‹ Voyages de Montesquieu (volume 2)Chapitre 16 sur 152 · XXVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXVI PRÉFACE

et qu'il pénétra dans sa demeure, où un autre des plus illustres écrivains à venir de la France vivait déjà ou allait vivre. C'est, en effet, chez le comte de Govone que Jean-Jacques Rousseau entra comme domestique, après sa conversion, c'est-à-dire vers la fin de 1728 '. Il ne semble donc pas impossible que l'auteur futur de V Esprit des Lois ait rencontré le futur auteur du Contrat social dans l'antichambre du ministre de Victor- Amédée II.

Si Turin, qu'il quitta le 5 novembre, laissa à Montesquieu l'impression «d'une ville assez ennuyeuse », Gênes lui parut absolument maussade. La prose ne lui suffit même point pour exhaler son humeur. Il eut recours à la poésie, ou plutôt à des stances rimées2. Au bout de dix jours, il abandonna la Ville, en se promettant de ne plus y revenir. L'avarice de ses habitants l'avait offusqué, non moins que leurs manières arrogantes et peu courtoises.

Il eut, cependant, l'occasion de faire à Gênes quelques connaissances illustres: le prince de Modène; sa femme, qui était fille du Régent; et le prince de Portugal, qui devait être un jour le roi Joseph.

Rapidement, il visita Lucques, Pise et Livourne.

Mais Florence, où il arriva le Ier décembre, le garda six semaines et l'enchanta par ses mœurs simples, par la sociabilité de ses habitants et même par le régime peu tracassier dont l'indolence du dernier des Médicis laissait jouir le pays. Il s'y fit, d'ailleurs, un ami nouveau : l'abbé Niccolini, avec lequel il resta depuis en rapports affectueux. Mais il consacra le meilleur de son temps à l'étude des antiquités et des œuvres d'art que renfermaient la Galerie du Grand-Duc, le Palais Pitti et les autres édifices publics ou privés de la Ville. Les notes relatives à Florence, insérées dans le Voyage en Italie, ne sont qu'une très faible partie de celles qu'il recueillit là, pendant son séjour. D'autres se trouvent dans deux cahiers que possèdent les

1. Les Confessions de J.-J. Rousseau, première partie, livre III.

Page 1