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chacune un chef et un prédicateur, lequel après avoir été élu doit venir recevoir l'imposition de ses mains , pour être confirmé dans sa charge. De là vient que ceux qui ont été choisis lui apportent des présens de toutes les parties de la terre. Ses revenus sont très-considérables; outre ceux qu'il retire des terres , des jardins et des vergers qu'il possède en grand nombre en Babylone par droit d'héritage , il a encore des maisons qu'il loue au public avec d'autres qui servent au négoce des Juifs qui lui en paient la rente , et son pouvoir est si bien appuyé que personne n'oseroit lui faire de tort ni de violence. De plus, il y a un certain droit qu'il tire tous les ans des marchés aussi bien que de tous les marchands du pays , sans compter le tribut qu'il reçoit de toutes les différentes régions du monde. C'est un homme fort versé dans les livres sacrés aussi bien que dans les autres sciences, et il nourrit tous les jours un grand nombre d'Israélites. Quand il arrive que quelqu'un de sa famille est établi chef de la captivité , il fait présent d'une grande somme d'argent au roi, aussi bien qu'aux grands et aux magistrats. Au jour que le roi lui impose les mains pour marque de l'autorité et du commandement qu'il lui accorde , on lui prépare le second chariot du roi, avec tous les ornemens qui en dépendent, sur lequel il monte, et est reconduit du palais chez lui en grande pompe au son des tambours et des flûtes. Après quoi il fait lui-même
l'imposition des mains sur ceux de l'assemblée. Les Juifs qui habitent cette capitale font profession de la sagesse , dont ils sont les disciples ( i ) , et ont de grandes richesses. On compte vingthuit synagogues , tant dans Bagdad, que dans le faubourg qui est au-delà du Tigre, qui a son cours au travers de la ville. Mais la grande synanogue, qui appartient à ce chef de la captivité, est construite de marbre marqué de toutes les plus belles couleurs et enrichi d'argent. Et sur les colonnes on y a gravé en lettres d'or plusieurs versets des psaumes. Il y a devant l'arche , qui contient les livres sacrés, dix rangs de sièges dont les marches sont de marbre ; le plus élevé est pour le chef de la captivité avec les plus émînensde la famille de David. Bagdad est une grande ville où il y a une forteresse défendue d'une muraille qui a trois milles de tour. Pour ce qui regarde la contrée, c'est la plus abondante de toute la terre de Senaar en beaux jardins aussi bien qu'en arbres fruitiers de toutes les espèces les plus excellentes; elle est le rendez-vous de tous les négocians du monde., et comme une pépinière d'hommes doctes, de philosophes et de gens savans non-seulement dans les mathématiques, mais encore dans les sciences de l'astrologie et de la cabale.
(i) C'est ainsi que Benjamin appelle ceux qui étudient ëous les rabbins et qui apprennent le Talmud.
Après être parti de là, je vins en deux jours à Géhiaga, connue autrefois sous le nom de Resen , et qui étoit de ce temps là très- considérable. Les Juifs, qui y sont à peu près cinq miile , y ont une grande synagogue avec un cimetière qui la joint, où il y a une voûte que les sépulcres de plusieurs anciens docteurs rendent fort célèbre. En un jour je me rendis à l'ancienne Babel, qui avait trente milles de circuit, mais qui est entièrement ruinée. Il y reste encore des ruines du palais de Nabuchodonosor, qui sont inaccessibles à cause que c'est un repaire de dragons et de toutes sortes de bêtes venimeuses, il n'y a pas plus de vingt mille pas de là au lieu où habitent vingt mille Juifs, qui y ont des synagogues pour y prier, ce qu'ils font aussi dans le plus haut appartement que Daniel fit bâtir de pierres de taille aussi bien que de briques, ainsi que 1 etoit le temple et le palais de Nabuehodoiiosor avec la fournaise ardente où Ananias , Misaeî ei Azarias furent jetés. Toutes ces choses sont vues dans la vallée connue de tout le monde. De ce lieu on fait quinze milles pour arriver à Hhilan. Dix mille Israélites y sont divisés en quatre synagogues, dont une est celle de Mair, qui y est enterré , auprès de laquelle on voit les sépulcres du grand Zéphiri., fils d'il a m a, et du grand Maar. Les Juifs s'y assemblent tous les jours pour y prier. Le chemin est de quatre milles pour aller à la tour qu'on a voit commencé à bâtir au temps
de la division des langues, et qui étoit construite de cette sorte de brique (i) qu'on appelle en Arabe Lagzar. Le fondement avoit deux milles de long; les murailles étoient larges de deux cent quarante coudées, et vers le centre, de cent longueurs de roseau. Il y avoit des chemins de dix coudées de large, qui s'élevoient d'une manière spirale tout au haut de l'édifice , où , étant monté , on découvroit vingt milles à la ronde , d'autant plus que le pays est fort étendu et trèsuni. Mais ce bâtiment a été consumé du feu du ciel, et est détruit jusqu'à la partie la plus basse. A une demi-journée de là , on trouve Naphahh, avec deux cents Juifs et une synagogue de ce grand Tsaac surnommé Naphheus , qui a sa sépulture vis à vis. Trois lieues par delà , est la synagogue du prophète Ezéchiel , près de l'Euphrate. De l'autre côté, dans le même lieu , il y a soixante tours , et entre chaque tour, une synagogue. A l'entrée de la première on voit la représentation de l'arche où sont les livres sacrés , et derrière la synagogue est le monument d'Ezéchiel , fils de Buz le prêtre , sous une grande et belle voûte que Jéchonias fit faire dans le temps qu'il fut suivi de trente cinq mille hommes, après avoir été délivré de prison par le roi Evilmérodak. On trouve ce lieu entre la rivière Co-
(i) De huit pouces de large, six d'épaisseur , et douze de long.
