CHAPITRE m
Comme les Tartares tinrent conseil sur ce qu'ils dévoient faire des religieux , de les faire mourir ou non.
Bajothnoy ayant entendu tout cela de son égyp, barons et truchemens , fut fort courroucé , et entra jen une telle rage contre ces religieux , qu'il commanda par trois fois qu'ils fussent mis à mort sans merci , sans se soucier d'épandre le sang innocent et de violer le droit des gens observé partout pour les ambassadeurs qui doivent aller et venir en toute liberté et franchise. Mais de ses conseillers , les uns disoient qu'il en falloit tuer deux seulement, et renvoyer les deux autres au Pape leur maître.
D'autres étoient d'avis de faire écorcher le principal d'entre eux , puis remplir sa peau de foin , et l'envoyer ainsi au Pape; autres, qu'il en falloit faire fouetter deux par toute l'armée, puis les faire mourir, et garder les autres tant que les. François
fussent venus en leur pays. Il y en avoit qui vouloient qu'on en menât deux par toute l'armée, et qu'on les gardât jusqu'à la venue de quelques ennemis, puis qu'on les exposât à leurs machines, afin qu'ils fussent tués par les leurs mêmes. Mais la sentence de Bajothnoy, qui les condamnoit à la mort., prévalut à tout cela; toutefois celui qui sait ordonner de tout à sa volonté , et qui dissipe les conseils et entreprises des malins, fit que l'une des six femmes de Bajothnoy, la plus ancienne, et ceux qui avoient la charge des ambassadeurs, s'opposèrent tant qu'ils purent à cet arrêt de mort. Car cette dame lui représenta, entre autres choses, que s'il faisoit mourir ces ambassadeurs , il seroit en haine et horreur très-grande à tous ceux qui en entendroient parler, et perdroit ainsi tous les dons et présens qu'on avoit coutume de lui envoyer des pays les plus éloignés; que l'on en feroit aussi de même à tous ceux qu'il enverroit ambassadeurs vers les autres princes.
Les autres ajoutoient qu'il se devoit ressouvenir combien le cham avoit été en colère contre lui pour avoir fait mourir un ambassadeur de son propre mouvement , lui ayant fait arracher le cœur du ventre pour donner terreur aux autres qui viendroient, ou qui oiroient cela , puis l'ayant attaché à la queue de son cheval , en avoir ainsi fait montre par toute l'armée; que s'il comm andoit d'en faire autant à ceux-ci, ils ne lui obéiroientpas, mais s'enfuiroient plutôt vers le cham,
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pour lui rendre témoignage de leur innocence, et l'accuser lui comme un cruel et perfide. Bajothnoyyému et adouci de ces remontrances, changea d'avis et s'apaisa tout-à-fait.