‹ Voyages de Benjamin de Tudelle, autour du monde, commencé l'an 1173. De Jean du Plan Carpin, en Tartarie. Du frère Ascelin et de ses compagnons vers la Tartarie. De Guillaume de Rubruquin, en Tartarie et en Chine, en 1253Chapitre 9 sur 92 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Frère Jean du Plan Carpin part d'Italie avec ses compagnons et arrive en Russie, où commence le pays des Tartares.

Nous partîmes par le commandement du Pape en Tan 1246 pour aller vers les Tartares, afin de pouvoir détourner l'orage prêt à tomber sur l'Eglise de Dieu. Nous arrivâmes premièrement en Bohême, dont le roi nous conseilla de prendre notre chemin parla Pologne et la Russie, d'autant qu'il avoit des parens assez proches en Pologne qui nous donneroient moyen d'entrer en Russie, et pour cela il nous donna des lettres avec des gens pour nous conduire et défrayer par tous ses états , jusqu'à ce que nous fussions venus auprès de son neveu Boleslaus, duc de Silésie, que nous

connoissions bien, et qui étoit de nos amis. 11 nous fit recevoir avec la même bonté que son oncle par tout son pays, et de là nous fûmes vers Conrad , duc de Lantiscie ( en Massovie ) , où de bonne fortune pour nous , nous rencontrâmes le seigneur Vasilic (Basile)., duc de Russie, qui nous instruisit au sujet des Tartares, vers lesquels il avoit envoyé des ambassadeurs qui n'étoient pas encore de retour.

Ayant donc su là qu'il nous falloit porter des présens à ces Tartares pour en être bien reçus, nous fîmes acheter quelques peaux de castor, et d'autres animaux , sur les aumônes ui nous avoient été faites pour notre voyage. Ce qu'étant su par le duc Conrad de Cracovie et sa femme , par levêque du lieu, et quelques seigneurs et gentilshommes du pays, ils nous firent donner force autre pelleterie. Le duc Basile, à la prière, du duc de Cracovie, de levêque et des barons du pays, nous mena chez lui, où il nous fit reposer quelques jours, nous défrayant de tout ce que nous pouvions avoir besoin. Nous le priâmes de faire venir ses évêques, auxquels nous fîmes la lecture des lettres de sa Sainteté, qui les exhortoit de retourner à l'union de la sainte Eglise catholique,, et nous nous employâmes à les y convier, et le duc aussi. Mais d'autant que le duc Daniel , frère de Basile, n'étoit pas là, mais qu'il étoit allé vers Bathy , ils ne peuvent nous faire aucune réponse là dessus.

Après cela, ce Basile nous fit conduire par un des siens jusqu'à Kiovie , capitale de Russie; mais ce ne fut pas sans péril de la vie , à cause des Lituaniens ; qui faisoient d'ordinaire des courses dans la Russie , et principalement aux endroits par où nous avions à passer ; car pour les Ruthènes , ou Russiens , nous n'avions rien à craindre à cause du guide que nous avions, et aussi que la plupart d'eux avoient été tués ou emmenés par les Tartares. Etant arrivés à Danilon , nous y tombâmes malades à l'extrémité , après quoi , étant un peu mieux , nous ne laissâmes pas de nous mettre en chariot par des neiges et de grandes froidures, et enfin d'arriver à Kiovie. Là nous eûmes avis que si nous nous servions des chevaux que nous avions amenés pour ce voyage de Tartarie, ils pourroient bien mourir tous de faim par les neiges , à cause qu'ils n'avoient pas l'adresse de chercher l'herbe dessous comme font les chevaux tartares, et que là il ne se trou voit ni foin,, ni paille, ou autre fourrage. Sur quoi nous résolûmes de laisser là nos chevaux , avec deux garçons pour en avoir le soin et les panser, et prîmes des chevaux de louage avec des guides. Le second jour après la Chandeleur, nous partîmes en cet équipage, et arrivâmes au premier village de Tartarie , nommé Ganove, dont le gouverneur nous fit donner d'autres chevaux et guides , jusqu'à un autre village où nous trouvâmes un capitaine nommé Micheas, homme

très-méchant, et grand trompeur; mais nous l'adoucîmes tellement à force de présens, qu'il nous fit conduire jusqu'au premier logement des Tartares.

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