II
Observaticwns sur les plantes économiques qui croissent dans le^royaumes de Tunis et d'Alger.
Nous traiterons, diuis ce travail, des diverses jroductions économiques que Ton cultive, ou qui croissent nàjturellement et sans <ïùlture, dans les royaumes de Tunis etd^Alger ; mais, avant d'entre dans ces détails, nous dirons rni mot de la situation, du sol et du climat de ces deux royaumes, parce que ces notions s(mt essentiellement liées à Tobjet que nous nous prc^osons de traiter.
Les royaumes de Tunis et d'Alger s'étendent, à peu près de^ Test à Fouest, depuis les confins de Tripoli jusqu'à ceux de Maroc ; ils sont bornés l'un et l'autre, au nord parla Méditerranée, au sud parr le désert de Sahara. Le premier commence à l'île de Gerbi dans la
ite Syrte , et se prolonge jusqu^à la rÎTiëre ZaÏD à enTiron i3o lieues yers Touest; le ond s^ayance de près de 24o.lieoes à Foc-^ ent de cette rivière, et se termine aux moiK nés de Trara. Leur largeur % qui esta peu ^ la même, est de 120 à i3o lieues.
Toute la partie méridionale du royaume de mis, si Ton en excepte les environs du dért, n^est, pour ainsi dire, quWe immense une sablonneuse et aiide, où Ton ne trouve i^un petit nombre de fontaines et de r uisseau^;* le n^est guère cultivée que le long des bords ) la mer, et Folivier en fait la principale rilesse. Cette du nord-ouest, au contraire, qui t parsemée de mon&gnes et de collines, est oins sablonneuse, plus arrosée et plus fertile ; territoire de Fancienne Carthage, les bords X Megerdah, les environs de Sbiba, de Testur, deBéja, deTabarque, produisent chale année d^abondantes moissons qui font un es principaux revenus de la régence. Dans resque toute Fétendue de ce royaume, la ^rre est imprégnée d^une si grande quantité le sel marin, que la plupart des sources y som
* Du nord au sud»
saumàtres, et il n'est pas rare de voir , lors-*que les chaleurs de Tété ont fait évapoi^eir les eaux stagnantes dans les lieux bas , des e^aces considérables de terrain couverts d'une croûte de ce sel qui avait été dissous et amassé par les pluies de l'hiver.
Le sol d'Alger^ qui est t;omposé presque partout d'une terre argileuse mêlée de sables et de débris de végétaux, est en général plus fécond que celui de Tunis. Les montagnes j sont plus élevées, et les pluies y tombent en plus grande abondance. Les plus riches cantons de ce royaimie sont les environs de Constantine, de Bone, les plaines de la Mitija auprès d'Alger; celle de Mayané à 25 lieues au sud-ouest de cette ville, de Habra, de Mascara, de Tremesen près le royaume de Fez. Ce superbe pays est entrecoupé d'une multitude de ruisseau;^ qui descendent de l'Atlas ; les plantes s'y renouvellent sans cesse dans toutes les saisons de l'année, et l'on y récolte les plus belles moissons de toute la Barbarie,
Le mont Atlas, qui traverse les royaumes de Tunis et d'Alger, est divisé en deux grandes chaînes principales qui courent d'orient en occident ; l'une , qui est connue sous le nom
petit Atlas « commence prè$ do Taharque^ r les confins de la régence de Tunis, et te plonge le long de la Méditerranée jusque as le royaume de Maroc ; Fautre, que queles géographes ont nommée le grand Atlas ^ toie le désert parallèlement à la première , en fixe les bornes du côté du nord. Suivant irmol, celle-ci jH*end naissance à environ 80 les enr-deçà de llSgypte, et va finir à FOcéan ndental ; ces deux grandes cluones de monr nes, souvent réunies de distance en distance * des chaînons intermédiaires, opposent une lière aux nuages qui sont presque toujours enés par les vents du nord; ils s'y arrêtent,
condensent, s*j résolvent, et c'est sans ite à cette cause qu'il feut attribuer prinilement la sécheresse qui règne pendant é dans la partie du Sahara, tandis que les ttrées qui avoisinent la mer sont arrosées idant l'hiver par des pluies bienfidsantes les tempèrent et les fertilisent.
