‹ Voyages de Piron à BeauneChapitre 56 sur 61 · Voir celle cpîiie plus loin, à V Appendice · texte numérisé non relu

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AMOUHS m, l'IKU.N

Kn dcfiiiiiivc, malgré Tabscncc des lettres de Piron, nous connaissons maintenant, au moyen de la correspondance de M"'^ Quinault, quelques-uns des sentiments intimes de nos deux amants; et, à cet égard, il semble que de curieux rapprochements pourraient être notés entre eux. Par exemple, M"^ Quinault nous apprend que Fontainebleau, — c'est-à-dire la cour, — était d'une impiété horrible; elle ne peut « entendre prononcer ce mot sans horreur; elle en a la migraine, ce n'est pas la migraine qui tombe sur le cœur : c'est le mal de cœur qui remonte dans la tête ».

Ainsi donc, les haines que, suivant les expressions de M"^ Quinault, Piron voulait lui inspirer contre la cour, ont fait leur chemin ; mais ces haines ne s'attachent pas au même objet; elles suivent une autre voie. La comédienne s'élève contre l'impiété, et elle en gémit; le poète s'élève contre l'hypocrisie, et il en rit. Nous ne dirons pas : « Chacun son rôle j); au contraire, nous dirons que les rôles sont

ici intervertis, et que la comédienne a choisi le meilleur.

jy^iie Quinault avait Tesprit trop juste, trop clairvoyant pour ne pas pressentir qu'un grand travail de transformation sociale se préparait dans Tombre, pour éclore à son heure -, à cet égard, elle partageait secrètement les espérances de ses amis les encyclopédistes. Aussi était-elle tranquille sur ce point, et n'était-ce pas là ce qui excitait ses plaintes; au contraire, clic s'en réjouissait. Seulement, elle s'irritait de V impiété qui allait croissant de jour en jour; et, sans tirer précisément du sentiment exprimé par M^'^ Quinault, une induction favorable à son orthodoxie religieuse, on peut cependant y voir la marque d'une âme sage et honnête.

Quant à Piron, il était complètement étranger aux visées et aux espérances des encyclopédistes ; soit insouciance, soit défaut d'aptitude, soit répugnance de marcher à la suite de Voltaire, il ne s'est mêlé en rien au mouvement politique qui, sous couleur littéraire, s'o-

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