bar et l'Euphrate. Jéchonias , aussi bien que ceux qui l'accompagnèrent, y sont représentés sur les murailles, Jéchonias à la tête, et Ezéchiel le dernier. C'est un endroit pour lequel on a eu jusqu'ici beaucoup de respect. On s'y assemble en un certain temps pour y prier depuis le commencement de l'année jusqu'à la fête des expiations, qu'on célèbre avec beaucoup de joie. Le même prince , qu'on appelle le chef de la captivité, y vient de Bagdad avec les chefs respectifs des autres assemblées. Ils demeurent sous des tentes qui sont dressées en plusieurs endroits de la campagne , jusqu'à vingt-deux milles à l'entour, De plus les marchands Arabes s'y rendent, et on y tient une grande foire qui est fort pleine de monde. On expose en ce temps là ce grand livre si fameux tant pour son autorité que pour son antiquité, écrit par le prophète Ezéchiel,, dont on fait la lecture au jour des expiations. Une lampe brûle vnuit et jour sur le tombeau d'Ezéchîel 5 depuis le temps qu'elle fut allumée par le même prophète , et qu'on a soin d'entretenir d'huile et de mèche. On voit aussi dans le même endroit un certain édifice sacré par les livres dont il est rempli , et qui ont été conservés depuis le temps de la première maison aussi bien que de la seconde ; car c'est la coutume , et cela a toujours été, que tous ceux qui n'ont point d'enfans y consacrent tous leurs livres. D'ailleurs les Juifs qui viennent de Médie et de Perse > pour y offrir
leurs prières le font dans la synagogue du prophète Ezéchiel , tant pour eux que pour ceux de leur pays.
Les plus grands d'entre les Ismaélites font aussi la même chose, ayant beaucoup de vénération pour Ezéchiel , et de respect pour sa mémoire. Le nom qu'ils donnent à ce lieu est en leur langue Darmélihha , c'est-à-dire Congrégation, ïl n'y a pas jusqu'aux Arabes qui fréquentent cet endroit avec la même dévotion. A un demi-mille de ce lieu, sont ies sépulcres d'Ananias, de Mizael et d'Azarias, couverts chacun de belles et grandes arcades. Quelque guerre qui arrive en ces lieux, il n'y a point de mortel qui ose y toucher , ni profaner la sainteté du lieu , qui est révéré tant par les Juifs que par les Ismaélites , à cause du prophète Ezéchiel. On fait trois milles pour se rendre à Alkotsonath, où habitent près de trois cents Juifs. Le grand Papha9 Huna, le docteur Joseph de Sis , et Joseph, fils d'Hhama, y ont leurs sépultures, et chacun une synagogue qui est à l'opposite , où l'on va prier. Ghein Saptlia est distante de trois lieues , lieu consacré parle sépulcre de Nahum, fils du prophète Elcuseus.
Une journée de chemin conduit à Capharle- Paras, que les sépulcres d'Hhssidai , de Ghakiba et de Dusa rendent célèbres. Une demi- journée de plus , on arrive à Capharméhamidbar , où les docteurs David, Juda, Kubéria7 Séhora et Abba
sont enterrés. Une journée par de là , on trouve la rivière Liga avec le sépulcre du roi Sédéchias ; dessous une grande arcade. Encore une journée, on vient A Rupha, ville illustre parle monument du roi Jéchonias, d'une belle construction; de l'autre côté, il y a une synagogue avec sept mille Juifs. Su rie , que les anciens nommoient Mathasia, est à une demi-journée. C'est où les chefs de la captivité et les principaux des assemblées étoient au commencement. C'est aussi la sépulture du grand docteur Sarica ,. d'Haison son fils , de Saadias l'orateur, du prêtre Samuel, fils d'Hliophinus , du prophète Séphanias , fils de Chussus, fils de Godolias, et de plusieurs autres de la famille de David , principaux chefs de la captivité et des assemblées, qui demeuroient en ce lieu avant sa destruction. On est en deux jours à Séphitbib , ville située en Nahardagha, et en un demi-jour à Elnaehar, autrement Pumbeditha sur le bord de l'Euphrate ; là on voit la synagogue de celui qu'on appeloit le Rabbin par excellence , et celui de Samuel avec leurs sépulcres auprès. De là on va par des déserts au pays de Séba , qui est appelée à présent la terre d'Aliman , qui borne du côté du septentrion la contrée de Sénaar, dont l'étendue toute déserte est de vingt journées de chemin. Je vins jusqu'au lieu habité par les Juifs qui sont nommés Hé cabites , ou les gens de Théma. Théma est Je commencement de leur juridiction , et ils ont
Anna pour leur gouverneur. La ville de Théma est grande et bien fréquentée. Leur pays, qui est entre les montagnes septentrionales, est de quinze journées d'étendue. Il y a de belles villes et bien fortifiées, qui ne reconnoissent aucune autorité étrangère , d'où les habitans font des incursions auprès et au loin , pillant tous ceux qu'ils rencontrent dans les pays qu'ils traversent jusqu'à celui des Arabes qui sont ligués avec eux. Cei mêmes Arabes demeurent dans des tentes , changent d'habitations dans leurs déserts , et font des invasions sur toutes les terres d'Aliman pour y attraper quelque butin. Pour les Juifs dont nous parlons, ils cultivent les champs, entretiennent des pâturages , ont des troupeaux et du bétail ^ possèdent une contrée vaste et spacieuse , et de leur provenu, ils en donnent les décimes à l'usage des disciples de la sagesse , continuellement appliqués à l'étude et à l'exhortation, pleurant toujours sur Sion et sur Jérusalem , dans une perpétuelle abstinence de vin et de viande j leurs habits sont pauvres et déchirés , leur demeure est dans des antres et sous des chaumines ; ils n'interrompent leurs jeûnes qu'au jour du sabbat, et implorent sans cesse la miséricorde de Dieu pour la délivrance d'Israël. C'est aussi la prière de tous les Juifs habitans de Théma et de Télimaas , où ils sont près de cent mille hommes (1). Entre
£s) Comme il L'a appris des autres Juifs.
