine. Cette ville est la se-» conde du royaume d'Alger; elle ne s'aperçoit qu'à peu de distance du coté de l'est et de l'ouest, étant masquée par des montagnes.. Elle est bâtie sur un rocher plat et oWong du noJdA au sud, où il se termine en pointe; ses couèbes sont calcaires et légèrement inclinées^

* Iric Château du Roi.

Les rues sont étroites , mais les maisons sont assez bien bâties, et toutes couvertes en tuiles. Les rues sont pavées pour la plupart. Les prin-* eipales maisons sont construites avec les ruines de Tancienne ville. On observe des pierres très bien taillées, un grand nombre de colonnes calcaires , quelques-unes de mai4)re. Le bey me fit loger dans une de ses maisons , et ordonna qu^on me fournît tout ce dont j'^aurais besoin. Je lui fis ma visite : il mereçut avec beaucoup d^amitié et me fit {n*ésenter un fauteuil. 11 parlait Titalien avec facilité. Nous con* versâmes pendant près d'aune heure ; il me demanda des remèdes pour son fils , malade de la petite vérole, me recommanda fidrtement un de ses esclaves qui devait venir à Marseille, et me fit offre de tout ce qui poiurait m^étre utile. Le jour de -mon arrivée, il rendit la liberté à un autre esclave qui fit avec moi le voyage de Bone. Je passai deux jours à Gonstantine pour me reposer , et pour voir si je ne découvrirais pas quelques antiquités remarquables. Il y a, à Test de la ville, un vallon étroit et très profond, au fond duquel coule, du sud au nord , une petite rivière ; ce vallon est coupé à pic , les rochers qui en forment.

les parois sont calcaires et composés de cour ches légèrement inclinées. On j voit les ruines dW ancien pont bâti avec beaucoup de hardiesse et de solidité. Il était composé de quatre grandes arches fort élevées , deux étaient supérieures , Tune des deux inférieures subsiste encore. Les piliers qui les soutensàeni sont carrés et^fort gros. Les pierres sont carrées oblongues, et leur milieu est inégal. Il y a encore deux petites arches à coté des premières y qui sont posées contre le rocher et qui servaient d^arcs-boutans. Les deux grandes arches sont fort élevées ; elles ont au moins quarante-cinq pieds. Sur la pile moyenne^ vers le haut, on voit deux élqfdians en basreHef. Sur deux grosses pierres au-dessus des éléphans , ime fenmie est représentée avec ses^ jupes retroussées jusquVux genoux; au-dessus de sa tête est une coquille. Cet ouvrage n'est pas bien travaillé. Il y avait un second rang dWches au-dessus des deux premières , il en existe encore les piUers et une petite portion des arcades. Tous les environs de Constanline sont montueux et assez bien cultivés. Les montagnes , au nord et au sud , sont dépourvues d'arbres. La rivière qui baigne les murs de

(jonstantine coule dans un ravin d^une in»mense profondeur ; à un quart de lieue de la ville elle joint ses eaux à celles dWe autre rivière , et il existe encore dans cet endroit cinq arcades à^ujx aqueduc.

La ville de Constantine est extrêmement peuplée ; les habitans sont très ennemis des chrétiens , et j^y ai reçu beaucoup d^injures.

Le bey avait plusieurs esclaves italiens. Son chirurgien , qui était Napolitain, me fit beaucoup d^amitiés et me donna plusieurs coquilles marines bien conservées , qui avaient été trouvées dans les montagnes voisines du Sahara.

Je demandai au bey une esc(»te pour me conduire à Bone, il me Faccorda de très bonne grâce.

