‹ Voyages de Montesquieu (volume 2)Chapitre 26 sur 152 · XXXVI PREFACE · texte numérisé non relu

XXXVI PREFACE

Svmptôme plus grave encore! Dès 1729, Montesquieu voyait que le prestige de Charles VI baissait là où ce prince devait tenir davantage à le conserver intact. « Depuis un an, écrit-il dans ses Voyages, l'Empereur a perdu son crédit dans l'Empire. »

A quoi, il ajoutait ces conclusions pratiques relativement aux rapports que la France pouvait entretenir avec les princes protestants de Germanie :

« Pour moi, je crois que cette politique de s'unir avec les princes protestants est une vieille politique, qui n'est plus bonne dans ce temps-ci; que la France n'a et n'aura jamais de plus mortels ennemis que les Protestants : témoin les guerres passées; qu'elle est en état de faire des alliances avec les princes catholiques, comme avec les princes protestants, toutes les fois qu'il s'agira d'abaisser la maison d'Autriche ; qu'il ne faut pas en revenir aux vieilles maximes du cardinal de Richelieu, parce qu'elles ne sont plus admissibles; que les Protestants d'Allemagne seront toujours joints avec les Anglois et les Hollandois; que c'est un lien de tous les temps que celui de la Religion; que la maison d'Autriche n'est plus, comme elle étoit, à la tête du monde catholique ; que ce qui nous a pensé perdre en France, c'est l'invasion de l'Angleterre par un prince protestant. »

De ce long passage, qu'un ardent patriotisme inspirait à Montesquieu, il ne faudrait point induire que ce dernier s'exagérât la puissance de tous les états protestants d'Europe. Le jugement qu'il porte sur les Provinces-Unies, par exemple, est des plus sévères. « Cette république, écrit-il à Amsterdam, ne se relèvera jamais sans un stathouder. »

Quant aux monarchies et aux républiques italiennes, ses impressions furent encore moins favorables. C'est dans le tome Ier de ses Pensées manuscrites qu'il s'exprime sur leur compte de la manière la plus nette. Il s'y fonde même sur l'influence politique de moins en moins grande du

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