CHAPITRE VIII
Comment Cuyné fut élu solennellement empereur.
INous demeurâmes là environ un mois; nous pensions bien que durant ce temps l'élection se feroiten cette assemblée, mais qu'elle n'y seroit pas publiée, Il y en avoit apparence, sur ce que Cuyné, sortant de sa tente, on cbantoit devant lui, et quand il sortoit dehors on lui faisoit la révérence , avec de belles baguettes , ayant au bout une touffe de laine d'écarlate , ce qui ne se faisoit à autre duc ou prince quel qu'il fût. Cette cour solennelle est par eux appelée Syra Orda. Au partir de là , nous allâmes tous à cheval à trois ou quatre lieues de là, en un autre lieu ou en une belle plaine le long d'un ruisseau courant entre des montagnes. Il y avoit une autre tente préparée, qu'ils appeloient la horde dorée, car c'est là que Cuyné devoit être établi sur son trône au jour de l'Assomption ; mais à cause de la grande grêle et neige qui tomba ce jour-là , la cérémonie fut différée. Cette tente étoit fort riche , et appuyée sur des colonnes couvertes de lames d'or attachées avec des clous d'or. Le haut étoit couvert et tapissé d ecarlate par dedans , mais par le dehors d'autres étoffes.
Nous fumes en ce lieu-là jusqu'à la Saint- Barthélemi , auquel temps il y eut une grande
DE JEAN DU PLAN CAHPIN. l3j
assemblée de toutes parts , et chacun demeuroit la face tournée vers le midi. Quelques-uns d'eux demeuroient éloignés à un jet de pierre des autres , et faisoient incessamment des prières et s'agenouilloient vers le midi , toujours en s éloignant davantage Mais nous , qui ne savions si ce qu'ils faisoient étoit des charmes, ou si c'étoientdes adorations à Dieu, ou à quelqu'autre chose, nous ne voulûmes pas nous agenouiller comme eux. Après qu'ils eurent été assez longtemps à faire les cérémonies,, ils retournèrent vers les tentes, et placèrent Guyné sur son siège impérial et les ducs fléchirent les genoux devant lui ; et ensuite tout le reste du peuple en fit autant, sinon nous, qui ne lui devions rien et n'étions pas ses sujets
( Ces deux chapitres sont tirés de Simon de Saint-Quentin.)