Il y a ^iviron trente-cinq lieues de Constantine à Bone. Le chemin qui y conduit est très montueux ; les monts que Ton traverse la première journée , sont tous cultivés jusqu^au sommet; ils ont peu d^élévation et présentent plutôt Pâspect de coteaux que de montagnes. On y trouve des sources dWu vive, des ruisseaux et des ruines de distance ^i distance. A mesure que/Pon avance du côté de Bône , les

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montagnes s'^élèvent davantage , les ravins d#* viennent plus profonds. I^es monts sont incultes. A moitié chemin , nous traversâmes deux fois, à peu de distance, TOued-Seibouse, rivière considérable, qui coule vers Touest; son lit est parsemé de très gros cailloux roulés qui en rendent le passage décile et même dangereux, parce que les chevaux y tombent fort souvent. Cette rivière , en hiver , arrête les voyageurs pendant des mois entiers. Elle a son embouchure tout près de Bone , où elle forme vax Ut fort large et fort profond. Ses eaux coulent ici très tranquillement. A quel*ques lieues au-delà de TOued-Seibouse, on arrive à ime source abondante d^eau douce, qui sort de dessous des lentisques , et autour de laquelle sont des ruines. Cette source est à une très grande journée de Bône; un peu au-delà, à droite du chemin, on voit des ruines assez considérables. A quelque distance plus loin , dans le même vallon , en suivant le chemin de Bône, onrencontre un pavé antique qui monte sur les montagnes , et que Ton côtoie pendant près de deux heures de marche. Les cdtés du du chemin sontbord^ de grosses pierres carrées , et il n'^y à pas de doute que ce ne soit là

la route ancienne. Il y a dans ces cantons , sur le territoire des Gutîrfa , une source dWu très chaude, qu^on nomme Hammam -Miskoutin. Après avoir traversé les hauteurs , nous descendîmes dans une immense plaine qui s^ètend jusqu^à la mer , et qui peut avoir six à sept lieues de largeur.

La ville de Bone, que les Maures appellent Andb , est située au bord de la mer, le long dWe petite montagne, du côté du midi, près de Tembouchui^ de TOued-Scibouse. Cette ville est dominée par un château assez bien bâti, construit, dit-<m, du temps de Charles- Quint, sur le sommet de la montagne ; elle est entourée d^un assez bon mur, qui, vraisemblablement, a été bâti par les Génois. A b pointe de la ville, du côté dé Fest^ il y ^ aussi quelques pièces de canon, l^es maisons sont fouyertes partie en tuiles, partie en terrasses. On rencontre plusieurs colonnes en pierre ^ten marbre qui paraissent antiques ; les unes sont entières , et les autres par tronçons. Les rochers qui sont au nord de la ville, le long de kt mer, sont de marbre veiné; on y trouve aussi des veines de quartz et de beau mica. La ville a peu d^étendue. La compagnie d^ Afrique

y a un fort comptoir, et on y fait des chargemens. La rade de Bone est très mauvaise ; elle n^est presque aucunement abritée. Tous les environs sont bien cultivés, et Ton y voit de très jolis jardins plantés de vignes, d^amandiers et de jujubiers. La plaine qui s^étend au sud-ouest de la ville est basse, sablonneuse et baignée en partie. Il y croît beaucoup de kali et d^autres plantes marines. Les bàtimens qui viennent à Bone pendant lliiver sont obligés de mouiller à deux lieues plus au nord, dans la rade des Génois , où ils sont en sûreté. La rade de Bone ^st fort large ; elle s^étenjd à environ 12 lieues jusquW cap Rosa, qui s^avance beaucoup dans la mer. Bone est à i5 lieues de la Galle , et à environ 3o du Gollo ; c^est Tancienne Hippône. A une petite demi-^lieue au sud-ouest de la ville , on voit 14 grandes citernes situées parallèlement sur deux rangs, bâties très solidement en briques et en pierres unies avec un excellent mastic. On distingue encore très bien les conduits par où passait Feau. Les Maures disent que ce lieu était la résidence de saint Augustin. On ne rencontre presque aucun vestige de Tancienne Hippône. En suivant le chemin de Gonstan-

tine le long de la rivière de Seibouse, on distingue^ des deux côtés, plusieurs grandes pier^ res bien taillées qui sont sûrement sorties des ruines de Tancienne ville. J^ai découvert, près de là, une inscription si effacée que je n'ai pu la déchiffrer; elle était sur un puits construit par les Maures, dans un jardin près du chemin. Le long de la Seibouse, on rencontre les restes d^un ancien pc»:t ou quai presque entièrement détruit , qui a plus de 3oo pas de longueur ; et, sur les bords du chemin , Ton voit des mosaïques en briques. Je pense que Fancienne ville était près de ce lieu.