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ceux-ci, Salomon Hanassi, c'est-à-dire au-dessus des autres , avec son frère Hhanan Hanassi, est de la postérité du roi David , comme le livre qui en prouve la généalogie de siècle en siècle le fait voir clairement. Ils ne vont qu'avec des vêtemens déchirés , et jeûnent tous les ans en considération de tous les Juifs qui sont détenus en captivité. Il y a dans cette province environ quarante villes, deux cents bourgs et cent châteaux. Thenai est la principale ville, et le nombre des Juifs qui habitent dans les villes et autres lieux de cette contrée se peut monter à trois cent mille. D'ailleurs, la capitale est ceinte de larges murailles et d'un long circuit , en sorte que elle renferme des champs où on a la commodité de semer du blé, et d'en recueillir en abondance : outre les vergers , les jardins qui en rendent la demeure fort délicieuse. Salomon Hanassi y a un palais. Tilmaas n'est ni moins grande, ni moins belle, située entre deux hautes montagnes, avec de bonnes fortifications et cent mille Juifs qui y demeurent , entre lesquels il y en a de très-savans et de très-riches. Chabar est éloigné de Tilmaas de trois journées. On rapporte que ce sont ceux de Ruben , de Gad et de la demi-tribu de Manassès prise par Salmanasar, roi des Assyriens, et envoyés par lui en ce lieu , qui bâtirent ces villes si peuplées et si bien munies, d'où ils ont fait et font encore la guerre à tous les royaumes voisins, mais qu'aucune nation ne peut approcher
à cause des vastes déserts qu'une étendue de dixhuit journées rendent impénétrables. Chibar est une autre grande ville de cinquante mille habitans juifs, du nombre desquels il y en a quantité' de très-savans et fort braves., qui viennent queU quefois aux mains tant avec les Babyloniens, que les peuples des parties septentrionales et les Elimanites, leurs voisins. Cet endroit est ou commence l'Inde ou l'indostan, et de cette ville des Juifs il faut faire vingt-cinq journées de chemin pour gagner la rivière Yira, qui coule au travers de la contrée d'Eliman, et qui est la demeure des trois mille Juifs. Après sept autres journées on rencontre Néasat avec sept mille Israélites, parmi lesquels Nédajan a la réputation d'un grand homme. De là à Bostan on emploie cinq journées. C'est une ville près du Tigre, où il y a mille Juifs, dont plusieurs s'étudient à la sagesse et possèdent de grandes richesses. La rivière de Samura en est éloignée de deux journées ; une ville de même nom fait le commencement de la Perse , et sert de demeure à quinze cents Israélites. Ce lieu est célèbre à cause du sépulcre d'Esdras, scribe et prêtre , qui, allant en ambassade à Jérusalem auprès du roi Artaxerxes, mourut en cet endroit. Les anciens ont édifié devant son sépulcre une grande synagogue, et les Ismaélites ont aussi bâti de l'autre côté une maison de prière par la grande vénération qu'ils ont pour. sa mémoire, ce qui est cause que les Juifs
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sont fort aimés des Ismaélites qui y viennent pour prier. La traite est de quatre milies à Chuzsétham dans la contrée dite autrefois Elam , pays des Elamites. C'étoit une grande ville , mais dont la plus grande partie est détruite et déserte. On ne laisse pas de remarquer encore dans ses ruines Susan Habita., qui est un très-grand palais du roi Assuérus d'une très-belle architecture, dont il reste d'excellens morceaux qui en sont comme les échantillons. Il demeure dans cette ville sept mille Juifs , qui s'assemblent dans quatorze synagogues qu'ils y ont, devant une desquelles on voit le sépulcre de Daniel. Le Tigre traverse la ville aussi bien que le lieu habité par les Juifs. Ceux qui demeurent de ce côté du fleuve sont les plus riches, ils ont des marchés fournis de toutes sortes de marchandises et pleins de négoce; mais de l'autre , les moindres et les plus pauvres y dc-^meurent; ils n'ont ni marchés, ni commerce, ni jardins. Piqués par là de jalousie , de voir prospérer les autres , ils ont cru que le voisinage du sépulcre de Daniel étoit la cause de leur opulence. C'est pourquoi ils leur ont fait la proposition qu'il leur fût permis de le transporter de Fautre côté; laquelle étant rejetée, on en vint à la dispute et après à la bataille. Ce différent, qui coûtoit toujours la vie à quelqu'un de part, et d'autre , dura long-temps , jusqu'à ce qu'enfin les uns et les autres en étant las, firent cet accommodement que la tombe de Daniel seroit alterna-
tivement portée tous les ans à l'un et à l'autre côté , ce qui a été fait et réitéré pendant quelque temps. Entre ces entrefaites, Sénigar Saa, fils de Saa , vint en cette ville. Saa est empereur de toute la Perse, et commande à quarante -cinq royaumes. On l'appelle en arabe Sultan Alporas , c'est-à-dire grand roi de Perse. Son empire s'étend depuis l'embouchure du fleuve Samura jusqu'à la ville de Semarehoth, atteint jusqu'à la rivière Gozen., pénètre dans le pays Ghisbor, comprend les villes de Médie, les montagnes d'Hhapton , et parvient aux excellentes contrées où les animaux paissent parmi les bois dont les arbres distillent la myrrhe.
