CHAPITRE XII
L'accès que les religieux ambassadeurs eurent auprès de l'empereur.
En ce lieu même où l'empereur Cuyné fut mis sur son trône, nous fûmes appelés vers lui, et comme Chingay, son premier secrétaire, eut pris nos noms par écrit , aussi bien que les noms de ceux par qui nous étions envoyés , avec celui du duc des Solangues et d'autres encore, il cria à haute voix, les récitant tous l'un après l'autre devant l'empereur, ses princes et seigneurs. Cela fait, chacun de nous fléchit par quatre fois le genou gauche, et fûmes avertis de ne pas toucher le seuil de la porte : puis nous ayant soigneusement fouillés pour voir si nous ne portions point de couteaux, et n'en trouvant point s nous entrâmes dedans la tente par la porte du côté d'orient, car par la porte d'occident nul n'y ose entrer
que l'empereur. Tous les autres grands ducs en font de même en leurs tentes, mais les autres moindres n'y regardent pas de si près.
Nous eûmes ainsi accès près de l'empereur la première fois depuis son avènement au trône , et tous les autres ambassadeurs furent aussi reçus par lui , mais il y en eut peu qui entrèrent en sa tente. Ces ambassadeurs lui firent une infinité de présens, comme de pièces de satin, pourpre, écarlates, cramoisis , avec des ceintures et baudriers de soie, tissus d'or, des fourrures très-riches et choses semblables. On lui présenta aussi un parasol pour porter sur la tête, qui étoit tout semé de pierreries. Un gouverneur de province lui amena des chameaux caparaçonnés d'écarlate ; d'autres lui présentèrent des selles de chevaux faites avec certains ressorts parle moyen desquels on se pouvoit aisément seoir dedans ; puis force de chevaux et mulets richement enharnachés, et armés les uns de cuir, les autres de fer. On nous demanda si nous n'avions aussi rien à lui donner, mais il n'y avoit pas moyen, car nous avions déjà employé tout ce que nous avions apporté. Là même, un peu loin des tentes , on avoit mis sur une colline plus de cinq cents chariots remplis d'or, d'argent et d'habits de soie, et tout cela fut partagé entre l'empereur et ses princes et ducs, qui après en firent des présens aux leurs, comme il leur plut.
DE JEAN DU PLA1V CAîlPIN.