‹ Voyages de Benjamin de Tudelle, autour du monde, commencé l'an 1173. De Jean du Plan Carpin, en Tartarie. Du frère Ascelin et de ses compagnons vers la Tartarie. De Guillaume de Rubruquin, en Tartarie et en Chine, en 1253Chapitre 16 sur 92 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Comment Cuyné fut élu solennellement empereur.

INous demeurâmes là environ un mois; nous pensions bien que durant ce temps l'élection se feroiten cette assemblée, mais qu'elle n'y seroit pas publiée, Il y en avoit apparence, sur ce que Cuyné, sortant de sa tente, on cbantoit devant lui, et quand il sortoit dehors on lui faisoit la révérence , avec de belles baguettes , ayant au bout une touffe de laine d'écarlate , ce qui ne se faisoit à autre duc ou prince quel qu'il fût. Cette cour solennelle est par eux appelée Syra Orda. Au partir de là , nous allâmes tous à cheval à trois ou quatre lieues de là, en un autre lieu ou en une belle plaine le long d'un ruisseau courant entre des montagnes. Il y avoit une autre tente préparée, qu'ils appeloient la horde dorée, car c'est là que Cuyné devoit être établi sur son trône au jour de l'Assomption ; mais à cause de la grande grêle et neige qui tomba ce jour-là , la cérémonie fut différée. Cette tente étoit fort riche , et appuyée sur des colonnes couvertes de lames d'or attachées avec des clous d'or. Le haut étoit couvert et tapissé d ecarlate par dedans , mais par le dehors d'autres étoffes.

Nous fumes en ce lieu-là jusqu'à la Saint- Barthélemi , auquel temps il y eut une grande

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assemblée de toutes parts , et chacun demeuroit la face tournée vers le midi. Quelques-uns d'eux demeuroient éloignés à un jet de pierre des autres , et faisoient incessamment des prières et s'agenouilloient vers le midi , toujours en s éloignant davantage Mais nous , qui ne savions si ce qu'ils faisoient étoit des charmes, ou si c'étoientdes adorations à Dieu, ou à quelqu'autre chose, nous ne voulûmes pas nous agenouiller comme eux. Après qu'ils eurent été assez longtemps à faire les cérémonies,, ils retournèrent vers les tentes, et placèrent Guyné sur son siège impérial et les ducs fléchirent les genoux devant lui ; et ensuite tout le reste du peuple en fit autant, sinon nous, qui ne lui devions rien et n'étions pas ses sujets

( Ces deux chapitres sont tirés de Simon de Saint-Quentin.)

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