En un mot, l'étendue de tout son empire demande quatre mois et quatre jours pour le traverser. Lors donc que ce prince, qui demeura quelque temps dans la ville , s'aperçut un jour qu'on transportoit d'un côté à l'autre la tombe de Daniel, et qu'il vit une multitude de Juifs aussi bien que d'Ismaélites l'accompagner, il en demanda le sujet , et l'ayant connu , il jugea qu'il étoit indigne de souffrir une pareille irrévérence envers Daniel ; mais après avoir bien mesuré l'intervalle de part et d'autre , il fit renfermer la tombe dans une grande chasse de verre , suspendue justement au. milieu par des chaînes d'airain qui étoient attachées à une grosse poutre : de plus il fit bâtir un grand temple consacré à l'usage d'une synagogue ouverte à tous les habitans de la terre, dont l'en-
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trëe n'est refusée à aucun homme, soit Juif, ou autre qui y veut faire sa prière. Cette même chasse se voit encore suspendue aujourd'hui de la même manière. L'empereur, non content de cela, publia un édit par lequel il étoit défendu de pêcher à un mille plus bas ou plus haut du lieu où, la chasse pendoit , et cela par un respect religieux pour Daniel.
A mon départ de là , je pris la route de llobard- Bar, distante de trois journées, où je trouvai près de deux mille Juifs avec un grand nombre de professeurs de la sagesse , aussi bien que de gens très riches; mais ils y sont réduits en captivité sous la domination d'un prince étranger. Je mis encore deux journées pour me rendre à la rivière Vaanath , en un lieu qui est la demeure de quatre mille Juifs , et quatre autres pour arriver dans le pays de Molhhoath., dont les habitans ne suivent point la doctrine des Ismaélites : ils habitent de très-grandes montagnes, soumis à un vieillard qui a sa résidence dans la contrée Alchésisin. Les Israélites ont parmi eux deux collèges (1), et ils se joignent ensemble pour faire la guerre. Les hautes montagnes où ils se retirent les mettent à couvert du joug de la Perse ; s'ils descendent de leurs montagnes , c'est pour courir sur les" terres de leurs voisins , et ils y retournent après les avoir pillées, vivant sans craindre d'être attaqués ni
(i) Synagogues.
forcés par aucune puissance. Les Juifs qui demeurent parmi eux. sont du nombre des sages (i), et obéissent au chef de la captivité de Babylone. Le chemin à Gharian est de cinq journées , ii y a vingt-cinq mille Juifs en ce lieu , où est la première de toutes les universités (2) que les habitants des montagnes ïïhaphthon ont au nombre de plus de cent. La Médie y prend son commencement, et les Juifs qui l'habitent sont de la première captivité que le roi Salmanasar y conduisit. Leur langage est Chaldéen, et on voit parmi eux plusieurs amateurs de la sagesse. Ils sont voisins de la capitale, nommée Ghamaria, qui est du royaume de Perse , distante seulement d'une journée. Ceux de ce pays sont sous la domination du roi de Perse à qui ils payent le tribut. La loi qui règle le tribut dans tout le royaume des Ismaélites , est que chaque mâle au-dessus de quinze ans est obligé de donner chaque année une pièce d'or qu'ils appellent Amire de la valeur d'une morabetine et demie , pièce d'or d'Espagne. 11 y eut, il y a douze ans, un certain nommé David Elroi de la ville de Ghamaric, qui avoit été disciple à Bagdad, d'Hasdai, chef de cette captivité, et du vénérable Jacob, chef de l'assemblée deLévi: cet homme, après être devenu fort savant dans la loi mosaïque aussi bien que dans les autres eon^
(1) Rabbins, fa) Synagogues.