La plaine de Bone est très vaste et très fertile, elle est remplie de marécages. A environ 4 lieues de la ville, il y a un grand lac long et étroit qui, pendant Fhiver, communique avec la mer, et 6 heues plus loin à Pouest , il y en a un autre. Ces lacs sont couverts d'oiseaux de passage.

Le peuple de Bone est assez doux : on y vit en sûreté. Le commerce de la compagnie d'Afrique n'a pas peu contribué à civihser un peu les Maures de ces contrées. .

Outre l'Oued-Seibouse, il y a une autre ri-

vière ' qui vient de Pouest et se jette dans k mer près de Bone. Elle passe sous un pont de plusieurs arches, dont la construction n'offre rien d'intéressant.

Les montagnes situées à Pouest de Bone scttit assez élevées ; et couvertes de neige pendant Fhiver.

Pour se rendre de Bone à la Galle , on traverse la grande plaine qui est au sud de cette ville ; en côtoyant les bords de la mer , on traverse TOued-Seibouse à son embouchure , et après avoir marché pendant 8 à 9 heures dans la plaine en question , on trouve un terrain montueux, absolument inculte, couvert de broussailles , de chênes, de Uèges et de genêts éjnneux. Les ruisseaux de ces cantons sont ombragés d'aulnes et de saules. Aux deux tiers du chemin, il y a un douar et une maison pour les voyageurs , au bord d'un ruisseau. Tous ces lieux sont très sauvages et bons pour herboriser. Lorsque je fis ce voyage, les Arabes avaient mis le feu en plusieurs endroits. Les pieds des Uèges noircis donnaient un lu-

^ La Boudjimah.

gubre aspect à ce canton. Deux lieues avant d^aniver à la Galle , on passe près de deux grands lacs; le premier, appelé lac de Souc, répand une odeur infecte.

La Galle. — Étangs insalubres. — Pêche du corail.

Le golfe de Bône est terminé au nord-ouest, par le cap des Gardes, nommé par les Maures de la côte , Ras-elrHamrah ou le cap Rouge, à cause de la couleur que présente, en certains endroits, la roche dont il est formé. Un peu à Touest de ce cap est le fort Génois, où les bâtimens trouvent , pendant Fhiver , un assez bon mouillage. Le cap Rosa qui s^avance beaucoup dans la mer , forme Fextrémité du golfe de Bone au nord-est. A quatre ou cinq lieues du cap Rosa est un petit village , connu sous le nom de Bastion de France : cVst là que les Français eurent leur premier établissement sur la côte d^ Afrique; il reste encore une vieille tour qui a fait partie des bâtimens que possédait en ce lieu la compagnie française ,

établie pour la péohe du: corail. Le Bastion était assez bien fortifié : situé dans un petit vallon sur le bord de la mer , il offrait aux vaisseaux un port ass^ ccnmnode et à Tabri des vents du nord. Mais telle était Tinsalubrité de cette position que les épidémies emportaient annudlement la plus grande partie de ceux qui lliabitaient. Une année entre autres, les maladies furent si meurtrières , que de toute la gamiscm, il ne resta que trois bommes. Ces pertes continuelles engagèrent la com^gnie d^Afiique à abandonner le Bastion de France , pour former im nouvel étabbasemant àlaCalle.

La Calle est bâtie dans une presqu^e, sur un rocher de grès Ji gros grains ou grès à fil* trer . La presqu^ile est séparée de la terre ferme par une langue de terre basse et longue d^enrviron i5o pas. Le port est très étroit, peu IHXxfond, et son entrée est fort difficile ; il n^ Tient que de petits batimens. Tous les rochers Tcdsins sont de grès à filtrer, porcés de grands trous ronds perpendiculaires.

