‹ Voyages de Benjamin de Tudelle, autour du monde, commencé l'an 1173. De Jean du Plan Carpin, en Tartarie. Du frère Ascelin et de ses compagnons vers la Tartarie. De Guillaume de Rubruquin, en Tartarie et en Chine, en 1253Chapitre 39 sur 92 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

De leur nourriture et manière de manger.

Ils mangent indifféremment de toutes sortes de chairs mortes ou tuées, car entre tant de troupeaux de bêtes qu'ils ont , il n'est pas possible qu'il n'en meure beaucoup d'elles-mêmes; toutefois en été tant que leur cosmos ou lait de jument dure, ils ne se soucient pas d'autre nourriture ; de sorte que si alors il arrive que quelque bœuf ou cheval meure ils le sèchent , coupé par

petites tranches , le pendant au soleil et au vent ; ainsi la chair se sèche sans sel , ni sans aucune mauvaise senteur. Ils font des andouilles de boyaux de cheval, meilleures que celles qui se font de pourceau , et mangent cela tout fraîchement, gardant le reste des chairs pour l'hiver. Des peaux de bœufs ils en font de grandes bouteilles qu'ils sèchent bien à la fumée , et du derrière de la peau du cheval ils en font de très belles chaussures.

De la chair d'un mouton ils en donnent à manger à cinquante, jusqu'à cent personnes: ils la coupent fort menue en une écuelle, avec du sel et de l'eau , qui est toute leur sauce ; puis avec la pointe du couteau ou de la fourchette , qu'ils font exprès pour cela, et avec quoi ils mangent des poires et pommes cuites au Vin , ils en présentent à chacun des assistans une bouchée ou deux , selon le nombre des conviés : pour le maître, comme on lui a servi la chair du mouton, il en prend le premier ce que bon lui semble : s'il en veut donner à quelqu'un un morceau 3 il faut que celui-là le mange tout seul, et aucun autre ne lui en oseroit présenter. Que s'il ne le peut achever tout seul , il faut qu'il emporte le reste ou le donne à son valet pour le lui garder , ou bien qu'il le serre en son saptargat , c'est-àdire en son escarcelle ou bourse carrée , qu'ils portent sur eux pour mettre de telles choses : ils y serrent aussi les os quand ils n'ont pas eu le

temps de les bien ronger et curer , afin de les achever après tout à leur aise, de peur que rien ne s'en perde.

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