noissances de Talmud , et très-versé dans la langue des Ismaélites , dans l'écriture et la cabale, se mit dans l'esprit de prendre les armes contre le roi de Perse , d'amasser les Juifs habitans des montagnes Hhapbthon pour faire la guerre à toutes les nations, et d'aller ensuite prendre d'assaut Jérusalem. Afin de mieux exécuter son dessein, il fit quelques faux miracles pour persuader les J*uifs qu'il étoit envoyé de Dieu pour prendre Jérusalem, et les délivrer delà servitude ; en sorte que plusieurs ajoutèrent foi à ses paroles, et lui donnèrent le nom de Messie. La renommée de ceci vint jusqu'aux oreilles du roi de Perse , qui l'envoya chercher pour discourir avec lui. 11 l'alla trouver avec un courage intrépide , et interrogé s'il étoit le roi des Juifs , il l'assura avec beaucoup de fermeté; sur quoi le roi le fit prendre incontinent et jeter en une prison où ceux qui y sont envoyés par Tordre du roi sont retenus toute leur vie. Cette ville est en Dabsthan proche du grand fleuve Gozen. Trois jours après le roi tint conseil avec les princes de sa cour et ses ministres d'état, pour délibérer sur ce nouveau remuaient des Juifs ; voici que ce David parut tout à coup en leur présence , sans que personne eût contribué à le délivrer de sa prison : ce que le roi voyant avec admiration , lui demanda qui î'avoit amené là, ou I'avoit mis en liberté? « Ma sagesse , lui répondit-il, et mon savoir, je ne crains ni vous ni les vôtres. » Le roi s'écria : Saisissez cet homme ;
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mais les princes et les ministres répondirent qu'ils entendoient bien tous sa voix, mais qu'aucun d'eux ne pouvoit voir sa personne. Le roi fut si surpris de cet effet de sa sagesse, qu'il se tut d etonnement; au lieu que David dit, parlant au roi: Voici la voie par où je commence, et il se mit à marcherdevant le roi, qui alla après lui avec tous les grands qui le suivirent. Lorsqu'ils furent venus au Lord du fleuve , David étendit sur les eaux son mouchoir et passa dessus , à la vue de tout le monde, étonné d'un tel prodige. Ce fut en vain qu'on essaya d'aller après dans de petits bateaux pour le prendre, et il n'y eut personne qui ne publiât qu'il ne se pouvoit trouver un pareil enchanteur dans tous les lieux de la terre. Mais pour David, ayant fait en un jour le chemin de dix journées , par la vertu du Nom inexplicable, il arriya à Elghamaraia, où il rapporta aux Juifs tout ce qui lui étoit arrivé , qui 11e pouvoient trop admirer les merveilles de sa sagesse. Là-dessus, le roi de Perse envoya à Bagdad des messagers k Almir Almunad, souverain calife des Ismaélites, pour lui donner avis de cela et le prier de faire en sorte que le souverain chef de la captivité aussi bien que les principaux des assemblées détournassent David Elroi d'une entreprise si hardie ; autrement , si on n'y prenoit point garde , il menaçoit tous les Juifs qui étoient dans son royaume d'une totale destruction. Toutes les universités
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de Perse , frappées de la terreur de ces menaces, écrivirent sur le même sujet des lettres au grand chef de la captivité , et aux plus considérables des assemblées qui fussent à Bagdad; en voici la teneur :« Pourquoi nous venez-vous mourir à »vos yeux nous et toutes les universités sujettes »de ce royaume? Réprimez, nous vous en conjurons, cet homme, de peur que le sang innocent »ne soit répandu. » Sur quoi le chef de la captivité et les autres chefs d'assemblées écrivirent à David en ces termes : « Nous voulons que vous «sachiez que le temps de notre délivrance n'est »pas encore venu , les signes que nous en atten- » dons ne paroissent pas encore. Un homme en- » fié du vent de ses propres desseins, n'est pas » l'homme fort que nous espérons. C'est pourquoi »vous en avertissant, nous vous enjoignons de » vous désister de la témérité de vos desseins et » de vos entreprises; sans quoi soyez rejeté de » tout Israël. » Ils dépéchèrent aussi des courriers à Zachée Hanassi, quiétoit dans la contrée 'd'Assur , à Joseph, surnommé le Voyant, à Butha Alpelech , qui y demeuroit, pour les avertir d'écrire fortement à David qu'il eût à se tenir en repos: ce qu'ils eurent soin de faire en diligence. Leurs remontrances furent inutiles. Il ne voulut point quitter la méchante voie où il avoit commencé à cheminer ; jusques à ce qu'un certain roi des Torgamans, nommé Zinaldin, relevant du royaume de Perse ? eut persuadé le beau-père
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de David Eiroi , par le moyen de dix mille pièces d'or qu'il lui envoya , de tuer son gendre, et de mettre ainsi fin à la vie d'un si méchant homme. Celui-là résolu de faire le coup , le perça de son épée chez lui dans le temps qu'il étoit couché : et telle fut le succès de ses desseins et de sa vaine sagesse. Sa mort n'apaisa point encore la colère où étoit le roi de Perse contre les Montagnards aussi bien que les autres Juifs ses sujets. 11 fallut qu'ils implorassent, par des députés, l'assistance du chef de la captivité , qui alla luimême trouver le roi, qu'il pacifia par la douceur et la sagesse de ses discours, il sut si bien le confirmer, par un grand nombre de talens d'or qu'il lui donna , dans son ancienne débonnaireté, que toute la région fut rétablie dans un repos universel.