La Calle est à i5 lieues a Test de Bôné et a 7 à Fouest de Tabarque. Entre la Calle et Ta^ barcpie , est la tribu des Nadis , conq>osée de

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$ept à huit cents hommes toixs armés. Ce sont des montagnards vagabonds, qui ne paient tribut ni au dey d^Alger , ni a celui de Tunis , quoiquUls se diâcsii sous Ui dépendance de ce d^mer. Il n^est pas rare qu^ils égorgent les Français lorsque Oeux-ci sont obligés de s'écarter dans la campagne , pour les affaires de ia Compagnie; souTenft ilssWancent jusqu^aux. portas de la Calle et tirent des coups de iltsil dans Venoeinte. £n tç96 ^ pendant qae la pesle ravageait le pays , les Nadis veniiesit jeter dans la plaœ , par^dessus les murailles, des morceaux d'étoflfe qm avaient servi aux pestiférés. Ils ont beaucoup souffert de cetie cruelle oialad^, et leur nombre est aujourd'hui cpnsidérabkinent diniinué. Aussi serait* il fecile de. les dcnnpt^ si ks régence de Tu* nis et d'Alger voula^nt Paitreprendre.

Quoique le dey d'Alger n'aitpaf Youluconsentir à ce que la Ccnnpagnie fit fortifia la Calle, la place est néanmoins às^ez forte pour résisl^auJLteatfitiveisdes Nadis. Une garnison de 3oo hommes. et quelques pièces de canon suffisait pour les tenir en respect. On est cependant obligé de ménager ces brigands, tant à cause du commerce des grains que l'on Mi

Wtec eui , qoe ploiir avoir la Bberté d'envoyer leâ troupeaux paître dans la campagne . Il existe un traité en vertu duquel, lorsqu'un Arabe est tué par un habitant de là Calle, la Compagnie paie à la tribu 5oo piastres; si au contraire c'est un chrétien qui est massacré par les Arabes, ceuxKîi sont obHgés de payer 3oo piastres à la Compagnie; mais ordinairement ib tludent Texécution de ce traité,

La Calle est une position très insalubre ; il y périt quelquefois un quart de la garnison ; les maladies qui y régnent sont des fièvres malignes qui commencent vers le mois de juillet, et durent or^nairement jusque dans le mois d'octobre. LHnsalidmtéde Pair est due à trois grands lacfe située à peu diè distance et qui exhalent une odeur infecte , lorsque^ les chaleur^ ontfidt évaporer tinè partie de leurs eaux. Ce sdnt lé tac dés Niadifi^ à Test de la Callè, celui de S«.-Jéani au sud, celui de Souc à Touest*. Ces lacs <mt huit à dix lieues de circonférence ; ils sont très poiissoiîneux et leurs bords sont

' Pans la caite de Ifi prQviooç de Gonstaoiuiç !*«* cemment publiée à la direction du Dépôt, de la guerre y ces trois lacs sont nommés Oucd-Leurgh , Oued-Epgarah et Oued Boumalah.

couyerts d^oiseàux'aqimtiques. Le lac de Soue est à deux lieues à Touest de la Galle; pendant rhiver il isommunique avec la Méditerranée» C^est sans contredit celui dont rinfluence est la plus pernicieuse ; on ne peut rien comparer à Tinfection qui sVn exl^e. Il serait facile de le dessécher, et cette opération, peu coûteuse du reste, aurait dWmenses avantages , car on ne peut douter que le voisinage des lacs ne soit la source des maladies qui ravagent tous les ans la Calle ^ ses environs. Jamais , en effet, ces msdadies ne sont plus cruelles, ^ue lorsque le vent souffle du coté des lacs , et les soldats qui vont garder les troupeaux sur leurs J^oitls «sont bien plus fré<piemment at«teintsparlesfièvres,queles corailleurs qui sont presque toujoiu*s en mer,

La compagnie d^ Afrique a des comptoirs en plusieurs endroits ^e la côte; il y en a un en^ tre autres à Collo, pour le commerce de la cire et des cuirs. CoUo est une réunion de cinq ou six villages , au milieu dW cercle de montagnes, à 4^ lieues à Pouest de Bone. Les habitans sont peu civilisés et très mal disposés en Êiveur des chrétiens. L^agent de là Compagnie est obhgé d^avoir ses fenêtres doublées de fer^

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parée qu^au momdre sujet de mécontentement on tire souvent des coups de fusil sur sa demeure. hsL garnison turque est tn^ fidble pour réprimer ces attentats.