jBS naontagnes qui bornent le désert sont les, et ne produisent qu'un petit nombre plantes et quelques arbustes. Elles sont 5 élevées que celles qui avoisinent la mer, les plus grandes rivière y prennent lei^r
fdurce. Les eircbiistaiices ne m^ont pas per- BUS de mesurer k hauteur perpendiculaire^ ma^ je doute néanmoins qu^elles aient plus de ii£ à i5 eents toises d^élétation au-idessus du xiireau de la mer; aucune de celles que j^ai yues. p^idant rélé n^avait de neige à son sonunet. JLes plus grandes montagnes du petit Aths^ tdles que le Jurjura sur le chemin d^Alger à Constantine, celles de Belideà i!2 lieues au sud <l'Alg«r, de Mayané, de. Cericé à aS Beues au sud-ouest de cette ville, ne conservent les aeiges que jusqu^au commencement de mai» C)eUe&-ci sont très fertiles, et les Arabes les cultivent jusquW sommet dans quelques en-^ droits ; mais presque partout elles sont couvertes d^épaisses forêts. Le lentisque , Polivier^auvpige, le jân de Jérusalem, le chêne aux glands doux, le liège, le peuplier blanc ^ le genévrier de Phénicie, sont les arbres qui y dominait» Le laurier rose y croît aussi en abondance, il se plaît dans les Keux Kumides, et pendant les plus fortes chaleurs de Pété , lorsque la sur&ce de la terre est brûlée par le soleil , les fleurs de ce bel arln^e brillent de tout leur éclat; il forme une bordure rose le long de tous les ruUseeux, et eoi dessine tous
contourià depuîale sommet de$ montagtieà que dans les vallées et dans les plaines* Un grand nombre de rivières et de ruislux , qui prennent leur source dans les mon- ;nes de FAtlas, arrosent et fertilisent le tepoire d^Alger. La direction de leur cours ; en général du sud au nord; aucune de ces dères n'est assez forte pour porter bateau ndant Tété^mais plusieurs deviennent très nsidérables lorsqu'elles ont été grossies par » pluies de rhiver, et diles arrêt eut quelque^ is les voyageurs au passage pendant des mois ticars.
On jouit en Barbarie d'un très beau climat, iriiculièrement le long de la cote; il y gèle rement même au plus fort de Ffaiver, et le lermomètre de Réaumur se soutient ordinrement dans cette saison à huit ou dix derés au-'^essus de zà:o.
Les pluies, qui commencent à tomber vers i fin d'^octobre, continuent par intervalles isqu'au^ premiers jours de mai; une partiçu^ tfité qui mérite d'être observée , c'est qu'el- $8 viennent toujours avec les vents du nord [ui régnent ordinairement pendant l'hiver, andis que les vents d'est et du midi, qui souf-
fient presque toujours en été, amènent cons^ tamment les beaux jours. Un missionnaire m^a assuré, d'^après des observations qu'ail avait faites à Alger pendant plusieurs années consécutives, qu^il y tombe 3o à 36 pouces d^eau paran\
Lorsque le ciel est bien pur et que les vents sont au sud, on jouit pendant Fhiver, sur la côte de Barbai'ie, d^une température presque aussi douce que dans nos beaux jours de mai. Dès le moî^ *^<' janvier, la terre se couvre de verdure, les amandiers, les pêchers et les abricotiers fleurissent et, dans le courant de mars, tous les arbres se parent d^un nouveau feuillage. Les pluies cessent au commeiicement de mai, et le ciel est toujours pur jusquW retour de ITiiver. Les grandes chaleurs ne commencent à se fisdre sentir que dans le mois de juin, et elles continuent jusqu^à la fin de septembre ; pendant ce temps le thermomètre se soutient presque toujours, à Fombre aumiUeu du jour, depuis 26 jusqu^à 82 degrés ; mais lorsque lea vents soufflent de la partie du désert , une vapeur embrasée se répand quelquefois dans
* Voy. Prot^îneêde Consitmtine, p. i36.
Tj on se renferme dans les maisons et Ton a Qe à^y respirer. De Tautre côté de TAtlas , >t-à-dire à ioo ou 120 lieues au sud de la 8, on éprouve une température fort diflféte. Ces contrées brûlantes ne sont presque lais rafraîchies par les pluies, et les sables s cesse échauffés par Pai'deur du soleil, eiitiennentune vive chaleur. Pendant les mois janvier et de février 1784 que je passai is le désert, le thermomètre se soutint, à nbre au milieu du jour, à i5 ou i G degrés; lonta même jusqu^à 24. Les orges étaient épisy et Ton en fit la récolte en mars. Les leurs y sont excessives pendant Fêté, et les itans abandonnentleurs maisons pour cherr la fraîcheur dans leurs jardins à Tombre dattiers. Les bords du SahsCta jusqu^à 5o 5o lieues au sud du mont Atlas , qurâque ornent arrosés par les pluies , sont néanns fertiles en beaucoup d^^idroits ; à la véon y récolte peu de blé, mais le dattier y it en abondance. Ot arbre précieux tient de moissons aux habitans de ces contrées, Durnit presqu^entièrement à leur subsis* ;e. La fertilité de ce sol sablonneux et &ê, u*ence si aride, est due aux rivières et aux
ruisseaux qui découlent des montagnes de FAtlas, et se perdent dans les tables du désert, comme dans une Taste m^, pour reparaître en divers Ueux^où ils forment même des lacs dWe étendue considérable. Dans toute la partie qui S^étend au nord du Sahara, on cultive plusieurs eq>èces de blés, tels que le fixement, Porge, le maïs, le sorgho, le millet à chandelles, etc. Nous ferons mention àe ces différentes sortes 4e culture, et même de plusieurs autres qui sont en usage dans ces contrées.
