PREFACE XXXV
qu'Athènes pérît, parce qu'elle avait produit Sophocle et Euripide, et qu'elle était la mère de tant de beaux esprits. *
Ces lignes, qui font songer au Génie du Christianisme, ne se trouvent point (remarquons -le en passant) dans le Voyage en Italie, mais bien dans le Voyage en Hollande. Le copiste aurait-il transposé le feuillet où elles étaient écrites? Nous ne le croyons pas. Le Président dut les rédiger à Utrecht, sous l'empire d'un sentiment double : l'un agréable et l'autre pénible. Le souvenir des chefsd'œuvre qu'il avait contemplés naguère l'enchantait encore. Mais il était affecté tout autrement par le spectacle des dissensions religieuses dont il avait constaté en Allemagne les conséquences regrettables. De là, sans doute, le retour qu'il fit sur Rome et sur l'Église romaine.
Son éducation classique et catholique à la fois lui inspirait, d'ailleurs, le goût de l'unité ecclésiastique, et son esprit, que préoccupaient sans cesse les causes de la grandeur et de la décadence des empires, devait être frappé des inconvénients pour l'Etat de la coexistence de sectes hostiles '.
Mais relevons à présent les observations capitales que Fauteur de l'Esprit des Lois recueillit sur la puissance des pays qu'il visita, alors qu'il rêvait encore de quelque mission diplomatique.
La grandeur apparente de la maison d'Autriche ne lui en imposa point. Il devina même combien peu les acquisitions récentes des Habsbourgs ajoutaient à leurs forces réelles. Nous avons cité tout à l'heure une note bien curieuse sur la situation des Allemands à Naples. En voici une autre, non moins topique, sur les Pays-Bas :
« L'Empereur seroit un des grands princes du Monde, si les Pays-Bas étoient abîmés par un tremblement de terre: c'est son foible que les Pays -Bas 2.»
1 . Il est curieux de rapprocher sur cette question la LXXXVI' Lettre Persane et le chapitre x du livre XXV de l'Esprit des Lois,