On pèche du coriôl sur toute là côte , depuis Bougie jusqu^à Bizerte. La madiine demi se serrent les pèeheurs, pour saiâbr et amener le corail, se nomme enfin/ en Toici la description: au bout à^\m fort câblede soixante brasses, de longueur , entouré de c(H*des dans sa partie inférieure , pour qu^il ne se coupe pas sur les rochers, sont attachés en croix deux bâtons de la grosseur du bras et longs de trois pieds environ. Une pierre, pesant cinquante ou soixante livres , est fixée au centre de la croix et seart à faire descendre la madiine au fond de la mer, A chaque bout des deux bras de la croix sont deux filets dont les C(H*des y peu tendues et grosses comme une plume à écrire ,^ forment des mailles larges d'environ douze doigts: ces huit filets, traînant au fond de la mer , accrochent le corail , et lorsque les bateliers sentent qu^ils ont saisi leur proie , ils.ramènent en haut les filets , au moyeii du câble, après avoir enlacé le corail

en Ëôsaiiitlaireau bateau pius^urs tours curcih* lairçs* Outre les filets attachés à la crois, ^ il y en à encore quatre autres fixés deux à deux au bout de deux cord.es longues d^une brasse^ qui partent du centre de rengin; c^uxK^ peutent ressaisir le corail qui est échappé aux autres^ ainsi chaque engin porte dôUze filets*

Chaque bateau proTencal en^lo^é à hi pèche du corail ^ est oionté pat* sept hommes^ un patron , un pilote et cinq matelots. U y a huit hommes sur les bateaux corses ; le patron se tient ordinair^pic^t au timcm; sa fonction est de jeter et de retirer Tengin-î II arriTi» souvent, lorsqu'il faut, enlever une ^*osse pièce de corail, que 1^ efforts des sept hcHEiimes réunis sont nécessaires pour r^nener en haut les filets. Les patrons provençaux péchait tour jours à la voile lorsqu'ils ont les vents et les coursais favoraUes ^ les Gwses et les Sîdliens pêcfaexit à la rame«

11 y avait autrefois quarante bid:eaux ewr^ ployés à la péché du corail; il li^y en a plus que trente aujourd'hui , et huit bat^oix ne prennent plus, dans une aimée, autant de oofail <ju'un seul bateau eu prenait jadis dans

fe mèoie espace de temps. Ces mers sont main* tenant épuisées et le corail ne se tenottvelle que très lentemeitt.

Les hautes montagnes indi(|uent ot^£nairenent les endroits ridies eh corail; Ce pté-' cnux polype ^e trouve le pkis souvent sur un ibad de rochers pareil à cewt f)ui entrent dsins h composition des montagiies de là côte; c^est pr^què partout du grès à filtrer. Le corail est très abondant dams le golfe de Bône, mais il est moins estimé que edtxi de lu Calte^ Cela Tient de ce quêtant sur un Ibbd fitngeux, oti en déracine beaucoup qui ne peut èlra enlevé à rittinre même y et qui lorsqu^on le ressaisit ensuite ^ a perdu de sa qualité.

Dans draqué bateau le {nxNlmt de la pèbhe est divisé en dûvete parts et 4pmie ^ dont quatre pour le pathm, deux pour lé pilote, une pour chaque niàte^ot et une et demie pour les frais de Pamiement du bateau. Les patrons r^ident le corail qtiàtre fois dans Tannée, la prennèreà Pàqu^, la deuxième à k Màdelane ( 22 joillet ) , là trcÂsième à la St.^Michel ( 29 septembre), et la quàtriènie à Noël.

