‹ Voyages de Benjamin de Tudelle, autour du monde, commencé l'an 1173. De Jean du Plan Carpin, en Tartarie. Du frère Ascelin et de ses compagnons vers la Tartarie. De Guillaume de Rubruquin, en Tartarie et en Chine, en 1253Chapitre 22 sur 92 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Les religieux présentent leurs lettres à l'empereur, et en ont réponse.

Ayant été menés vers l'empereur , et lui ayant su par nos conducteurs que nous avions été envoyés vers lui , il nous renvoya à sa mère. Car deux jours après son couronnement , il avoit intention , comme nous avons dit, de déployer sa bannière contre toutes les nations de l'Occident, et ne vouloit pas que nous le sussions. Etant revenus en notre logis., nous demeurâmes quelques

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jours ainsi, puis nous retournâmes à la cour, où nous fûmes bien un mois entier si maltraités, que nous étions demi-morts de faim et de soif. Ce que l'on nous donnoit à dépenser pour quatre jours, à peine eût- il été assez pour un. Et qui pis est,, nous ne trouvions rien à acheter, le marché étant trop loin. Mais Dieu eut pitié de nous , il nous fit connoître un certain Russien^ nommé Côme, orfèvre, que l'empereur aimoit fort; celui-là nous assista de ce qu'il put en tout ce temps-là. Il nous fit voir aussi le trône impérial qu'il avoit fait, et le sceau qui étoit de sa façon. Après tout cela , l'empereur nous fit dire par son secrétaire Chingay, que nous eussions à mettre par écrit ce que nous avions à lui dire, et le lui envoyer, ce que nous fîmes.

Plusieurs jours après, il nous fit appeler devant lui, et nous demanda si auprès du Pape il y en avoit qui entendissent la langue russienne, sarrasine, ou tartare. Nous répondîmes que non , qu'il y avoit bien quelques Sarrasins vers l'Occident, mais qu'ils étoient assez loin du lieu où étoit le Pape : que cependant nous trouvions bien à propos qu'ils prissent la peine de nous écrire ce qu'ils voudroient en langue tartare , et nous le missions par écrit en la nôtre , et que nous présenterions l'un et l'autre au Pape notre maître. Après cela, nous nous retirâmes, et demeurâmes ainsi jusqu'à la Saint- Martin qu'on nous fit rappeler; et lors vinrent

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vers nous Kadac, intendant de tout letat, Chingay, Bala et plusieurs autres secrétaires, qui nous interprétèrent de mot à mot ce qu'ils vouloient nous faire entendre, ce qu'en même temps nous écrivions en langue et caractères latins, et eux se faisoient interpréter chaque mot que nous écrivions , de peur que nous ne manquassions en quelque chose. Quand les deux écritures furent achevées, ils nous les firent lire une et deux fois, afin qu'il n'y eut rien de plus ou de moins , nous demandant si nous entendions bien tout , comme il étoit nécessaire. Ils nous donnèrent aussi des lettres en langue sarrasine, en cas qu'il se trouvât quelqu'un en nos quartiers qui l'entendît.

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