Cest ordinairem^t dans le mois de novem^ Iwpe, lorsque les premières pluies ont arrosé lai ^rre desséchée par les chaleurs de Fêté, que Fon fait les premiers labours : il arrive néanmoins quelquefois qvCon ne sème les blés que> dans le mois 6e décembre^ ou même de janvier, lorsqu^il ne commence à pleuvœr que dans cette saison, car c^est; toujours la diute des pluies qui fixe le temps du labourage.
On laboure avec des chevaux, des. mules, des boeu&, ou même des chameaux. La chai>ruç que Fon emploie est fort différente des nôtres ; elle n^a point de roues , et elle est (^mp9^ seulement de cinq pièces principah^. Un mû moroeau coudé (Mresquè à angle
oit m formé le corps : la branche posté- (ure fui sert de manche esl simple ; la parinférieure est destinée à recevoir le soc. timcm est légèrement convexe, fendu à son trémité inférieure, qui va sHnsérer dans Qgle du corps de la charrue, où il est fixé et dntenu par «m gros coin de bois. Il est percé es sa partie antérieure de quatre trous , où a implante la cheville sur laquelle agit Fef- *t des boeufs; selon quVm avance ou qu^on ule cette dieville, la charrue laboure plus moins profondément.. Le sôc, ou la troine pièce principale , est obtus , convexe, s petit que celui de nos charrues; il a la ne d^une large truelle. J^en ai vu dans »lques cantons qui ressemblaient à des os. Enfin , la quatrième et la cinquième ;es consistent en deux morceaux de bms ^éi inférieurement, à angle aigu de chaque 3 de la partie inCkîeure du corps de la rrue; ils servent à reorverser à droite et à che la terre que le soc a divisée, lette charrue est moins avantageuse que nôtres; dUe ne fait pour ainsi dire qn^ej^ rer la terre^ et je doute quVlle id!k>ure à de cinq à six doigts de profondeur. A
chaque tour elle trace deux demi-siUons, et dans le milieu de chacun il reste touJQiirs une langue de terre qui n'est pas divisée.
Les Maures et les Arabes dioisissent le plus beau grain de Tannée pour semence; au défaut, ils emploient celui de deux ans. Ils font ordinairement deux labours pour le froment , qu'ils sèment le premier de tous les blés. Lorsque la terre a été suffisamment humectée par les pluies, ils la retournent; et après Fa- Toir laissé reposer pendant une quinzaine de jours, ils y jettent le grain, et le recouvrent aussitôt avec la charrue, en coupant en travers les premiers sillons. L'orge se sème ordinairement douze à quinze jours plus tard que le froment, et on ne £sdt qu'un seul labotur pour cette espèce de blé. Les cultivateurs ne sont pas dans l'usage , comme en France , de briser les mottes avec la pioche et la herse; ces soins paraissent inutiles ; il faut avouer aussi que la terre , qui est légèrement sablonrneuse, se divise plus Êicilement par l'acticMi du soc de la charrue.
La richesse de la récolte dépend principalement de la quantité des pluies qui tombent pendant l'hiver ; et quelqu'abondantes qu'elle
nent, jamais elles ne sont nuisibles. Il est lêûie nécessaire qu^elIes continuent jusqu^aU )mmencenient de mai , pour que les récoltes 3 froment soient assurées; et Ton a souvent i, lorsque les sécheresses commençaient à gner avant le temps , les plus belles moissons isséchées tout à coup, et les laboureur^ ompés dans leurs espérances au moment où
se préparaient à recueillir le £ruit de leurs ivauxw
De Tautre côté de FAtlas, sur les bords du bara, où il ne tombe qu'aune petite quané de pluie, on arrose les blés en Êdsant des gnées aux rivières et aux ruisseaux : tous
champs sont partagés en petits carrés ; ils mmuniquent avec des rigoles qui servent à nduire les eaux destinées à arroser la terre; e est si sèche et si aride , qu'elle ne saurait )duire sans ce secours* On donne oroinainent Feau cinq à six fois aux blés , depuis le »ment où ils commencent à pousser le lume , jusqu'au temps où le grain est bien mé dans Fépi ; à chaque fois on la laisse ivrir la siu*face de la terre pendant trois à atre jours.
