CHAPITRE IX
De la solennité observée à son couronnement.
Ce fut donc l'an 1246 quele couronnement de Cujné, ditGogcham, c'est-à-dire roi ou empereur, se fit ainsi. Tous les seigneurs et barons assembles en ce lieu-là mirent un siège doré au milieu d'eux sur lequel ils le firent seoir, disant : « Nous » voulons, vous prions et commandons que vous «ayez puissance et domination sur nous tous : » et lui leur répondit : « Si vous voulez que je sois
» votre roi 5 n'êtes- vous pas résolus et disposés un » chacun de vous à faire tout ce que je vous corn- » manderai, de venir quand je vous appellerai et » manderai, d'aller où jevous voudrai envoyer, et »de mettre à mort tous ceux que je vous dirai?» Ils répondirent tous qu'oui: « Donc, leur dit-il , r> dorénavant ma simple parole me servira de ». glaive» : à quoi ils consentirent tous.
Cela fait, ils posèrent un feutre en terre, sur lequel ils le firent asseoir, lui disant : « Regarde » en haut, et reconnois Dieu , et considère en bas » le siège de feutre où tu es assis ; si tu gouvernes » bien ton état, si tu es libéral et bienfaisant, si » tu fais régner la justice , si tu honores tes prin- » ces et barons, chacun selon sa dignité et son » rang , tu domineras en toute magnificence et » splendeur, toute la terre sera soumise à ta » puissance , et Dieu te donnera tout ce que ton » cœur désirera ; mais si tu fais le contraire de tout » cela , tu seras misérable ? vil et comtemptible , p et si pauvre que tu n'auras pas même en ta s puissance le feutre sur lequel tu es assis. » Après cela , ces barons firent asseoir la femme de God sur le même feutre auprès de lui, puis les élevèrent tous deux en l'air, et les proclamèrent hautement et à grands cris empereur et impératrice de tous les Tartares. Ensuite de cela, ils firent apporter devant l'empereur nouveau un nombre infini d'or et d'argent, de pierreries et autres richesses que Chagadacun avoit laissées après sa
mort, et lui donnèrent plein pouvoir et seigneuries sur tout cela. Mais lui aussitôt en fit comme il lui plut divers présens à tous les princes et seigneurs qui étoient là , et le reste il le fit garder pour soi. Puis ils se mirent à boire , selon leur coutume, et continuèrent ainsi jusqu'au soir. Après on apporta force vi ande cuite sans sel en des chariots, et tout cela fut distribué parles officiers à un chacun son morceau : au-dessous de la tente du cham, on fit donner de la chair et du potage avec du sel , et cela dura tout le temps de la fête.