De ces montagnes , dont nous venons de faire mention, il y a dix journées de chemin à la grande et principale ville de toute la Médie., qui est Hhamdan, dans laquelle sont environ cinquante mille Israélites, et vis-à-vis, dans une synagogue qu'ils y ont , on voit les sépulcres de Mardochée aussi bien que d'Esther. Quatre journées plus outre, on trouve Tabaréthan., où les Juifs au nombre de quatre mille habitent le long de la rivière Gozen. Sept autres journées plus loin est Asbaham , ville très-spacieuse, et la capitale du royaume contenant dans son enceinte dix mille pas d'étendue. Le nombre des Israélites
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qui y demeure est environ de quinze mille , ayant à leur tête le grand Salomon , qui a été établi par le chef de la captivité leur gouverneur, tant dans l'université de cette ville que dans toutes les autres places qui dépendent de la Perse. De là au bout de quatre journées de chemin j'arrivai à Siaphas , capitale de cette partie de la Perse , dont le royaume a tiré son nom. 11 y a à Siaphas environ dix mille Juifs. Ginah en est à une distance de sept journées. La ville est d'une grande étendue, le long de la rivière Gozen, dans un pays vaste et uni. Le commerce l'a rendue fort célèbre par le concours de toutes les nations qui y abordent : il peut y avoir quelques huit mille Juifs. A l'extrémité du royaume est située la grande et fameuse ville Samarcant, cinq journées de chemin plus loin que Ginah : le nombre des Israélites qui y sont est de cinquante mille , entre lesquels Abdias Hanassi préside , et plusieurs sont considérables pour leur sagesse , aussi bien que pour leur opulence. On va en quatre journées à Tubot, ville capitale, et c'est dans les forêts d'alentourqu'on trouve l'animal qui fournit aux hommes le musc. Après avoir cheminé vingthuit jours de suite, je gagnai les montagnes de INisbon , penchantes de toute leur hauteur sur le fleuve Gozen, qui coule au bas. Ces montagnes , qui appartiennent au royaume de Perse, ont entre autres habitans beaucoup de Juifs. On rapporte qu'il y a quatre tribus d'Israël qui habitent
dans les villes de SNisbon ; savoir : Dan, Zabulon., Asser et Ncpthali, lesquelles furent amenées du temps delà première captivité par le roi Salmanasar, selon qu'il est écrit, et il les amena en Lahhlahh etHabor, les montagnes de Gozen , montagnes de Alédie. Leur région montagneuse, mais pleine de villes et de forteresses, comprend vingt journées de chemin , et le long de l'un de ces côtés , la rivière Gozen a son cours. Leshabitans de ces lieux ne portent le joug d'aucune nation , mais ils ont un gouverneur qui les conduitdont le nom est Joseph Amarca , le lévite. Ils ont parmi eux des sectateurs de la sagesse ; ils cultivent leurs champs \ font la guerre d'intelligence avec ceux de Chus,, et traversant les déserts, ils vont faire des expéditions jusques en Ethiopie : mais ils sont en amitié avec ces païens de Turquie qui adorent les vents et qui vivent dans des lieux déserts. Ces barbares ne mangent point de pain et ne boivent point de vin , mais se repaissent de la chair crue des animaux , lorsqu'elle est encore toute rouge deleur sang fumant, ou que le temps l'a desséchée ; quelquefois même ils dévorent sans autre façon les membres qu'ils ont arrachés d'une bête. Leur visage est sans nez et ils ont en la place deux trous par où ils respirent : ces mêmes peuples sont amis des Israélites. Mais il arriva, il y a quinze ans , qu'ils firent irruption avec une puissante armée où ils se rendirent maîtres de Rai., qu'ils passèrent au fil de l'épée ,
et après avoir pillé les maisons et la campagne, ils en rapportèrent un grand butin dans leurs déserts. Le ravage qu'ils firent fut si grand que depuis plusieurs siècles on n'en avoit jamais vu ni entendu un pareil exemple. C'est pourquoi le roi de Perse, extrêmement irrité de la hardiesse de ces barbares qui avoient osé faire de son temps ce qu'ils n'avoient pas eu l'insolence d'entreprendre du temps de ses ancêtres , résolut de les détruire entièrement. Là-dessus, il fît lever toutes les troupes nécessaires à cette expédition ; et ayant cherché quelque guide qui sût les lieux retirés de cette nation , il s'en présenta un qui assura être du même pays et en connoître toutes les demeures: de plus, comme à la demande qu'on lui fit de ce qu'il y avoit à faire pour cette expédition, il répondit qu'il étoit seulement nécessaire de faire provision de pain et d'eau pour quinze journées de chemin, qu'il falloit passer dans les déserts : on suivit son conseil. Mais quinze jours après tant les hommes que les bêtes vinrent à manquer de nourriture , sans connoître en quel lieu aller , ni découvrir aucune apparence de demeure. Le roi fit appeler le guide , à qui il reprocha de ne pas tenir la parole qu'il lui avoit donnée de lui montrer le chemin , et sur ce qu'il s'excusa de l'avoir manqué , il fut par ordre du roi mis à mort. Cependant une partie de l'armée étoit déjà périe de faim. C'est pourquoi il fut ordonné que chacun feroit part à son cama-
rade des provisions qu'il avoit,, et qu'on partageroit à toutes les troupes ce qu'il y avoit de bètes. De cette manière, après avoir erré treize autres jours par les déserts, on arriva enfin dans les montagnes de Nisbon., où les Juifs demeurent. L'armée de Perse se rafraîchit dans les jardins et les vergers qui sont en grand nombre dans ce lieu-là , aussi bien qu'auprès des fontaines qui y sont. G'étoit dans la saison que les fruits étoient mûrs. Ils mangeoient donc et vivoient de ce qu'ils trouvoient dans le pays sans voir aucun homme qui se présentât à eux. Ils ne laissèrent pas de voir sur les montagnes quantité de villes et de tours, ce qui obligea le roi d'envoyer deux officiers pour s'informer quelle sorte de nation habitait sur ces montagnes, et tâcher d'y passer en traversant la rivière soit à la nage ou en bateau. Ceux-ci trouvèrent un grand pont défendu de tours en bon état, dont Feutrée étoit fermée , et au-delà du pont il y avoit une grande ville. Ces deux hommes qu'on avoit envoyés à la découverte n'eurent pas plutôt crié devant le pont., qu'il parut un homme qui leur demanda ce qu'ils cherchoient et de quel part ils venoient ; mais ils ne s'entendirent point , qu'un interprête qui savoit la langue persienne ne fût venu. Alors ils firent connoître qu'ils étoient officiers du roi de Perse , qui les avoit envoyés pour apprendre qui ils étoient, et à quel prince ils obéissoient. L'interprète répondit, Nous sommes Juifs, et ne
