CHAPITRE VI
Leur arrivée à la cour de Cuyné, désigné empereur.
Etant arrivés là , nous ne fûmes point appelés à la cour, parce que nous n'avions pas vu encore l'empereur ; mais ils nous laissèrent en notre tente , selon leur coutume ) où nous fûmes bien servis de tout, et nous firent reposer là un jour tout entier sans sortir. De là passant outre, la veille de Saint-Pierre et Saint-Paul , nous entrâmes en la terre des Naimans, qui sont païens ; et le jour de la féte il y tomba grande abondance de neige, et il y faisoit un très-grand froid. Le pays y est montagneux et excessivement froid , avec peu de campagnes. Ces deux nations susdites ne labourent ni ne cultivent point la terre ; mais, à la mode des Tartares, ils habitoientsous des tentes qu'eux-mêmes avoient aussi abattues. Nous fûmes plusieurs journées à traverser ce payslà , tant que nous entrâmes en celui des Mongales , qui sont les vrais Tartares. Nous employâmes trois semaines entières et plus à le passer, allant bien vite, et le jour de la Magdelaine nous parvînmes au lieu où étoit Cuyné , désigné empereur. Nous fîmes ce chemin en grande diligence, car nos guides avoient eu commandement de
nous y faire arriver bientôt, à cause que la cour y avoit été publiée solennellement plusieurs années auparavant , pour l'élection de l'empereur. Si bien que chaque jour nous nous levions de grand matin., et allions sans nous arrêter et sans rien manger jusqu'à la nuit, et quelquefois nous arrivions si tard que nous ne mangions rien le soir ; mais ce qui devoit être pour notre souper, on nous le donnoit le matin ; et nous changions souvent de chevaux , que nous faisions aller au grand trot , sans aucun relâche.