XXIV PREFACE
L'auteur des Lettres à son Fils a-t-il jamais débité cette histoire, qu'on lui prête1? S'il l'a fait, il n'a démontré qu'une chose, c'est qu'un Anglais peut être plus gascon qu'un enfant de La Brède, et gascon dans la pire acception d'un terme qui en a tant d'excellentes! En voici la preuve :
D'abord, les notes de Montesquieu sur Venise subsistent et remplissent plus de cinquante pages de ce volume. — Supposera -t -on qu'elles ont été récrites de mémoire? — Rien ne l'indique, bien au contraire! Témoin les commencements de divers alinéas, tels que : « J'ai été aujourd'hui... J'ai fait hier...», et autres semblables.
De plus, le Président ne cite point lord Chesterfield parmi les personnes qu'il a fréquentées à Venise. — On dira peut-être qu'il omit son nom par honte ou par rancune. — Mais il ne le connut que l'année suivante, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même dans son Voyage en Hollande !
Nous y lisons, en effet : «J'ai vu à La Haye M. Saurin... Le général des Brosses, envoyé de Pologne, m'a cherché, et je l'ai cherché. J'ai, de plus, connu milord Chesterfield, ambassadeur d'Angleterre : je lui rendis une lettre de milord Waldegrave. »
Ce passage suffirait pour détruire une légende que les biographes de Montesquieu ont accueillie bien légèrement.
Mais reprenons son itinéraire.
Du 14 au 24 septembre 1 728, il se rendit de Venise à Milan, s'arrêtant un ou deux jours à Padoue, puis à Vicence, et puis à Vérone. En passant, il visita les collections d'histoire naturelle et les galeries d'œuvres d'art et contempla les édifices, anciens et modernes, les plus remarquables de ces villes. Mais il fit aussi et consigna dans ses notes des remarques sur les cultures, les moeurs et les institutions des pays qu'il traversait.
Pendant les trois semaines qu'il resta en Lombardie, il