On ne cultive, sur les côtes de Barbarie,
qu^une seule espèce de firoment, odlè qui est connue en France sous le nom de blé dur, ou de blé barbu : c^est une variété très remarquable et facile à distinguer ; son chaume, d^ar* près Fobservation de M. Tabbé Tessier, est presque plein, et non fistuleux, conmie dans pn grand nombre de nos fromens, L^épi est aussi plus renflé , et le^grain a une forme plus allongée en proportion de sa grosseur; enfin, les produits qu^on en retire sont fort dififérens, ainsi que.nous le vetroùs ci-après« Uorge à six côtés [hordeum hexastychum) est la seule que Ton cultive en Barbarie ; cette espèce est , comme Ton sait, dW revenu considérable, et réussit très bien dans les pays chauds.
Le sol est si fertile sur les côtes d^Afrique, que, sans y mettre jamais dVngrais, il pro^ duit de très belles moissons. A la vérité , le nombre des habitans étant peu considérable relativement à Fétendue du pays, on est dans ' Fusage de laisser reposer les terres pendant plusieurs aimées. La grande quantité de sel marin qui s ^ trouve mêlée en beaucoup âHtaor droits, ne serait-elle point aussi une des causes principales de la grande fécondité de ces contrées? Les bonnes terres rendent sou-
trent clepuis douze jusqu^à vingt pour un , eft W m^a assuré que dans qi]dk]ues cantons )Ues donuii^il jusqu^à cinquante et phis : ce iroduH eii bien au-dessus de cehii de nos aeilleores terres, dont la culture exige tant le soins et de traYaux^.
Les blés talfent beaucoup en Barbarie, et il ''est pas rare d^en toit unseul grain produire n très grand nombre de tigesw Le docteur baw^ rapporte qu'Hun khalif de la province de remessen apporta un jour à Alger une souche 3 frc»nent, qui avait quatre-vingts chaumes *ovaius de la même semence, et que, dans le contestation survenue au sujet de la fé'^ »ndité de TEgypte et de la Barbarie , un émir ait envoyé au Caire cent vingt tiges sorties un seul grain de froment. Pendant mon séiir en Afrique, les Arabes m'ont cité plu- !urs faits analogues à ceux que je viens de pporter« Il paraît même que ces contrées dent encore plus fertiles autrefois qu'elles
le sont aujourd'hui, sans doute parce 'elles aident cultivées avec plus de soin. On luve dans Pline plusieurs exemples frap^
T. ï, p. îi85, tr.fr.
pans cpii le prouvent, et qui méritent d'hêtre connus. E modioy dit cet auteur. . . in Bjrzacio -africœ campoy centeni quinquageni modU redduntur. Miêit ex eo loco Di^o Augusto procuraior ejus ex uno grano , vix credihile dictul quadraginta paucis minus germina} misit et Neroni simiUter treomta et sexa^ ginta stipulas ex uno grano; exstant de ea re epistolœ^.
Les firomens produisent de très beaux épis; j^en ai mesuré qui avaient jusqu'^à cinq pouces de longueur, et Shaw raconte qu^il n^est pas rare d^en voir deux sur le même chaume. JV vouerai cependant qu^il mV été impossible de vérifier cette observation.
Les blés sont sujets à la rouille et au cbar^ bon , comme en Europe. J^ai aussi observé en divers endroits plusieurs épis de froment attaqués de la carie : ces maladies ne m^ont rien offert de particulier. Les Màureâ et les Arabes n^emploient aucun moyen pour les prévenir.
Les grains sont encore quelquefois dévorés en terre par des v^rs, et, au rapport des habitans, les brouillards épais, qui régnent sou-
» PUn. lib. XVIIl, ch. ii, éd. Hard.
