‹ Voyages de Montesquieu (volume 2)Chapitre 18 sur 152 · XXVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXVIII PRÉFACE

voyageur prouve que ce dernier ne négligea point cette source d'informations directes1.

Il retrouva à Rome son ami de Florence, l'abbé Niccolini, qui le présenta aux Corsini, ses parents. C'est ainsi qu'il fut mis en relations avec le cardinal qui allait être élu pape (en 1730) et régner dix ans, sous le nom de Clément XII. Il ne prévit point, du reste, l'exaltation si prochaine du successeur de Benoît XIII.

Quant à ce pontife, rien n'indique que Montesquieu l'ait connu personnellement. On raconte, il est vrai, qu'il fut admis auprès du Saint-Père, et l'on cite même un mot trop spirituel qu'il aurait dit à l'occasion d'une grâce dispendieuse à lui accordée en cours d'audience 2. Mais, comme le Voyage en Italie se tait sur cet incident, nous le tiendrons pour douteux jusqu'à preuve contraire.

Le Président ne semble point avoir fréquenté plus que leur maître les favoris du pieux Benoît XIII, favoris qu'il juge sévèrement, pour la plupart.

En revanche, il eut l'occasion d'entretenir quelques cardinaux qui jadis avaient joué à Rome ou hors de l'Italie un rôle plus ou moins notable. Tels étaient les neveux de Clément XI, les deux Albani : l'un, politique avisé; l'autre, amateur fanatique d'oeuvres d'art. Il vit plusieurs fois également cet aventurier célèbre, qui eut du génie peut-être et fut premier ministre d'un roi d'Espagne, cet Albéroni, dont il n'emporta, d'ailleurs, qu'une impression médiocre.

Mais il va de soi que l'attrait capital du séjour de Rome fut pour lui Rome elle-même ; Rome aux ruines imposantes et aux chefs-d'œuvre innombrables : les ruines parlaient à son esprit de la majesté du Peuple -Roi, dont il allait raconter dignement la grandeur et la décadence; tandis que les chefs-d'œuvre dévoilaient à ses yeux, sous mille formes diverses, les éternelles splendeurs de la Beauté plastique.

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