XXXIV PREFACE
peut-être. Et, chez lui, elles s'alliaient à l'art essentiel de contrôler les renseignements de détail au moyen de vues d'ensemble, qui en fixent la valeur relative et absolue.
Ce n'était pas seulement ses souvenirs personnels qu'il consignait par écrit. Il ne négligeait point ceux des personnes qu'il rencontrait, lorsqu'elles pouvaient l'éclairer sur des faits ou sur des pays inconnus de lui. Dans la préface d'un livre qu'il n'a jamais achevé ', il se vante d'avoir « recueilli de bons mémoires » en visitant les peuples étrangers.
Mais ce qui nous touche le plus dans la série bigarrée des observations que les voyages du Président lui inspirèrent, ce sont celles qui nous instruisent sur les impressions générales qu'il reçut dans ses pérégrinations et qui modifièrent son génie ou fixèrent ses conceptions dominantes.
Et d'abord, il est certain que les beaux -arts, les arts plastiques surtout, lui furent en quelque sorte révélés à Vienne, à Florence et à Rome. Quelques-uns des jugements qu'il formule sur les chefs-d'œuvre devant lesquels il s'arrêta nous étonnent, tant ils nous paraissent raisonnes et raisonnables. Gardons- nous de croire, cependant, que Montesquieu ne sentît rien, parce qu'il analysait tout. Pour être exprimées en phrases concises, ou même sous une forme ironique, ses émotions n'en étaient pas moins sincères et durables. Mais il répugnait à sa nature d'étaler avec complaisance ce qu'il éprouvait dans l'âme.
Il n'en a pas moins trahi, dans ses Voyages, l'effet pénétrant que fit sur lui cet ensemble de grandes et belles choses qu'il avait contemplées, notamment sur les bords du Tibre : ce ne furent point simplement des impressions esthétiques qu'il en emporta : «Je sens, dit-il, que je suis plus attaché à ma religion depuis que j'ai vu Rome et les chefs-d'œuvre de l'art qui sont dans ses églises. Je suis comme ces chefs de Lacédémone qui ne voulurent pas