‹ Voyages de Benjamin de Tudelle, autour du monde, commencé l'an 1173. De Jean du Plan Carpin, en Tartarie. Du frère Ascelin et de ses compagnons vers la Tartarie. De Guillaume de Rubruquin, en Tartarie et en Chine, en 1253Chapitre 23 sur 92 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Comment ces religieux furent congédiés.

Nous fûmes avertis par nos Tartares que cet empereur avoit dessein d'envoyer ses ambassadeurs avec nous, mais nous jugeâmes bien qu'il vouloit que nous-mêmes lui en fissions instance; en effet un de nos Tartares, le plus ancien, nous le conseilloit ; mais nous ne le trouvions pas à propos. C'est pourquoi nous lui fîmes dire que ce n'étoit pas à nous à demander cela, mais que si la volonté de l'empereur étoit d'en envoyer, que trèsvolontiers nous les recevrions et conduirions, Dieu aidant, en toute assurance.

BÈ JEAX DU PLA.\ CARPI.Y. l^Ç)

Plusieurs raisons nous firent croire qu'il n'étoit pas expédient qu'il en envoyât avec nous. La première , parce que nous craignions que , venant à voir les guerres et dissensions qui étoient parmi nous, cela ne les excitât davantage à nous venir attaquer. La seconde., que ce seroit autant d'espions entre nous. La troisième , nous craignions qu'on ne leur fît du déplaisir , ou qu'on ne les tuât , à cause que les nôtres étoient un peu fiers et turbulens , ainsi qu'ils se montrèrent à quelques-uns de nos serviteurs , qui ayant été , à la prière du cardinal légat d'Allemagne , envoyés vers lui en habit de Tartares, furent en danger d'être assommés des Allemands par le chemin , et contraints pour se garantir de quitter ces habillemens là. La coutume des Tartares est de ne faire jamais paix ni trêve avec ceux qui ont tué ou maltraité leurs ambassadeurs, et n'ont point de repos qu'ils ne s'en soient vengés. La quatrième raison est que nous appréhendions qu'on ne nous les enlevât de force ; et la cinquième et dernière , que nous ne pensions pas que leur venue fût d'une grande utilité, puisqu'ils n'avoient autre charge et pouvoir que de porter des lettres au Pape et aux autres princes , qui n 'étoient en substance que les mêmes que nous portions , sans ce qui pouvoit arriver de pis comme nous le craignions.

Trois jours après, à savoir la fête de saint Brice, ils nous donnèrent congé avec des lettres de rem-

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pereur, cachetées de son sceau ; eî de là nous fûmes envoyés vers sa mère , qui nous fit présent à chacun d'un vêtement de peaux de renard qui avoit le poil en dehors , et un autre d'écarlate. Mais nos Tartares en dérobèrent quelques pièces de chacune , et en prirent plus de la moitié de celui qui avoit été donné à notre garçon ; ce que nous sûmes bien, mais nous n'ea voulûmes pas faire semblant.

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