sommes soumis à aucun roi , ni à aucun prince du monde, mais seulement à un certain qui a le principal commandement entre les Juifs. Sur les questions qu'on leur fit touchant les adorateurs des vents, qui sont des barbares de Turquie , ils répondirent : C'est une nation avec laquelle nous sommes en alliance. Quiconque a intention de leur nuire sache qu'il s'attaque à nous. De retour que ces deux officiers furent auprès du roi , ils lui firent le récit de tout ceci , dont il fut fort épouvanté. Or le lendemain ils envoyèrent offrir le combat au roi de Perse, qui dit qu'il n'étoit pas venu pour leur faire la guerre, mais aux idolâtres ses ennemis. Que s'ils vouloient combattre avec lui, il se vengeroit de cette insulte , en faisant tuer tous les Juifs qui habitaient dans son royaume : qu'il sa voit que la situation du lieu les rendoit les plus forts, maïs qu'il les prioit de ne point le molester; de souffrir qu'il vînt à une bataille avec ses ennemis Copher Âltorech , et de fournir des vivres à son armée. Sur cela les Juifs tinrent conseil , où il fut résolu, selon le bon plaisir des Israélites, d'acquiescer aux demandes du roi de Perse à la considération des Juifs qui étoient dans son royaume. Le roi danc fut reçu chez eux et entretenu quinze jours avec son armée très-honorablement. Mais pendant ce temps-là, ils firent savoir ceci par des exprès qu'ils envoyèrent à leurs alliés Copher Altorech. Aussitôt qu'ils en eurent avis, ils assemblèrent leurs trou-
pes pour aller attendre l'ennemi aux passages des montagnes. Favorisés par l'avantage du lieu , ils firent un si grand carnage des Perses qui vinrent les attaquer, qu'avec une poignée de monde ils furent défaits et obligés de s'en retourner clans leur pays. Il se trouva dans* cette occasion un Juif de cette province , qui , ayant, sur les belles promesses d'un certain cavalier de Perse , suivi le roi dans son royaume, tomba dans la servitude sous ce même cavalier qui s'en rendit le maître. Mais un jour que ceux quisavoient le mieux tirer de l'arc s'exerçoient en présence du roi, on lui montra Moïse , comme le seul qui les surpassoit tous en adresse: ce qui donna lieu au roi de lui faire quelques deuiandes sur le sujet de son esclavage, dont il lui dit ouvertement la cause. La liberté lui fut sur le champ rendue ; on le revêtit de vêtemens decarlate, et le roi le combla de bienfaits. Mais sollicité d'embrasser sa religion sous promesse de grandes richesses, et du gouvernement de la maison du roi , qu'on lui proposa ^ il refusa humblement de le faire. Le roi ne laissa pas de lui procurer une place chez le grand Salom , prince de l'université d'Aphahan , dont il épousa la fille avec le consentement du père. C'est ce même Moïse qui m'a raconté toute cette histoire.
Ayant quitté ces régions,, je changeai ma route pour venir à Ghevathaan , par où coule le Tigre, qui descendant de là va se rendre dans la mer de
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llude, après avoir formé dans son embouchure l'île de Nekrokin, qui comprend une étendue de six fournées. Il n'y a qu'une fontaine; outre ses eaux, il ne s'en boit point d'autre que celle de pluie qu'on a soin de conserver au défaut des rivières qui y manquent. Quoiqu'on ne cultive point la terre de cette île , elle ne laisse pas d'être fort considérable , par le commerce des Indiens ( t de tous les insulaires de cette mer, aussi bien que des marchands de Senaar, d'Eliman et de Perse , qui y apportent de toutes sortes d'habits de soie et de pourpre , avec du chanvre , du lin , du coton, des indiennes, du froment, de l'orge, du mil , de l'avoine , et de tout en abondance. Il n'y a pas jusqu'aux légumes et autre nourriture qu'ils n'échangent entre eux et dont ils ne fassent trafic. Les marchands Indiens y transportent une grande quantité d'épiceries. Pour ceux de l'île , ils servent aux autres de facteurs aussi bien que d'interprètes ; c'est l'unique moyen qu'ils ont pour vivre. J'ai trouvé en cet endroit quelques cinq cents Juifs. Une heureuse navigation de dix jours me porta de là à Kathiphan , où demeurent cinquante mille Juifs. C'est en ce lieu que se trouve le Bdellium , qui est un ouvrage merveilleux de la nature , fait de cette manière ; le 24 du mois Nisan , il tombe sur la superficie des eaux une rosée que les habitans recueillent : après l'avoir renfermée , ils la jettent dans la mer, afin qu'elle aille au fond; mais au milieu du
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mois Tisri , deux hommes descendent au fond de la mer, attachés à des cordes ^ qu'on retire après qu'ils ont ramassé de certains reptiles fi) qu'on ouvre, ou qu'on fend pour en tirer la pierre précieuse qui y est renfermée. Je continuai ma route qui fut de sept journées à Haalan ; c'est par où on entre dans le royaume de ceux qui adorent le soleil pour leur dieu , peuples de la postérité de Chus, fort adonnés à l'astrologie. Ils sont de couleur noire , sincères, d'une grande exactitude à garder leur foi tant à l'égard des promesses que des dépôts. C'est la coutume chez eux; qu'après avoir reçu dans leurs ports tous ceux qui y viennent des pays étrangers, on fait écrire par trois commis leurs noms qui sont portés au roi : cela fait, on les conduit eux-mêmes devant lui,, qui leur promet sa protection pour toutes leurs marchandises , qu'il ordonne de débarquer dans la campagne , sans qu'il soit besoin de personne pour les garder. D'ailleurs., i{ a un gouverneur qui a son siège de justice , à qui on dénonce tout ce qui se trouve de perdu dans le pays , et par son moyen , il est facile à celui qui en est le maître de le recouvrer, lorsqu'il donne des marques certaines pour reconnoître ce qui lui appartient. Cette fidélité est observée universellement dans tout le royaume. Toute la région est sujette depuis Pâques jusqu'au commence-
(i) Huîtres où sont les pcil?s.