Le bon corail est uni, bien rouge, non ca-^ rié ; on estime peu celui qui est blanc, noir

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ou d^tm raofiB pale* Le pîed da plus gros oo^ rail qtd te prenne peut scwcâr un poaœ de diamètre. Le prix du condl Tarie beanooup. La compagnie des condDeors acMte le plus beau au prix de i4 libres ; elle ne àoasoe que 4 libres] du conâl le plus menu. Les coraux les plus précieux sont ^iToyés en Egypte d^où ils passent &i Aâe; on en Toid aussi à Tunis, et beaucoup sur les cotes de Gninée^t La Compagnie le Tend d^HÛs 4^ jusqu^à 96 liyres. Des pièces de beau corail ont été payées jusqu^àcent louis.

Les bateaux pédbèurs s^^ignent de là côte à distance de troés., quatre et même cinq lieues. Il y a quelques années que lès Siciliens et les Napolitains, vont pèdier le corail, avec un grand nombre de bateaipL, autour de la Colite. Cest une lie déserfe, à quinze lieues de la CaUeet à huit lieues du cap Nègre ; elle a sept à huit lieues de circon£érence ; le sol en est fort pierr. reux; on y trouve des chèvres sauvages. Les Mahonais y font des chargemens de gaude; se$ bords , du côté du nordouest , offrent aux ■ petits bàtimais un assez bcm mouillage.

Vin.

Mémmre sur Pétat présent de file de Tabarque^ sur

. Ma conmierce et sur Tavaptage qu'elle procurerait à

la YmmXj si elle s^en rendait maitressey e^e., etc.

Vue de Tabaiique, que la nature semble avoir disposée pour mettre ses habitans en sûreté, est située sur les cotes d^Afrique, au irojaume d^ Tunis, Autrefois elle notait séparée de la terre ferme que par un trajet de pier d'^environ une portée de carabine; aujourd'hui elle y est jointe par une jetée ou chaussée; Êdte depuis sa prise par Ali-^Pacha, bey de Tunis, en tyJ^i ,

Sa position est des plus heureuses, non-* seulement pour le commerce de Barbarie, du Levant et la pédbe du corail , mais encore pour contenir toutes les puissances barbaresques dans les bornes de Thumanitë.

Elle est à environ 3o lieues à Pouest de Bizerte, i3 lieues à Fouest du cap Nègre, 43 à Fouest de la Goulette, 6 lieues à Fest de la Galle, premier pNort du royaume d^ Alger où^ la compagme de Marseille a un comptoir, et à 3o lieues à Fest de Bone. Dans un circuit d^environ une demilieue, elle a deux ports : Fun à F^$t, profure. pour les vaisseaux de guêtre ; Fautre à Fouest,^ pour les petits b&timeiis. Cetuî-ci jat\ que deux brasses et demie à trois brasses d*eau. Au milieu de cette île s^élève une haute montagne ou rôcber escai*pé dil.coté de la iner, dont le sommet est terminé par une très bfeHë esplanade. LW y est très sain. Voilà Fîle dé Tabar({ueHelle que la nature Fa fonnée; passmis à ses révolutions.

■ Sans remonter au-delà dèîs conquêtes de Charles-Quint en Afrique, ni lious embarrasser èS tabarque était habitée avanf ce tempslà ou non, nous poserons pour feit incontestable que ce grand conquérant, ayant reconnu par lui-même Pimportarice de cette île- et de dh position pbiu' la sAreté de ses conquêtes et du commerce, n'épargna rien pour la fortifier. Il fit construire au sommet de cette île

un château fort qiu sidmste aujourd'hui en son etitier ; il est presque înaceesâble, pour ne pas dire in^>retiablë. Il ]ieu{da Filé et la ibriiâa presquediuQa tout wh drouit. On y fit la pèche du corail, etc.

