‹ Voyages de Piron à BeauneChapitre 59 sur 61 · M'ie Quinault et M^e Balicourt, sa cousine · texte numérisé non relu

M'ie Quinault et M^e Balicourt, sa cousine

APPENDICE 187

On ne peut vous servir à rien.

Or, chien ni cerf je ne puis être, Autant que je peux m'y connoître :

Car il faut bon œil et bon pie :

Deux points en moi qui font pitié.

Je resterai donc dans ma chambre, Jusqu'au neuvième de décembre, Jour où de mon cher souverain Ici luira le front serein.

Maudit soit l'astre cette année

Qui règle notre destinée,

Et m'ôte, le becque-cornu,

Le plus beau de mon revenu !

Je ne verrai pas la naïade

Dont les eaux font une gambade

Au bout du superbe canal

Qui lui sert de grand urinai;

Je ne reverrai plus mon antre'

Où, me promenant sur le ventre.

Sur Pégase, une lieue en l'air,

Je filois vif comme l'éclair.

Je bornerai mes rêveries

Autour de l'eau des Tuileries,

En élevant mon cœur loyal

Au pavillon du Pont-Royal.

A la table du prince Charle *

(J'ôte mon bonnet quand j'en parle).

1. Longue voûte obscure au bout du canal, où j'allois composer. — {Note de Piron.)

2. Le prince Charles de Lorraine, grand écuyer du roi, avait épousé la fille du duc de Noailles, de laquelle il se sépara avec éclat et sans motif connu. (Voy. Corresponda?ice de Madame, duchesse d'Orléans, t. II, p. 3oo.)

l88 APPKNDICK

On n'aura vu ni moi ni Blac ' Souper à rhi^Jtcl d'Armagnac.

Ce fut au bout de cette table Qu'après un souper mémorable, Le jeune et brillant Nivernois Dansa lui seul un pas de trois, l'nc cuisse encore en écharpe*.

Ce fut encor là qu'une carpe Tira longtemps sa langue aux gens Ne voulant point de partageants.

Jusqu'à ce qu'une gueule fraîche Et propre à pareille dépêche, Nous la ht passer par le bec Et nous torcha la barbe avec >.

Lorsque je me la remémore, L'eau m'en vient à la bouche encore.

Je ne verrai pas le taudis

Dont vous fîtes un paradis

Quand nous fûmes boire à Champagne ^

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