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ment de l'année, c'est-à-dire dans le printemps et 1 été, à des chaleurs excessives. C'est pourquoi depuis la troisième heure du jour jusqu'au soir, tout le monde demeure renfermé dans sa maison. Mais après, chacun exerce sa profession et vaque à ses affaires pendant toute la nuit à la faveur des lanternes et des lampes qui sont allumées dans toutes les rues et places publiques; car il est impossible de le faire de jour à cause de l'extrême chaleur. Le poivre croît dans cette contrée aux arbres que les habitans plantent aux environs de toutes les villes. Chacun a ses propres jardins assignés et marqués de leurs bornes. Le poivre provient d'un arbrisseau fort petit, qui porte une semence blanche. Après l'avoir cueillie on la met dans des bassins^ où on l'arrose d'eau chaude , et on l'expose au soleil , afin qu'étant desséchée et endurcie , elle se puisse mieux conserver; c'est ce qui la rend noire. On trouve dans le même endroit delà canelle, du gingembre et quantité d'autres sortes d'aromates. lis n'enterrent point leurs morts, mais les ayant embaumés de diverses drogues et d'épiceries, ils les mettent sur des sièges couverts de rets faits avec une certaine distinction qu'on observe selon le rang des familles. En cet état, la chair avec les os se sèche et devient si roide qu'ils conservent la même ressemblance qu'ils avoient étant vivans, et que chacun de ceux qui sont en vie reconnoissent les ancêtres dont ils descendent en une ligne de plu-
sieurs siècles. Le soleil est le dieu qu'ils adorent sur des autels fort grands , qui sont en quantité hors de la ville dressés partout à un demi-mille à la ronde. Ceux de la ville sortent de bon matin , et vont pour assister au lever du soleil, auquel il y a sur des autels des images consacrées, d'une figure ronde, à la ressemblance de cet astre , qui tournent par art magique , à mesure qu'il se lève, avec beaucoup de bruit etde lumière commes'ils étoient en feu. Ils portent tous à la main,, les hommes aussi bien que les femmes, des encensoirs pour offrir leur encens au soleil , etde cette manière ils font voir leurextravagance. On trouve en tous les lieux de cette région des Juifs au nombre de mille familles d'une couleur aussi noire que les habitans mêmes. Ce sont gens candides et de probité , attachés à l'observation des commandemens et de la loi de Moïse , lisant les prophètes et assez entendus dans la connoissance du Talmud, aussi bien que des coutumes. Après avoir laissé ce pays, et une navigation de vingt-un jours, je descendis dans les îles Chénéray, dont les habitans, appelés Dugbûn, adorent le feu. Les Juifs qui habitent parmi eux sont estimés vingttrois mille. Ces Dugbiïns ont, en chaque lieu, leurs prêtres consacrés aux superstitions de leurs temples. Ces mêmes prêtres sont les plus habiles du monde en fait d enchantemens et de sortilèges. Devant chaque temple il y a un chant spacieux où brûle tous les jours un grand feu qu'ils nom-
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ment Elbotha, et au travers duquel ils ont coutume de faire passer leurs enfans pour les y purifier. C'est aussi au milieu de ce bûcher qu'ils jettent les corps morts qui y sont consumés. Il arrive même que des nobles du pays s'y dévouent tout en vie, par un sacrifice qu'ils font de leur personne en grande solennité. Aussitôt que quelqu'un d'eux a signifié à ses parens et amis qu'il a la dévotion de l'entreprendre, il en est félicité avec beaucoup d'applaudissement , et tout le monde le salue de ces paroles : « Que vous êtes » heureux et que vous vous trouverez bien de )> cette bonne action ». Le jour donc qu'il doit accomplir son vœu, il est d'abord régalé d'un grand festin , et ensuite conduit à cheval, s'il est riche : que s'il est pauvre, il est accompagné à pied de ses proches ou autres au bord du champ , d'où ayant pris sa course, il saute dans le feu. C'est alors que ses amis et ceux de sa famille commencent à danser avec de grands transports de joie, et à se divertir au son des tambours jusqu'à ce que le feu l'ait entièrement consumé. Deux jours après , deux des principaux prêtres vont en la maison du défunt., où ils commandent à ceux de sa famille de préparer la maison pour y recevoir leur père , qui doit y venir ce même jour, et leur déclarer ce qu'ils ont à faire. Là dessus, on fait venir de la ville quelques témoins, et voilà que Satan s'apparoît sous sa figure , à qui la femme et les enfans demandent, comment il