‹ Voyages de Benjamin de Tudelle, autour du monde, commencé l'an 1173. De Jean du Plan Carpin, en Tartarie. Du frère Ascelin et de ses compagnons vers la Tartarie. De Guillaume de Rubruquin, en Tartarie et en Chine, en 1253Chapitre 51 sur 92 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

Du pays où. étoit Sartach, et des peuples qui lui obéissent.

Tout ce pays au-delà du Tanaïs est très beau, rempli de forêts et de fleuves du côte du nord. 11 y a de grands bois qui sont habités de deux sortes d'hommes, les uns s'appellent Moxel , qui n'ont aucune loi et sont entièrement idolâtres. Us n'ont point de villes ni de villages , mais seulement quelques cabanes ça et là dans les bois. Ceux de cette nation avec leur seigneur avoient été tués la plupart en Allemagne. Les Tartares les y avoient menés ; et ils ont conservé de l'estime pour les Allemands, et s'attendent bien d'être un jour délivrés par eux de la servitude des Tartares.

Quand quelque marchand étranger arrive chez eux, il faut que celui chez qui il descend lui pourvoie de tout ce qu'il aura de besoin, tant qu'il y demeurera. Ils ne sont point du tout jaloux, et quand ils sauroient que quelqu'un couchât avec leurs femmes, ils ne s'en soucient pas, et ne le croiront s'ils ne le voient eux-mêmes. Us ont quantité de pourceaux , de miel , de cire , de riches fourrures et de faucons. 11 y a d'autres peuples proche d'eux qui s'appellent Merdas ou Merclas : les Latins les appellent Merdues ou Mardes, et sont Sarrasins. Au-delà d'eux est le

fleuve Etilia, qui est le plus grand que j'aie jamais vu, qui vient de devers lé nord et de la grande Bulgarie, droit au midi , et tombe dans un grand lac ou mer qui a plus de quatre mois de circuit, et dont je parlerai ci-après. La distance de ces deux fleuves du ïanaïs et d'Ëtilia n'est pas grande par les endroits et pays du nord, où nous avons passé plus de dix journées , mais vers le midi ils sont bien plus éloignés : car le Tanaïs s'emboucbe dans les Palus Méotides, et l'Etrlia , dans ce grand lac qu'il fait, avec plusieurs autres fleuves qui s'y rendent de Perse. Au midi , nous avions de très-grandes montagnes où habitent les Kergis, et lés Aîains ou Acas, qui sont chréliens , et combattent encore tous les jours contre les Tartares. Après eux, vers ce grand lac ou mer, sont des Sarrasins qu'on appelle Lesges, qui sont sujets des Tartares ; et puis on trouve la Porte de fer que le grand Alexandre fit faire pour empêcher les Barbares d'entrer en Perse ; j'en parlerai encore ci-après , d'autant que j'y passai à mon retour. En tous ces pays qui sont entre ces deux fleuves par où nous avons passé , habitoiént autrefois les Comans, avant que les Tartares les eussent occupés.

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