LETTRE DU CAPITAINE GULLIVER
A SON COtrSIM RICHARD STHP80H
■«[■KHE (lue vous lie refuserez point d'aTouer publiquement , toutes les fois que l'occasion sVn présentera, que vos instances réitérées Ml "ont seules décidé à laisser publier un récit mal dipéré et incorrect de mes voyages, en vous enjoignant d'employer quelques jeunes gradués de l'une ou de l'autre de nos uaiver- ^ités pour mettre en ordre les matériaux et j corriger le style, romme l'a fait, par mon s, mon cousin Dampîer pour son livre intitulé : Voyage autour du monde. Mais, si je s bien, je ne vous ai pas autorisé à rien omettre, et beaucoup moins encore à rien ajouter; ainsi, par rapport au dernier cas, je désavoue toutcequin'est pas de moi, notamment un paragraphe sur Sa Majesté la reine Anne, de pieuse et glorieuse mémoire. Bien que je l'aie estimée et révérée plus que tout le reste de son espèce, vous auriez dû, vous ou celui <le vos collaborateurs qui s'est permis d'intercaler ce trait, considérer d'abord qu'il n'était pas dans mes habitudes de flatter mes semblables, ensuite qu'il eût été indécent de louer une créature de mon espèce devant mon maître le Houybnhnm ; de plus, le fait est absolument faui, car j'ai passé une partie du régne de Sa Majesté en Angleterre; et, à ma connaissance, cette princesse a toujours gouverné par un premier ministre, d abord lord Godolpbin, ensuite lord Oxford ; en sorte que vous m'avez fait dire la chose qui n'était pas. Et même, dans le compte que j'ai rendu de l'académie des faiseurs de projets et dans quelques passages de mou discours à mon maître le Houybnhnm, vous avez omis des circonstances essentielles, ou bien vous les avez atténuées et changées de telle manière qu'il m'est difflcile de reconnaître mon propre ouvrage. Quand je vous