‹ Voyages de Benjamin de Tudelle, autour du monde, commencé l'an 1173. De Jean du Plan Carpin, en Tartarie. Du frère Ascelin et de ses compagnons vers la Tartarie. De Guillaume de Rubruquin, en Tartarie et en Chine, en 1253Chapitre 59 sur 92 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

De la mort de Ban, et de l'habitat ion des Allemands en ces pnys là.

Le jour suivant nous arrivâmes à un autre logement plus proche des montagnes, et sus d'eux que c'étoit celles du Caucase, qui règne de part et d'autre de la mer, depuis l'occident jusqu'en orient ; j'appris aussi qu'alors nous avions passé cette meroù entre l'Etilia. Je m'enquis aussi de la ville de Talas, où il yavoit des Allemands sujets de Bury, dont j'avois ouï parler à frère André; je m'en étois aussi fort informé aux cours de Sartach et de Baatu, mais je n'en avois pu apprendre autre chose, sinon que leur seigneur Ban avoitététué à cette occasion. 11 n etoit pas en un trop bon pascage, et un jour étant un peu chargé de boisson, il disoit aux siens : Ne suis-je pas de la race de Cingis-Cham aussi bien que Baatu (dont il étoit le neveu ou le frère) , et pourquoi ne puis-je aller aux pascages d'Etilia comme lui? Ces paroles rapportées à Baatu, il écrivit aussitôt aux -hommes de Ban, qu'ils ne manquassent de lui amener leur maîtré lié et garotté,ce qu'ils firent; et Baatu le voyant, lui demanda s'il étoit vrai qu'il eût dît cela , ce qu'il confessa en s 'excusant qu'il étoit

ivre alors, car leur coutume est de pardonner aisément aux ivrognes. Mais Baatu sans rien considérer, après lui avoir reproché comment il avoit été si hardi de proférer son nom en son ivresse , lui fit couper la tête sur-le-champ.

A l'égard de ces Allemands , je n'en pus rien apprendre que quand je fus à la cour de Mangu- Charn. Mais en ce logement où nous étions, je sus seulement que cette ville de Talas étoit dans les montagnes à quelque six journées de là ; et quand je vins à la cour de Mangu , j'appris au vrai que le cham , du consentement de Baatu, les avoit fait passer de Talas vers l'orient bien un mois de chemin à une ville nommée Bolac, là où ils travaillent aux mines d'or et forgent des armes ; de sorte que je n'eus pas le moyen de les voir en allant ni retournant. J'avois bien passé en venant à quelque trois journées d'eux et de leur ville , mais je n'en avois rien su , outre que je n'eusse pas pu me détourner de tant.

Du logement susdit nous allâmes vers l'orient droit à ces montagnes , et dès-lors nous commençâmes à entrer parmi les gens de Mangu-Cham , qui partout où nous passions venoient chanter et battre des mains devant notre conducteur, d'autant qu'il étoit envoyé par Baatu. Ils se rendent cet honneur les uns aux autres ; en sorte que les gens de Mangu reçoivent de cette manière ceux qui viennent de Baatu , et ceux de Baatu en font de même à ceux de Mangu : toutefois ceux de

DE GUILLAUME DE RUBRUQUIS. 3ig

Baatu semblent tenir le dessus, et n'obéissent pas si bien à tout que les autres.

Peu de jours après nous entrâmes dans les montagnes où habitoient ceux de Caracathay, et là nous trouvâmes un grand fleuve s qu'il nous fallut passer dans une barque. De là nous descendîmes dans une vallée où je vis un château ruiné; les murs n'e'toient qne de terre et le pays étoit cultivé. Nous trouvâmes une bonne ville nommée Equius , où étoient des Sarrasins qui parloient persan , encore qu'ils fussent fort loin de la Perse. Le jour suivant., ayant achevé de traverser ces montagnes, qui étoient une branche des plus grandes vers le midi , nous entrâmes en une trèsbelle plaine qui avoit de hautes montagnes à main droite, et comme une mer ou grand lac de quinze journées de circuit à gauche. Cette plaine étoit arrosée à plaisir d'eaux descendantes de ces montagnes, et qui toutes se vont rendre dans ce grand lac. L'été nous retournâmes par le côté septentrional de cette mer, où il y avoit aussi de grandes montagnes. Il y avoit autrefois en cette campagne plusieurs villes et habitations ; mais pour la plupart elles avoient été détruites par les Tartares, qui y avoient leurs pâturages, qui y sont très-bons et très-gras.

ÎNous y trouvâmes encore une grande ville nommée Cailac, où il y avoit un grand marché et abord de plusieurs marchands qui y fréquentoient. Nous nous y arrêtâmes environ quinze

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jours 9 attendant un certain secrétaire de Baatu , qui devoit être compagnon de notre conducteur, pour l'expédition des affaires. Ce pays-îà étoit appelé Organum en la cour de Mangu , et a un langage et des lettres particulières ; mais il étoit tout occupé par les Contomans. Les Nestoriens de ces quartiers se servent de cette langue et de ces caractères pour leur service ecclésiastique. Le nom d'Organum leur a été donné à cause que ceux de ce pays étoient autrefois de très-bons organistes et musiciens , ainsi qu'on nous donnoit à entendre. Ce fut là où premièrement je trouvai des idolâtres , dont il y a plusieurs et diverses sectes par tout l'Orient.

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