3nt en hiver le long de la cote du royaume Alger j dessèchent et lurûlent fréquemmentles oissons : mais les sauterelles sont un des plus doutables fléaux qu^on ait à craindre. Cest (rs le mois d^avril, lorsqu'elles sont encoi*o i larres, qu'elles exercent leurs plus gi^ands vages. Dans Certaines années, elles sont en grand nombre, qu'elles couvrent la sui^ace ! la terre de plusieurs doigts d'épaisseur ; es dévorent jusqu'aux tiges des plantes , et laissent aucune trace de verdure sur leur ssage* Il ne paraît pas qu'il soit possible de )uver aucun moyen de détruire ces insectes ilfaisans, tant leur nombre est prodigieux; >eine peut-on en préserver quelques jaris, en apostant des hommes qui les écrasent 3C de gros bâtons, ou autres moyens ana* ;ues. On en est assez promptement délivre squ'une fois elles sont devenues insectes ^ùdts ; les vents les dispersent alors et en *asent ime grande quantité contre les ai^ 5S , la terre et les rochers ; souvent même ^s sont emportées dans la mer. Une multile d'oiseaux leiu- livrent une guerre conti- 3lle. Les cigognes et surtout les roUiers en misent beaucoup pendant le printemps et II. 18
Tété. Je Suis aussi porté à àtoitë , è^a|*rès 1er témoignage des gens du pays , qtte lès étourneaux, dont on voit dès vols si noÈbbreux que le ciel en est quelquefois obscurci , ctinsi que beaucoup dVutres oiseaux de passade, telâ que les vaneaux, les pluvieH , les bécassines , qui viennent en grandes trôtipespènjclàntlliivér sur les côtes d^Afrique, et qui habiteiit (Principalement les marécages et lès lieux htimîcleSr, où ces sauterelles déposérit lèun^ oéùfe, eii dévorent une grande quantité, et mettent lin obstacle à Fétonnante teprodtiétîon de ces insectes.
Les Arabes de rîntërîeitf des terres et par^ ticulièrement ceux du désèil savent tirer parti de quelques' espèces de sauterelles J ilis en Ramassent tous les àiiS de grandes pt'bVisiotis ^ les salent après les âVbii- fait sécher an soleil j et les mangent ainsi prépaf^éefe. Cette côututflè s'^est conseirvée partiii ces peuplés dèpliis biëé des siècles.
Les moineaux font aussi bèaUcôiip de ravage dans ie temps de la moissbn ; ces ttiséâux sont en si grand nombre dans certains csthtbhs dit royaume . d^4lger , particulièrement dû côté deMayané, qu'ails couvrent quelquefois
s ptaines; iU mangent et font tomber à lerre le quantité considérable de grains, quelques ins qu^on prenne pour les écarter. Les ger-* uses et une autre espèce de rat , connue sous nom de gird , étaUissent leurs nombreux imiôles au milieu de champs ensemencés , font aussi beaucoup de dégât* Plusieurs plantes malfaisantes naissent parles blés et leur sont très nuisibles, sOit en [yant la terre des sucs destinés à leur nourure, soit en les étouffiint ou même en leur nnant un manrais goût : tel est par exem- Pasphodèle blanc [asphodelus ramosus).
Lte plante, très répandue dans les campa* ^s, Élit beaucoup de tort aux moissons; ses ines , composées de gros tubercules chai> \ , pompent une quantité considérable de s; ses feuilles nombreuses et touffues, si que ses tiges longues et rameuses qui se eloppent avant que les blés soient parvenus terme de leur accroissement , les privent r et les empêchent de s'élever, L'^aspho- 3 leur communique aussi un goûtdcsa- 5d>le , et les habitans du pays m'ont assuré les bestiaux refiisent de manger la paille
et Therbe avec lesquels cette plante nuisible avait été mêlée.
La bisnagre {daucus vùnagà) est aussi très préjudiciable aux inoissons. Cette espèce de carotte croît abondamment dans presque toutes les plaines des environs de Tunis, et dans plusieurs autres cantons de la Barbarie* Plusieurs espèces de vesces s^attachent aux blés par leurs vrilles , les entoiu^ent de leurs tiges et les font verser. Dans quelques endroits de la province de Fouest du royaume d^Alger croît une espèce particulière 4e réglisse dont les feuilles et les tiges exhalent uiie odeur très fétide quVUe communique aux blés et aux fourrages , et qui répugne également aux hommes et aux bestiaux.
Là folle avoine {assena sierilîs) est aussi très répandue en Afrique , particuUèrcment dans la partie occidentale du royainne de Tunis« On sait combien cette plante , si difficile à dé^ truire , à cause de la chute prématurée de ses graines , est pernicieuse aux blés en absorbant les sucs destinés à les nourrir , et en les suffoquant par le nombre de ses feuilles et de ses tiges. La folle avoine dévaste tellement les
hanqM ensemencés, que Ton croyait ancîei^ ement que les blés se changeaient quelquefois Q cette plante. Les Arabes arrachent les lauvaises herbes qui Tiennent parmi les loissons ; cVst le seul moyeai quHls ^uploient ourles détruire.
