‹ Voyages de Montesquieu (volume 2)Chapitre 15 sur 152 · PRÉFACE XXV · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXV

put apprécier l'hospitalité de l'aristocratie milanaise, surtout celle des Borromées et des Trivulces. Les nobles Vénitiens, auxquels un gouvernement soupçonneux imposait une réserve absolue, ne l'avaient pas gâté à cet égard. Aussi le charme d'une société avenante et instruite s'ajoutat-il pour lui au plaisir qu'il éprouva en voyant les belles choses dont Milan était justement fière. Il visita soigneusement jusqu'à l'Hôpital et à la Citadelle. Est-ce pour mieux apprécier cette dernière qu'il emprunta au prince Trivulce et analysa par écrit un traité sur les fortifications '?

Le 16 octobre, il partit pour le Piémont, en faisant un détour par le Lac Majeur et les Iles Borromées.

A Turin, il obtint audience du roi Victor-Amédée II et de son héritier présomptif. Mais il jugea bien sérieuse et bien froide cette capitale d'un royaume où la vie était en quelque sorte tendue par un effort continuel. Un politique, qui aspirait aux fonctions de diplomate, n'en devait pas moins trouver bien des observations à faire dans un état qui, à cheval sur les Alpes, n'avait pas cessé, depuis des siècles, d'être mêlé à l'histoire de la France, comme à celle de l'Italie.

C'est, probablement, sur la recommandation de deux amis qu'il s'était faits à Vienne, le marquis de Breil et le commandeur de Solar, son frère, que Montesquieu dut les politesses qu'il reçut à Turin de leur parent, le marquis de Dogliani2. En général, les Piémontais n'étaient guère plus accessibles que les Vénitiens. L'usage imposait, surtout aux hauts fonctionnaires, la réserve la plus grande envers les étrangers notables. De là vient peut-être que le Président ne nous dit rien des rapports qu'il eut, sans doute, avec le père du marquis de Breil, avec le comte de Govone, ministre d'état à l'époque. Bien qu'il n'en parle pas, nous voulons croire qu'il lui porta quelques lettres de ses fils,

i. Spicilegimn, page 3qo5'*.

2. Lettre de Charles Solar, marquis de Dogliani, à Montesquieu, du 17 novembre 1728 (Archives de La Brède).

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