Après la mdtt de cet éisq^ereur^ Tdbarque tomba au pouToir dii Gratnd'-Sèigneur , de Bîême que la Goulette , et en général toute la côte de Barbarie. Cetle île resta peu de temps sous la dotoinatum turque : elle iîit oédéeà k êanille de Lomellini^ de Gênes, en échan||;e du bâcha à trois queues Dragut , fidt prison** niet* par iiue galère gétioise qui a|^partenait à cette femille. Le Grand-Seigneur doima des lettres-patentes écrites sui: parchemin en lettres d'or, en Tertu desquelles ladite fionille I^meUini joirirait en toute propriété et sou* veraineté de ladite île deTabarque, avec plein pouToit* de fiûre la pèche du corail le long des côtes de touto la Bari^arie, enjoignant aux puissances bàrbaresques de laisser jouir paisi* blement ladite famille de Lomellini dé tous les privilèges qui étaient p(H*tés dans lesdites lettres-patentes, même de la protéger contre les puissances qui voudraient Tinquiéter.

Dans la suite des révolutions de Barbarie ,

à mesure que les beys de Tunis et les deys d^ Alger secouaient le joug de la ÏPorte, ils resserraient les Tabarquihs, leur disaient acheter leur traB^ïiUité, et ne leur accordaient leur protection qu^à prix dWgent ou en exigeant des contributions annuelles. La Êunille de LomdUni ne pouvait les refuser sans s^exposer à perdre File, ou du moins la pèche du corail et son commerce de terre, n7étant pas ^1 état de faire un armement suffisant pour en imposer aux Barbaresques,. et continuer malgré eux son commerce et la pèche du corail. Ces raisons engagèrent la Êonille de LomeUini à céder, en 1728, à Jacques de Lomel- Uni la souTeraineté de Tàbarque pour la somme de 200,000 livres , et annuellement une branche de corail de la valeur de 5o piastres. Celin-ci envoya, pour gouverneur à Tàbarque, Jean-Antoine Giano, g^itilhomme g^ois, avec une garnison de 70 honmiespotir la garde du château et des fortifications sur le bord de la mer.

Les tributs que les Tabarquins payaient alors, et qu^ils ont payés jusqu^à la prise de nie en 1 741 , étaient, savoir :

i* A Tunisy chaque deux iunes^ on payait à la maison du bâcha la somme de 833 piastres et 17 aspres, qui f(ttit environ la somme de 1 ,667 livres toutes les deux lunes, et par an dix mille huit cent trente-cinq livres dix souSy ci iO|d35L lo».

2^ Au chaya de Timis , tous les ans^ a5o piastres^ et un certain nombre de branches de corail estimées i 00 piastres de Tunb, le tout faisant ensemble environ quatorze cent cinquante livres, ci 1 ,45o

3^ Aux habitans des environs de File deTabarque, on payait un tribut qui , joint à ce que Ton donnait aux otaget qu'on exigeait d'eux, allait environ k la somme de trob mille livres par an, ci 3,ooo

4^ A Alger, tous les six mois, six demicais^des de corail asdorU pour le divan, et un quart de caisse pour le dey ; ce quart était choisi et le plus gros. En tout, 6 caisses i/a^ estimées vingt cinq mille livres, ci a5,ooo

Ce tribut se livrait, à Tabarque, àun bolouk-bachi qui venait deux fob par an le prendre ; son voyage lui était payé par les Tabarquins à raison de 1 a piastres, et une branche de corail du poids de 3/4 de livre pour chaque voyage ; ensemble a4 piastres, &iaant deux cent ^ongt livres, ci aao

Report. 4o,5o51. los.

Une livre et d^mie de corail, estimée quarante livres, cï 4©

Total des anitributîons , quarante mille cinq cent quarante - cinq livres

^^^^' 40^5451. iOS.

Outre cette somme de 4o,545 livres 10 sous de tribut , les Tabarquins étaient obligés de domier des rafraîchissemens gratis aux corsaires algériens et tumsiensr qui f e|àchaiait dans leur île..