LWge , de même qu^en Eurc^, est le pre^ lier grain que Ton récolte en Barbarie. Le »ng de la côte on la coupe vers la fin d^avril il dans le conmiencement denud. La moisson Li fi*oment se fait environ un mois plus tard; tais dans le désert, le$, récoltes d^orge se »nt dès le mois de mars« La Êiucille dont on se sert pour eouper le é est différente de la nôtre; elle est plus p&p Le, coudée dans sa partie moyenne, et ne anche que depuis sa courbure jusqu^à la >inte.
On ne coiqpe que lé tiers supérieur de k. dlle, et on amoncelle le blé lié par poignées iprès du heu où Ton a dessein d^en fidre irtir le grain.
On est dans Fusage de ibuler les Mes pour s égrener. Après les avoir étendus sur Taire >mme en Europe , on fait passer dessus des îites 4© charge à divei^sés reprises; ou s^^ert
«usaiy pour le même objet^ dhmB sorte » table faite de deux ou 4rais plandies woàm ensernUb «t dont la suiHbce infiéneare^st pai^ semée de clous , de lames de 1er et de petites pi^:Tes trancliantes* On la fait traîner sur le blé par des mules, des bœufs et autres bètes de charge* ûes mo jms sont itrès expéditifs , et il ae peond moins de ^grains tfOÊe quand les Mes sont £rappés a^ec le fléau; mais aussi la paâlelNrisée en petits morceaux ne peut servffqu^à la nourriture des bestiaux : à la mérité ils la préfèrent à iceUe cpn n^«st point badiée.
LVvoine n^est point cultivée en Afinque : VoTs^ y sup^ée ; on «n donne «ax cheraux^ auK ^Bidies, et même ausc antres bestiaux p^i- «Unt Fautomne, ioc«€{ue les ^lurages man-^ «fuent.
Les Arabes ne vannent point les blés ; après «n a^oir sqparé ia paille^ ils ies jettent avec -des pelles à Topposéclu T«at,<(|ui en emporte iapoussièm M ies <coi^ légers. Avant ^e les moudre, les femmes les étendent ^u:*<des tables et en^pra»ei»t les pierres, 4e sabU et autres coips ipesans que «racftion'âu vent n^avaît pasenlerés.
Pour conserver les blës , ^m les enferme
an$ djç grimes fos;ses aj^lées matamores ^ reu^ées 4aqi3 des hmxx, secs et élevés. EUes >n,t FOÛtéfBS, très él^iwtes à leur ouverture» ; ,or4^nairejn^ei4 u^ez vastes pour contenir à 4pp ^l^a:ges 4e hl/é. Lorsqu^^es sont fîij^s , <^ eff. %»aie ^n Fentréerayec une r^ fîfiTfe que Ton recouvre de terre. J^ai il ^elpue^is4eui^ (9jgL4roi$ cents matamores m^ un ^ôpie lieu j ce 4pnt là les seuls greers 4e$ Ar^es j jls ^^g^nt peu de 6:*ais et ne îmandept prea^pie aucuoie i^éparation. l^e blé ù .ç^ ^ la smiÊiQB .géraient forme une croûte BAvkçin un pQuqe 4^épaisseur, tandis que, jgiB ^e centre., jiji -^e .CQnçerve poiu» Tordinaire nds^t long-^mps sans prendre^, aucune auyaise qv^lité. Un négpciapt français, étai depuis Jbien des Menées à Alger, mV dit en çà^ ad|;^é qui avait été repfermé pendant [igt ^1]^ daijis des matamores, saps qu^il eût ufTert aucun donu^age, et des Arabes m^ont sure qu^ib en avaient ccmservé dans ces fos- $ pendant qu^urante années. Ces sortes de envers sont très ^til6S dans un pays où le is grand nambre des hahitanfi vivent sous s ieutes, et où ,ran est peu dans Tusage de tir. Les mi^aipqres ont encore d^autres
avantagés : c^^est que le blé n^ est jamais exposé aux différentes impressions de Pair, et que les insectes qui le mangent, et les animaux qui le gâtent avec leurs ordures dans nos gre-. niers, n^y sauraient pénétrer pour peu que les fosses soient bien fermées. Il arrive néanmoins quelquefois que le blé prend un mauvais goût dans les matamores, lorsqu^on 1^ renferme avant qu^il soit parfaitement sec, ou bien lorsque Fou a creusé ces fosses dans uH terrain humide ou dans un sol d^où il se dégage quelques exhalaisons de mauvaise odeur.
