‹ Voyages de Montesquieu (volume 2)Chapitre 8 sur 152 · XVIII PREFACE · texte numérisé non relu

XVIII PREFACE

ce qu'avait de précaire la grandeur de la maison d'Autriche, il suffisait ( semble -t- il) d'une intelligence peu ordinaire. Mais une inspiration prophétique eût seule permis d'annoncer alors que l'Italie n'était pas vouée à une éternelle servitude. Elle paraissait n'avoir que la chance très équivoque de changer, tôt ou tard, de maître.

Jusqu'à nouvel ordre, elle obéissait à l'empereur d'Allemagne.

Celui-ci la tenait par les deux bouts, occupant, au nord, Mantoue et Milan, et, au sud, Naples et Palerme. Les états de la Péninsule se voyaient ainsi réduits au rôle d'humbles satellites. Du reste, Venise était obligée par sa position de cultiver l'alliance du prince qui pouvait le mieux la secourir contre le péril du Turc. Mais Gênes aussi sollicitait volontiers son intervention lorsqu'elle s'était, par son imprudence, attiré quelque méchante affaire. Bien entendu, le duc de Modène n'agissait qu'en fidèle vassal du suzerain qui, naguère, l'avait investi de La Mirandole en récompense de ses bons services. Quant au roi de Sardaigne, moins sûr, il se soumettait provisoirement (et sauf à méditer une défection prochaine) aux injonctions plus ou moins discrètes qu'il recevait de Vienne. Enfin, il n'y avait pas jusqu'aux États du Saint-Siège qui ne fussent exposés à une occupation des troupes impériales, quand le Pape résistait aux exigences de leur maître.

Pourtant Charles VI n'était pas encore satisfait. Il eût voulu disposer à sa guise des successions qui devaient sous peu s'ouvrir à Parme et à Florence, par la mort du dernier des Farnèses et du dernier des Médicis. Mais l'Angleterre, la France et l'Espagne surtout ne l'entendaient pas ainsi. De là, des négociations, des intrigues diplomatiques, des menaces de guerre : tout un ensemble de symptômes peu rassurants. Qu'adviendrait-il, en effet, si la paix était rompue, de l'autorité, directe ou indirecte, que l'Autriche exerçait en Italie depuis vingt ans, mais qu'on n'y supportait qu'avec répugnance, à Naples comme à Turin et à Venise?

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