Sous le gouTememeitt de M. Gfiano, il y avait dans Tabai*que 34 coraKnes ou barques pour la pêche du corail. Chaque barque avait huit hommes d^équipsiçe, savoir un pa|tron e^ sept matelots. Les 34 I:|arqi^ coipc^po^^^ieiit donc ensemble un.p6râOi||iel4e I72 hoiÉMiies^ Chaque équipage exigeait ^éùx logemèns : un pour le patron et sa famille , Fautre pour les sept autres matelots, qui logeaient ensemble j et, s*ils étaient mariés, ils logeaient leurs femmes et leurs enfans à \%\p:^ fr^* Ceg 372 hw»r mes ne gagnai^t qu^à prôpoitticNi du txmSi qu^ils péchaient. On tenait compte de 4 livres 10 sous, argent de Gènes, aux patrons par chaque douze onces de corail qu^ils hvraient au magasin de la seconde, troisième et quatrième

espèce ou quaKté^ et 5 livres pour le même poids de la première qualité. Cétait là-dessus quHls devaient payer leurs matelçts, entretenir les filets et agrès des barques cp^on leur avait confiées* Op leur&isait, au pomij^^p^ement de chaque année , fme avance de 400 li-* vres ; On leur fouïnissait les filets , agrès et vivres à un prix fixe et médiocre, sur lequel cependant M. de Lomellini trouvait im bénéfice qui lui paya;^t a\|rdelà Fintérét de s^ avances.

Outre ces 272 kommes occupés à !a ' pèche du corail, ci 27^^ hom.

M. de Lomellini avait à sa soldé :

Un gouverneui^ qui avait le commandement sur tous les habitans de l'île et l'inspection dû commerce; ci 1

Un caissier, ci 1

Un garde-magasin ft un aide chiargé de l'achat de toutes les marchandises de terre, ci 2

Un écrivain pour les fours, qui distribuait lé pain, la farine et l*huile à tous les habitans de Ifle, ci ' 1

Un chanceUer qui tenait les écritures et livres pour le corail et les gens salariés, ci 1' '

Report, 278 hom.

JUpàti, , 178 lMmi< «Un magasinier pour la distribution du vin au peuple, ci 1

Un cantinier charge de la distribution du pain, du vin, de l'huile en détail aux gensàs(Me ; il était aussi chargé du détail de la fourniture des bois pour laconstruo tîon des barques et leurs équipages, ci i

Trois aumôniers, ci 3

80 hommes ou manœuvres , coupeurs de bois, porte-faix, et qui. Tété, étaient employés à remplacer les matelots liiala* des, ci 80

Deux constructeurs de barques et deux ûdes, ci

Quatre cal&ts et deux garçons, ci 6

Deux maîtres menuisiers et leiu*s compagnons, ci 4

Deux maîtres forgerons et leurs compagnons, ci 4 Un armurier et un compagnon^ ci a Six gai*cons pour moudre et lin chef, ci 7 Deux maîtres maçons et trois compagnons, ci 5 Deux menuisiers charpentiers, ci a % Une c(»Bpagnie de 70 soldats conunais^ dés par un lieutenant et cinq caporaux , pour la g^e des fortifications et pour les escortes, ci 76

Total des hommea à la solde de M. Se Lomellini. 471 hom.

. La seule p^he du corail fournissait au-delà pour la solde de ces 4?^ hommes, Pentretien des barques, des magasins, des fortifications, le paiement des contributioiis ci^devant dé* taillées, et tous les autres £iux fi:^ imprévus^

M. de Lomellini avait donc, de profit clair ^ net, tout celui que Ton &isait dans le cornvofsrce de terre, qui consistait dans les articles suivans :

1^ Les blés, orges , légumes , dont oa âdsait plusieurs chargemens, surtout dans les années d^abondance.

2"" Huit à dix mille cuirs qu'on achetait chaque année, et sur lesquels il y avait un grand profit. Les grands cuirs ne coûtaient , prix fixe, que 19 sous; les médiocres, i4 sous 3 deniers ; les petits, 4 sr ; 9 deniers, et ceux entre les petits et les médiocres, 9 sous 6 de^ niers, monnaie de France.

3"* La cire et le miel, d<»it on faisait des adiats considérables.

4'' L^^ laines % dont on faisait plusieurs ehargemens.

' Les laines les plus estimées sont celles de Sfax et du Feledulgérid j ensuite viennent celles du Maroc , puis celles d'Algei', enjRn celles de Constantine.

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