Dans les années d^abondauce, le blé est à très bon marché sur les côtes de Barbarie, particuhèrement à Alger 2 le pain y vaut à peine six deniers la hvre. Là régence achète les blés à très bas prix aux Arabes , pour les révendre aux négocians chrétiens, sur lesquels elle gagne considérablement. On en charge tous les ans un grand nombre de bâtimens pour Marseille et PItâlie.
On moud le blé dans les villes avec àes :pijeules tournées par des chameaux ou par des mules : car Fusage des moulins à vent ou à eau est absolument inconnu en Barbarie. Chez |çs Arabes ,^ les femmes soat chargées de ce
m^e de travail; elles se servent de petites Bules dW à deux pieds de diamètre, qii^elles ui^ent avec la main.
Les fromens se réduisent par la mouture
semoule, en farine et en son. La semoule t composée de petits grains durs, jaunâtres
anguleux. Cest la partie du blé la phis finissante ; elle sert à faire le pain blanc, idis que la feurine , qui est naturellement mche, se convertit en pain noir d^une quaé bien inférieure au premier.
Les Arabes séparent le son avec un crible t de petites tiges de quelques graminées, >nt les interstices donnent passage à la fale et à la semoule ; puis ils se servent dW nis de soie pour séparer la semoule de la ine.
Les produits du blé sont fort différens de ux d^Ëui'ope , et ne sont pas même tout-à-r t semblables dans tous les cantons de la rbarie. 8o livres de bon blé des environs
Constantine que j'ai fait moudre, ont donné ' livres de semoule, 4 de &rine et 6 de son ;
livres de cette semoule ont produit environ
livres de très bon pain blanc.
Les bfés de la partie occidentale du royaume
d^Vlger contiennent un peu plus de farine que ceux de Constantiiie, et par coosëquenX ils ont moins de valeur, 70 livres de beau blé des environs de Masciura ont rendu 43 livres i/a de semoule^ li 1/2 de farine et 1 4 de son. 29 livres de semaide ont produit iy livres 1/2 de pain blauc.
Il est très vraisemblable qu'une températiu'e plus ou moins chaude, sèclie ou hmnide, occasione, même d^ une annceàTautre, des ditTérences sensibles dans ces divers produits des grains.
Les Aral>es ne mangent que rarement du pain; lorsqu'ils en font, ils n^ ajoutent point de levait», et ils le font cuire sous la braise. Ils prcpari^t avec la semoule un mets qui est très en usage parmi eux. Pour le faire ^ ils mettent la semoule dans inie bassine, et, après y avoir jeté un peu d'eau, ils la remuent avec les mains ; plusieurs grains de cette substance se réunissent et sV^rondissent par le frotte^ ment : c'est ce qu'ils appellent cou^scoussou. lia le font cuire à la vapem de feau bouillante, dans un vase de terre dont le fond est percé comme un arrosoir ; ils y ajoutent ensuite du beurre, du lait, de la viande même , et Passai-
iBWt arec di^^ws iàvomtàm^ Uàà ifoe le poi- ;, le gingembre, le si£*aii, etc* Cet aliment
très nourrissant et très recherdié des ibes.
Les autres blés cdtÛTés sur les côtes ^e rbari^, tels que le mios, le scMrgko, la dreti millet à chandelles, se sèment dans le mois vril, de la m^ne manière que le jEroment et *ge^ €^estrÀ<rdire en jetant la semenoe sur la face de la terre et «n la recourrant ensuite k; la €Jianriie. On est oUîgé de les arroser LTent, depuis le moment où le grain a été \ en tcrre.presque JusquW t^nps de la réte, soit en pratiquant des conduits qui cornniquent av«c les nvièces ^ les ruisseaux
Yoisînaf e ^ fiodt en creusant des puits >rès djes ^Jttttaps ensemencés; ik en enlè- Lt Teau avec ànd grands seaux de cuir attaîs k re:iUrémité d^une corde qui passe sur 3 pooUe mobile suspendue dans Pangle que ment deux grosses perches placées oUi- 3meat de chaque coté du puits, et qui vont croiser à ^uekfixes pieds au-dessus de son v^erture. lin chaneau ou toute autre béte sQDAme, &à s?éloigmnt .et se rap|M*odiant ecten^at du puits, £nt monter et descen*
dre alt^tiatiTemeiit les seaux, qui versât^ Ueau dans un réservoir d'où dite se distribue au milieu des chants cultirés* Ils se serventaussi du chapelet pour le même objet; cette machine, qui est simple et très commode, est d'ailleurs si bien connue qu'il est inutile de la décrire.
