‹ Voyages de Piron à BeauneChapitre 54 sur 61 · Pour lettre de congé sans doute · texte numérisé non relu

Pour lettre de congé sans doute

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un moment de tranquillité. Je ne voulois rien répondre dans le premier mouvement pour commencer à vous fuir de toutes façons. Mais...

(Le reste de cette lettre manque.)

Second billet de A/''« Quinault,

Ce mercredi soir.

Je suis irritée comme je dois Terre. Vous avez fait d'une chose indifférente la chose du monde la plus offensante pour moi. La réflexion vous sert bien mal. Vous ne méritez pas que je vous explique ma lettre, puisque vous ne l'avez pas comprise. Je n'ai jamais imaginé que vous désiriez garder mes lettres. C'est, en vérité, quelque chose de beau. J'ai rougi de ce que j'y dis et je ne désavouerois point ce que j'y voulois dire. Le cas que vous avez fait de la dernière m'apprend le peu de solidité qu'il y a avec vous. Je pars pour la campagne. Si vous êtes en état de revenir prendre vos lettres, je vous les rendrai. Les femmes qui ne se livrent point ne livrent pas les autres '. Allez, je suis outrée de vos indignes soupçons. Je n'ai ni le pou-

I. Tactique ordinaire! Ce n'est pas dans une lettre de rupture qu'une femme ira se compromettre et avouer sa défaite. Une petite grisette ne s'y laisserait pas prendre; c'est l'A BC de l'amour féminin.

ET DE MADEMOISELLE QUINAULT It")5

voir ni la volonté de rire à vos dépens. Pleurez la peine que vous m'avez faite. J'allois bien réparer celle que je n'avois pas cru vous faire.

Troisième et dernier billet de yV/"^ Qiiinault.

Samedi.

J'enrage. Vous êtes bien peu fâché de me voir partir. Ne devrois-je pas vous le reprocher? Non. ,Je ne suis en colère que contre ceux qui ont pu !\jm'empccher de vous témoigner assez d'amitié pour occasionner ce regret que je désire vous voir. Adieu, grand ami. J'avois bien raison de dire que ce mot est abominable. Les gens à sentiment ont de cruels pressentimens. Ne me donnez point de certitude, je vous le demande en grâce. Ceci n'est, d'honneur, pas du monde.

On ne saurait nier que le billet qu'on vient de lire ne rajuste bien des choses. Dans les deux premiers billets, — comme cela se pratique ordinairement, — M"^ Quinault a commencé par une explosion : reproches, larmes, dépit, fureur, rien n'y manque; dans le dernier billet, elle se montre calme, résignée, presque repentante, et disposée à coup sûr à pardonner

!(»<) AMOURS nr. PI no N

à son faraud ami... Ainsi Jonc, les voilà réconciliés, et Ton doit croire que leur correspondance va reprendre de plus belle, ainsi que leurs amours... Tout est bien qui finit bien... ce qui n'empêchera pas Piron de recommencer ses fredaines, et M"<^ Quinault de lui pardonner de nouveau, sauf à se brouiller encore et à reprendre Tun et Tautrc le même jeu, lequel n'est pas sans charme, puisqu'on le joue depuis des siècles et qu'on le jouera probablement longtemps encore après nous. D'ailleurs, le poète latin n'a-t-il pas dit : Amant ium ira amoris integratio est. Ce qu'on peut traduire par ce charmant proverbe de notre langue : Querelle d'amants, renouvellement d^ amour.

En définitive, on a vu, par l'ensemble de la correspondance qui précède, combien a été délicate et dévouée l'affection de M"^ Quinault pour Piron. Nous ajouterons que ce sentiment résista au temps et à l'absence. On le retrouve en effet tout entier dans la lettre qu'elle lui adressa à Toccasion de la mcrt de sa femme, arrivée en lySr, c'est-à-dire après un inter-

vallc de vingt années de Tépoque dont nous nous occupons, et dix ans après la retraite de M"^ Quinault du théâtre.

Mercredi soir.

Je sais mal parler sur les malheurs : je ne sais que les ressentir, mon cher Binbin. La vie de la personne que vous venez de perdre étoit un tourment perpétuel ', et cependant je ne doute point de votre sensibilité : votre cœur m'est connu. Ne me laissez point ignorer vos peines ; j'y saurai compatir, si je ne puis les soulager. On avoit oublié de me dire ce malheureux événement. N'oubliez pas de me faire savoir en quel état vous êtes. Puissiez-vous, vous et votre très honnête nièce, vous consoler réciproquement d'avoir perdu Tobjet de votre tendresse et de vos soins !

11 n'y a rien à ajouter à un tel langage, qui est un éloge pour Piron comme pour M"*" Quinault; et nous ne pouvions mieux finir que par cette lettre tout empreinte à la fois d'une simplicité pénétrante et d'une grâce émue.

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