‹ Voyages de Gulliver dans des contrees lointaines (volume 2)Chapitre 4 sur 25 · IX · texte numérisé non relu

IX

SÜK JONATHAN SWIFT, l’araie chérie et intime de Swift; elle tenait sa maison , faisait ! es honneurs de sa table, quoiqu’elle parût n’y être que convive ; elle était sa compagne fidèle, le gardait lorsqu'il était malade ; mais elle n’était sa femme que de nom , et même ce mariage était un secret pour le monde.

Les affaires de sa cathédrale, embrouillées par la résistance de son chapitre, et par l’intervention de l’aichevêque King , occupèrent une grande partie de son temps. Mais ces diflicultés s’aplanirent insensiblement par la conviction que l’on acquit de la droiture des intentions du doyen, et de son zèle désintéressé pour les droits et les intérêts de l’église. 11 prit un tel ascendant sur le chapitre, que rarement ses propositions étaient contredites. L’affaire des baux et des renouvellements de baux absorba dans la suite beaucoup de son temj)S. Il est a croiic (pie pendant ces cinq on six années, Swift ne négligea pas

XX NOTICE

l’étude; ou a retrouvé ses opinions sur Hérodote, Pbilostrate et Aulu-Gelle, ce qui fait présumer qu’il s’élait surtout occupé de ces auteurs : il avait intercalé des feuilles blanches à chaque page des éditions, sur lesquelles il écrivait des notes en regard. Il est naturel de supposer que les autours classiques n’étaient pas oubliés, quand nous ne saurions pas que Lucrèce était sa lecture favorite pendant son séjour a Gaulstown. La liste dps livres qui composaient sa bibliothèque , avec ses remarques manuscrites, est la preuve la plus authentique de son goût.

Ces études ne suffisaient pas à un homme qui avait pris une part si active a la politique pendant son séjour en Angleterre. On a pensé , et il est très probable , que ce fut a cette époque que Swift conçut le plan des Voijages de Gulliver. On trouve le germe de cet ouvrage fameux dans les voyages de Martinus Scriblerus , qui furent probablement projetés avant que les proscriptions eussent dispersé le club littéraire. L’aspect sous lequel le doyen voyait les affaires publiques, après la mort de la reine Anne, s’accorde avec une grande partie des traits satiriques des Voyages. D’ailleurs une lettre de Yanessa fait allusion a l’aventure de Gulliver avec le singe de Brobdingnag, et l’on trouve dans la même correspondance , qu’en 1 722 , Swift lisait plusieurs relations de voyages. Il dit à mistress Whiteway, ce qu’il a répété ensuite, qu’il avait emprunté aux voyageurs qu’il avait lus tous les termes de marine du Gulliver. Il est donc présumable que les Voyages de Gulliver furent esquissés à l’époque dont nous parlons, quoiqu’ils traitent de la politique d’une époque postérieure.

Swift quitta ses occupations et ses amusements, en l’année 1720 , pour reparaître sur le théâtre politique, non plus , â la vérité, comme l’avocat et le panégyriste d’un ministère, mais comme le défenseur intrépide et opiniâtre d’un peuple opprimé. Jamais nation n’avait eu autant besoin d’un tel défenseur. La prospérité dont l’Irlande avait joui sous les princes de la maison de Stuart avait été interrompue par une guerre civile , dont l’issue avait forcé l’élite de sa noblesse et de ses militaires â s’exiler. La population catholique de ce royaume n’excitait

SUR JONATHAN SWIFT

que méfiance et était frappée par la d’une entière incapacité.

Le parlement d’Angleterre s’était arrogé le pouvoir de faire des lois pour l’Irlande ; et il l’exerçait de manière à enchaîner, autant que possible , le commerce de ce royaume , à le subordonner au commerce de l’Angleterre et a le tenir dans sa dépendance. Les statuts de la dixième et onzième année du règne

de Guillaume III prohibaient l’exportation des marchandises de laine, excepté en Angleterre et dans la principauté de Galles. Les manufactures d’Irlande se trouvèrent par la privées d’un revenu évalué a un million sterling.

Pas une voix ne s’éleva dans la Chambre des Communes contre ces maximes aussi impoliliques que tyranniques, plus

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