Les grains dont nous venons de parler^ sont mûrs dans le mois d'août. La farine, que l'on mêle ordinairement avec celle de fixement oh d'orge, est employée à la nourriture des hommes ; les feuilles offrent un très bon fourragepour les bestiaux, et sont très utiles dans une^ saison oh la terre est absolument aride.
Le long de la petite Syrte, du coté de Sfax^ <m cultive le millet d'Italie (panicum italicum )* et le coracan (vjrr^osurus coracanus). Ces deux espèces de grains viennent bien dans les Ueux secs et sablonneux; ils servent aux mêmes usages que ceux dont il vient d'être âdt mention.
Dans les temps de disette, les pauvres man. gent la racine à^arum arisarum^ trèscompiune en Barbarie. Ils lui font perdre son àcreté en l'exposait au soleil, ou bien en la réduisant en &rine et en la mettant dans un
>t percé quHls exposait, à deux ou trois re^ îses, à la vapeur de Teau bomllante, Comme
couscoussou. Ils mangent aussi, lorsque le é manque, les racines et le cul AeVatractylis imndfera^ les racines et les feuilles du car^ mculuSj enfin Fescariole, qui, dans tout au* e temps, sert à nourrir la volaille , et dont 1 fait des chargem^is pour TEurope.
Le dattier, qui est d^une si grande ressource ir les cotes d^ Afrique, cix)ît presque indisfictement partout ; mais on ne le cultive avec )in qu^au-delà de TAtlas, parce que les cha* urs ne sont pas assez fortes le long de la )te pour en mikir le firuit. Nous ne ferons )int mention des caractères particuliers qui LStinguent cet arbre si intéressant; il notls iffira de donner ici quelques observations sur
manière dont on le cultive et sur ses divers sages économiques .
Toute la partie du Sahara voisine de TAtlas, t la seule de ce vaste désert qui scât habitée, e produit que peu de blé : son sol sabloneux et brûlé par Fardeur du soleil se refuse resque entièrement à eette culture. On n^ acùèille quWe petite quantité d'orge, de laïs et de sorgho. Le dattier fournit aux ha-
gré de perfection dont ils sont susceptibles^ Les dattiers venus de semences ne produisent jamais d^aussi bonnes dattes (|ue ceux qui sont provignés , comme nous Tenons de le dire; elles sont toujours maigres et d'un mauvais goût; ce n'est sans doute qu'à force de culture > et après plusieurs générations, qu'elles deviennent de bonne qualité.
Les dattiers qui ont été semés primitivement croissent avec rapidité, et l'on m'a assuré qu'ils portaient du fruit dès la quatrième ou cinquième année. Ces arbres sont néanmoins très long-temps avant d'atteindre le dernier terme de leur développement. On a soin de couper les feuilles inférieures des dattiers à mesure qu'ils s'élèvent, et on laisse toujours un bout du péliole de quelques pouces de longueiu*, ce qui donne un moyen facile de grimper jusqu'au sommet. Il y a des dattiers qui ont jusqu'à quarante-cinq pieds d'élévation; ces arbres vivent très long-temps au rapport des Arabes, et, pour le prouver, ils disent que lorsqu'ils ont atteint le terme de leur accroissement, on n'y aperçoit aucun changement dans l'espace de trois générations humaines. Le tronc de cet arbre est une co-
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lonne régulière terminée par un bouquet d^environ cinquante feuilles, dont Fintérieur est composé de fibres parallèles longitudinales. Le nomln^e des femelles que Ton cultive est beaucoup plus considérable que celui des maies, parce qu^elles sont plus profitables. Les organes sexuels des dattiers naissent, comme Ton sait, sur des pieds différens, et ces arbres sont en fleur dans les mois d'avril ou de mai; les Arabes vont aloi^s couper des rameaux mâles pour féconder les femelles. Ils font une incision dans le tronc de chaque rameau qui doit donner du fii'uit , et y implantent une tige de fleurs mâles. Sans cette précaution, les dattiers ne produiraient que des fruits avortés. Dans quelques cantons, on secoue seulement les rameaux mâles sur. les femelles. L^isage de féconder ainsi les dattiers est fort ancien; on le trouve décrit avec beaui^oup d'exactitude dans Pline ' .
Il n'est presque aucune partie du dattier qui n'ait son utilité. Le bois, quoique d'un tissu assez lâche , se conserve pendant im si grand nombre d'années , que les gens du pays
• L. Xm, c. 7, éd. Hard.